‹ La normalienne en belles-lettres [microforme]Chapitre 45 sur 78 · TAS · texte numérisé non relu

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(b)—ou bien c'est un aperçu nouveau sur le sujet; une manière de voir, voulons-nous dire, trèspersonnelle, tout à fait originale, mais pleine de bon sens et G'enchantement pour l'imagination. Exemple. Comment le poète A. Lozeau aperçoit un coucher de Soleil.

‘Comme sont morts les preux dans la gloire et le sang Au soir du jour frappés au cœur d’un fer puissant, Le soleil, chevalier bardé d’or qui s'irise,

Dans le champ de l’azur, tout sanglant, agonise ;

De son sein à longs flots jaillit la pourpre en feu Qui coule, se propage et s’épand dans le bleu.

(c)—C'est enfin une combinaison nouvelle ét goütée de vieilles choses; bref, c'est le mérite d’un plan original avec des éléments familiers à bien d'autres auteurs. Exemple : Tous les récits intéressants d'un fait historique fréquemment raconté.

193.-—Le poème et les petites poésies. A la question : ce poème est-il une belle page poétique, la normalienne pourra répondre: Cette page est de belle poésie, belle de la beauté de ce que l’on appelle les petites poésies.

Les poèmes écrits ou d'inspiration, ou d’enthousiasme, constituent la grande poésie: ils ont en effet un air majestueux.

Les poèmes de petites poésies ne renferment que des jolivetés sur des sujets de modeste proportion. Et ces jolivetés sont de fines pensées, des sentiments délicats, de gracieuses images, des phrases châtiécs.

Exemple: Vers de A. de Musset à M. Charles Nodier. — Autre exemple : ‘La mort d’un papillon"? par le poète G. Beaulieu.

“La mort d’un papillon.”

Un pauvre papillon allait enfin mourir

Las de voler toujours et de toujours courir

Où le menait sans trève un caprice ou une brise. 11 s'était arrêté dans la poussière grise

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Au milieu du chemin Or pendant que l’insecte avant de s'en aller Aux sphères qu'en mourant les bêtes vont peupler Repassait

revoyait tout ce qu'il avait vu:

Le feuillage des pins, les prèles aux frêles tiges, Les champs de trèfle avec leurs éternels prodiges Les seigles et les foins, les épis verts des blés, Les nids mystérieux...

Pendant qu’il revoyait, en esprit, tant de roses Sous son regard fiévreux à chaque jour écloses, Et qu'ayant tout revu, tout aimé de nouveau, Il allait rendre l’âme et s'envoler là-haut Un entomologiste, échappé du collège Le piqua gravement à son casque de liège.

194.—Le poème ct l’élocution poétique : A la question: Ce poème est-il une belle page de poésie, la normalienne pourra répondre : Cette page possède la beuuté d'une poésie, la poésie d’élocution. Il est evident qu'une poésie d’élocution doit interpréter

k\ poésie des conceptions. L'idéal dont le poète “illumine et s'émeut, doit répandre un éclat cupé- ‘eur sur son langage non moins que sur ses pen-

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La poésie d'élocution à pour caractère lu possession éclatante des qualités infiniment diverses du ‘fule. C'était le sentiment des Anciens : ils qualitient de langage des dieux le style de leurs grands portes, Toutefois les qualités essentielles de l’élocution poétique se rencontrent dans l'éminente beuité de ses images et de son rythme.

L1 parole imagée, celle qui peint avee une vivacité intense. Il est incentestable que la parole poéique est essentiellement imägée puisque l'imagination, créatrice de visions grandes et vives, est la faculté distinetive du poète.

L1 parole harmonieuse, celle qui abonde en formes sonores et en formes rythmées : il est aussi in- “onfestable que le poète parle très harmonieusement

puisque, comme parlaient les Anciens, exalté par ses idéales visions, le poète prend sa lyre et chante. Exemples : ‘Les lucioles’”” par A. Lozeau.

“Les lucioles.’”

Dans l’affollement de leurs courses, De petites mouches de flamme Semblent jaillir des noires sources En resplendissants rayons d'âme...

C'est que, dans les reflets d'étoiles, Traçant sur l’eau des auréoles, Comme des filaments de voiles

En ‘eu, passent les lucioles....

Brillantes des clartés de lune Blanches des éclats de lumière

Que leurs ailes font dans la brume Dont s’enveloppe la clairière....

L'œil sent leurs vives arabesques Leur capricieuse volée :

Zigzags d'éclairs d’or pittoresques Clairs flocons de lumière ailée....

Et longtemps, sans lasser leurs ailes Eprises de courses frivoles,

Le long des heures solennelles Passent les blondes lucioles.

N. B. — Ce serait dommage que ce langage aux images éclatantes et aux splendeurs sonores couvrit des pensées vulgaires, ou de pauvres sentiments.

ge aux ouvrit nts.

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