CHAPITRE. VII L'EPOPEE
N. B. — Jes épopées à lire au cours de ce chapitre VIII sont les suivantes :
L'Iliude d'Homère, L'Enéide de Virgile, la Jérusalem délivrée du Tasse, les Lusiades de Camoëns, le Paradis perdu de Milton, la Messiade de Klopstock. Cependant, quand l'auteur rédigeait ces leçons, il avait sous les yeux, particulièrement, les épopées d'Homère, de Virgile et du Tasse.
L'épopée.
195.—La place de l'épopée dans la poésie. T'épopée, l'un des trois grands genres poétiques, est au sentiment d'Aristote la plus belle création des pottes; aussi a-t-il appelé cette sorte de poème des
tragiques récits, du nom d’épopée, c'est-à-dire an sens étrmologique du mot: la parole créée par excellence. On est facilement de l'avis d’Aristot: quand on réfléchit que le poète d’épopée doit posséder un génie doué de tous les dons de la poésie e: particulièrement d'un esprit encyclopédique et d’un: imagination très riche et très diverse.
196.—La nature de l'épopée. Avec les modernes. on définit l'épopée, le récit poétique d’une action mémorable, héroïque et merveilleuse (poétique siunifie ici: melé de fictions). — D'après Aristot:. l'épopée est une tragédie immense présentée en recits: — C'es récits qui nous retracent les phases du fait épique, constituent les chants de l’épopée; — et ces récits renferment des scènes dramatiques d’un sens si complet que les dramaturges en peuvent extraire le thème suffisant de belles tragédies; — ct ces récits sont coupés d'épisodes, faits secondaires ou descriptions, que le poète multiplie pour ron:pre la monotonie de l’action épique.
a pi-
'éruëns, lop-
ces
, les
— et
aires ron)-
197.—Les bea. és de l'épopée. Les voici: -— 1. ls beautés de la matière épique au nombre de quare: celle de l'action mémorable; — celle de l’acton héroïque; — celle de l'action merveilleuse ; — le des épisodes. — 2, Les beautés de la forme rique (du style) au nombre de trois : — celle de la neestés; — celle du mouvement ; — celle du coloris.
UP ES te de
ÿ I—Les beautés de la matière épique.
198.—La beauté de l'action mémorable. Le fait le l'épopée est une action mémorable, on veut dire “ne action capable de créer chez les peuples civilisun éternelintérét, et cela pour deux raisons.
a) Grace au récit du fait épique et grâce aux “phisodes, le poète a mis sous nos yeux une civilisalon, la civilisation d'une race à l’un des plus insi-
unes moments de son existence ; par exemple, dans l'Iliade, les Grecs et les Troyens donnent en spectaele, avec infiniment de détails, leur état social intelhetuel et artistique, religieux ct moral. Exemples :
Pour la religion: — Sacrifice d’expiation et d’amende honorable que, avec les Grecs, Aygamemnon, leur chef souverain, offre à Apollon, le dieu outragé duis la personne de son prètre Chrysès. Lire au
chant ] de l'Iliade :
‘Cependant Ulysse et ses compagnons touchent aux bords de Chryse, conduisant l'hécatombe sacrée. Lorsqu'ils sont entrés dans la profonde enceinte du port, ils plient les voiles, les posent âu fond du navire, abaissent promptement le mät soutenu par les câbles, abordent à force de rames, jettent les ancres, et aAttachent le vaisseau. Ils descendent sur le rivage de la mer; l’hécatombe les suit, et Chryséis descend du navire qui fendit les ondes. Le sage Ulysse la conduit d’abord à l'autel; et la remettant entre les mains d'un père chéri: O Chrysès, dit-il, Agamemnon, le roi des, hommes, m’a ordonné de te ramener ta fille, et d'offrir en faveur des Grecs, au fils de Latone, cette hécatombe sacrée, pour apaiser ce dieu dont les traits nous ont coûté
tant de soupirs. En disant ces mots, il la met dans le bras du vieillard qui reçoit avec transport sa fille chérie Ils rangent aussitôt l'hécatombe autour du superbe autel: ils versent sur leurs mains une eau pure, et prennent l'org sucrée, Chrysès cependant, les bras levés vers le ciel, pri: à haute voix :......
Il dit, et Apollon l'écouta. Après qu'ils l'ont invoqué «1 répandu l'orge sacrée, ils lèvent la tête des taureaux vers le ciel, les égorgent, les dépouillent, séparant les parties consacrées au dieu: deux fois elles sont couvertes de graisxe et des laribeaux sanglants des victimes. Le vieillard allume l'offrande sur des rameaux, et fait des libations d'un vin couleur de pourpre. Des jeunes gens à côté de lui tenaient de longs dards dans leurs mains. Dès que l’offrande est consumée, et qu'ils ont goûté des entrailles, ils partagent le reste des victimes, en couvrent les dards, les présentent avec soin aux flammes, et les retirent. Tout étant pret. ils s’abandonnent à la joie du festin, et participent tous également à l'abondance. Lorsqu'ils ont contenté la faim et la soif, des jeunes gens remplissent les coupes, et, apres avoir commencé les libations, ils les portent aux assistants.
Cependant les Grecs apaisaient Apollon par des chants prolongés jusqu’à la fin du jour; 1ls entonnent l'hymne de ce dieu, et célèbrent celui qui lance le trait rapide du haut des cieux: il se plaisait à les entendre. Quand le soliel à fini sa carrière, et que les ténèbres se répandent, ils s'en. dorment auprès de leur vaisseau ; et, dès que paraît la maitinale aurore aux doigts de rose, ils retournent vers l’armée des Grecs. Apollon, désarmé, fait souffler un vent favorable: ils élèvent le mât, déploient les voiles blanchissantes; le vent enfle les voiles; les vagues émues retentissent avec grand bruit autour du navire dans son essor ; il vole sur les flots en sillonnant sa route. Arrivés au camp des Grecs, ils tirent le vaisseau sur les sables du rivages, et, le la. çant sur de longs rouleaux, ils se dispersent parmi les tin tes.”
Pour les arts: lire cette description des armes d’Agamemnon au chant XI de l’Iliade :
‘‘Agamemnon ordonne aux Grecs de s’armer, et revit le premier l’airain éclatant. Des agrafes d'argent attachent autour de ses pieds ses brodequins superbes. Il endos:. la cuirasse que lui donna Cinyras comme un gage de leur :mitié; car la Renommée avait annoncé jusque dans Cypre jue les Grecs rassemblés voguaient vers Troie; c’est alors ‘jue, pour marquer son zèle au monarque, il l'enrichit de ce ‘ton.
ns le< hérie autel :
l'org.
, pris
qué et K vers parties rraisse allume in vin naient de est tagent entent pret, t tous , faim apres ints.
chants ne de a haut oliel à sy s'en- mati- 'armée rable :
es; le L avec sur les Grecs, le }ila- »s ten
arnies
vet le achent gs la r 2mire :jue 8 que, e ‘ton,
ss
rt
Lux lignes serrées d'un noir acier, douze éclatantes d'or, vingt d'étain luisant en fortifiaient et en variaient la race: aux deux côtés s'étendaient trois serpents azurés ut la figure imitait l'arc d'Iris, signe mémorable aux
ljumains, que Jupiter imprima dans les nues. Le roi sus-
rend à ses épaules son épée parsemée d'étoiles d'or; le irreau d'argent est attaché à un baudrier dont l'or forme tissu. Il prend son bouclier solide qui, embelli d’orne-
“onts, le couvre tout entier. Dix cercles d’airain le bor-
dent ; vingt bossettes luisantes entourent le globe ténébreux.
La est représentée la sombre Gorgone, dont l'œil féroce lance
des regards funestes: elle est environnée et de la Terreur
et de la Fuite, Du bouclier pend une courroie d’argent ; il
\ rampe à replis tortueux un dragon noir, à trois têtes
recourbéss sorties d'un seul tronc. Atride met sur son front
un casque brillant, chargé dr uatre aigrettes, au-dessus desquelles flotte le panache te: et sa main saisit deux fortes lances dont l'airain acére r. plendit jusqu'au cieux.”
Pour l'hospitalité: Vire au chant XI de l’Iliade le cordial accueil que Nestor fait au héros blessé Machaon, qu'il ramène du combat sur son char.
‘En ce moment les deux guerriers, arrivés devant la tente de Nestor, descendaient du char. Eurymédon, écuyer du vivillard dételle les coursiers, tandis que les chefs s’arrètent au bord de la mer, sèchent au souffle du zéphir la sueur dont leurs vêtements sont trempés. Ils entrent ensuite dans la tente et s'y reposent. Hécamède, à la belle che- \elure, leur présente une boisson agréable: fille du magnanime Arsinous, le vieillard l'avait emmenée de Ténédos, lursque Achille s’en rendit maître, et les Grecs l’avaient donnée à Nestor comme un prix de sa rare sagesse. Elle leur dresse une table luisante aux pieds d’azur, et leur sert, dans un vase d’airain, du miel frais, l’ognon qui irrite la soif, et la fleur du fruit de Cérès. Elle pose sur cette table la superbe coupe que Nestor apporta de sa demeure, cenpe à fond double, et, qui, enrichie d'étoiles brillantes, à quatre anses ; sur chaque anse paissent deux colombes d’or. Un autre vieillard n'aurait pu facilement l’ébranler lorsqu'elle était remplie; Nestor la soulevait sans peine. Hévamède, semblable à une déesse par sa beauté, verse dans là coupe un vin doux et huileux, y râpe, avec un instrument d'airain, du laitage caillé de chèvre, et poudre la surface d'une blanche farine. La boisson préparée, elle les exhorte