LA NORMALIENNE C. —- LE RAISONNEMENT
29.—Le raisonnement, ou la démonstration. Le raisonnement est la troisième opération de l'esprit à la recherche de la vérité. — L'argument, l'énoncé, écrit ou oral, du raisonnement, c'est un ensemble de propositions, tellement liées entre elles que la dernière se tire logiquement des premières. — Au fond de tous les arguments définis plus bas, un esprit exercé aperçoit facilement le syilogisme. On peut donc dire: Le syllogisme est la forme rationnelle unique du raisonnement. Toutefois à raison des formes implicites, ou complexes, dans lesquelles, il s’énonce, le syllogisme prend différentes appellations.
LE RAISONNEMENT : Je pose un exemple : Je dis :
(A) ‘La normalienne est une personne heureuse”’; et vous vous récriez: voilà donc une proposition dont la vérité est contestée, c’est un inconnu.
(B) Alors je dis :
‘Toute personne à qui il est donné de se cultiver idéalement et chrétiennement, est une personne heureuse”’. — Et vous me répondez : Cela est bien vrai. — Voilà done une proposition dont la vérité est incontestée, c’est un connu.
(C) Alors je dis: (C’est ici la proposition d'’explication).
A l'école normale, il est donné à l’élève-institutrice de se cultiver, chaque jour, et idéalement par le beau livre de classe et chrétiennement par la piété eucharistique. Et vous me dites: c’est bien cela; nous n’y avions pas pensé.
Je pourrai donc faire le raisonnement suivant :
Toute personne à qui... ete...
Or, à la normalienne il est donné de. etc...
Donc, la normalienne est une personne heureuse. Qu'est-ce donc qu’un raisonnement? et, les yeux
F4 sur l'exemple donné, vous répondez :
6, 30.— La nature du raisonnement. Le raisonnele ment, c'est la vision intérieure et intelligible d'un la inconnu (A) dans le connu (B) qui le contient, Au à suivie de la conclusion qu'il faut accorder, à l'in- 8- ‘ connu, l'adhésion d'esprit qu'on ne refusait pas au )'n connu. — Le raisonnement est une opération de n- l'esprit qui lui permet d'’inférer un jugement nouon veau d'un ou de plusieurs jugements, préalable- ]- ment admis (B. C.); c’est une opération de l'esprit p- par laquelle j'arrive à apercevoir la vérité d'une proposition contestée (A), dans la vérité d’une pro- Je position incontestée (B) qui la renferme.
31.—N. B. L'inconnu dans le connu. Comment u- arrivons-nous à faire apercevoir à l'élève que le ji connu contient l’inconnu ; et que l’esprit doit donner à celui-ci l’adhésion qu’il accorde à celui-là? — on y arrive en * ‘ant remarquer que le connu est une idée, prise : son extension, c’est-à-dire quant au nombre ..dividus auxquels elle peut s’appli- ® quer et que l'inconnu marque l’un de ces individus. Re — On le peut voir dans l’exemple donné plus haut. e Il apparaît là que la normulienne est l’une des nombreuses personnes heureuses de la terre.
E On y arriverait autrement dans le raisonnement suivant :
1- (A) Une page qui contient une splendeur de vrai, " est une belle page;
(B) Or le poème de Chauveau sur la Messe de Minuit, est une splendeur de vrai;
(C) Donc, ce poème de Chauveau est une belle page. ;
Ici on ferait remarquer que l'inconnu, ‘‘une belle page,’ dans la proposition (A) est une idée, prise
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dans sa compréhension, c’est-à-dire quant au nombre d’entités, ou de notes qu'elle contient, à savoir: vrai et splendeur; — et que l’idée de ‘‘le poëme de Chauveau’’ dans la proposition (C) est aussi prise dans son sens compréhenasif littéraire: c'est une page qui contient les deux éléments esthétiques, une vérité littéraire et une splendeur littéraire.
En général, dans les raisonnements par déduction, on a égard à l’aspect extensif de l’idée. Mais, dans les raisonnements par induction, on a égard à l'aspect compréhensif de l’idée. Et c'est, pour cette raison ou d’extension, ou de compréhension, que l'inconnu (qui est la conclusion) apparaît à l'esprit, renfermé dans le connu (qui est l’antécédent).
32.—Les deux procédés fondamentaux de nos raisonnements. Le raisonnement se fait par déduction quand, d’une vérité générale, on infère une conclusion particulière, ou générale ; Exemple : l'argument de ‘‘la normalienne heureuse, donné plus haut.
‘ Le raisonnement se fait par induction quand, d’une vérité particulière, ou de plusieurs particulières, on infère une conclusion particulière, ou générale. Exemple :
Juliette, qui àvait bien étudié, obtenait le prix du Prince de Galles.
Clarisse, qui avait bien étudié, obtenait le prix du Prince de Galles.
Yvonne, qui avait bien étudié, obtenait le prix du Prince àäc Galles.
Donc Germaine qui étudie bien, obtiendra le prix du Prince de Galles.