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à s'en abreuver. Ils étanchaient leur ardente soif et leur entretien suspendait leurs peines: Patrocle, tel qu'un dieu, paraît tout à coup devant la tente.'’
(b) En racontant le fait épique, ce que le poît peint avec une savante psychologie, c'est La nature humaine même et voilà encore de quoi intéresser éternellement les peuples civilisés.
Les exemples: On pourrait lire au chant II de l'Iliade comme le peuple, ému par les rumeurs publi ques et les discours contradictoires de ses meneurs, change facilement d’ime: ce peuple grec y apparait également facile à se désespérer et à s’exalter. — On pourrait encore lire au chant VI de l’Iliade cette scène profondément humaine de deux héros, Diomède et Glaucus, s’élançant avec une rage martiale l’un contre l’autre — puis se reconnaissant comme amis par suite d'une vieille hospitalité et se jurant une inaltérable affection.
On pourrait lire encore comme manifestations d'une nature profondément humaine, au chant V! de l’Iliade, la dernière visite d'Hector au palais de son père ; au chant XXII les larmes et les instancede Priam et d’Hécube pressant Hector de rentrer dans la ville et au chant XXIV toutes les scènes d: Priam désolé au milieu des siens, où humilié aux
pieds d’Achille.
199.—L'élément caduc de cette beauté. Le poët, d'épopée étant homme de son siècle et de sa racr mêle aux manifestations de la vraie nature humain celles des préjugés qui gatent son esprit et son cœur. Par cet endroit ses créations littéraires n'ont eu qu'un intérêt caduc, celui qu'y prit la génératio d'hommes à laquelle il appartenait. Ainsi par e:emple, le pieux Enée, comme parle Virgile, nou: intéresse par sa croyance à la divinité et aux soins providentiels de la divinité : ce sentiment est propie à la nature humaine ; — mais Ence cesse de no1:
intuiesser par son culte de sa divine mère, Vénus; «a est de l’homme égaré par un préjugé ridicule «t par cet endroit Virgile n’assura à son Enéide qu un intérèt local et éphémère.
200.—La beauté de l’héroïsme dans l’action. I,’entreprise racontée dans le poème ne peut être l'ouvue d'homme d’une valeur vulgaire. Pour aboutir à bien, cette entreprise requiert l’'héroisme. Cet hroïsme n’est pas celui d’un seul personnage. Quelque divin qu'il soit, le héros principal ne suffit pus à la tâche. C’est une pléiade de héros (voir Iiide, chant II la revue des armées) qui, par leur concours, et sous la conduite du personnage princip«l, accomplissent l’action épique. .Cet héroïsme ere un éternel intérét. Ce qui arive cet intérêt, «est que le poème fait éclater un héroïsme infiniment nuancé. Cet héroïsme, en effet, selon les personnages épiques, apparaît plus intelligent ou plus instinetif, plus humain ou plus grossier.
Par exemple. Achille qui se plaît si passionnémnt dans les labeurs de la guerre, nous apparaît inopinément, au chant IX de l'Iliade, jouant de la lie avec goût.
“Arrivés près des tentes des Phthiotes les députés trouvent Achille qui charmait sa douleur par les mâles accents de sa lyre. Belle, richement décorée, la couronne en était d'argent, et il l’avait acquise des dépouilles de Thèbes ravaste par son bras: avec cette lyre il charmait sa douleur, ei chantait les exploits des héros. Le seul Patrocle était assis dans la tente en face du guerrier ; il attendait dans un profond silence que le petit-fils d'Éacus eût terminé son chant. Mais les députés, conduits par le sage Ulysse, s’avanvent, et paraissent devant Achille. Surpris, il se lève, dépose sa lyre et porte vers eux ses pas.”
le qui avive encore cet intérêt de l'héroïsme c'est qu. les héros sont des caractères.
201.—Les caractères: Les héros ne sont pas des idées abstraites, mais des âmes vivantes. Qu'est-ce
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que cela veut dire? Etant hommes de caractère mais enfin des hommes et non pas des idées, les héros de l'épopée ont une âme marquée d’un trait dominant mais ne le possédant pas d’une manière inaltérable. Le héros est inflexible, puisqu'il a un caractère, mais quelquefois, il apparaît ondoyant et divers; le héros est rigide, mais il lui arrive de s'attendrir ; le héros garde habituellement l'attitude d’âme qui lui a été donnée, mais avec des balance. ments. C’est la vraie psychologie qui exige des ombres d'inconstance. ‘Toutefois aux grands cœurs donnez quelques faiblesses’, écrivait Boileau.
202.—La beauté du meveilleux divin. Le merveilleux, c'est l'intervention éclatante de la divinité dans les exploits et l'œuvre des héros. Les exemples de l'intervention des dieux abondent dans l'Iliade et l’Enéide.
La querelle de Boileau. L'auteur de l'Art poctique enseignait ceci: Dans l'épopée, il y a place pour le merveilleux païen : c’est un intéressant jeu poëtique; mais prenons garde de n’y pas laisser pénétrer le merveilleux chrétien: ce serait là un jeu sacrilège :
De la foi d’un chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont pas susceptibles.
Réponse à Boileau : —
(a) Comme ornement poétique, le merveilleux chrétien entre heureusement dans l'épopée puisaue ce merveilleux offre les caractères opposés du majestueux et du gracieux, du souriant et du terrible et de toutes les nuances qui se rencontrent entre ces points extrêmes.
(b) Comme vérité de foi, le merveilleux entre heureusement dans l’épopée, puisque l'action épique est mémorable, héroïque à ce point qu’il y va de la destinée d’un peuple, ou à tout le moins de sa civi-
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lisation ; or, dans l’histoire des peuples sous le Nouveau aussi bien que sous l’Ancien Testament, Dieu «st souvent intervenu avec éclat. Donc notre foi invite le poète de faire entrer en scène le Dieu des nations, agissant par lui-même ou par l’intermédiuire d'hommes qu'il inspire manifestement.
Enfin la bonne réponse à Boileau, nous la trouvons duns les pages diversement belles de la Messiade et du Paradis perdu :
Quant à l’usage sacrilège ou à la sacrilège impression que Boileau appréhende dans l'emploi du merveilleux chrétien, nous répondons que le poète chrétien peut facilement éviter toute ‘egrettable profanation.
203.—La beauté des épisodes. Ces digressions, ces épisodes sont des descriptions ou des récits. Les descriptions ou les récits épisodiques sont des pages que l’on peut retrancher du poème sans que l'action ‘pique soit entâmée dans son intérêt et sa vraisem- Llance; et ce sont des pages, aux caractères les plus variées, intentionnellement intercalées dans le poéme pour reposer de l'action épique.
Lu grande utilité de ces digressions relativement brèves, c’est d’être un ornement du récit épique. Cependant l'auteur de l'épopée n’imagine pas ces morceaux littéraires seulement pour enchanter le lecteur par le charme d’une poésie infiniment diverse. Le poète prétend à aviver l'intérêt de l’action épique de l’une ou l’autre des façons suivantes : (a)—la description ou le récit épisodique sera comme une donnée de l'histoire qui rend plus vraisemblibles, plus faciles à entendre certaines péripéties de l'action épique. Exemple. Au chant XVIII de l'Iliade, la description du bouclier d'Achille, ouvrage du divin Vulcain, explique aux lecteurs la soudaine défaillance et la fuite du brave Hector à la rencon-
tre d'Achille, — (b) La description ou le récit Épisodique sera comme un cadre où le héros apparaitra avec un plus vif relief pour l’accomplissement de l'une de ses mémorables tâches. Exemple, au chant VIII de l’Iliade, la description de l’assemblée des dieux dans l'Olympe et de Jupiter sur le mont Ida au moment où les héros grecs et troyens se heurtent dans le combat suprème — (ce) Les épisodes sont des occasions imaginées pour faire éclater un aspect ignoré de civilisation, ou un trait inconnu du caractère d’un héros. Exemple. Au chant VI de l’Iliade, les adieux d'Hector à Andromaaue manifestent li tendresse paternelle et l'affection conjugale de ce dur homme de guerre.
“Hector s'éloigne promptement : et, reprenant le chemin qu'il à parcouru le long des édifices de Troie, il travers cette ville immense, et arrive aux portes de Scées pour + rendre dans la campagne. Là, Andromaque acvourt à «1 rencontre. Dotée de grandes richesses, elle était fille du magnanime Eétion qui habita Thèbes dans la verte Hyp. placie, et gouverna les Ciliciens: c'est ce roi dont la fil! avait épousé le valeureux Hector. Elle vient à la rencontre du guerrier, accompagnée de la nourrice qui portait sur son sein leur jeune fils, unique et tendre rejeton, aussi beau qu'un astre brillant. Hector l’appelait Scan. .ndriu: : tous les Troyens lui donnaient le nom d’Astyanax, parce que son père était le défenseur d'’Ilion. Le guerrier | regarde avec un sourire caressant, et ne peut proférer wie parole. Andiomaque, l'œil chargé de pleurs, s'avance, s : sit la main de son époux, et lui dit:
Prince trop prodigue de tes jours, ton courage te per dra: tu es sans pitié pour ce tendre enfant, et pour m. ta malheureuse épouse, qui dans peu serai ta veuve ; car |:< Grecs réuniront tous leurs efforts pour t’arracher bientot la vie. Dieux! si je dois être abandonnée de toi, il vaut mieux que je descende dans le tombeau: il ne me resi: point d’autre consolation après ton trépas, et je n’aurai pour partage que la douleur et le deuil, Je n'ai plus ni men père ni ma mère Hector, je retrouve en toi et mu: père, et ma :nère, et mes frères, cur tu es mon tendre époux. Prends donc r'tié le moi, et demeure ici devant cette tour. si tu ne veu. laisser ta femme veuve et ton fils orphe!i:.
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Ancte les troupes auprès du figuier sauvage ; c'est la place wi l'on peut le plus aisément escalader nos murs: là nos plus vaillants ennemis, les deux Ajax et l’illustre Idomé-
Chère épouse, répondit Hector, je partage vivement tes alarmes ; mais je ne puis penser sans frémir aux reproches des Troyens et des généreuses Troyennes, si, comme un lâche, je me tenais à l’écart pour éviter le combat; et mon courage me prescrit une autre loi. J’appris à mépriser toujours Les périls, et à combattre à la tête des Troyens pour soutenir la gloire éclatante de mon père et la mienne. Je le sais cependant, Ilion est menacée de périr un jour avec Priam et le peuple de ce roi dont la lance fut si longtemps redoutée ; et dans ce malheur, j’éprouverais des regrets moins douloureux pour la destinée des Troyens, et même d'Hécube, du roi Priam et de mes frères, que pour ta destinte, si l’un des chefs de la Grèce, éteincelant d’airain, t'entraînait tout en larmes, te dépouillait de la douce liberté: conduite dans Argos, tu ourdirais la trame sous les ordres d'une autre, ou tu puiserais de l’eau dans la fontaine de Messéis où d’'Hypérée, malgré la révolte de ton cœur, accablée sous la plus dure contrainte. Alors quelque Grec dirait en voyant couler tes larmes: Voilà l’épouse d’Hector, de ce uuerrier qui, par ses exploits, se distinguait des Troyens les plus valeureux lorsque l’on combattait autour d’Ilion. Mais avant que j’entende tes cris et que je te voie arracher de tea palais, puisse la terre amoncelée couvrir mes cendres !
Après avoir ainsi parlé, il approche de son fils et lui tend ks bras. L'enfant, à l'aspect d’un père qu’il aime, épouvanté par l'éclat des armes et du panache menaçant et terrible qu'il voit flotter au sommet du casque, se rejette en arrière, se cache dans le sein de sa nourrice, et pousse un eri d'effroi. Son père et sa mère se rient de sa frayeur. Le héros Ôte aussitôt et pose à terre son casque éclatant ; il buse son fils avec tendresse, le balance doucement entre ses bras, et adresse à Jupiter et aux autres dieux cette prière: Jupiter, et vous tous, dieux de l’Olympe, que mon fils soit, ainsi que moi, illustre parmi les Troyens ; qu’il soit animé de la même force et de la mème audace; qu’il règne dans Iion, et qu’on dise un jour, en le voyant revenir des combats chargé des dépouilles sanglantes d’un ennemi immolé de sa main: Ïl est plus vaillant que son père; et puisse le cuur de sa mère se réjouir à ce discours!
11 dit, et remet son fils entre les bras de son épouse chérie qui le regarde avec un sourire entremêlé de larmes. Ce spectacle attendrit le héros. Chère épouse, dit-il, en la flat-
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