‹ La normalienne en philosophie et aux sources de la pédagogie [microforme]Chapitre 12 sur 91 · La grande loi du bon syllogisme. Cette loi · texte numérisé non relu

La grande loi du bon syllogisme. Cette loi

c’est que, dans le syllogisme, il ne se rencontre vrai-

ment que trois termes, nous voulons dire, trois

idées, redites identiquement chacune deux fois. Si

l’un des termes, au cours du syllogisme, était ac-

cepté en deux sens différents, le syllogisme se trouverait, en vérité, construit avec quatre termes, et, du coup, la valeur du syllogisme s’évanouirait, car le lien logique n'existercit plus entre le conséquent et l’antécédent, entre la conclusion et les prémisses, entre l'inconnu et le connu.

Pour construire ses syllogismes, pour apprécier les syllogismes d'autrui, la normalienne veillera, donc, à l’équivoque des mots et à la confusion des idées, cette source des sophismes.

35.—Les arguments oratoires. Ces arguments sont de solides syllogismes, mais d'une facture irrégulière. Les orateurs en usent de préférence au syllogisme régulier dont s’accommoderait mal la parole oratoire, pleine de mouvement et d’élan.

36.—L'enthymème. C’est, par excellence, l’argument des orateurs : c’est un syllogisme dont l’une des prémisses est sous-entendue: je dis: A la normalienne, il est donné de se cultiver idéalement et chrétiennement. Donc, la normalienne est une personne heureuse; et là, j'ai fait un enthymème : la majeure manque à ce syllogisme.

Le dilemme. C’est un argument où deux syllogismes s'amalgament avec bonheur, et dont la construction offre à l'adversaire deux alternatives; mais quelque alternative qu'il choisisse, la conclusion sera contre lui. Exemple: Marie-Anne presse sa grande amie Thérése de s’attacher aux études littéraires, par le dilemme qui suit:

Ou vous avez de la culture, ou vous n’en avez pas.

Si vous avez de la culture, vous devez en comprendre le prix; donc continuez vos études littéraires.

Si, au contraire, vous n’avez pas de culture, vous devez en comprendre le besoin; donc, mettez-vous aux études littéraires.

37.—L'argument personnel (où l’on fait des personnalités). Cet argument fait son antécédent d'une parole, ou d'une action de l'adversaire ; et la conclusion tourne à la confusion de l'adversaire. Dans les luttes politiques on abuse de cet argument, fondé sur des personnalités. L'utilité de cet argument, c'est, en confondant l'adversaire, de briser aon ascendant sur ceux qu'il dominait. — Quant à sa valeur absolue, l'argument vaut ou ne vaut pas, selon que la parole, ou l’action de l'adversaire, a en elle-même une valeur véritable, ou ne l’a pas.

38.—Les formes causales, ou conditionnelles des arguments oratoires. Exemple :

Puisque cette intelligente normalienne étudie avec une constante application, elle obtiendra son brevet.

Cet argument oratoire est à forme causale.

Exemple :

Si cette intelligente normalienne étudie avec une constante application, elle obtiendra son brevet.

Cet argument oratoire est à forme conditionnelle.

Ces arguments sont des arguments, ramassés dans des propositions composées, dont le consé..uent est exprimé dans la proposition principale et dont l'antécédent se rencontre dans la proposition incidente, affectée de la particule causale, — puisque, parce que, vu que, — ou de la particule conditionnelle, — si, au cas où, etc.

N. B. — Après avoir énoncé ces sortes d’argument, l'orateur donne l'explication qui met en lumière le lien de dépendance ou causale ou conditionnelle, existant entre l’antécédent et le conséquent.

39.—Les sophismes. Les sophismes sont des arguments faux mais spécieux, c’est-à-dire capables de tromper même des hommes intelligents s’ils sont moins attentifs. Tous les arguments dont il est

parlé plus haut, peuvent être faux: Donc, il se . rencontre des syllogismes faux, des dilemmes faux, etc. Dans ce cas, on se contente de dire : Monsieur, votre argument est un sophisme. Et pourquoi l'argument est-il faux ? L'unique raison, il est facile de la retenir, c’est que le lien logique, le lien de dépendance manque entre les idées de l’antécédent et l'idée du conséquent; et par conséquent il est évident que l'inconnu du conséquent n'est pas Contenu dans l’antécédent, comme cela a été reconnu nécessaire au N° 30. Parmi les nombreux sophismes, annotons comme les plus communs la pétition de principe et l'induction sophistique.

40.—La pétition de principe. La pétition de principe est un sophisme où l'orateur s'applique à démontrer la proposition incontestée, mais passe outre à la proposition contestée, tout comme si elle était accordée, lorsque précisément elle est le principe du débat. Tel serait le sophisme du Principal qui démontrerait que toute personne, cultivée idéalement et chrétiennement, est heureuse pour conclure: Donc, la normalienne est heureuse. — Ta proposition contestée ‘‘la normalienne est heureuse” ne serait pas démontrée. — Le Principal aurait dû s’uppliquer plutôt à prouver que la normalienne est une personne qui se cultive idéalement, (la preuve, ce sont les beaux livres qu’elle étudie); et qui se cultive chrétiennement, (la preuve, c'est la piété eucharistique dont elle alimente son âme). Donc, le Principal en prouvant la majeure, qui est la proposition incontestée, et en ne démontrant pas la mineure, qui est la proposition contestée, le principe du débat, a fait une pétition de principe.

41.—L'induction sophistique. Elle est un sophisme, familier au peuple qui raisonne par des exemples, et qui, pour sa gouverne, tire de ces exemples ds conclusions particulières, ou générales.

Le vieil Amable avait dit:

François a fait fortune dans le commerce de mica. Baptiste «6 “6 cé | à «6 Michel «6 «6 66 LE 4 .€

Donc, mon fils Amable vendra s41 terre et fer. fortune dans le commerce de mi #.

Le jeune Amable, en effet, troquu s: t°rre contre deux puits de mica, mais fit faillite. — Cependant, ce jeune Amable qui avait du courage, prit la hache du défricheur; sa terre en bois debout fut bientôt verdoyante de gras pâturages, et Ariable fait fortune dans l’industrie laitière; et bébé Amable marchera sur les traces de son père, ce bébé fort et beau comme ceux de nos ancêtres que Marie de l’Incarnation et le jésuite Charlevoix ont tant admirés, en leurs temps lointains.

42.—L'induction est un bon argument; c'est l'argument des sivants qui créent les sciences ; mais, pour avoir sa valeur de vérité et de certitude, cet argument doit se construire en corformité avec les lois de la logique inductive. : Or, voici la loi cssentielle de ce procédé : Les observations du savant doivent être répétées et exactes. Ceci, entendons-le bien: Le savant veut déméler du fouillis des faits particuliers, la vérité générale que Dieu y a mise; pour saisir toutes les conditions, nécessaires et suffisantes, où le phénomène, le fait particulier éclate immanquablement, (conditions dont l’énoncé constitue la loi du phénomène, la vérité générale de la science,) il faut que le savant fasse de nombreuses et exactes observations de ces faits et exemples particuliers.

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