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CHAPITRE II

NOTIONS D’ONTOLOGIE

51.—L'être, l’idée transcendantale qu'on s’en forme. L'étre est toute chose qui possède l'existence, à l'état réel, ou à l’état possible.—Cette idée est dite transcendantale, de deux mots latins, trans et scandere, qui signifient aller, s’avancer au-delà, parce que cette idée ne peut se renfermer dans les limites d’une catégorie quelconque, mais qu’elle déborde les bornes d'existence que pose toute idée ou d'espèce, ou de genre. |

52.— Qualités transcendantales de l'être: l'unité, la vérité, la bonté. — L'unité : Tout être est un. Cela veut dire que tout être est distinct d'avec tout autre être, et qu’il est, de fait, indivisé quoiqu'il puisse ètre divisible : en effet, s’il se présentait à l'esprit à l’état divisé, il ne serait plus une chose, mais des che-:s.

A ia notion de l'unité de l'être se rattache l'idée de l'identité de l'être: En effet, c’est de l’unité de l’être que surgit l’idée de sa distinction de tout autre être, et, de cette distinction d'existence surgit l’idée d'identité de l'être, à savoir que l'être est identique à soi-même : en latin idem est, il est soimême et non pas un autre être ; et c’est de l’idée d'identité de l’ètre que surgit le principe d'identité et de contradiction, principe souverainement important : il est à la base de tout raisonnement. (Voir N° 148.)

53.—La vérité. Tout être est vrai, c’est-à-dire connaissable, c’est-à-dire objet possible d'une vision intelligible, c’est-à-dire possédant des éléments intelligibles d’où il est possible à l'esprit de s’en faire une idée.

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Toute chose en effet n’est connaissable qu'en autant qu’elle contient une participation à l'existence, ou ré le, ou possible; le néant n’est connaissable que pur la vision intelligible de l'être dont il est la négation. Ainsi, l'esprit humain n'a l’idée de mort, de cécité, ete., que par l'idée de vie, ou de vue, à laquelle il ajoute une négation.

54.—La bonté. :Tout être est bon, c’est-à-dire objet d'un naturel désir. Tout ètre, par le fait qu'il possède une participation à l'existence, contient une perfection désirable ; — désirable à l’autre à qui il est propre; — désirable au moins à soi-même : aussi voit-on que tout être a le vouloir-être, le ne pas vouloir-périr.

Saint Thomas, ( I qu. 65, art. 1 ad 2) fait cette excellente observation: Il y a des hommes qui ne jugent pas des choses d’après la nature des choses, mais d’après l'avantage qu'ils en retirent ; aussi regardent-ils comme absolument mauvais tout ce qui leur est nuisible, sans observer que ce qui nuit à l’un, peut être avantageux à l’autre, et qu'il peut être avantageux à cette personne même qui se plaint, mais sous un autre rapport.

Aux impies qui se scandalisent du mal, rencontré dans la création, et qui trouvent Dieu peu sage s’il est vraiment l’auteur libre du monde, saint Augustin fait cette remarque: ‘‘Un ignorant entre dans l'atelier d’un artiste. ÆEn voyant maints outils, appendus ici et là aux murs, il s’écrie : Oh! que de choses inutiles dans cette maison! — Et le maladroit, glissant là, se blesse contre un fer tranchant, contre une fournaise ardente et s’écrie de nouveau : Oh! quel est donc l’imbécile qui régit cette maison! — Et l'artiste, témoin de tant de sots propos, de répliquer: L'’imbécile, il me semble bien que c'èst vous, Monsieur! — C’est assurément ce que

Dieu pense de tant de sots ignorants qui blasphèment le bel ouvrage de Dieu.

55.—Les divisions générales de l’être. 11 y a deux sortes d’êtres, la substance et l'accident, ce sont les genres suprêmes dans le langage des philosophes. — La substance est l'élément permanent sous la variété des accidents; — elle est l'élément de l’être réel qui subsiste, qui se soutient dans l'existence par soi-même, et qui est ce sur quoi s'appuient, pour exister, les autres éléments de l'être, appelés accidents. — L'idée de substance exclut d'elle non pas l'idée d’une cause à qui elle doit d’être arrivée à l'existence, mais l’idée d’un sujet en qui, par inhé:rence, elle doit subsister.

N. B. — La personne. Si l’on considère la substance dans une créature intelligente, alors on a la notion de la personne. + personne se définit: une substance, intelligente € vdividuelle, si maîtresse d'elle-même qu'elle est incommunicable dans son moi; et ce moi personnel n’est pas la conscience, ou la mémoire, mais la substance individuelle qui possède, avec l'esprit, la conscience, la mémoire, la volonté et nutres biens.

L’'ACCIDENT est un mc e d'être, un élément de l'être r‘el, qui s’évanouirait sans la substance à laquelle il adhère; c’est l'élément, instable, changeant, qui ne subsiste que par la substance à laquelle il est inhérent. — Ces accidents sont (a) la quantité et ses dimensions de largeur, longueur et profondeur ; — (b) les qualités de facultés, de dons et d’habitudes; — (c) les relations de temps, de lieu, de dépendance, etc.

56.—L'essence et l’accident. Dans tout être (ou substance, ou accident, il n’importe), la raison peut apercevoir un élément qui lui est essentiel et un élément accessoire ou accidentel. Nous donnons ici

la notion de ces éléments de l'être, l'essence et l'accident. — L'essence (la nature); l'essence, c'est l'ensemble des éléments distinctifs de l'être, ce par quoi l'être est l'espèce d'être qu'' est; — Et cet ensemble des éléments est si rigoureux que l'essence donnée s’évanouirait si l’un des éléments périssait. La nature est l'essence elle-même, mais considérée comme principe des opérations de l'être dont on parle.

L'accident est l'élément accessoire qui modifie l'être de quelque façon; mais qui peut s'ajouter, ou se supprimer sans que l'être soit aitéré dans son essence.

57.—La causalité de l'être. Tout étre a une activité et une activité en proportion avec son existence : ainsi tout être est cause ; et c'est même pour son opération que Dieu créa tout être; et c'est aussi comme la croyance spontanée de l'homme: La naturelle question qu'on trouve en effet sur les lèvres de l'enfant, en face d’un être qui pique sa curiosité, est au sujet du Pourquoi de cet être, aussi bien qu’au sujet du Comment de cet être. — L'enfant sent naturellement qu'entre le phénomène antécédent et le phénomène subséquent, il y a un lien causal, un rapport de cause à effet, ef non pas un rapport de simple succession.

La cause. La cause est ce qui amène. en quelque façon que ce soit, une vutre chose à l'existence ; ce qui fait entrer une autre chose dans un état différent, ou qui la ramène dans l'état précédent.

N. B. — A raison de ce rapport de dépendance entre l’un et l’autre, la connaissance de l’effet mène toujours l’esprit curieux, à quelque connaissance de sa cause.

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