L'intelligence de Dieu
Dieu sait: (il n’y a pas de ténèbres en lui; son intelligence est une lumière sans ombre).
SAVOIR. Le vrai savoir est la conformité de l'intelligence qui sait, avec l’objet à connaître, et c'est une assimilation dont l'esprit a conscience. Ainsi, le miroir ne sait pas, parce qu’il n’a pas conscience de la conformité de l’image qu'il possède avec l'objet qui se reflète dans sa glace. — Mais quand l'enfant attentif tend son intelligence appliquée à la leçon, comme une toile blanche sur laquelle l’institutrice va faire resplendir l’idée de l’objet à connaître, et quand l’enfant (ayant soudain conscience que son esprit assimile l’objet de l’étude, en réalisant cette conformité de son intelligence avec l’objet à connaître), s’écrie: je comprends, c’est alors que l’enfant sait. Savoir, c’est donc pour le sujet qui sait, recevoir dans sa forme les formes multiples des objets de 8on savoir. (cette conformité est ahsolument requise).
Un fait. -— D'une part, j'observe que plus la matière est matérielle, c’est-à-dire opaque et dense, plus elle résiste à se modifier. Ainsi, le marbre reçoit moins facilement que la cire, la forme qu'on veut lui donner ; on observe encore que la matière ne peut posséder qu’une forrue à la fois, et que toujours la forme nouvelle détruit la forme antérieure: enfin,
on observe que la matière n'a pas conscience des formes qui, tour à tour, la modifient. —
D'autre part, j'observe que l'intelligence qui est la faculté voyante de l'esprit, se modifie intelligiblement, en recevant et en conservant les multiples formes des objets connus, et qu’elle en a admirablement conscience. —
Je conclus que plus un être est matériel, plus il est inapte à savoir, à recevoir et retenir avec conscience les formes ; — d’autre part, que plus un être est spirituel, plus il est capable de savoir. Or, Dieu est l'être infiniment immatériel et infiniment spirituel. Donc, Dieu est infiniment intelligent: Dieu sait et sait infiniment.
109.—Réflexion : la désincarnation de l'esprit humain. Le raisonnement donné plus haut sur l'intelligence de Dieu, nous suggère la réflexion suivante: Plus l’homme désincarnera son âme; nous voulons dire, plus l’homme restreindra aux lois de la frugalité et de la sobriété les exigences de son corps, mieux disposé se trouvera son esprit pour cueillir les fruits de l'étude, le bien comprendre et le bien apprendre: les sens assouvis énervent la raison. Platon avait bonnes raisons de donner à ses disciples cette direction pédagogique : ‘‘Voulez.vous être plus capables d'entendre mes leçons, purifiez votre esprit des images charnelles”.
110.—Dieu se connaît par sa propre essence. Dieu se connaît, et il se connaît non pas par une image représentative de sa substance, mais par son essence même. — De même que dans l’ordre du sens de la vue, la matière n’est pas visible par sa forme matérielle, mais l’est par l'image sensible qu'on en tire grâce à la lumière qui la colore; tandis que la lu. mière est visible par son essence même et non pas par une image représentative de sa nature — ainsi, dans l’ordre de la raison, la substance matérielle
n’est pas par elle-même intelligible à l'esprit, mais elle l’est par l’image intelligible qu'on en abstrait, grâce à la lumière de la raison, tandis que la substance spirituelle est intelligible par sa propre essence et non pas par une image représentative d’ellemême. Or, Dieu est un esprit, un pur esprit, un infiniment pur esprit. Donc, Dieu est de par son essence sujet intelligent et objet intelligible. Donc, Dieu se connaît et se connaît par son essence même.
Dieu connaît la création, et il la connaît par son * essence même. De même que l'architecte connaît le temple, son ouvrage, de par le plan sur lequel il a été construit, de même Dieu connaît son univers d’après l’idée exemplaire qui a guidé sa Main Créatrice.
Mais cette idée exemplaire d’où procèdent, par imitation, toutes les réalités contingentes, cet idéal, avons-nous dit au N° 80, c’est l’essence même de Dieu en autant qu’elle se projette par ressemblance, en ces mille reflets créés dont l’ensemble constitue l’univers. Donc, Dieu connaît le monde par sa divine essence même.