L'argument métaphysique
N. B. — Ie spectacle de l’univers met en lumière une série d'êtres contingents (voir N° 77) et le philosophe fait le raisonnement suivant.
L'ètre contingent qui «:t sous nos yeux, par exemple cette fougère, cet érable, o1 *e moineau, n’a pas en soi-même la raison suffisante de son existence ; cette existence a une cause efficiente. Cependant cette cause fut, elle-même, contingente et ainsi, elle-même eut sa cause; mais on ne peut procéder infiniment de contingence en contingence comme il serait ridicule de chercher une chaîne qui n'aurcit qu’un bout. C'est pourquoi poursuivant son :xamen de causes en causes contingentes, il faudra bien au philosophe en venir à un premier être qui n’est point contingent, qui n’est pas causé mais qui est, de par son essence, être nécessaire et cause p'emière et premier principe de toutes les existences, de toutes les causes secondes: et c’est cet ètre qui est Dieu, notre Dieu puissant et bon. Donc, Dieu existe.
99.—L’argument physique, (tiré de la vue de ce monde si bien ordonné, avons-nous dit).
Une maison bien rangée, en bon état, révèle la présence d’une personne de bon goût et diligente; une œuvre d'art, d’un rouage compliqué, décèle
l'existence d’un artiste habile et appliqué. ‘‘Pour moi, répondait quelqu'un à l’athée, plus j'y songe et moins je puis penser que cette horloge marche et n'ait point d’horloger.’’ C'est pourquoi, raisonnant de même façon au spectacle du monde où nous voyons tant de justesse dans les mor “ements, tant de convenance entre les parties, eniun, un art si achevé que la gloire d'un artiste humain est de copier l’art de la nature, nous disons : L'ordre si beau qui règne au ciel et sur la terre, nous révèle l’existence d’un ordonnateur puissant et sage, et, ce merveilleux ordonnateur, c'e:t Dieu. — Donc, Dieu existe.
100.—L'’argument moral (tiré du témoignage des peuples, avons-nous dit).
Le fait de ce témoignage :
(a) Par leur culte religieux, les peuples publ‘:nt que Dieu existe et u’il est à adorer. C’est !: voix universelle des peupi s; ce fait avait impressionné Pluturque, le penseur païen de Thèbes, en B'ouir : ‘‘Promenez vos regards, écrivait-il, promerc”-les sur la terre entière. Vous trouverez des vilies sans fortifications, sans magistratures, sans académies,
- sans armées régulières, mais vous ne trouverez pas une tribu, une peuplade quelconque sans culte de la divinité.”’
(b) Cette cro ‘ance à la divinité esi le cri de nature humaine. Quand il y a chez l’homme des explosions de joie ou de douleur, alors se découvre le fond même de la nature humaine, car, à ce moment, sur les lèvres de l'homme, retentit une parole qui n'est pas une parole de la raison qui délibère, mais une parole de l'instinct qui éclate spontanément; c'est la parole de la nature même. — Or, le mot des explosions humaines, dans les grandes allégresses ct dans les afflictions profondes, est celui de l'appel à Dieu: Mon Dieu! O Nieu -— Cette
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parole spontanée nous atteste que le sentiment de Dieu est au fond de tous les cœurs; elle est le cri d’une âme naturellement religieuse.
(c) Solidité de ce témoignage des peuples. C’est un témoignage qui demeure inaltérable contre les plus terribles assauts.
En effet, ni l’école des athées, ni l'instigation des passions criminelles ne peuvent anéantir ce témoignage des peuples. — Des athées se sont rencontrés dans la suite des âges ; mais jamais les peuples n’ont acquescé à leur doctrine de négations; aussi bien, les athées eux-mêmes se sont généralement donné le démenti aux jours des épreuves, au jour de la mort. — Les passions qui s’accommodent ma] d’un Dieu qu: les châtie au-delà de la tombe, furent toujours intéressées à nier l'existence de Dieu. Nonobstant leurs suggestions, l’homme coucinue de croire et de trembler religieusement.
101.—Ce cri de la nature est la voix de Dieu. Qui donc a mis dans le cœur des peuples, cette foi d’adoration et de crainte? Quel homme de guerre, ou quel homme d’école, ou quel homme de gouvernement aurait pu faire agréer ce culte par l'univers entier? Aucun; car toutes ces puissances humai- : nes sont renfermées en d'’étroites limites de lieu et de temps. C’est Dieu, l'auteur de la nature qui a mis cette foi et ce cri religieux dans les profondeurs impérissables de L1 nature humaine. — Vibrant de la sorte sous la main créatrice, la nature humaine ne ment pas et c’est elle qui nous parle dans cet universel témoignage des peuples.—Donc, Dieu est.