‹ La normalienne en belles-lettresChapitre 40 sur 56 · LA NOU MALIEN NE · texte numérisé non relu

LA NOU MALIEN NE

(Jette f(Mile de i(jis, ces consuls; ce sénat, Qui tous (le mon amant emprunt-iient leur éc l;it ; Cette pouri)re, cet or, que lehaussait sa gloire ; Et ces lauriers encore témoins de sa victoire ; Tous ces yeux qu'on voyait venir de toutes parts Confondre sur lui seul leurs avides regards ; Ce port majestueux, cette douce présence.... Ciel ! avec quel respect et quelle complaisance Tous les cœurs en secret l'aussuraient de leur foi ! Parle : peut-on le voir sans penser, comme moi Qu'en quelque obscurité que le sort l'eût fait naître, Le monde en le voyant eût reconnu son maître? ]Mais, Phénice, où m'emporte un souvenir charmant?

Ou encore sur des objets chers au cœur, par exemple, la chanson des deux Epées, dans la Fille de Roland, de Bornier.

"La chanson des épées."

La France dans ce siècle eut deux grandes épées Deux glaives, l'un royal et l'autre féodal Dont les lames d'un flot divin furent trempées L'une a pour nom Joyeuse — et l'autre Durandal Roland eut Durandal — Charlemagne a Joyeuse Sœurs jumelles de gloire ! héroïnes d'acier En qui vivait du fer l'âme mystérieuse. Que pour son œuvre Dieu voulut s'associer.

Toutes les deux dans la mêlée

Entraient, jetant leur rude éclair, —

Et les bannières étoilées

Les suivaient en flottant dans l'air.

Quand elles faisaient leur ouvrage

L'étranger frémissait de rage

Sarrasins, Saxons — ou Danois,

Tourbe hurlante et carnassière,

Tombaient dans la rouge possière

De ces formidables tournois —

Durandal a conquis l'Espagne

Joyeuse a dompté le Lombard

Chacune à sa noble compagne

Pouvait dire : Voici ma part —

Toutes les deux ont par le monde

Suivi, chassé le crime immonde

Vaincu les païens en tout lieu —

Après mille et mille batailles

Aucune d'elles n'a d'entailles

Pas plus que le glaive de Dieu — Hélas ! la même fin ne leur est pas donnée .lorji'use est fière et libre après tant de combats, Et quand Roland périt dans la sombre journée,

Duranddl, des païens fut captive, là-bas

^Fais la France, attendant quelque chance nouvelle, Aime du même amour Joyeuse et Durandal.

Ou encore sur des souvenirs qui exaspèrent :Exemples, dans Andromaque, scène VIII de l'acte III, la noble épouse d'Hector rappelle à Céphise les souvenirs qui lui donnc^nt l'horreur de Pyrrhus, c'est \n\Q (>mou vante vision.

"Andromaque."

Dois-je les oublier, s'il ne s'en souvient ])lus?

Dois-je oublier Hector privé de funérailles.

Et traîné sans honneur autour de nos murailles?

Dois-je oublier son père à mes pieds renversé,

Ensanglantant l'autel <]u'il tenait embrassé?

Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle

Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.

Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants.

Entrant à la lueur de nos palais bridants,

Sur tous mes frères morts se faisant un passage.

Et, de sang tout couvert, échauffant le carnage ;

Songe aux cris des vainqueurs, songe au cris des mourants

Dans la flamme étouffés, sous le fer expirant ;

l*('ins-toi dans ces horreurs Andromaciue éperdue:

\ oilà connne Pyrrhus vient s'offrir à ma vue ;

\'oilà par quels exi)loits il sut se couronner ;

Enfin, voilà l'époux que tu veux me donner.

Non, je no serai point complice de s?s crimes:

A/\ B . — Si }' effusion lyrique est vifc arrêtée, ces explosions du cœur prennent le nom d'éclairs lyriques. Cos éclairs abondent dans Racine et Corneille.

Kx(Mnples d'éclairs lyriques:

Chimène an roi :

Sire, mon ])ère est mort, mes yeux ont vu son sang Couler à gros bouillons de son généreux flanc : Ce sang (|ui tant de fois garantit vos murailles ; Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles !

JBli I.\ NDR.MALIKNNK

Le vieil Horace a})pienant (jne son jeune fils, par

sa victoire difficile, a sauvé Kome :

O mon fils ' ô rn;i joie ! ô l'honneur de nos jours ! O d'un VA;ii penchant l'inespéré secours! \'ertu digne de Rome, et sang digne d'Horace 1 Appui de ton pays, et gloire de ta race ! Quand pourrai-je étouffer dans tes embrassements L'erreur dont j'ai formé de si faux sentiments? Quand pourra mon amour baigner avec tendresse Ton front victorieux de larmes d'allégresse?

N. B. — Quand Icpanchement se fait à deux, par jets brefs de paroles enflammées, c'est alors la merveille des duos lyriques.

Exemples : Le vieil Horace et Valère, scène II de l'acte lY, de la tragédie de Corneille, Horace:

ValèrC. — Envoyé par le roi pour consoler un père. Et pour lui témoigner. . . .

Le vieil Horace. — N'en prenez aucun soin: C'est un soulagement dont je n'ai pas besoin Et j'aime mieux voir morts que couverts d'infamie Ceux que vient de m'ôter une main ennemie. Tous deux pour leur pays sont morts en gens d'honneur ; Il me suffit.

VALERE

Mais l'autre est un rare bonheur ; De tous les trois chez vous il doit tenir la place.

LE VIEIL HORACE

Que na-t-on vu périr en lui le nom d'Horace !

VALERE

Seul vous le maltraitez après ce qu'il a fait.

LE VIEIL HORACE

C'est à moi seul aussi de punir son forfait.

VALERE

Quel forfait trouvez-vous en sa bonne conduite?

LE VIEIL HORACE

Quel éclat de vertu trouvez-vous en sa fuite?

VALERE La fuite est glorieuse en cette occasion.

LA TKAGÉltil-: 183

LE VIEIL HORACE

Vous redoublez ma honte et ma confusion : Certes, l'exemple est rare et digne de mémoire, De trouver dans la fuite un chemin à la gloire. \'ALERE

Quelle confusion, et quelle honte à vous

D'avoir produit un fils qui nous conserve tous.

Qui fait triompher Rome, et lui gagne un empire?

A quels plus grands honneurs faut-il qu'un père aspire?

LE VIEIL HORACE

Quels honneurs, quel triomphe, et quel empire enfin, Lorsqu'Albe sous ses lois range notre destin?

VALERE

* Que parlez-vous ici d'Albe et de sa victoire? Ignorez-vous encor la moitié de l'histoire?

LE VIEIL HORACE

Je sais que par sa fuite il a trahi l'Etat.

A'ALERE

Oui, s'il eût en fuyant terminé le combat ;

Mais on a bientôt vu qu'il ne fuyait qu'en homme

Qui savait ménager l'avantage de Rome.

LE VIEIL HORACE

Qui)i, Rome donc triomphe'/

229. — Les couplets psychologiques, qu il ne faut pas confondre avec l'élément psychologique qui avive d'une vie toujours palpitante la trame des péripéties dramatiques ; — les couplets psychologiques sont des nionoloytirs où /r.s pcr-sotniagcs, tour à tour, étalent les tiraillements de leur âriie; c'est le spectacle de l'âme battue par l'orage des passions, qui se fixe péniblement dans une résolution ; — ce sont comme des variations d'une psychologie comprise en artiste, jetées par le dramaturge sur l'âme du personnage qui, étant un caractère, rend dans le poème une note dominante.

Exemple : Dans le Cinna de Corneille, scène II de l'acte IV, Auguste, l'empereur dit la perplexité de son âme.

184 LA NUli.MALIKNNJ:

Aiitic exemple. Liie la scène I de l'acte V de VAncIronuique de Racine: Hermione est perplexe.

Autre exemple : Scène I de l'acte III, Sabine, femme d'Horace et sœur de Curiace, dit ses irrésolutions.

N.B. — La présence d'uyi confident qui coupe ici et là, par de brèves observations, la parole du personnage, ne détruit pas le caractère du passage, qui est d'être un monologue psychologique.

Exemple : dans le drame de Schiller, à la scène I de l'acte III, Marie Stuart, enfin hors du noir cachot et conduite dans le parc de Fothering^y, contemple et répand son âme :

Marie, marche d'un pas rapide à travers les arbres, Kenne<hj la suit plus lentement.

Kennedy. — On dirait que vous avez des ailes; vous marchez d'un pas si rapide que je ne puis vous suivre. Attendez-moi.

Marie. — Ah ! laisse-moi goûter le plaisir nouveau d'être libre ! Laisse-m'en jouir comme un enfant, imite-moi ; laisse-moi, sur le vert gazon de la prairie, courir, voler d'un pas précipité. Suis- je en effet sortie de ma sombre prison? Ce triste tombeau ne me tient-il plus captive? Laissemoi m'abreuver à longs traits de la libre atmosphère des cieux.

. Kennedy. — O ma chère maîtresse ! votre prison est seulement un peu moins étroite. — Vous ne voyez pas les murs qui nous entourent parce que l'épais feuillage des arbres les cache à vos regards.

Marie. — Eh bien 1 grâces soient rendues à la verdure de ces arbres bienfaisants qui cachent les murs de ma prison ! je veux rêver que je suis libre et heureuse. Pourquoi me tirer de ma douce illusion? Ne suis-je pas sous la vaste voûte des cieux? Les regards libres s'étendent sans obstacle sur un espace immense. Là, où s'élèvent ces antiques montagnes nuageuses, commence la frontière de mon royaume ; et ces nuées qui fuient vers le midi, elles vont chercher l'Océan et la France.

Nuages rapides dont le vent semble gonfler les voiles, ah ! qui pourrait voyager, voguer avec vous ! Saluez pour moi la terre de ma jeunesse. Je suis prisonnière, je suis

dans les fers, hélas! je n'ai point d'autres ambassadeurs; vous traversez librement le ciel ; vous n'êtes point soumis à la tyrannie de cette reine!....

Kennedy. — Hélas ! ma chère maîtresse, vous êtes hors de vous ; ce retour apparent à l:i liberté, qui vous fut si longtemps ravie, vous égare.

Marie. — Là un pêcheur mène sa barque. Ce misérable esquif pourrait servir à ma délivrance et me porter rapidement dans quelque ville amie. Il sert à procurer une maigre nourriture à ce malheureux. Ah! s'il me prenait dans son canot, je le chargerais de trésors! Jamais il n'aura fait une aussi bonne journée ; il devrait à ses filets le bonheur de sa vie tout entière !

Kennedy. — ^'œux inutiles ! Et ne voj'ez-vous pas que des espions surveillent de loin tous nos pas? De sinistres ordres écartent de nous toute créature capable de compassion.

Mûrie. — Xon, chère Anna, crois-moi, ce n'est pas en vain que la porte de ma prison s'est ouverte. Cette faveur légère présage un bonheur plus grand. Je ne me trompe pas. Je reconnais ici la puissante protection de lord Leicester ; ma captivité deviendra de moins en moins rigoureuse. Par un peu de liberté, on m'accoutumer i à une liberté plus grande, jusqu'à ce qu'enfin je puisse rompre mes ■ fers à jamais.

Kennedy. — Hélas! je ne puis comprendre cette contradiction. Hier encore on vous annonça la mort, et aujourd'hui, tout à coup, ime telle liberté ! J'ai entendu dire qu'on ôtait les fers à ceux qui attendent la délivranca éternelle.

Marie. — Entends-tu les sons du cor? Entends-tu retentir ces cris à travers les forêts et les campagnes? Que ne puis-je m'élancer sur un cheval rapide parmi cette bande joyeuse !• Ah ! ces sons me rappellent des souvenirs à la foi cruels et doux ; souvent ils fra})pèrent mon oreille, quand la chasse tumultueuse retentissiit sur les bruyères des hautes montagnes !

230. — Les couplets pittoresques. Ce sont des passades (Ji)ïif le tJtènw esit uti paysage. lia description en est poétitiiie ; quelquefois, deux personnages concourent à composer ce tableau d'un vif relief; c'est alors un duo qui enelianie autant que le duo lyrique :

^y(- LA NOKMALIKNNl"

1 .. Tm (le^(•riT)tion du malin aans "Bo- „,:o<t .JnU,lh-\dr SlK.k..spra.r.

Juliette.

,„„,„„. ..veux-.,, d.,à ,..-t,r. ^^^yZ."lTu^^ encore. Crtait le r«ss,gn„l et "O';^^' ^'"J ^^^ ,, „„,t su- :e/^'r.er>o"n:^^,:. ^'SU' "or'leune .po„. c.ta.

le rossignol. To.irr^rp rp n'était

/^,„„'. - C-était l'alouette c,u, »""»"- ^^^regr^e les

pas le rossignol. Regarde, "^.J'^^^^^Pgërdans l'Orient.

laits de la lum.ère qu. .f "ft""' ^. et k îour se lève sur

Les flambeaux de la nu.t s éteignent e 1^ P ^^

le sommet vaporeux des montagnes. U me

et vivre ou rester et mourir.

^„;.«,.. - La lumière 5- .t"/'"^; '^.'''^rvira de flam-

du jour. C'est <I-"l-. "J^^'^ie' antoue Reste encore.

'^'^"'irn'e rtre^c n^écTssIire Ve tu me quittes.

"Ii:."-"e bien: Q-Kiue 'a ™rt me menace .Je-

meure et je dirai, P"-^"^^ '" '^ '^,^i , 7 e "'-t q- le cheur lointaine n'est pas celle du mat j^„^ 1,,

pâle reflet de la lune; "°"/<',, " !!,\, fae nos têtes dans la chants retentissaient si haut au-dessus de .

voûte du ciel." Ah', je crains moins de rester q ^l.^^^^^

y,, peur de '^'di". eterne Ce^jour, e^^^^ ,^^^^^^

TuTe, -MrloTpïïonVencore - non ,1 n'est pas encore

j""''- ■ . Ti «.et dcià iour — Romé-J fuis,

Juliette. - Il est ]0«r'- Il '''o. ' l'aZette qui chante;

pars, éloigne-toi en toute hat^C es 1 a^™^^^^ ^ ; ^^, ,„

i^' ;:rr t:r^^ c^'* Mière du J0„r qu, luit sur

le sommet vaporeux des montagnes

La description cVun -m vuval fan.i er paHes ,er^

sonnages, la Marquise et Humbert. dans

«mo»rfHi",dePonsard.

SCEXE.

La jeune Marquise de ^I^-P-'.^l^^^^^^.'^^/emÎre son père et son fiancé, a recours a «"l J'^""'', ""f^T,, . de laConvention, Humbert, jeune forcené, quelle

fléchit vn lui rappelant des souvenirs d'enfant. — Un valet : annonce une femme.

Humhert. — Faites entrer.

La marquise. — Me voici dans l'antre — Bah! du cœur!

Hinnbcrt. — Que veux-tu, citoyenne?

La Marquise. — Avant tout.

Je voudrais bien, ]\[onsieur, ne pas rester debout. Veuillez être assez bon pour n'approcher un siège.

Ilinnhert. — Le voici.... Et maintenant saurai-je? />« Marquise. — Maintenant asseyez-vous vous-même.

(Il s'assied) — Bon — ! — grâce à Dieu, je vois que je suis chez un hôte courtois.

I/unihert. — Croyez- vous à la légende qui fait

des républicaines des croquemitaines.

Lja Marquise. — On me l'avait dit mais me voilà rassurée ! Je vais s'il vous plaît vous exposer ma cuise. — J'invocpie des liens toujours jiuissants, dit-on, — entre ceux qui sont nés dans le même Canton.

Jlunthirt. — A'ous êtes née. ... ?

Za Marquise. — Auprès de Villeneuve

Nous habitions tous deux les bords du même fleuve. Ne vous souvient-il pas de ranti(]ue Château Qui se dressait jadis sur le jiremier coteau

II uinhert. — Oh ! Oui ! je m'en souviens de la vieille tour

[sombre Et des droits féodaux, embusqués dans son ombre. Je m'en souviens ! De là sur nos toits ruinés S'abattaient comme autant de corbeaux acharnés, Dérobant la moisson au bras qui la cultive,

corvée, mainmorte et censive.

Tout ce qu'ont entassé d'humiliations, De pillages, de vols, mille ans d'oppressions ; Tout ce qui, dans un j'our, jour de sainte colère Disparut balayé par le vent populaire.

(Il se rassied.)

La M(ir(/ui.-<e. — Si des abus, tombés devant votre victoire, Laissent en vous, Monsieur, cette longue mémoire. N'en garderez- vous pas pour vous ressouvenir De quelques actions (pii nous faisaient bénir ; Au fond de vos hameaux, jamais aucune veuve De nos compassions ne fit-elle l'épreuve? Au chevet d'un mourant n'a-t-on jamais pu voir

^gg I.A XOU.MAI.IKNNK

lu M«r,ui^'- - Les enfants ont grand, L âge meUm^

t^-;^:t^^f;:£|^Bn,.

"^ '-eheK'- Xote" .™«f la" pet- e compagne A qui vo," apportiez les fruits de la montagne.

f'T'- ^ "^ C^raH ^r^rrobuste et grand ^"' ^;r m'ardif/dt^bras feJme à passer le torren. H,„n„n,. - F.er de mon doux fardeau sur lesj>erres De crainte de glisser marchant àP- timides, i:n"s\rJe reffl"uit sur'lXd opposé. , . x!X.::L. - Kt vous rappelez-vous nos chasses^^^ Un-

Hun,hnt. - Et nos moulins tournants dont y^UisJ^"' La Marquise. - Et les feux de broussailles ^'"'"^;:e;;rs're%";^z^':Trombre des ormeaux. la Marquise. - Que de choses depuis?

..Humbert. Et pourtant je croirais Ces souvenirs d hier (tant Us s.m Jeunes émotions, à travers les années Comme vous remuez 1 ame ou vous êtes nee^.

2-51 -Les couplets oratoires: Ce sont de brefs i.i\. — Les tu p Tiassages vibrants,

Jénces de l'élément dramatique; U personnages-

E:::r;^"t;:,:r?:/;"rr",;:;';/î

comprendre.

ÏA's tirades abondent dans liacine et Corneille. J.e discouis d'Ipliigénie à son père AgamemuoH.

(Eacine.J

Iphi>>énie.

]\Ion père ; Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi : Quand vous commanderez, vous serez obéi. Ma vie est votre bien; vous voulez le reprendre: Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre. D'un œil aussi content, d'un cœur aussi soumis Que j'acceptais l'époux que vous m'avez jnomis, Je saurai, s'il le faut, victime obéissante. Tendre au fer de Calchas une tête innocente ; Et, respectant le cou{) par vous-mêmes ordonné, Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné, Si pourtant ce respect, si cette obéissance Paraît digne à vos yeux d'une autre récompense ; Si dune mère en pleurs vous plaignez les ennuis, J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis Peut-être assez d'honneurs environnaient m.\ vie Pour ne pas souhaiter qu'elle me fiît ravie, Ni qu'en me l'arrachant vm sévère destin Si ])rès de ma nnissance en eût marqué la fin. Fille d'Agamcmnon, c'est moi qui la ])remière. Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père ; C'est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux, A'ous ai fait de ce nom remercier les dieux, Et pour qui. tant de fois prodiguant vos caresses, \'oMs n'avez point du s uig dédaigné les faiblesses. Hélas ! avec plaisir je me faisais conter Tous les noms des pays que vous alliez dompter : Et déjà, d'Ilion présageant la conquête. D'un triomphe si beau je préparais la fête. Je ne m'attendais pas (pie, pour le c;)mmencer. ^fon sang fût le f)remier que vous dussiez verser. Non que la peur du coup dont je suis menacée? Me fasse rappeler votre bonté passée : Ne craignez rien, mon cœur, de votre honneur jaloux, Ne fera ]ioint rougir un père tel que vous : Et. si je n'avais eu que ma vie à défendre J'aurais su renfermer' un souvenir si tendre, ^fais à mon triste sort, vous le siivez, seigneur

190 LA NOK.M AFJKNNK

Exemple : Le vertueux Hippolyte à son père 'J'lK''sée, auprès de (|ui il est calomnié :

rlippolyte.

D'un mensonge si noir justement irrité

Je devrais faire ici parler la vérité,

Seigneur : mais je supprime un secret qui vous touche.

Approuvez le respect qui me ferme la bouche ;

Et, s'Ans vouloir vous-même augmenter vos ennuis.

Examinez votre vie, et songez qui je suis.

Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes:

Quiconque a pu franchir les bornes légitimes

Peut violer enfin les droits les plus sacrés :

Ainsi que la vertu le crime a ses degrés ;

Et jamais on n'a vu la timide innocence

Passer subitement à l'extrême licence.

Un seul jour ne fait point d'un mortel vertueux

Un perfide assassin, un lâche incestueux.

Elevé par le soin d'une chaste héroïne.

Je n'ai point de son sang démenti l'origine :

Pitthée, estimé sage entre tous les humains,

Daigna m 'instruire encore au sortir de ses m-iins.

Je ne veux point me peindre avec trop d'avantag..' :

Mais si quelque vertu m'est tombée on partage,

Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater

La haine des forfaits qu'on ose m'imputer.

C'est par là qu'Hippolyte est connu dans la Grèce.

J'ai poussé la vertu jusques à la rudesses:

On sait de mes chagrins l'inflexible rigueur.

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.

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