‹ La normalienne en belles-lettresChapitre 42 sur 56 · COMEDIE · texte numérisé non relu

COMEDIE

234. — La comédie. Jamais homme, ce nous semble, ne se fait meilleur à l'école de Thalie. La littérature comique, beaucoup lue et bien écoutée, n'enfante pas la haine vigoureuse du travers humain, mais aiguise notre impitoyable regard et notre observation moqueuse à l'égard du pauvre prochain. Non, la grimace de mépris et l'éclat de rire du théâtre même de Molière, ne sont guère éducatifs. Toutefois, il est convenable que la normalienne puisse parler des drôleries de la Ram.pe en personne suffisamment entendue.

Le mérite des comédies. Au point le vue littéraire, la comédie possède deux mérites: celui de la fantaisie bouffonne, et celui de la vérité humaine.

La fantaisie bouffonne crée le comique des situations. Elle imagine cette complication d'aventures à contrastes et à quiproquos, où les personnages apparaissent dans des attitudes, et éclatent en babils et gronderies, duperies et commérages, singulièrement propres à exciter l'hilarité générale.

Exemples. L'Etourdi et les Fourberies de Sca-pin de Molière, le Légataire universel de Eégnard, etc.

La vérité humaine répand dans la pièce ou le comique des 7nœuTs, ou le comique les caractères. Dans ce dernier cas, que voit-on dans la comédie? C'est un type dont l'auteur développe les aspects risibles à nos 3'eux, c'est un individu à caractère dont les

travers et les manies prennent un relief vif dans une série d'imprévues aventures.

Exemples: L'Avare et le MisuntJirope de ^Molière, Je Glorieux de Destouelies, etc....

Dans l'autre cas, que voit-on, dans la comédie? C'est une tranche de vie, de vie sociale dont l'auteur fait le tableau; c'est ime collectivité d'âmes d'un groupe quelconque le la société, que l'auteur étale vivement sous nos yeux, dans une suite de soudaines péripéties, nouées avec un grand art.

Exemples. Les Plaideurs de liacine, Les Précieuses ridicules de [Molière, etc.

235. — Le nom des comédies. Quand rélément de la f((nfai.sie bouffonuc >iuruhonde dans la pièce et (ju'il est comme l'unique endroit désopilant de la représentation, cette comédie prend le nom de comédie d Intrigue.

Qua)id la vérité ltuuiai)ie est Vêlement vraiment créateur de l'intérêt et du divertissement de la représentation, la comédie qui retrace un milieu social, avec ses ridicules séculaires et ses éternelles manies, prend le nom de comédie de mœurs, mais elle prend le nom de comédie de ciractère , la comédie qui nous offre la plaisante esquisse d'un caractère.

jgg LA N(;UMALinNNE

Le vers français.

(Notions élémentaires de rrosodie.) 1 Le vers. Le vers français est une ligne de mots mesurés conformément à des règles que l art de la versification enseigne.

2.-La mesure du vers. Cette mesure est le nombre de syllables, appelées pieds, que la ligne con^ tiTnt. Le'plus long vers qui est VAlexandnn compte douze syllables. Comme on n'use gue e 1^ vers de onze syllables, et aussi d'une seule ^J^ ^^le^ ^^ ^ ^^ donc dans la langue française, eu égard a la mesure, dix sortes de vers.

Le poème de Crémazie, VAllouette, renferme des exemples de quelques-uns de ces vers.

Alouette Gentillette Ta voix jett« Chaque matin un chant si radieux, Si sonore, Que l'aurore Doute encore S'il naît sur terre ou s'il descend des cieux. Dans le bois solitaire, D'un chant mélodieux Le rossignol, ton frère.

Jette les sons joyeux.

Toi sur la rive humide

Où s'arrêtent les flots.

Ta voix douce et rapide

Vient consoler nos maux.

Car ta voix matinale,

Saluant le soleil

Et la fleur virginale

A son premier réveil,

Répand dans la nature

Tous ses brillants accords,

Et se mêle au murmure

Des vagues sur nos bords.

Quand la nuit de son voile

Assombrit l'horizon,

A la première étoile

Tu redis ta chanson ;

Ainsi, douce alouette,

Ta voix chante toujours.

Et la mort seule arrête

Tes chants et tes amours.

Au matin de nos jours, quand l'avenir en fleurs Etale devant nous ses riantes couleurs,

Nous trouvons dans notre âme.

Pour saluer la vie, un chant pur et joyeux. Car le bonheur alors brille devant nos yeux

Comme un rayon de flamme.

Mais, comme l'alouette, à l'approche du soir, Brisés par la douleur, trompés dans leur espoir,

Nos cœurs pleins de tristesse Ne trouvent plus, hélas 1 leurs accents du matin ; Car ils ont vu se perdre aux ronces du chemin Les chants et les vertus qui charmaient leur jeunes.se.

3. — La syllabe muette. On donne ce nom à la syllabe construite avec l'e muet. Dans le corps du viot la syllabe muette compte toujours pour la mesure du vers. C'est pourquoi l'élève qui dit, par exemple, le vers de M. A. Garneau :

"As-tu vu voltiger des troupes d'oiselets?

ou les vers de l'abbé A. Gingras :

"Fidèle à ton passé, tu poursuivras ta route. Saintement orgueilleux de tes grands souvenirs?'

cet élève prononcera d'oi — se — lets et non pas d'ois'lets, sain — te — ment et non pas saint 'ment, sou — ve — nirs et non pas souv'nirs.

A la fin du tnot, la syllabe muette que l'on rencontre au bout du vers, ne compte pas comme on le peut voir dans cette stance de M. Louis Fisette, qui contient une bien touchante optation.

Que ne puis-je, en son nom, fixant tes destinées, 0 Canada français, t'annoncer des années

De gloire et de félicité !

Que ne puis-je, de Dieu l'élu comme Moïse, Mourir en signalant une terre promise

A ta nationalité !

198 LA NORMALIKNNK

.1 l<i fin (hi mot, la syllabe* nniette que l'on rencontre dan.^ le corps du vers tombe sous des règles variées :

A. — La syllabe muette, construite avec l'e muet prcccdc d'une consonne , comme on le voit dans aimable, aj fable, dans mère, tante, etc., ne compte jamais à la fin du vers; il n'importe que cette syllabe soit au singulier ou au pluriel, c'est-à-dire accompagnée ou non de s, s'il s'agit d'un nom, d'un adjectif, et de nt s'il s'agit d'un verbe.

Exemples : ces beaux vers de Louis Fisette, sur la Chapelle de Tadoussac.

Salut, ô nuit d'été! rumeurs harmonieuses

Qui montez de la grève aux collines poudreuses

Qu'un jour Cartier foula !

Salut, humble clocher de l'antique chapelle Qui domine les flots et dont la voix rappelle

Les fils de Loyola !

Dis-moi, tandis qu'épris des soupirs de la brise. De la vague qui pleure et se roule et se brise

Au pied de ces talus, Je crois ouïr au loin comme une âme c[\\\ prie Et, montant vers le ciel, parle à ma rêverie

Des jours qui ne sont plus ; Dis-moi, que cherchaient-ils ces bons missionnaires Dont les mains ont béni tes lambris séculaires?

Cette syllabe muette compte toujours dans le corps du vers, si elle est au pluriel. — Et si elle est au singulier, elle compte toujours aussi, à moins qu'elle ne soit élidée.

4. — Elision. C'est le fait d'une syllabe muette finale d'un mot, laquelle ne compte pas dans le vers parce que le mot suivant sur laquelle elle se heurte, commence par une voyelle ou un h muet.

Exemple : ces beaux \ers de M. A. Poisson, Aux Acadiens.

Votre mère est la France et vous êtes nos frères !

Lorsque jadis les vents contraires Déchiraient nos drapeaux troués par le canon, Vous avez, comme nous, sur mille champs de i^loire

Ecrit vaillammtnt votre histoire.

Et pour la renommée inscrit f)lns d'un grand nom ! Vous aimiez comme nous le feu de la bataille,

Le faurr éclat de la mitrailles, La clameur des clairons et le bruit du tambour. Jaloux de b.bourer la terre américaine.

Aux vieux canons du fort Duquesne Répondait aussitôt le canon de Louisbourg !

5. — B. Tja syllabe muette construite avec Ve ')nucf prcci'di' cl' une voyelle ou cVuii diptltongue, comme on le voit dans joie, vallée, bienvenue , clans les verbes aux temps personnels: elle prie, qu'elle voie, etc. Cette syllabe ne compte jamais à la fin du vers, il n'importe qu'elle s'achève avec un s ou nt.

Dans le corps du vers, elle n'a place que dans le cas d'élision, et par conséquent, ne peut s'y rencontrer qu'au singulier, puisque le s ou le ni du pluriel rendrait l'élision impossible.

Exemple ces beaux vers de ^[. A. Poisson, ''Aux Acadiens".

Bienvenu^' aux enfants de la vieille Acadie !

Déjà leur tige reverdie Etend avec orgueil ses rameaux florissmts. Aux champs témoins muets de leur lutte olympicjue

Ces fils d'une race héroïque.

Fidèles au passé, vont toujours grandissants.

6. — La césure. La césure est une pause que le bon sens approuve et (jui constitue, au milieu du vers, un rej)os suspensif plus ou moins marqué; elle a pour effet de donner une impression de cadence et de rythme bien goûtée. Cette césure obligatoire ne se rencontre que dans l'Alexandrin, à la fin du sixième pied, et à la fin du (]uatrième pied, dans le vers de dix pieds.

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Exemples de césures dans l'Alexandrin, lisez avec les pauses requises au sixième pied.

Les Laboureurs.

(par I. Lenoir. )

Ne méprisons jamais le sol qui nous vit naître, Ni l'homme dont les bras pour notre seul bien-être

S'usent à force de labeurs ; Ni ces robustes fils ployés sur leurs faucilles, Ni son modeste toit, ni le chant de ses filles. Qui reviennent le soir avec les travailleurs. Ils moissonnent pour nous, et les fruits de leurs peines Blonds épis, doux trésors des jaunissantes plaines.

Blanches et soyeuses toisons.

Exemples de césures dans les vers de dix pieds, lisez avec les pauses requises, au quatrième pied ces vers de Crémazie.

"Qui nous rendra cette époque héroïque "Où, sous Montcalm, nos bras victorieux "Renouvelaient dans la jeune Amérique "Les vieux exploits chantés par nos aïeux? "Ces paysans qui, laissant leurs chaumières, "Venaient combattre et mourir en soldats. Qui nous redira leurs charges meurtrières? "Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?

7. — Les hémistiches. Les hémistiches, ce sont les deux moitiés de vers, que le vers compte par suite de la césure obligatoire. L'élève peut facilement les apercevoir dans les vers qu'on vient de lire.

8. — L'enjambement. En règle générale, chaque vers doit avoir une plénitude de sens qui permette une césure finale, cependant le contraire se produit assez souvent et avec un effet de beauté, il y a alors enjambement.

L'enjambement est le rejet au vers suivant de quelques mots nécessaires au sens du vers précédent : cet abandon de la césure finale est approuvé quand l'enjambement ajoute à la beauté ou à la force de la pensée. — Les exemples abondent dans

Lafontaine. Ainsi, dans la seule fable du Lièvre et la Tortue, on rencontre les trois enjambements suivants :

"Lui, cependant, méprise une telle victoire !

Tient la gageure à peu de gloire,

Croit qu'il y va de son honneur

De partir tard. Il broute, il se repose ;

Il s'amuse à tout autre chose

Qu'à la gageure. A la fin quand il vit

Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,

Il partit comme un trait, mais les élans qu'il fit.

Furent vains. La Tortue arriva la première.

9. — Les rimes. La rime est le retour à la fin de deux ou plusieurs vers de la même consonance. Les exemples se rencontrent dans les vers déjà cités.

10. — La nature des rimes. Les rimes sont dites féminines, quand elles se produisent avec des syllables muettes. — Les rimes sont dites masculines, dans tous les autres cas, c'est-à-dire, quand elles se 23roduisent sur une syllable tonique.

En tout cas, les ri mes sont suffisantes, quand les consonances que l'on accouple sont identiques, grâce à l'identité de la voyelle et de l'articulation qui la suit.

Ainsi, passable et passible ne rimeraient pas ensembles, parce que l'identité de la voyelle manque, quoique l'identité de l'articulation se présente.

Ainsi, passable et passage, indice et indigne, ne rimeraient pas ensemble, parce que l'identité de l'articulation qui suit manque, quoique l'identité de la voyelle se présente.

Les rimes sont riches, quand la consonance finale contient avec l'identité de la voyelle l'identité des deux articulations qui l'entourent, l'antérieure et la postérieure à la voyelle, comme il est facile de le voir dans les rimes féminines de la strophe suivante de Crémazie.

202 LA noumalip:nne

HtUas ! ce souvenir fiue Inmitié vous flonne, Dans le cœur meurt avant que le corps abandonne

Ses vêtements de deuil ; Et loubli des vivants, pesant sur votre tombe, Sur vos os décharnés plus lourdement retombe

Que le plomb du cerceuil !

11. — La disposition des rimes. La règle veut que les rimes féminines et masculines se combinent entre elles, de façon que deux vers masculins ou deux vers féminins qui ne rimeraient pas ensemble, ne se suivent pas immédiatement l'un l'autre.

A cause des combinaisons variées des rimes, celles-ci sont dites alternées ou plates, croisées, et redoublées.

Les rimes plates se présentent alternativement deux à deux, deux vers masculins alternant avec deux vers féminins.

Exemple, ces beaux vers de l'abbé A. Gingras, qui peignent une scène bien canadienne :

Vers l'église, à travers l'humble et riant village,

La carriole emportait l'élégant compérage

Dont les éclats de rire, heureux et spontanés,

Couvraient parfois le chant des grelots argentés,

Pas un n'eut critiqué cette allure bruyante :

Au hameau, l'étiquette est facile, indulgente,

Du reste, un compérage est toujours en humeur :

Un chrétien pour le ciel ! mais, c'est un vrai bonheur !

Presque à chaque maison, si l'on voit la carriole.

On jette aux braves gens quelque bonne parole :

— Salut, Pierre 1 — Eh 1 bonjour ! — Vive le fruit

[nouveau ! — Courage, sapristi 1 Ton blé sera plus beau ! —

Les rimes croisées se rencontrent dans les morceaux où une rime masculine alterne régulièrement avec une rime féminine; où, encore, deux rimes plates masculines sont placées entre deux rimes féminines et vice- versa.

Exemples : Vers de Crémazie, sur le Saint-Siège.

Foyer de force et de science, O vieille et sainte Papauté, Qui brilles comme un phare immense De gloire et d'immortalité !

Magré les fureurs de la haine, Malgré les peuples ameutés.

Toujours ta majesté sereine Domine les flots irrités.

Exemple: Vers de P.-J.-O. Chauveau :

Donnacona.

Stadacona dormait sur son fier promontoire ; Ormes et pins, forêt silencieuse et noire,

Protégeaient son sommeil.

Le roi Donnacona, dans son palais d'écorce, Attendait, méditant sur sa gloire et sa force.

Le retour du soleil.

La guerre avait cessé d'affliger ses domaines ; Il venait de soumettre à ses lois souveraines

Douze errantes tribus Ses sujets poursuivaient en pai.K, dans les savanes Le lièvre ou la perdrix ; autour de leurs cabanes

Les ours ne rôdaient plus.

Rimes redoublées : quand féminines ou masculines, elles sont répétées plus de deux fois. Exemple :

L*enfant dort.

Dans l'alcôve sombre Près d'un humble autel.

L'enfant dort à l'ombre Du lit maternel.

Tandis qu'il repose, La paupière rose, Pour la terre close.

S'ouvre pour le ciel.

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