B. — LE JUGEMENT
25.—Le jugement. Je jugement est la deuxième opération de l'esprit à la recherche de la vérité. Quand l'esprit humain a ramassé des idées, il est naturellement porté à les rapprocher les unes des autres, et, dans cette rencontre, il ne tarde pas à apercevoir entre elles des Convenances, ou des ré- Pugnances ; alors si l'esprit déclare ce qu'il a vu, il forme un jugement.
Ainsi, le jugement est une vision intérieure et intelligible, suivie d’une assertion ; il est l'énoncé du rapport de convenance, où de non convenance, aperçu entre deux idées. Et selon qu'il affirme, ou qu'il nie la convenance entre les deux idées, le jugement sera : gatif, ou bien affirmatif ;.… et selon que la raison es, sûre où mal sûre d’avoir vu cette convenance, son jugement est Certain, où probable.
26.—La proposition, Ia Proposition est l'énoncé du jugement, écrit ou oral.—
NB; — Moss jugements, ou les écrire, c’est achever de penser. Achever de penser, voilà pour l'élève un erercire tüquel la maitresse attachera uie grande importance... Et pour que cet utile ex- ‘reice soit de toutes les heures, la maîtresse veillera,
au cours de ses leçons, à ce que l'enfant lui fasse de justes réponses. Cette exigence de la maîtresse fera contracter à l'élève, au bénéfice de son jugement, deux précieuses habitudes mentales, et celle de toujours saisir soigneusement la pensée de ceux avec qui il converse; (autrement, comment pourrait-il leur répondre à propos) ; et celle de leur communiquer avec netteté et plénitude sa pensée, en forment et en énonçant ses jugements en d'exactes et correctes propositions.
27.—La culture du jugement chez l'élève. ‘Il n’y a personne, écrivait de la Rochefoucauld, qui n'ait de la fausseté en quelque endroit de son esprit.’ — Pour remédier à ce mal, la maîtresse eultivcra diligemment le jugement de l'enfant. C’est le grand service qu’elle peut lui rendre afin qu'au sortir de l’école, l’élève, grandi et élevé, puisse se guider lui-même, se débrouiller dans les impasses de sa vie, et n’accepter qu’à bon escient les jugements d’autrui.—
28.—(a) Elle cultivera le jugement de son élève, cn lui faisant contracter l'habitude de comprendre par lui-méme. Pour cela, l’insti’ atrice mettra l’élève aux prises avec l'inconnu, ne l’aidant, par ses questions suggestives, que dans la mesure requise pour établir une juste proportion entre les forces intellectuelles de l'élève et les difficultés qu'offre l'inconnu à pénétrer; elle lui ménagera la chance de trouver par lui-même ‘‘ce qu’il faut penser de l'affaire”. — Il est incontestable que le jugement mürit médiocrement chez l’élève qui ne fait qu’enregistrer, dans sa mémoire, des vérités toutes faites.
(b) Elle cultivera encore le jugement de son élève en corrigeant chez lui les trois causes volontaires de ses faux jugements: — la timidité, l’étourderie, les petites passions. — La timidité est un manque de
confiance en son esprit, en ses talents. La mattresse inspirera de la hardiesse à l'enfant, en l'aidant à donner de bonnes réponses et en le complimentant sur son succès. — L'étourderie est un manque d'examen avant que de parler. La mattresse, à tous coup, rappellera l’élève au soin de mieux répondre : allons ! réfléchissez. Et cette réflexion sera pour l'enfant, d’être attentif à se poser deux questions en face de l'objet à: connaître : Pourquoi est-il? Comment est-il? — Les petites passions, les petits préjugés déterminent, chez l’enfant, un manque de sincérité dans ses jugements. La maîtresse mettra ses élèves en garde contre ce déplorable égarement, en les pressant de dire, franchement et simplement, ce que le bon sens leur dicte, encore que leur cœur y répugne.
La culture du jugement ne permet pas d’avancer dans le programme, d’une allure bien rapide. Tant pis pour le programme! car, pour parler à la Montaigne, il vaut mieux forger que meubler l'esprit de l'élève.
DES D — Re |
4 LE RAISONN “MENT
No 29.- Le raisonnement et son expression, l'argument, le syllogisme.
No 30.—La nature du raisonnement.
No 31.—Comment l'inconnu est vu dans le
# connu.
No 32.—La déduction et l'induction.
No 33.—Le syllogisme, ce qu'il est.
N° 34.—Sa grande loi.
No 35.—Les arguments oratoires.
No 36.—L'enthymème ;,le dilemme.
No 37.—L’argument personnel.
No 38.—Les formes causales, ou conditionnelles des arguments oratoires.
N 39.Les sophismes.
No 40.—La pétition de principe.
No 41.—L'induction sophistique.
No 42.—L'induction (sa valeur).
No 43.—La culture du raisonnement à l’école.
No 44.—Un esprit raisonnable et non pas raisonneur.
LA METHODOLOGIE
N' . -La méthodologie et les méthodes.
N° 46.—Les deux méthodes.
No 47.—La méthode inductive, analyse.
No 48.—La méthode déductive, synthèse.
Nos 49 et 50.—Valeur, emploi à l’école.