La raison. (a) Ja raison est la faculté
d'acquérir pai les trois opérations de l'esprit, l’idée,
le jugement, et le raisonnement, des notions et des
connaissances et d'en juger pertinemment. — (b)
C'est la faculté de savoir. Te vrai savoir étant la
conformité de l'intelligence avec la chose entendue,
savoir, c'est donc pour l'âme qui sait, recevoir à l'état intelligible, dans sa forme spirituelle, les multiples formes des objets connus, les assimiler, et avoir conscience de cette assimilation: ce qui a lieu quand l'âme s’éerie : Je comprends. — (c) La raison, c’est la farulté d'abstraire ses idées générales, des images particulières que lui offre l'imagination. -- Abstraire les idées générales, c’est, pour la raison, saisir, dans un être, l'élément qu’elle veut étudier en vue de reconnaître par des comparaisons, si cet élément de l'être étudié lui est commun avec d'autres êtres qui lui ressemblent, — puis, quand ce cas est reconnu, c'est affirmer, en généralisant, que cet élément est vrai, même dans tous les objets de cette espèce. — Ainsi, l'âme humaine, grâce à sa raison qui abstrait, compare et généralise, tout en prenant sor noint de départ dans les données de l'imagination, qu sont matérielles, particulières et contingentes, s’élance au-delà de ce domaine où l'âme animale demeure, et dans la fine pointe de son esprit, se forme des idées générales, universelles et absolues. — Et c’est, pour le dire encore, par ce bel endroit de son activité propre, que l'âme humaine au bel essor au-delà de l'horizon matériel et contingent pose entre elle et l'âme de la brute qui reste absorbée dans les données de l'imagination,
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la distance d'un abîme, de l’abime qui sépare l’esprit de la matière.
146.—Les premiers principes et la raison. Ta raison de l’homme est une faculté discursive. Le privilège de l’unge est celui du savoir intuitif (Voir N° 45), celui d’apercevoir d’un seul coup d'œil la longue suite des idées qui constituent sa science. A cause de ce regard qui permet à l’esprit angélique de pénétrer d’une seule vue au cœur des choses et d'en lire avec assurance, le mystère, (intus, à l’intérieur; legere, lire) on nomme Intelligences ces êtres fortunés.
Le bonheur de la raison humaine est celui d’un savoir discursif, celui d'acquérir des connaissances par des raisonnements, cela veut dire — en allant du connu évident à l'inconnu qu'il éclaire de sa lumière, de l’antécédent lumineux au conséquent qu'il illumine de sa clarté, — grâce au lien de dépendance logique qui tient ces idées entre elles.
Mais si, analysant le savoir humain, je remonte des clartés conséquentes aux ..rtés antécédentes, j'arrive en dernière an1lyse à des antécédents qui luisent à l'esprit de l’homme, de par leur propre lumière d'évidence. et non pas d’une clarté empruntée à des antécédents supérieurs; et il n’en peut être autrement: n vérité, si ces antécédents incontestés manquaient à l'esprit humain, son pouvoir de raisonner s’évanouirait; en vérité, le bonheur de raisonner, d’alier à la conquête du savoir par le raisonnement, ne serait pas possible à l’homme, si Dieu n’eût mis dans notre esprit, les antécédents incontestés et incontestables, pour étre le point de départ de toutes nos démonstrations et la base nécessaire de notre savoir discursif. — Et ces antécédents évidents par eux-mêmes, placés à l’origine, à la source des raisonnements, on les nomme principes premiers, ou axiomes du bon sens, et, à cet
endroi. où rayonnent ces clairvoyances intuitives, fondement de toutes nos démonstrations, l'esprit humain, étant intuitif, prend à bon droit, le nom d'intelligence.
147.— Une splendeur de Dieu sur l'âme raisonnable. Tes principes premiers, ces jugements primordiaux qui luisent de par léur propre lumière d’évidence, ces magnifiques intuitions sont pour l'âme raisonnable une manifeste participation à l'esprit intuitif de Dieu. ‘La Vérité Première’” enseigne saint Thomas, se réfléchit dans l’âme comme dars un miroir, en lui communiquant les premiers principes qui sont à la base de nos opérations intellectuelles; et ainsi, il arrive que nos jugements n'ont pis, au fond, d'autre règle que celle de la Vérité Premièe. — Cela veut dire: Les antécédents incontestés d'où part le long enchainement de nos certitudes, acquises par nos raisonnements, sont selon notre facon d'’apercevoir la science de Dieu et la nôtre, sont, dis-je, le fondement rationnel de l'intuition divine à la fois et du discours humain. Et c'est là, en vérité, une belle splendeur de Dieu sur l’âme raisonnable.
148.— Dans l’ordre spéculatif, les principes premiers. Jes principes premiers spéculatifs réalent fondamentalement les opérations de la raison allint à la recherche de l1 vérité ; ces antécédents primordiaux sont comme les pierres d’assise du superbe édifice de toutes les sciences humaines, puisque les sciences sont un ensemble de conclusions sur leur objet respectif. Ces axiomes de bon sens sont au nombre de trois: l’un se rapporte au sujet qui connaît; les deux autres se rapportent à l’objet à connaître; voici ces trois principes,
(a) Celui de la condition première, ce premier principe’se rapporte au sujet qui connaît, à la raison, et il s’énonce ainsi: La raison de l’homme est capable de connaître.
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(b) Celui d'identité. Ce principe d'identité 8e rapporte à l'objet connaissable, à son ‘Comment est-il?’ ou encore, en d’autres mots: ‘‘Qu'est-ce qu'il est’ — enfin il se rapporte à la nature de l'objet, et il s'énonce ainsi : “Un être est ce qu'il est, et non pas autre chose”.
N. B. — Le principe d'identité peut s'énoncer — ou bien en ces termes : ‘Une chose ne peut, au mème moment et au même point de vue, être et n'être pas ce qu’elle est” — alors, on le nomme le principe de contradiction; — ou bien en ces termes : ‘De deux choses l’une, ou cela est, ou cela n’est pas.” Alors on ie nomme le nrincipe d’alternative.
(ce) Celui de causalité ou de raison suffisante et ce principe de causalité se rapporte à l'objet connaissable, à son ‘‘P. 1rquoi est-il!" — ‘quelle est la raison qui l'explique” — et ce principe s’énonce ainsi : ‘Tout ce qui commence d'exister a une cause” — et l’on peut considérer l'une ou l’autre des quatre causes. (Voir N°* 58 et ss.). — Ce principe de causalité peut s’énoncer encore comme il suit: ‘Rien n'existe qui n'ait en soi, ou dans un autre, sa raison suffisante,” c'est-à-dire une raison qui nous explique le comment, ou la pourquoi de son existence. |
149.—Dans l'ordre pratique, les principes premiers. Les principes premiers pratiques règlent les décisions de la volonté à qui il appartient de mettre dans notre vie la valeur morale et la dignité des mœurs; ces axiomes pratiques du bon sens illuminent le cœur, le lieu secret où se prennent les résolutions ; ces premiers principes d'ordre pratique sont les données primordiales de la loi naturelle ; ils sont comme un sens intérieur, imprimé par Dieu dans l'âme raisonnable; et dont l'épanouissement s'appelle la conscie..ce morale de l'humanité. Et ces premiers principes moraux sont au nombre de trois,
puisque Dieu veut que dans la vie de l’âme humaine, éclatent trois splendeurs, celle d'âme raisonnable, celle d'âme sociale, et celle d'âme religieuse Et voici ces principes.
(a) Celui de moralité. Ce principe qui règle fondamentalement la vie de l'âme, comme esprit raisonnable, s'énonce ainsi: ‘‘Fais le bier ct évite le mal”.
(b) Celui de sociabilité. Ce principe qui règle fondamentalement la vie de l'âme, comme esprit social, s’énonce ainsi: ‘‘Fais aux autres ce que tu voudrais raisonnablement qu'on te fit à toi-même ; ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas raisonnablement qu'on te fit à toi-mème’”.
(c) Celui de religion. Ce principe qui règle fondamentalement la vie de l’âme, comme esprit religivux, s'énonce ainsi: ‘‘Crains Dieu et va ton chemin.” — C’est ce principe mis au fond de la nature
humaine, comme un instinct impérissable, qui éclatait sur les lèvres des Hébreux quand, se croyant abandonnés de Moïse, ils dirent à Aaron: Fais-nov, un dieu qui marche avec nous. Et ce principe est un ouvrage de Dieu dans l’âme raisonnable bien que les hommes, ignorants et vicieux, en aient déduit les fausses conclusions de l’idolâtrie.
150.—N. B. L'idéal humain esquissé. Ces premers principes pratiques, ces persuasions d'ordre moral, spontanées, impérissables, impulsives, constituent, dans l’ôme raisonnable, comme un premier dessin de l’homme. idéal, aperçu comme une loi obligatoire : en effet, qui tâche de le réaliser en perfection dans une vie d'ordre et de justice, croit s'acquitter d’un devoir; et, par contre, qui refuse de le faire rougit de honte comme un déchu.
151.—La curiosité de l'esprit. La curiosité est l'heureuse tendance de l’esprit humain qui le pousse
comme au-devant du savoir, en le jetant dans le mystère de l'inconnu, avide de le seruter: voilà un don de Dieu bien admirable! A quoi servirait la montre, le plus ingénieusement construite, si le ressort manquait, qui en doit faire mouvoir le mécanisme! Tel serait l'esprit humain sans la curiosité.
La curiosité est le divin ressort que Dieu a mis dans ce divin ouvrage : le bon sens fait de la raison et de la possession des premiers principes. C’est la curiosité qui met en mouvement la faculté cognitive de l’âme raisonnable. Sa place dans le travail de l’enseignement à donner ou à recevoir, est une place absolument nécessaire.
La curiosité! cette tendance de l'esprit est bien nommée, car c’est par l'interrogation et notamment par celle du pourquoi (en latin cur?) qu'on la réveille chez les âmes somnolentes, et qu’elle se révèle chez les esprits éveillés. L'interrogation et la curiosité vont donc de concours dans le travail de l'enseignement. La place à y faire à l'interrogation est de rigueur aussi bien que la place que la curiosité y prend. Parlons donc un peu de l’art d’interroger puisque c’est le procédé indispensable pour mettre l’élève en belle activité et pour le faire arriver au savoir avec les joies de la curiosité.
152.—Le bonheur de l’enfant et l'interrogation. Est-ce l'enfant qui interroge la maîtresse ? le bonheur de l'enfant est d'être guidé dans l'inconnu où il avance sous son impulsion, à lui. — Est-ce la maîtresse qui interroge l’enfant ? le bonheur de l’enfant est d’être attiré dans l'inconnu où il avance sous son impulsion, à elle. — Mais dans l'un ou l’autre cas, l’autre bonheur de l'enfant c'est de goûter, avec une curiosité croissante, ou le plaisir d'une révélation qu’il a obtenue dans les réponses
de la maîtresse, ou le plaisir d'une découverte que lui ont ménagée les questions de la maîtresse.