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150 LA NORMALUNNE
tant de sa main, ne te livre point à cette douleur profonde, Nul mortel ne peut me précipiter dans la tombe avant l'heure marquée par les destins; Mais veuille rentrer dans ta demeure, reprends tes travaux assidus, la toile et les fuseaux, et veille sur l'emploi de tes femmes. La guerre est le partage des hommes nés dans Ilion, et surtout mon partage.
En achevant ces mots, il couvre son front guerrier du casque chargé de crins flottants. Sa tendre épouse s'éloigne, se rend vers sa demeure ; elle se retournait à chaque pus, et versait un torrent de larmes. Arrivée au palais d’Hec. tor, elle y trouve toutes ses femmes rassemblées, et réveille dans leurs cœurs la tristesse et le deuil: Hector, vivant en. core, est pleuré par elles dans son palais; elles ne se flat. tent plus qu’il retourne du combat et puisse échapper à la fureur des Grecs.
S 2Z—Les beautés de la forme épique, (du style).
204.—La beauté de la majesté. La majesté du style est une façon de dire et d'écrire noblement et dignement; le style d'épopée est nécessairement majestueux ; il l’est pour trois raisons.
(a)—Le langage épique doit être au niveau du genre. Or le poète d'épopée ne joue pas sur le chalumeau (poésies légères) comme s’exprimaient les Anciens, mais il embouche la trompette éclatante (poésies solennelles),
(b)—Le langage épique doit être au niveau des âmes. Or les âmes des héros sont grandes, élevées, non pas vulgaires, grossières.
(ce) —Le langage épique doit être au niveau des faits. Or les faits d’épopée sont mémorables et splendides.
Exemples de ce style majestueux: Au chant XVIII de l’Iliade, lisez cette apparition d'Achille aux remparts des Grecs, effrovable aux Troyens.
En disant ces mots, la déesse s'envole, et Achille, amé de Jupiter, se lève. Pallas couvre de son égide immort:le
le sein mâle du héros, et lui couronne le front d’un nn ige doré au haut duquel s'allume une flamme éclatante. Come,
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durant tout le jour, la fumée ardente s'élève d’une île lointiine qu’entoure l’ennemi, tandis que les assiégés, sortis de leurs remparts, livrent un horrible combat ; dès que le s0lil a disparu, les feux brûlant sur toutes les tours, envoient leur rapide éclat jusques aux nues pour exciter les peuples voisins à venir, dans leurs vaisseaux, écarter la guerre de «es murs: telle est la vive lumière qui part du front d’Achille et s'élève dans l’espace immense du ciel. Il s’avance, hors de la muraille, jusques au bord au fossé; là, sans se meler aux combattants, docile aux ordres prudents de sa mere, il fait retentir sa voix. Pallas l’accompagne de sa voix terrible, et produit un affreux tumulte parmi les Troyens. Tel qu’éclate dans les airs le son fort et perçant de la trompette guerrière, quand les ennemis dont une ville est ceinte, montent à l’assaut, ne respirant que sang et ruines ; telle est la voix éclatante du petit-fils d'Eaque. A ce cri d'Achille, cri sorti comme d’une poitrine d’airain, tous les Troyens sont saisis d'’effroi; les superbes coursiers, présaveant des malheurs, tournent en arrière leurs chars; les écuyers sont frappés de consternation à la vue du feu continuel, épouvantable, qui, allumé par Minerve, luit sur la tète du magnanime fils de Pélée. Le héros cria trois fois au bord du fossé: et trois fois les Troyens et leurs intrérides alliés se troublèrent et furent mis en déroute: là périrent douze de leurs principaux combattants, embarrassés de leurs chars, et percés de leurs propres armes.
Au chant XV de l’Iliade, lisez le tableau d’Apollon portant dans la bataille sa terrible égide.
Les Troyens serrent leurs rangs et commencent la charge. Hector les conduit traversant la plaine à grands pas, et Apollon le précède, environné d’un nuage; il tient en main l'égide impétueuse, terrible, hérissée de traits et dardant des flammes, que Vulcain remit à Jupiter pour être portée dans les batailles, et y répandre la terreur et la fuite. Armé de cette égide, il devançait les troupes. Les Grecs serrent aussi Jeurs rangs, et soutiennent cette attaque furieuse. Des deux côtés s'élèvent des cris perçants: les traits volent des arcs; les nombreux javelots s’élancent des mains hardies; les uns s’enfoncent dans le sein de jeunes guerriers ; les autres se plongent dans la terre au milieu des deux troupes, iltérés de sang. Tant que l’égide était immobile dans les mains d’Apollon, les traits de l’un et l’autre parti apportaient la mort: mais, lorsqu’en face des Grecs il l’ébranle, et accompagne ce mouvement d’un cri terrible, il glace le
courage dans leurs cœurs et fait évanouir toute leur audace.