DEUXIEME DIFFERENCE
Copions la nature, idéalisons le réel.
219. — Copions la nature. La tJu'orie de la tranclte de vie implique le prineipe dont se font gloire les romantiques, eelui de copier la nature avec exactitude. Et de là, // suit que le drame, charge de si divers àpisodes, renferme des pages de tons bien différents, le sublime et le plat, le burlesque et le grave ; c'est bouffon et navrant; — // suit encore de là que le dramaturge se 'plait à m.ettre sous nos yeux les scènes violentes et toutes rouges de sang: on se croirait dans une boucherie quand on arrive à la fin de certain drame de Shakespeare, fût-il d'un titre aussi gracieux et doux que Roméo et Juliette.
220. — Idéalisons le réel. Iju théorie de la crise dWnif implique le principe d\ibstraction esthétique et, par conséquent, d'idéalisation dont les classiques se glorifient si raisonnablement. Et de là, il suit que la tragédie chissique, se soutenant pai- la seule richesses d'une âme tiraillée ])ar un conflit de devoir et de passion, possède admirablement Vunitc du ton noble et tragique: il suit encore delà, que Vauteur classique repousse, dans la coulisse, les Jiorreurs de la boucherie et que son récit des sanglantes exécutions éreille })uissamment clie-j le spectateur non pis l'i vulgnire sensation, mais Vesthétique émotion : le théâtre ruisselle, non pas d'un sang qui frappe les yeux de chair, mais de belles larmes qui font le délice des cœiu's.
]f,^ T. A NOUMALIKNNi:
Exemples d'.' ivcits (^lassiciucs :
].a mort de Poniin'e dans Corneille J.a mort d'Ilippolyte dans Racine.