‹ La normalienne en philosophie et aux sources de la pédagogie [microforme]Chapitre 21 sur 91 · La cause exemplaire du monde · texte numérisé non relu

La cause exemplaire du monde

Dieu est la cause exemplaire du monde.

LA PREUVE: — L'étourdi peut agir'au hasard et, en agissant de la sorte, il va à des résultats fortuits; mais le sage opère, ayant en tête une idée bien arrêtée et, sous ses yeux, un modèle bien déterminé, un idéal, un exemplaire qu'il vise à réaliser. Ainsi, quand le grec Phidias, écrit Cicéron, sculpta sa Minerve d'Athènes, ou son Jupiter d’Olympie, il avait conçu, en observant sur les visages humains des traits de beauté, un idéal, une forme exemplaire, et, les yeux de l’âme attachés sur cette vision intérieure, cet artiste en sculpture réussit à en reproduire les parfaites beautés.

Mieux que les artistes de génie, Dieu par qui les artistes existent, se garde d'agir au hasard. Et, évidemment, quand il étendit sa main créatrice sur le néant, Dieu avait en téte un idéal à réaliser, des idées exemplaires, comme parle saint Thomas. Il suffit d’une brève contemplation de cet univers, ce lieu de beautés infiniment variées et sagement ordonnées, pour conclure que le hasard, l’action sans intention précise, n’eut point place dans ce grand ouvrage.

Et cet idéal, cette forme exemplaire qui guidait la main créatrice, ne pouvait être, hors de Dieu, une existence à copier, à imiter, comme les artistes y doivent recourir, puisque, hors de Dieu, rien n'’existait; cet idéal, c'était donc Dieu lui-même, c'est-àdire sa substance en autant qu'elle est imitable dans les créatures, communicable aux créatures par ressemblance.

81.—N. B. — Les créatures arrivent à la ressemblance de Dieu en représentant, en reflétant l’idée exemplaire que la main créatrice voulait réaliser, comme, par exemple, une maison matérielle ressemble à l’idée modèle, au plan qui est dans l’entendement de l'architecte et que l’entrepreneur a pu réaliser dans le bois et la pierre.

Donc, Dieu, la substance divine, est la cause exemplaire de l'univers; et les créatures sont des reflets de cet idéal, plus ou moins accentués, des imitamina divine essentiæ selon le beau mot de saint Thomas.

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