La culture du raisonnement chez l'enfant
La maîtresse cultivera le raisonnement de ses élè-
ves; elle le fera — (a) en les amenant à bien enchaîner leurs idées quand ils exposent leur propre
pensée; — (b) en les amenant à bien suivre l'enchaïînement des idées de la page qu'ils viennent de lire; — (c) en donnant elle-même, dans ses leçons, l'exemple d’un bel enchaînement d'idées :
Bref, elle veillera à ce que, dans leurs discours, les enfants soient cohérents, non pas décousus ou contradictoires dans la suite de leurs idées.
Il importe de cultiver, chez l’enfant ue l’école, la faculté du raisonnement, du bon sens, ‘‘ce maître de la vie’’ comme parle Bossuet. Si, tout en meublant l'esprit de l’enfant de connaissances, la maitresse omet, par malheur, de fortifier son aptitude à bien raisonner, l'esprit de l'enfant grandi, étant infirme et mal sûr de lui-même, serait la proie facile des hommes retors.
44,—Un esprit raisonnable et non pas raisonneur. Cependant, la maîtresse n'oubliera pas que le but de la culture du raisonnement n’est pas de faire de l'enfant, un esprit raisonneur mais un esprit raisonnable, — L'esprit raisonneur, souffrant de la manie de discuter, se plaît à ergoter sur tout, à subtiliser, à fendre un cheveu en quatre pour avoir à redire ; — et prenant facilement des prétextes pour des raisons, il imagine toujours des excuses pour couvrir ses manquements. — Par contre, l'esprit raisonnable fait l’homme de bon sens et de bonne volonté: — L'enfant raisonnable possède le bon s.ns en tant que jugement (il discerne avec assurance le vrai du faux) ; le bon sens en tant que conscience (il discerne avec assurance le bien du mal) ; — le bon sens en tant que goût (il discerne avec assurance le beau du laid). — Cet enfant possède de la bonne volonté : celle qui se détermine aux clartés de la raison; celle qui se réjouit de ce que l’esprit est enfin désäbusé de ses fausses opinions ; celle qui fait prévaloir le devoir sur la passion.
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LA METHODOLOGIE
45.—La méthodologie et les méthodes. Le caractèrc de la connaissance est autre chez l’homme et autre chez l’ange. La connaissance humaine est discursive ; elle est intuitive chez l’ange. D'un seul regard, l'ange aperçoit le principe et dans le principe la conséquence, la loi et dans la loi le phénomène : il suit de là que l'ange s’immobilise dans ses jugements. — Par contre, l'homme pratique le peu-à-peu ; c'est une à une qu'il faut faire entrer les idées dans son esprit, comme on introduit une liqueur, goutte à goutte, dans un vase d’étroite embouchure ; c’est à petits pas qu'il avance du connu à l'inconnu et son coup d'œil est si court qu'il se perd, s’il saute à une chose inconnue, quelque peu éloignée; et, son coup d'œil étant bien faible, combien souvent lui faut-il revenir en arrière. Il suit de là que l'homme est ondoyant ct divers, qu il tergiverse dans ses jugements. — Et il suit de là que la bonne pédagogie pose le principe : ‘‘L'enseignement, à la petite école, doit être rigoureusement gradué :”” ‘‘Il ne faut pas -presser l’enfant’’: n’oublions pas cet axiome pédogagique de Fénelon.
Puisque le mode d'apprendre, chez l’homme, est discursif, il y a donc, pour l'esprit humain, péril de s'égarer dans sa marche à la découverte de l’inconnu. Descartes avait bien raison de dire : ‘‘Ce n’est pas tout d’avoir l’esprit bon; l'essentiel, c’est de l'appliquer bien”’.
C'est pourquoi, avouons-le, il ne suffit pas de posséder une raison cultivée, il faut encore en user avec une discipline sûre. ‘‘La perfection d’une pendule, disait Vauvenargues, n'est pas d'aller vite, mais d’être réglée”’. -
Les méthodes seront donc les voies par où l'esprit discursif de l’homme ira promptement et sûrement
à la découverte de la vérité. Et la méthodologie 8e définira la connaissance et la pratique habile des méthodes.
46.—Les deux méthodes universelles. Chaque ordre de connaissance réclame quelque méthode propre, puisque toute science a, avec son objet distinct, ses principes particuliers et ses spéciales difficultés.
Parlons, ici même, seulement des deux méthodes, universellement utiles, (car elles sont, l’une et l’autre, l’art de bien conduire 81 raison dans la connaissance de toutes choses, tant pour s’en jnstruire soi-mème que pour en instruire les autres) : de la méthode analytique et de la méthode synthétique.
47.-—La méthode d'analyse, ou inductive. Cette méthode conduit l'esprit humain à la connaissance désirée, en l’élevant des faits connus à la loi, des effets à la cause, des conséquences connues au principe. des cas particuliers connus à la règle générale : il y a là un raisonnement inductif. — Ainsi procède la maîtresse d'école, par exemple, dans l’enseignement de la règle de l'accord de l'adjectif avec le nom, si elle pose, sur le tableau noir, des cas, des exemples; et si, après avoir fait observer aux élèves les terminaisons différentes des adjectifs selon le nombre et le genre des noms, elle leur fait tirer et écrire au tableau noir la conclusion qui est la règle grammaticale : l'adjectif s'accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte.
48.- La méthode de synthèse, ou déductive. Cette méthode conduit l'esprit humain à la connaissance désirée, en le faisant descendre de la règle connue, aux cas particuliers, de la cause connue aux effets, du principe connu aux conséquences : il y a là un raisonnement déductif.
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49.—La valeur de ces méthodes. La méthode analytique est le procédé des savants qui créent leur science. — La méthode synthétique est le procédé des savants qui communiquent leur savoir.
50.—L'emploi des deux méthodes à l’école. La méthode d'analyse mène l’élève à la découverte de la vérité: elle demande bien du temps; et le programme presse; la méthode de synthèse épa:gne à l'élève la lente recherche de la vérité; elle dégage, à son bénéfice, une science toute faite: elle fait avancer vite dans les programmes. L'institutrice fera bien d'employer, tour à vour, les deux méthodes, car l’une et l’autre mettent en branle l’activité intellectuelle de l'élève; — elles lui imposent avec un effort qui sera vainqueur de la difficulté, un travail attrayant.
Une autre raison: dans l’enseignement, il faut user des deux méthodes afin de développer les deux aptitudes intellectuelles de l'élève: — et celle qui l'inspire à raisonner par déduction, comme on le voit quand il juge les cas de conscience et d’honneur, en vertu de principes qu'il a en tête; — et celle qui l’inspire à raisonner par induction, comme on le voit quand l'enfant demande la raison des phénomènes qui le frappent, ou la règle des faits qu’il apprécie.
Concluons que la maîtresse fera bien de conduire l'esprit de l’enfant de l’une et l’autre allure.
Elle interrogera beaucoup l'élève selon l’une et l’autre méthode pour l'exercer à induire et à déduire, et pour amener ainsi, chez lui, un développement intégral de sa faculté de raisonnement.
Toutefois, avec les tout jeunes, elle usera davantage de la méthode d’analyse.
e e , dé- UHAPITRE II.
] 4 Los NOTIONS D’ONTOLOGIE ES N. B. — Dieu possède l'existence inénarrablement. En
Lui, rien de potentiel, pas d'excellence possible ; sa perfection est actuelle et infiniment actucile: Dieu est l'acte trèspur. Son essence est donc au-dessus de tout ce que notre parole peut exprimer. Aussi en parlant de Dieu, ne savonsnous que balbutier. C’est pourquoi, en méditant ces notions d’ontologie, laborieuses conceptions de l’infirme philosophie, la Normalienne n’arrêtera sa pensée que sur les êtres réels ou possibles de la création. |
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No 51.—L'être: la transcendance de sa conception intelligible.
No 52.—Ses qualités transcendantales. Unité ; : No 53.—Vérité; N° 54.—Bonté: réponses PS de saint Thomas et de saint Augustin à ; ceux que la présence du mal étonne. No 55.—Ses divisions générales : d’abord la substance et l’accident ; notion de la personne.
No 56.—L'essence et l'accident.
No 57.—La causalité de l’être: La cause?
Les quatre causes suprêmes :
No 58.—La cause matérielle.
No 59.—La cause exemplaire, la formelle.
No 60.—La cause finale; l’intentionnelle.
No 61.—La cause efficiente ; la cause morale. No 62.—La cause instrumentale.
No 63.—Les perfections de l'effet, indice ré-
vélateur de la cause.
N° 64.—L'occasion? — La condition?