Le style dramatique, vers Cornéliens. Le
style drdmati(pie, c'est l'abord la i^eauté de Vélocution imagée et bien sonore, qui convient aux poèmes solennels et passionnés. C'est ensuite la beauté d'une phraséologie émaiUée de vers cornéliens et de duos retentissants.
Ces vers cornéliens? — (1) Ce sont des vers sobres, presque laconiques, mais oil resplendit avec plénitude vnc grande pensée. Ces vers deviennent facilement sur les lèvres des hommes, des maximes, des sentences, par exemple :
LA THAdÉDIE 101
"A qui venge sou père, il n'est rien d'impossible. — Mais qui veut vivre infâme est indigne du jour. — Mais aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années — A vaiijcre sans péril, on triomi)he sans gloiro. — Qui veut jnourir ou vaincre, est vaincu rarement.
(2) Ce sont des vers Hobrcs qui suscitent avec une vivuciiv (J'rchiir u)ic grundc image, une large perspective : ])ar exemple :
Dans ]c Cid.
Nouvelle diginité. fatale à mon bonheur! Précipice élevé d'où tombe mon honneur! Ton bras est invaincu mais non pas invincible Les Maures en fuyant ont emporté son crime
Dans Horace.
On pleure injustement des pertes domestiques Quand on en voit sortir des victoires publiques !
(3) Ce sont des î;rr.s- Ho})res qui renferment deux mots ou deux groupes de mots qui s'entrechoquent, en foi-inant de frappantes antithèses de pensées ou de mots, par exemple :
"Qui m'aima généreux, me haïrait infâme." Dans le Cid.
"Et dans ce grand bonheur je crains un grand revers Dans ]e Cid.
J'irai sous mes cyprès accabler ses lauriers. Dans Horace.
Dans un si beau trépas ils sont les seuls à plaindre La gloire en est pour vous et la perte pour eux ! Il vous fait immortel et les rend malheureux !
Dans Je Cid.
"Ils couraient au pillage, ils rencontrent la guerre!
(4) Ce sont ces périodes poétiques de trois ou quatre veVs, inspirées par l'énergie de la pensée, par
i(|.j t,\ NOKMAMKNNK
la véhémence Au sontimcnt, ou par la splendeur de
(/■^Kinc/icr ce jlot intiricur.
Horace à Curiace.
Le «oit qui de Ihonnciir nous ouvre 1h canière
»rê à notre constance une illustre mat.ere ; Il Opuise sa forcï à former un malheur Pour mieux se mesurer avec notre valeur
Néarque à Polyeucte.
Vous pouvons tout a.mer, il le souffre, il l'ordonne: Maïs à vous dire tout, ce Seigneur des seigneurs Veùt'k premier amour et les premiers honneurs. Comme l'îen nest égal à sa ,g-"deur supreme^^ 11 faut ne rien aimer nu après lui, qu en lui-même Xéoa ger pour lui plaire, et femme, et biens, et rang, Expoil^'pour sa gloire et verser tout son sang. Les duos retentissants : Ce sont dans des débats d^-u'esTuperbes, des suites de re parUe s à' nn demive'^ d'un vers, de deux vers au plus, qui se croisent comme Tes éclairs; ce sont des explosxons de repart"p\n,se. courtes et fulgurantes; ce sont comme Ïl f,«'f.; incisifs que des âmes aux pnses se lan-
"^Exemple : Scène II de l'acte II du Cid de Cor-
ncille.
Don Rodrigue et le Comte.
D. Fodrigue. - A moi, Comte, deux mots.
Tr Comte. — Parle. . , .
D. 'no„ri,uc. - Ote-moi dun doute. Connais-tu bien
Don Diègue?
Le Comte. — Oui.
D Rodrigue. — Parlons bas; écoute
Sais tu nue ce vieillard fut la même vertu, Lr^lllance et Thonneur de son temps? le sais-tu .
Le Comte. — Peut-être. .
D Bo,ru,ue. - Cette ardeur que dans Us yeux 3e porte.
Sais-tu" que c'est son sang? le sais-tu . Le Comte. — Que m"importe?
D. Rodrigue. — A quatre pas d'ici je te le fais savoir.
Le Comte. — Jeune présomptueux !
D. Rodrigue. — Parle sans t'émouvoir.
Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées La valeur n'attend point le nombre des années.
Le Comte. — Te mesurer à moi ! qui t'a rendu si vain Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main?
D. Rodrigue. — ]Mes pareils à deux fois ne se font point
[connaître.
Et pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître. Le Comte. — Sais-tu bien qui je suis?
D. Rodrigue. — Oui ; tout autre que moi
Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d'effroi. Mais j'aurai trop de force, ayant assez de cœur. A qui venge son père il n'est rien d'impossible . Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.
Le Comte. — Ce grand cœur qui paraît aux discours que
[tu tiens, Par tes yeux, chaque jour, se découvrait aux miens ; Mon âme avec plaisir te destinait ma fille.... Dispense ma valeur d'un combat inégal ; Trop peu d'honneur pour moi suivrait cette victoire: A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
D. Rodrigue. — D'une indigne pitié ton audace est suivie: Qui m'ose ôter l'honneur craint de m'ôter la vie !
Le Comte. — Eetire-toi d'ici.
D. Rodrigue. — Marchons sans discourir.
Le Comte. — Es-tu si las de vivre?
D. Rodngui'. — As-tu peur de mourir?
ie Comte. — Viens, tu fais ton devoir, et le fils dégénère Qui survit un moment à l'honneur de son père.
233. — Une recommandation. Le Cid et le Pohjeucte de Corneille, VAndromaqiie, le Britannicus, Aihiûic et Esther de Racine, la Zaïre de Voltaire, Le Louis XI de Casimir Delavigne, la Fille de Roland de H. de Bornier. ce sont là les poèmes du théâtre français; le Jules César de Shakespeare, le Guillauruc Tell de Schiller, le Loliengrin de Wagner, ce sont là les poèmes du théâtre étranger, dont nous recommandons la lecture à la normalienne. Ces lec-
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turcs auront deux aiuiyifdgrs : celui do la rendre familière avec la conception moderne du tliéâtre, celui de lui donner, avec une intelligence pure et une sensibilité délicate, le goût des œuvres dramatiques vraiment belles et le dégoût le toutes ces pièces qui encombrent nos théâtres du jour, au grand préjudice du bon sens et de la morale.