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lorsque les insurgés de li Nouvelle-Angleterre lui proposèrent de faire cause commune avec eux pour secouer le joug de la Métropole, le Canadien préféra rester fidèle à la cou- 1onne britannique à cause des garanties qu’elle donnait à ses intérêts religieux. — C'est donc à l'ombre de la Croix que le Canada est né, et c'est sous son égide qu'il s'est développé et qu'il continue de vivre; aussi, le Canadien tient-il à sa foi comme il tient à la vie.
113 (b) Le développement dramatique. Cette forme d'amplification oratoire consiste à faire rayonner et palpiter l'idée générale dans une mise en scène toute vivante.
Exemple tiré du discours de M. l'abbé A. Morisset, au Congrès de Tempérance, à Québec, en 1910.
Le crime du suicide alcoolique.
“C'est une singulière chose que l'alcool! Ceux qui le vendent en vivent; ceux qui le boivent, en meurent! — Ah! ‘ans notre amour sincère pour les hommes, pour les jeunes zens, nous leur avons crié: Ami, prends garü:: l'alcool te bruie l'estomac ; il t’empoisonne le sang. — N'importe. — in ami, l'alcool te détraque le rystème nerveux, te dé- + le cerveau, te brise le cœur. — N'importe. — Mais, “ n pauvre ami, tes forces s'en vont ; quelques années, quel- “es mois, quelques jours #ncore, et la mort portera le derhier coup à ta santé. * imrorte. — Et les malheureux, comme des insensés, x; :, : iusant courent au tombeau. — O malheur! — Mes Fré.:3, ia vie est un bien, le plus grand bien en ce monde. Et cette vie, que Dieu nous a prêtée, il ne nous est pas lisible de l'abréger sans répondre de cette eeiite devant 1: Souverai: Maître, C’est déjà terrible de
. uraître au tribunal de Dieu quand lui-même nous appelle ‘ l'uvure qu'il avait marquée. Que sera-ce donc d'arriver devant lui sans sa permission, après s'être tué lentement mais sûrement !”’
114 VB. — Quand la normalienne rencontrera dans li jge oratoire un exemple, c'est-à-dire, un personnage mis en scène, elle se gardera de ranger lexchple parmi les idées serondaires dont le procédé d'invention (N° 107) lui donne le secret. Qu'elle ne se trompe pas, on parle de l'exemple à propos du procédé de développement.
L'exemple dans lu page oratoire n'est pas une idée secondaire, mais le tour littéraire auquel l’écrivain s'attache pour présenter dramatiquement l'idée secondaire ou de nature, ou de cause, ou d'effet, ete.—Et pour réussir cette sorte de développement, — d’abord, la normalienne trouvera le personnage sur les lèvres de qui, ou dans la vie duquel l’idée
générale à traiter éclate. — Ensuite, elle cherchera le cadre dans lequel le personnage paraîtra; — en-
fin, elle écrira sa vision. Ainsi, par exemple, pour dramatiser l’idée générale: Canadien, aime ton pays, la normalienne peindra Crémazie, au retour d'Europe, encore sur le bateau dans la rade de Québec, puis fera envoler de ses lèvres la strophe ailée.
O Canada, quand sur ta rive
Ton heureux fils est de retour
Ren:pli d’une ivresse plus vive,
Son cœur répète avec amour:
Heureux qui peut passer sa vie,
Toujours fidèle à te servir
Et dans tes bras, mère chérie,
Peut rendre son dernier soupir!
115.—N. B. — Le drame d'une large prosopopée est encore une des formes du développement oratoire dont nous causons, ici, quand ce tour littéraire sert à enfoncer une idée générale dans l’âme de l’auditeur. Exemple: Au Congrès de Tempérance, Québee, 1910, M. T. Chapais, en finissant son discours. célèbre le bonheur de la tempérance, d’une tempérance traditionnelle dans une famille. Cette idée générale, il l'objective dans la croix de tempérance. Cette croix, il en ‘ait l’amie fidèle de la famille et la gardienne immortelle de son bonheur dans la suite des générations. Il s'agit ici de l’'humble croix de bois noir que M. Quertier, curé de Saint-Denis, vers 1840, arbora comme le drapeau des soldats de la tempérance.
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La Croix de la tempérance.
‘‘Ah, Messieurs, l’avez-vous vue, suspendue aux murs de la maison de famille, entourée d’honneur et de respect? Elle vst là depuis de longues années, témoin du passé, gardienne du présent, et sauvegarde de l'avenir. Elle a vu grandir ct se disperser plus d’une génération peut-être et, devant «lle, chaque soir, des têtes diversement nuancées par la main du temps se sont inclinées dans la prière ; les êtres et es choses y peuvent disparaître et s’y succéder, mais la croix demeure. Elle ne quitte un moment, sa place consacrée dans le vieux logis qu'aux jours où la mort vient y ‘ilumer ses lugubres flambeaux. Alors, ses bras tutélaires sétendent au-dessus du cercueil autour duquel les cœurs brisés s'épanchent en accents de douleur et de foi. — Puis, quand à sonné l’heure du dernier départ, elle aussi, la petite croix noire, franchit le seuil de la maison. Elle précède le triste convoi comme pour tracer au msrt qu'on escorte, la tuute de l'immortalité. Puis, quand le service funèbre est terminé, quand l'orgue a fait entendre ses derniers gémissements, pendant que l'Eglise chante dans son admirable Hturgie l'£go sum resurrectio et vita, la croix, compagne l'déle de celui qui n’est plus, le conduit jusqu’au cimetière, “1 bord de la fosse où il va dormir son dernier sommeil. Vais, là, elle s'arrête, son œuvre est terminée pour celui ‘ui est parti; elle va la recommencer pour ceux qui restent. Et la croix de bois noir rentre au foyer en deuil, héritage “uauste et sacré que la mort transmet à la vie et qui passe “inside génération en génération Pour assurer la perpétuité de la tradition familiale : quasi cursores vitai lampada traunit.
6 (ec) Le développement pittoresque. — Ce tour Tittéraire se pratique sous deux formes égalenent cloquentes ou poétiques :
L Ou bien ce développement est une mise en taleu de l'idée générale, comme on l'explique au N°52 de la splendeur littéraire, Exemple :
L'Habitant canadien
est le noble et vrai type de notre race.
“le nr'extasiais, l'autre jour, dans la contemplation d'un CES paxsiges admirables qui se rencontrent si nombreux sur les rives de notre grand fleuve... Mais il y avait dans ins ce tableau de renouvean et de jeunesse, un personnage
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qui lui donnait la vie: c'était un semeur qui marchait à grands pas dans son champ fraîchement remué. Légèrement incliné vers la terre, il y jetait une semence précieuse. Confiant dans la fécondité de sa patrie et dans les bienfaisantes rosées du ciel. Et je me disais, en admirant ce robuste semeur: le vrai Canadien-Français, c'est lui, c’est l’agriculteur, vivant heureux et libre sur la terre que ses mains ont défrichée.
“A l’image de Dieu, il semble avoir le don de créer et sous ses pas naissent les moissons, les fleurs et les fruits. “Ces beaux arbres qui étendent leur feuillage en parasol, au-dessus de sa maison, c’est lui ou l'ancêtre qui les a plantés et qui en a pris soin. Îls ont grandi sous ses yeux et vieilli avec lui, comme des compagnons aimés de labeurs et de succès, de joies et d'épreuves. — Et ce jardin qui sourit au soleil à côté de sa maison, c'est encore son ouvrage : c’est lui qui l’a taillé, préparé, enclos : c’est sa vaillante femme qui en cultive les légumes et les fleurs; et quand ses petites filles, fleurs vivantes, y vont tresser des bouquets pour l’autel de Marie, il tressaille de bonheur en songeant qu’il est l'auteur de toute cette vie qui l’environne, et de toutes ces espérances qui s’épanouissent et qui dorent son avenir. — Puis ses pensées s'élèvent : il songe que ses parterres fleuris et ses bocages verdoyants sont autant d’encensoirs dont les parfums montent vers le ciel. Toutes ces voix, en effet. qui chantent dans la nature, toutes ces rumeurs qui s'élèvent de la terre, bénissent son créateur... Il y a dans ce tableau plus de poésie, pensez-Vous, que de réalité. Mais veuillez observer que c'est un type, le type de notre race que je veux peindre ; et je maintiens que ce type est réel.... Oui, comme ses ancêtres, l'habitant canadien est un semeur de foi et c'est lui qui garde le plus fidèlement les vertus du foyer domestique. C'est lui qui est Île plus solide fondement d: notre nationalité et la plus ferme espérance de notre avenir. (Sir A.-B. ROUTHIER. |
2 Ou bien le développement pittoresque est li beauté d'un paysage où, comme dans un transparent symbole, resplendit l'idée générale. Et c’est alors dans la page oratoire la beauté d’une copie expressive et idéalisée de la nature.
Exemple. Au Congrès du Parler-Français, 1912. l'abbé Thellier de Poncheville donna sur l'idée g°nérale : la vitalité impérissable du peuple acadien, le développement pittoresque qui suit :
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3, 1912, dée gr:-
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Le chêne et l’Acadien.
‘Une parole de glorification doit se dire, ce soir, à l’honneur spécial d'un de ‘os groupes dont les souffrances et la ténacité indomptable mérite ce privilège : Salut aux Acadiens.
L'héroïque fidélité des Acadiens à leur foi catholique et française leur assure dans leur descendance renouvelée, une impérissable postérité. — Dans vos forêts de géants, quelle force réussirait à empêcher le chêne de grandir? En vain pour limiter son développement, l’entoure-t-on d’un cercle d'acier. Il brise son carcan sans effort et continue de dilater son tronc vigoureux. Parfois il le garde au flanc mais il déborde, le recouvre de son écorce tranquille et se l’incorpore au point qu'il en semble affranchi. Puis il monte toujours plus haut; il s’épanouit toujours plus large sous l'incompressible poussée de sa sève, malgré le fer qui l’étreint au cœur et qu'il a définitivement vaincu. Ainsi, immortels Acadiens, on ne peut, avec plus de succès, s'opposer à l’épanouissement de la vitalité d’un peuple tel que le vôtre: les persécutions mêmes fortifient sa vertu et opèrent son relèvement. Nonobstant toute oppression contraire, vous avez sauvé votre nationalité en péril sur les route de l'exil. Gioire ‘ux fils de l’Acadie qui ont souffert pour la liberté de son ame! Gloire à ses prêtres qui ont été les artisans de sa sur- \ivance et de son triomphe, etc.”’
S 3—De la grandeur morale.
117.—La raison de ce mérite. Dans la création d'une œuvre d'art, écrit saint Thomas, (, qu NXI, art. 11,) il y a l'artiste et l’homme. Comme l'artiste est contenu dans l’homme et non pas l’homme dans l'artiste, la fin spéciale de l'artiste, ne doit pas étre en opposition avec la fin générale de l'homme. — Or, l'œuvre d’art est capable dé faire meil. leur, ou de corrompre qui la goûte. Donc, elle revêt un caractère moral, celui d’être en harmonie où en opposition avec.la fin commune à l’humanité. — Il s'ensuit que l’œuvre d'art, quelque parfaite qu'elle puisse être selon les lois de l’art, est une “uvre détestable si elle est corruptrice des mœurs.
les Grecs, quoique païens, reconnaissaient pour
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82 LA NORMALIENNE les œuvres d'art la nécessité de la grandeur morale. C'est l’enseignement qu'ils donnèrent par la mythologie des Muses. — Les Muses, ces déesses inspiratrices des ouvrages d'esprit parfaits, étaient des êtres uilés aux robes blanches, épris des sommets où ne montent pas les limons de la terre. — Boileau a donc écrit justement :
“Que votre âme et vos mœurs peintes dans vos discours,”
“\N'offrent jamais de vous que de nobles images.”
118.—La grandeur morale? La page a de la grandeur morale quand, à sa lecture, nous devenons meilleurs et elle a cet effet heureux si elle nous donne des impressions ou religieuses, où vertueuses, ou sainement esthétiques.
N. BB. — La lecture abondante des romans, méme honnétes, est au moins esthétiquement condamnable. L'imagination, nourrie, exaltée par les romans, fait de nos liseuses, des réveuses chimériques et ridicules.
119.—Causerie préparatoire à la rédaction de la page didactique. La maitresse relira la direction donnée au N°27. Ici, il suffira d'ajouter: la causerie sera bien ordonnée si la normalienne pose aux élèves les cinq que ons marquées aux N°7 107 et 108. La euuserie terminée, la normalienne ne donnera pas de canevas à son élève, mais elle Lui metfr bien en téte les cinq questions à se poser en face d'une idée générale et cette petite tète où 1 causerie à déterminé une belle ferinentation d'idées, wurdera son initiative pour retrouver, choisir, ordonner, exprimer ses idées. Et ni la dépendance harmonique des idées, ni le charme de mots trouves ne manqueront à la rédaction de l'élève.
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S 4—Les usages de la 3° formule.
N° 120.—La normalienne aura recours à cette formule pour produire la page oratoire.
N° 121. —Guidée par cette formule, la normalienne causera facilement avec ses élèves sur une page du livre de lecture dont le sujet est une idée générale, et cela, N° 122, avec un fruit d’éducation morale assuré.
N°$ 123-124.—L'art acquis par la pratique de cette formule permettra à la normalienne de faire facilement des comptes rendus de discours et de conférences.
N° 125-128.—Ce même art assurera à la normalienne une remarquable habileté pour composer des adresses: Elle ne sera Las embarrassée pour trouver le fait de l'adresse et l’idée générale de l’adresse ; et d’une splendeur de vrai associée à une page oratoire la normalienne aura composé
l'adresse parfaite,
120.—Les utilités de l'art dont l'étude de la 3° formule enrichit l'esprit de la normalienne. Ja premicre utilité de cet art, celle de produire avec succes u'ie page oratoire avec le mérite des trois éléments estrétiques étudiés dans l'article précédent.
I21.—La deuxième utilité: cet art servira à la “onalienne pour causer avec le livre de lecture, — Au cours des lectures expliquées, faites à Ja petite ‘cole, la n rmalienne rencontrera des pages oratoi- Fes: on Y ?Xpose un proverbe, un précepte moral, ne pensé: d'auteur, ete.
L'occasion est bonne pour causer de cette sorte de belles pages. A la petite école, il est judicieux le borner la causerie aux deux premiers éléments de l1 page oratoire, l'idée générale et la valeur morale.
Quant à l'idée générale, la normalienne posera ln uestion : Quelle est l'idée, la pensée que l'écrivain “eut exposer aux lecteurs? — Quand enfin cette ie aura été trouvée et bie
n énoncée, la norma-