‹ La normalienne en belles-lettresChapitre 15 sur 56 · Procédé du développement littéraire oii il · texte numérisé non relu

Procédé du développement littéraire oii il

est donné de goûter la splendeur. Quand la normalienne aura choisi les plus intéressantes des idées secondaires fournies par le procédé d'invention, elle se demandera par quels développements littéraires elle les fera valoir: Il y a trois sortes de développements, sources de splendeur, principes de parfaites exécutions.

112. — (a) Le développement didactique, — il consiste dans l'explication de l'idée, dans l'énumération des éléments constitutifs de l'idée générale, idée de nature, ou de cause, etc., etc. Et ce développement est littéraire; il contient de la splendeur quand r imagination d'expression y a semé ses mots magiques.

\j'd beauté du développement didactique est celle d'une dialectique pénétrée du charme d'une imagination sobre. Deux exemples :

Au Congrès eucharistique de Montréal, en 1010, Sir Lomer Gouin mit en relief par une analogie cette idée générale : l'Eglise fut bienfaisante à notre race.

"Un jour de fête nationale, un de nos prédécesseurs, après avoir parlé du caractère affable et bon des Canadiens-français, après avoir décrit leurs mœurs douces et simples et fait le tableau du bonheur dont jouissaient nos patriarcales familles d'agriculteurs, concluait en s'écriant : La France a passé là". — A qui s'étonne de notre vitalité, à qui cherche le secret de notre bonheur comme peuple, ne pouvons-nous pas dire à notre tour : L'Eglise a passé, ou mieux encore, l'Eglise est restée chez nous. — Elle a passé avec ses missionnaires, avec ses martyrs dont le sang a fécondé le sol de notre patrie ; elle est restée avec ses apôtres et ses saints, avec ses évêques et ses prêtres, ses religieux et ses religieuses, ses éducateurs et ses éducatrices, qui ne cessent de semer le bienfait de leurs enseignements et de leurs vertus sur tous nos rivages et le long de tous nos chemins"

Dans la même occasion solennelle, M. M. Tellier donnait, sur une autre idée générale, le pourquoi historique de notre catholicisme, ce remarquable développement didactique.

"C'est pour le Christ que ce pays fut conquis à la civilisation. Le «premier acte du découvreur Jacques-Cartier, en mettant le pied sur ce sol, ce fut d'y élever une grande croix, surmontée des armes de la France et, dans son rapport au roi François I, il disait : Tout ce beau et riche pays donne une espérance de l'augmentation de notre sainte Foi. — Tous ceux qui sont venus après Cartier et qui ont jeté les bases de la Colonie, comme lui, n'avaient qu'un souci principal, étendre le règne de Jésus-Christ sur cette terre. Ils l'ont prouvé en n'amenant à leur suite que des personnes d'une foi reconnue et en faisant évangéliser les sauvages au lieu de les subjuguer par la force. — Au moment de la conquête, quand, après la plus héroïque des luttes, il tomba vaincu, écrasé par le nombre, le Canadien sut trouver encore assez d'énergie dans son âme pour réclamer du vainqueur et se faire concéder le libre exercice de son culte. Plus tard.

lorsque les insurgés de la Nouvelle-Angleterre lui proposèrent de faire cause commune avec eux pour secouer le joug de la Métropole, le Canadien préféra rester fidèle à la couronne britannique à cause des garanties qu'elle donnait à ses intérêts religieux. — C'est donc à l'ombre de la Croix que le Canada est né, et c'est sous son égide qu'il s'est développé et qu'il continue de vivre ; aussi, le Canadien tient-il à sa foi comme il tient à la vie.

113 (b) Le développement dramatique. Cette forme d 'amplification oratoire consiste à faire rayonner et palpiter l'idée générale dans une mise en scène toute vivante.

Exemple tiré du discours de M. l'abbé A. Morisset, au Congrès de Tempérance, à Québec, en 1910.

Le crime du suicide alcoolique.

* 'C'est une singulière chose que l'alcool! Ceux qui le vendent en vivent ; ceux qui le boivent, en meurent ! — Ah ! dans notre amour sincère pour les hommes, pour les jeunes gens, nous leur avons crié: Ami, prends garde: l'alcool te brûle l'estomac ; il t'empoisonne le sang. — N'importe. — Mon ami, l'alcool te détraque le système nerveux, te dérange le cerveau, te brise le cœur. — N'importe. — Mais, mon pauvre ami, tes forces s'en vont ; quelques années, quelques mois, quelques jours encore, et la mort portera le dernier coup à ta snnté. — N'importe. — Et les malheureux, comme des insensés, riant, s'amusant courent au tombeau. — O malheur ! — Mes Frères, la vie est un bien, le plus grand bien en ce monde. Et cette vie, que Dieu nous a prêtée, il ne nous est pas loisible de l'abréger sans répondre de cette conduite devant le Souverain Maître. C'est déjà terrible de comi)araître au tribunal de Dieu quand lui-même nous appelle à l'heure qu'il avait marquée. Que sera-ce donc d'arriver devant lui sans sa permission, après s'être tué lentement mais sûrement !"

114 A'. B. — Quand la normalienne rencontrera dans la page oratoire itn exemple, c'est-à-dire, un personnage mis en scène, elle se gardera de ranger r exemple parmi les idées secondaires dont le procédé d'inccntion (X° 107) lui donne le secret. Qu'elle ne se trompe pas, on parle de l'exemple à propos du procédé de développement.

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L'exemple dans la page oratoire nent pus une idée secondaire, mais le tour littéraire auquel V écrivain s'attache pour présenter dramatiquement Vidée secondaire ou de nature, ou de cause, ou d'effet, etc. — Et pour réussir cette sorte de développement, — d'abord, la normalienne trouvera le personnage sur les lèvres de qui, ou dans la vie duquel l'idée générale à traiter éclate. — Ensuite, elle cherchera le cadre dans lequel le personnage paraîtra ; — enfin, elle écrira sa vision. Ainsi, par exemple, pour dramatiser l'idée générale : Canadien, aime ton pays, la normalienne peindra Crémazie, au retour d'Europe, encore sur le bateau dans la rade de Que-, bec, puis fera envoler de ses lèvres la strophe ailée.

0 Canada, quand sur ta rive Ton heureux fils est de retour Rempli d'une ivresse plus vive, Son cœur répète avec amour :

Heureux qui peut passer sa vie, Toujours fidèle à te servir Et dans tes bras, mère chérie, Peut rendre son dernier soupir !

115. — N. B. — Le drame d'une large prosopopée est encore une des formes du développement oratoire dont nous causons, ici, quand ce tour littéraire sert à enfoncer une idée générale dans l'âme de l'auditeur. Exemple : Au Congrès de Tempérance, Québec, 1910, J\l. T. Chapais, en finissant son discours, célèbre le bonheur de la tempérance, d'une tempérance traditionnelle dans une famille. Cette idée générale, il l'objective dans la croix de tempérance. Cette croix, il en fait l'amie fidèle de la famille et la gardienne immortelle de son bonheur dans la suite des générations. Il s'agit ici de l'humble croix de bois noir que M. Quertier, curé de Saint-Denis, vers 1840, arbora comme le drapeau des soldats de la tempérance.

La Croix de la tempérance.

"Ah, Messieurs, Tavez-vous vue, suspendue aux murs de la maison de famille, entourée d'honneur et de respect? Elle est là depuis de longues années, témoin du passé, gardienne du présent, et sauvegarde de l'avenir. Elle a vu grandir et se disperser plus d'une génération peut-être et, devant elle, chaque soir, des têtes diversement nuancées par la main du temps se sont inclinées dans la prière ; les êtres et les choses y peuvent disparaître et s'y succéder, mais la croix demeure. Elle ne quitte un moment, sa place consacrée dans le vieux logis qu'aux jours où la mort vient y allumer ses lugubres flambeaux. Alors, ses bras tutélaires s'étendent au-dessus du cercueil autour duquel les cœurs brisés s'épanchent en accents de douleur et de foi. — Puis, quand a sonné l'heure du dernier départ, elle aussi, la petite croix noire, franchit le seuil de la maison. Elle précède le triste convoi comme pour tracer au mort qu'on escorte, la route de l'immortalité. Puis, quand le service funèbre est terminé, quand l'orgue a fait entendre ses derniers gémissements, pendant que l'Eglise chante dans son admirable liturgie VKfjo suiii resurrectio et vita, la croix, compagne fidèle de celui qui n'est plus, le conduit jusqu'au cimetière, au bord de la fosse où il va dormir son dernier sommeil- Mais, là. elle s'arrête, son œuvre est terminée pour celui qui est parti ; elle va la recommencer pour ceux qui restent. Et la croix de bois noir rentre au foyer en deuil, héritage auguste et sacré que la mort transmet à la vie et qui passe ainsi de génération en génération pour assurer la perpétuité fie la tradition familiale : quasi citr.-tores vltai lanipada ira- (huit.

116 (c) Le (h'vcloppcment pittoresque. — Ce tour littéraire se pratique sous deux formes également éloquentes ou poétiques :

1. On bien ce développement est une mise en tableau de l'idée générale, comme on l'explique au N** 8*2 dv la s])l(^n(leur littéraire. Exemple :

L'Habitant canadien

est le noble et vrai type de notre race.

"Je m'extasiais, l'autre jour, dans la contemplation d'un de ces paysages admirables qui se rencontrent si nombreux sur les rives de notre grand fleuve.... ^lais il y avait dans dans ce tableau de renouveau et de jeunesse, un personnage

qui lui donnait la vie: c'était un semeur qui marchait à grands pas dans son champ fraîchement remué. Légèrement incliné vers la terre, il y jetait une semence précieuse. Confiant dans la fécondité de sa patrie et dans les bienfai.s mtes rosées du ciel. Et je me disais, en admirant ce robuste semeur: le vrai Canadien-Français, c'est lui, c'est l'agriculteur, vivant heureux et libre sur la terre que ses mains ont défrichée.

"A l'image de Dieu, il semble avoir le don de créer et sous ses pas naissent les moissons, les fleurs et les fruits.

"Ces beaux arbres qui étendent leur feuillage en parasol, au-dessus de sa maison, c'est lui ou l'ancêtre qui les a plantés et qui en a pris soin. Ils ont grandi sous ses yeux et vieilli avec lui, comme des compagnons aimés de labeurs et de succès, de joies et d'épreuves. — Et ce jardin qui sourit au soleil à côté de sa maison, c'est encore son ouvrage : c'est lui qui l'a taillé, préparé, enclos ; c'est sa vaillante femme qui en cultive les légumes et les fleurs ; et quand ses petites filles, fleurs vivantes, y vont tresser des bouquets pour l'autel de Marie, il tressaille de bonheur en songeant qu'il est l'auteur de toute cette vie qui l'environne, et de toutes ces espérances qui s'épanouissent et qui dorent son avenir. — Puis ses pensées s'élèvent : il songe que ses parterres fleuris et ses bocages verdoyants sont autant d'encensoirs dont les parfums montent vers le ciel. Toutes ces voix, en effet, qui chantent dans la nature, toutes ces rumeurs qui s'élèvent de la terre, bénissent son créateur. ... Il y a dans ce tableau plus de poésie, pensez-vous, que de réalité. Mais veuillez observer que c'est un type, le type de notre race que je veux peindre ; et je maintiens que ce type est réel. . . . Oui, comme ses ancêtres, l'habitant canadien est un semeur de foi et c'est lui qui garde le plus fidèlem-ent les vertus du foyer domestique. C'est lui qui est le plus solide fondement de notre nationalité et la plus ferme espérance de notre avenir.

(Sir A.-B. RouTHiER. )

2. Ou bien le développement pittoresque est la beauté d'un paysage où, comme dans un transparent symbole, resplendit Vidée générale. Et c'est alors dans la page oratoire la beauté d'une copie expressive et idéalisée de la nature.

Exemple. Au Congrès du Parler-Français, 1912, l'abbé Thellier de Poncheville donna sur l'idée générale : la vitalité impérissable du peuple acadien, le développement pittoresque qui suit : -

Le chêne et l'Acadien.

"Une parole de glorification doit se dire, ce soir, à l'honneur spécial d'un de vos groupes dont les souffrances et la ténacité indomptable mérite ce privilège : Salut aux Acadiens.

L'héroïque fidélité des Acadiens à leur foi catholique et française leur assure dans leur descendance renouvelée, une impérissable postérité. — Dans vos forêts de géants, quelle force réussirait à empêcher le chêne de grandir? En vain pour limiter son développement, l'entoure-t-on d'un cercle d'acier. Il brise son carcan sans effort et continue de dilat-er son tronc vigoureux. Parfois il le garde au flanc mais il déborde, le recouvre de son écorce tranquille et se l'incorpore au point qu'il en semble affranchi. Puis il monte toujours plus haut; il s'épanouit toujours plus large sous l'incompressible poussée de sa sève, malgré le fer qui l'étreint au coeur et qu'il a définitivement vaincu. Ainsi, immortels Acadiens, on ne peut, avec plus de succès, s'opposer à l'épanouissement de la vitalité d'un peuple tel que le vôtre: les persécutions mêmes fortifient sa vertu et opèrent son relèvement. Nonobstant toute oppression contraire, vous avez sauvé votre nationalité en péril sur les route de l'exil. Gloire aux fils de l'Acadie qui ont souffert pour la liberté de son âme ! Gloire à ses prêtres qui ont été les artisans de sa survivance et de son triomphe, etc."

§ 3 — De la grandeur morale.

117. — La raison de ce mérite. Dans la création d'une œuvre d'art, écrit saint Thomas, (1, 11 qu XXI, art. 11,) il y a l'artiste et l'homme. Comme l'artiste est contenu dans l'homme et non pas l'homme dans l'artiste, la fin spéciale de l'artiste, ne doit pas être en opposition avec la fin générale de l'homme. — Or, l'œuvre d'art est capable de faire meilleur, ou de corrompre qui la goûte. Donc, elle revêt un caractère moral, celui d'être en harmonie ou en opposition avec la fin commune à l'humanité. — 11 s'ensuit que l'œuvre d'art, quelque parfaite qu'elle puisse être selon les lois de l'art, est une œuvre détestable si elle est corruptricfe des mœurs.

Les Grecs, quoique païens, reconnaissaient pour

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les (ï'iivies (l'ait la n(?cessité de la grandeur morale. C'est l'enseignement qu'ils donnèrent par la mythologie des INIuses. — Les Cluses, ces déesses inspiratrices des ouvrages d'esprit parfaits, étaient des êtres ailés aux robes blanches, épris des sommets où ne montent pas les limons de la terre. — Boileau a donc écrit justement :

"Que votre âme et vos mœurs peintes dans vos discours," "N'offrent jamais de vous que de nobles images."

1 18. — La grandeur morale? 7>a page a de la grandeur morale quand, à sa lecture, nous devenons meilleurs et elle a cet effet heureux si elle nous donne des impressions ou religieuses, ou vertueuses, ou sainement esthétiques.

N. B. — La lecture abondante des romans, même honnêtes, est au moins esthétiquement condamnable. L'imagination, nourrie, exaltée par les romans, fait de nos liseuses, des rêveuses chimériques et ridicules.

119. — Causerie préparatoire à la rédaction de la page didactique. La maîtresse relira la direction donnée au N*' 27. Ici, il suffira d'ajouter: la causerie sera hien ordonnée si la normalienne pose aux élèves les cinq questions marquées aux N°^ 107 et 108. La causerie terminée, la normalienne ne donnera pas de canevas à son élève, mais elle lui metfrti bien en tête les cinq questions à se poser en face d'une idée générale et cette petite tête où la causerie a déterminé une belle fermentation d'idées, gardera son initiative pour retrouver, choisir, ordonner, exprimer ses idées. Et ni la déi^endance harmonique des idées, ni le charme de mots trouvés ne manqueront à la rédaction de l'élève.

§ 4 — Les usages de la 3^ formule.

N" 120. — La normalienne aura recours à cette formule pour produire la page oratoire.

No 121. — Guidée par cette formule, la normalienne causera facilement avec ses élèves sur une page du livre de lecture dont le sujet est une idée générale, ■et cela, N» 122, avec un fruit d'éducation morale assuré.

Nos 123-124. — L'art acquis par la pratique de cette formule permettra à la normalienne de faire facilement des comptes rendus de discours et de conférences.

Nos 125-128. — Ce même art assurera à la normalienne une remarquable habileté pour composer des adresses : Elle ne sera pas embarrassée pour trouver le fait de l'adresse et l'idée générale de l'adresse ; et d'une splendeur de vrai associée à une page oratoire la normalienne aura composé l'adresse parfaite.

120.— Les utilités de l'art dont l'étude de la 3« formule enrichit l'esprit de la normalienne. La première utilité de cet art, celle de produire avec succès une page oratoire avec le mérite des trois éléments estrétiques étudiés dans l'article précédent.

121. — La deuxième utilité: cet art servira à la normalienne pour causer avec le livre de lecture. — Au cours des lectures expliquées, faites à la petite école, la normalienne rencontrera des pages oratoires : on y expose un proverbe, un précepte moral, une pensée d'auteur, etc.

L'occasion est bonne pour causer de cette sorte de belles pages. A la petite école, il est judicieux de borner la causerie aux deux premiers éléments de la page oratoire, l'idée générale et la valeur morale.

Quant à Vidée générale, la normalienne posera la question: Quelle est l'idée, la pensée que l'écrivain veut exposer aux lecteurs? — Quand enfin cette idée aura été trouvée et bien énoncée, la norma-

lienne posera à maintes reprises la question : Quelles sont les idées, particulières ou de nature, ou de cause, ou d'effet, ou d'analogie, ou de citation, qui expliquent l'idée générale, qui la font mieux comprendre? (pour ces questions, la normalienne se. guide sur le procédé d'invention). Quand l'analyse des idées est finie, la normalienne sollicite le jugement des élèves par des questions sur le bon sens de l'idée générale et des idées particulières: Telle ou telle idée a-t-elle du bon sens? puis, la normalienne fait avec les élèves, au tableau noir, un sommaire des pensées. — Ensuite, la normalienne interrogera les élèves sur la valeur morale de la page oratoire. Elle posera des questions comme celles-ci. Est-ce que les pensées de l'auteur sont de bonnes pensées? Est-ce que votre conscience approuve ce qu'il approuve, condamne ce qu'il condamne? — puis : quelles bonnes résolutions devons-nous prendre selon l'enseignement contenu dans cette page? etc.

122. — N. B. — Ces causeries de la normalienne sur les pages à lire sont bien éducatives. Par cet exercice si vivant, les élèves contractent l'habitude de pénétrer dans leurs lectures personnelles et d'en butiner la richesse d'esprit et de cœur qu'elles contiennent. La normalienne va admirablement audelà du conseil de bonne pédagogie, donné par Schiller. "Dès son enfance, entourez l'homme des plus belles formes intellectuelles ; enfermez-le dans les images de beauté parfaite".

123. — Troisième utilité de cet art. Les comjjtes roidus des discours, et des conférences que la normalienne entend, lui deviendront un ouvrage facile. La normalienne, familière avec le procédé d'invention que l'on observe dans la création de la page oratoire ou didactique, possédera une remarquable facilité pour analyser le discours ou la conférence ; c'est dire pour en dégager Vidée maîtresse et pour

en discerner les 'aspects divers, nous voulons dire les idées ou de nature, ou de cause, ou d'effet, etc., que l'écrivain a de préférence présentées. Et à cause de ce regard averti sur la suite des idées, elle apercevra nettement, répandues sur l'une ou l'autre des idées, d'exquises imaginations dramatiques ou pittoresques et à cause de tout cela, la normalienne écrira presque couramment un sommaire fidèle, un plan riche du discours, ou de la conférence.

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