‹ La normalienne en philosophie et aux sources de la pédagogie [microforme]Chapitre 52 sur 91 · DE LA FACULTE COGNITIVE AUXILIAIRE, OU DE L'IMAGINATION · texte numérisé non relu

DE LA FACULTE COGNITIVE AUXILIAIRE, OU DE L'IMAGINATION

155.—L'imagination, son concours avec l’intelligence et dans la conquête du vrai et dans la création du beau. L'âme humaine possède deux facultés cognitives: l'imagination où les sens externes envoient les images sensibles ct concrètes des objets avec lesquels ils ont pris contaet; — la raison où se forment et se conservent les idées générales et abstraites. — L'âme humaine possède la raison en autant qu'elle jouit de par sa substance d’une vie spirituelle ; elle possède l'imagination en autant qu’elle fait éclore dans la chair humaine la vie animale.

L'intelligence et l'imagination ont leurs visions, absolument propres, des objets de leur connaissance. Pour celle-ci, c’est l'image sensible de l’objet pris

dans son caractère concret, particulier et contingent; — pour celle-là, c'est l'idée générale avec son caractère d’absolu, de nécessaire et d’universel. Ainsi, par exemple, l'imagination me peindra tel ou tel lis, tandis que l'intelligence me représentera le lis.

Or, duns l'état actuel de l’âme raisonnable qui est d'animer un corps, le concours de l'imagination est

nécessaire à la raison — et pour que la raison 8e fasse des idées générales, en les dégageant de la vision imaginative, — et pour qu'elle reconsidère

les idées générales acquises, en les faisant comme irradier de nouveau dans les visions imaginatives qui concordent avec ces idées.

\ ‘anmoins, bien que l’une et l’autre faculté cognitive associent leur activité respective, les facultés ne laissent pas d'être essentiellement distinctes, l'une étant d'ordre animal et l’autre d'ordre spirituel. Elles sont donc loin d’être l1 double appellation de la même faculté; elles sont loin de l'être de toute la distance infranchissable qui existe ent': l'esprit et la matière. 11 nous faudra donc, pour rester dans la vérité, reconnaître que l’idée sensible ou représentative de l'imagination, — sensation perfectionnée autant qu’on voudra, — n’est pas plus l'idée abstraite, l’idée intelligible de l'intelligence que la comparaison sensible à laquelle le savant recourt, n’est l’idée d’art ou de foi, qu’il veut faire entendre. Aussi, voit-on dans la vie, que l’imagination et l'intelligence ne vont pas d’une allure toujours parallèle, et que, pour être trop imaginatif, l'individu n’a pas manqué d’être absurde.

Page 1