‹ La normalienne en philosophie et aux sources de la pédagogie [microforme]Chapitre 19 sur 91 · QUE FAUT-IL PENSER DE L'UNIVERS · texte numérisé non relu

QUE FAUT-IL PENSER DE L'UNIVERS

72.—Que faut-il penser de l’univers? La réponse de l’école matérialiste pessimiste: Ce monde est le pire des mondes possibles : c’était là la suprème pensée du philosophe Schopenhauer. Cette école enseigne donc que ce monde est le pire des possibles. — C’est d’abord un possible radicalement mauvais, disent-ils. La raison? C’est que ce monde est le théâtre de formes qui, toujours et inévitablement, vont au néant malgré leur persistant effort à se réaliser parfaitement dans la matière; et qui augmentent leur capacité de dissolution dans la mesure de leur labeur pour organiser mieux la matière dont elles prennent possession. — C’est ensuite, disentils, le pire des possibles. Ta raison? C’est qu'on aperçoit, dans ces êtres d’un destin mauvais, un insensé vouloir-vivre, un insensé ne-vouloir-pas-périr, c’est-à-dire une insensée tendance à écarter les causes de destruction, insensée, disons-nous, puisque c’est une obstination à vouloir souffrir davantage et que c’est un malheur, élevé à son comble, que d’être hors de son idéal fatalement et de fatalement vouloir demeurer dans ce malheur.

73.—Que faut-il penser de cet univers? La réponse de l'école matérialiste optimiste: Ce monde est un ensemble d'êtres qui regorgent de divin. Et cette école chante la divine matière et les divines

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ivresses de ses charmeuses beautés. Elle nie la misère d'origine de la matière et cette infirmité d’origine, ce fond décadent, qu’elle tient du néant d'où elle a été tirée. Et cette école parle ainsi, impressionnée sans doute par le spectacle d'ordre et de beauté qui éclate dans la matière mondiale. 74.—Que faut-il penser de l’univers? La réponse de l'école catholique, la réponse de vérité. Cette école discerne dans la matière mise sous nos yeux, deux éléments, celui qui lui vient du, néant, qui est sa caducité substantielle, son caractère périssable, sa pente à retomber dans le néant par la corruption de ses parties, — Celui qui lui vient de Dieu, cet éclat d’idéal qui resplendit dans les formes que la matière revêt, cet éclat dont le charme nous fascine. Puis, après avoir fait ce discernement plein de vérité, l’école catholique répond : Ce que je pense du monde, c’est qu'il est le reflet de la beauté et de la bonté divines sur l’éphémère substance. — Pour cette école au regard optimiste et vrai, le monde est le meilleur des possibles, — non pas en ce sens absolu que Dieu a créé le plus parfait des mondes possibles, — mais en ce sens relatif que, étant donné le dessein providentiel auquel il s'était arrêté, le bon Dieu ne pouvait créer un univers avec plus de sagesse, ni le gouverner avec de meilleures lois.

75.—La cause efficiente du monde. Dieu est la cause efficiente du monde par l'acte créateur. Ja preuve est tirée du caractère contingent de la matière. Avant donc que de donner la preuve, disons ce que c’est que la contingence, et posons le fait de la contingence aperçue dans le monde.

76.—La contingence. La contingence est la possibilité d'exister qui se réalise, mais qui aurait pu ne pas aboutir; qui n’aboutit pas, maïs qui aurait pu se réaliser. Le contingent, c’est le possible, l'éventuel; le contingent, c'est donc l'être qui pos-

sède une existence empruntée, par participation, bref de par un autre; si le contingent possédait l’ezxistence, non pas de par un autre, mais de par son essence, il possèderait cette existence à la façon de l'essence, c’est-à-dire immuablement et éternellement. Le contingent a donc une cause efficiente.

77.—Le fait de contingence dans le monde. Dans la matière mondiale, nous apercevons deux contingences, celle des formes et celle des activités. — La contingence des formes. La matière ne peut posséder l'existence sans revêtir quelque forme, certaine manière d’être qui la constitue dans une espèce, dans un genre, vis-à-vis des autres êtres, — et ces façons d'’étre, la matière les possède contingemment. ‘‘Sera-t-il dieu, table, ou cuvette, disait le statuaire de la fable, en face du bloc de marbre. Aussi, voit-on que l'univers est un théâtre de formes qui se produisent et périssent, que la matière mondiaie est emportée dans un tourbillon de générations et de corruptions qui se suivent incessamment.

La contingence des activités. Ta terre se montre au regard de l'observateur comme un théâtre d’énergies actives qui, tour à tour, éclatent et périssent; c’est une interminable évolution de croissances et de décrépitudes; les géologues contemplent avec émotion, dans les débris des couches terrestres, ces suites de vies évanouies, ces successions d’espèces, venues et disparues.

Ainsi apparaît manifestement dans la matière mondiale le caractère de sa contingence.

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