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Le vers souple et rythmé de Lafontaine

Lafontaine est un maître ouvrier en style ; de ce style qui possède tous les mérites, étudions deux particulières beautés : la souplesse et le rythme.

La souplesse du vers: Le vers de Lafontaine est souple; cela veut dire qu'il possède tous les tons et tous les tours. C'est que l'artiste le moule sur ses visions. Lafontaine ne s'applique pas à faire des vers mais à rendre vivement sa vision, et il y réussit — si bien, qu'il y a parfait équilibre entre sa pensée et sa parole, — si bien que son art d'écrire se confond avec son art de penser; et ses vers ainsi ajustés à sa vision, se forît naïfs avec Jeannot lapin, éloquents avec le Paysan du Danube, majestueux avec l'Astrologue, etc., etc.

154. — Le vers rythmé: Dans les vers de Lafontaine, le rythme se rencontre infiniment divers. Le rythme ? ce charme des formes sonores et des formes mesurées admirablement accommodées aux choses à dire; — ce rythme d'art qui, avec convenance, fait les vers, les couplets de vers, ou plus longs ou plus courts, ou plus sourds ou plus vibrants, selon le caractère des choses à dire. Pour attraper ce mérite, il faut être — l'artiste de goût qui devine l'harmonieux rapport des expressions avec les idées, — plutôt que l'Jiomme du métier, qui possède et la technique du vers et des habiletés d'écrivain.

Lire, comme exemples : Le lion et le moucheron, La mort et le bûcheron. Les lapins.

155. — La morale des fables. Lafontaine n'est pas le poète de l'héroïsme, encore moins celui des Vertus chrétiennes. Le cri de sa leçon n'est pas: En haut les cœurs. Toutefois, le sage qui se forme à l'école des fables, est un liomme assez avisé dans le commerce du monde, pour n'être pas la dupe des mines que les hommes se donnent pour fonder leur cuisine sur les naïfs; — ce sage est aussi un Jiommc qui sait mettre prudemment son bonheiu- dans la modération de ses désirs, et dans la douce chose de l'amitié. — Pour l'éducation des enfants, il faudra toujours joindre aux fables lés saintes maximes de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Causerie avec les jeunes élèves.

156. — Causerie avec les enfants de. la petite école sur une fable de Lafontaine. Les enfants, observe Fénelon, aiment avec passion les contes;... ne manquez pas de profiter de ce penchant. Quand vous les voyez disposés à vous entendre, racontez-îeur quelque fable courte et jolie..." La normalienne écoutera cette direction de Fénelon et le fera d'au-

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tant plus volontiers que Lafontaine se trouve facilement sous sa main, et qu'il abonde en fables excellentes ; — ajoutons une autre raison : les fables de Lafontaine renferment un vaste vocabulaire et tous les tours de phrase que la grammaire et le génie français appro\ivent; elles abondent aussi en idées pratiques sur la conduite des hommes. Par l'étude des fables, on le voit, la normalienne initiera singulièrement l'enfant de l'école à la langue française et à l'expérience de la vie si pleine de tromj^eries.

157. — Clioix des fables. La normalienne n'ouvrira pas au hasard le livre du grand fabuliste ; elle ne lira pas avec les enfants la fable qui se présente d'aventure : tout n'est pas bienfaisant dans Lafontaine, ni pour l'art ni pour la leçon. — La normalienne prendra garde de choisir : — celles des fables qui suggèrent des réflexions morales très convenables aux élèves chrétiens; — celles des fables qui donnent aux enfants d'essentiels conseils au moment qu'ils pénètrent dans ce monde plein de pièges; — celles des fables qui éveillent, animent, affinent les facultés esthétiques du bien penser, du bien voir, et du bien rendre.

158. — Les questions essentielles à poser aux enfants dans cet entretien.

(a). — Sur le but du fabuliste. Quelle idée a-t-il en tête? quelle morale peut être tirée de la fable? — Et cette idée que le fabuliste veut mettre en lumière, est-ce un précepte de morale? — Est-ce un simple conseil ? — Est-ce un état de mœurs dont il veut informer son jeune lecteur?

(b). — Sur le moyen que le fabuliste a pris pour nous faire comprendre son idée. Quel conte a-t-il imaginé ? quels acteurs a-t-il choisis ? dans quel drame les a-t-il engagés? quelles sont les parties du

conte ? quelles sont les scènes du drame ? Cette analyse de ton si vivant amène l'élève à distinguer les morceaux dont l'ensemble constitue la fable.

159. — (c) Sur renseignement moral à tirer de la fable. Quelle est la valeur de la morale contenue dans le petit poème? — quelles applications pratiques l'élève en peut-il faire à sa propre vie à l'école? .... au foyer?. . . . dans la rue?, etc. — La normalienne baptisera la fable par la question suivante : Quelle parole ou quel fait de la Sainte Ecriture appuie la morale de la fable ou la corrige?

160. — (d). Sur la langue. Questions qui amènent l'élève, à des observations — ou bien en vue d'enrichir son vocabulaire par l'explication de mots et de locutions; — ou bien en vue de préciser chez l'élève des notions de grammaire et d'ortrographe, et cela, par des questions appropriées aux connaissances grammaticales de l'élève; — ou bien en vue soit d'initier l'élève aux factures littéraires de la phrase périodique ou analytique, aux figures qui constituent ces constructions phraséologiques ; soit d'exercer l'imagination de l'enfant par l'annotation des beaux vers pittoresques ou psychologiques, etc., etc.

161. — Pour assurer à l'enfant le bénéfice entier de la fable lue.

N.B. — Il n'est pas nécessaire d'épuiser la causerie dans une seule leçon. La normalienne y reviendra une deuxième fois et facilement, obtiendra encore l'attention de l'élève.

N. B. — Il est bien utile de ménager, relativement à la fable étudiée, des exercices d'élocution, de diction, de récitation et de rédaction.

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