LA FACULTÉ AFFECTIVE DE LA VOLONTÉ
L'appétit raisonnable et la volonté. Et le prolongement de la volonté raisonnable par son épanouissement dans l'appétit sensible.
176.—L'appétit raisonnable. Tout être a l’appétit de son bonheur naturel, c’est dire de ce qui peut le satisfaire en conformité avec sa nature; et cet appétit entraîne l'être irrésistiblement vers la possession de ce bonheur. Et c’est à cause de cet appétit, mis par le divin Créateur dans les créatures, que nous disous : Dieu mène tous les êtres avec force et douceur. Quoi de plus doux et plus fort, en effet,
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que la poussée des instincts! — Chez les animaux, cet amour naturel s'appelle l'appétit sensible : tous ces mouvements s’accomplissent dans la sphère des sens, avec le caractère fatal de l'instinct. — Chez l'homme, animé d’une âme raisonnable, cet amour naturel prend le nom d'appétit raisonnable, où de volonté de nature.
L'appétit raisonnable pourrait ce définir : La faeulté — (a) d'aimer le bien universel, le bien souverain. (Ce bien, on le verra amplement, c’est Dieu aimé en lui-méme et aussi, à cause de son reflet sur les êtres, aimé dans Îles êtres, dans les mille choses dont il compose notre félicité) ; — (b) et de prendre dans li possession de ce bien, une jouissance qui la repose.
177.—Ses trois aspects. Pour se faire une idée plus claire, plus distincte de l'appétit raisonnable, il importe de considérer les trois formes d'activité qui en révèlent les essentiels aspects, à savoir: 868 tendances de nature, — ses aspirations inspirées du dehors, — et son épanouissement sur l'appétit sensible, ou animal. Ces tendances, ces aspirations, ces maîtrises de l'appétit sensible, sont des formes de détermination spontanées, et comme des volontés naissantes et indélibérées de notre nature en présence du borheur à saisir, ou du malheur à écarter.
178.—Les tendances naturelles de l'appétit raisonnable. De par sa nature, l’homme est un être raisonnable, sociable et religieux, ses tendances affectives naturelles sont done des tendances humaines, des tendances sociales et des tendances religieuses.
Les tendances humaines. Parmi ces tendances humaines, on remarque facilement les instincts de conservation et de progrès dans l’existence. L'instinct de conservation avec sa passion d’être bien,
d'où son souci et des svins hygiéniques avec son péril de dorlotage, et de la culture physique avec son péril d'athlétisme; d’où son souci de propriété avec son péril de convoitises injustes. — L'instinct de progrès avec sa soif d'idéal, avec son triple amour du vrai, du bien, du beau, c’est dire, de la science, de la vertu, de l’art; c’est dire de la culture intellectuelle, de la culture morale, de la culture esthétique, en vue d'élever son excellence, sa dignité, sa considération, mais cela aussi avee son péril d’ambition, de la course aux honneurs par tous les moyens, avec son péril d’orgueil arrogant dans les relations sociales, et d'orgueil d'entétement dans les aberrations de la pensée.
179.—Les tendances sociales. Il y a dans l'homme les tendances sociales ; il est puissamment pris dans un réseau d’amitiés et de solidarités: les piétés domestiques, l’amour du clocher natal et de la grande patrie, l'amour du prochain avec son fruit d'humanité et même de charité, notamment de toutes les douceurs de politesse, d’obligeance et d'’indulgence mutuelles; — avec son fruit de justice, si bien marqué dans ces axiomes moraux: Faites aux autres, ete. Ne faites pas aux autres, ete., et encore avec ce fruit de justice qui est de donner au prochain la vérité et non pas le mensonge, La vertu et non pas le scandale, Le respect à sa vie, à sa liberté, à son honneur et non pas les maux contraires.
180.—Les tendances religieuses. Il y «a dans l’homme, les tendances religieuses : elles sont dans l’homme un impérissable besoin du commerce intime avec Dieu. Ta Main créatrice les a imprimées dans la substance de l’humaine créature pour être le vif sentiment de sa dépendance vis-à-vis de son Créateur, son principe, son exemplaire, et sa fin. Ces tendances religicuses inspirent à l'homme de
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porter à Dieu l'hommage d'un culte intérieur dans le sanctuaire du cœur, et d'un culte extérieur dans l’accomplissement de rites sensibles ; d’un culte extérieur privé par des rites accomplis isolément et d'un culte extérieur public par de solepnelles liturgies célébrées socialement. —- Ces tendances ont aussi leur péril, celui des superstitions et des fanatismes.
181.—Les aspirations de l'appétit raisonnable qui s’éveillent dans l'homme comme par une révélation du dehors, celle de l'exemple qui entraine. Ces aspirations sont les instincts d'imitation et d'émulation ; elles constituent le deuxième aspect de l'appétit raisonnable.
Les exemples du prochain sont comme une suggestion permanente et d'idées et de façons de faire dont l’âme qui imite, subit l’ascendant, la poussée. C’est là que doit s’apercevoir le principe de la loi d'imitation et de la loi d’émulation.
L'imitation est un noble instinct; elle est une aspiration à modeler sa conduite sur l'exemple d'autrui et avec le soin unique, pour celui qui imite, de conformer sa vie à celle de l’autre.
L'émulation est un noble instinct; c’est une 8ereine et magnanime résolution de mettre dans sa vie, le degré de perfection dont l'exemple de l’autre nous donne l’idée; c’est le sentiment courageux de valoir mieux aujourd’hui qu'hier, en plaçant sa vie et son nom au niveau des excellents émules; c’est même une aspiration à pousser sa vie plus outre que l’autre, dans son genre d'excellence ; enfin, c'est un désir d’exceller non pas sur les autres, mais à l'exemple des aütes.
Cette puissance d'entraînement de l'exemple d'autrui esv ci-atrice, chez les témoins, de bonnes volontés, de nobles aspirations. Elle existe pour
être bienfaisante, — cependant, elle ne va pas sans péril; c’est le péril du scandale dans les cas d’imitation; c’est le pér:l de jalousie et de rivalité dans les cas d’émulation.
182.—Les maïitrises de l’appétit raisonnable sur l'appétit animal, La force et la tempérance. C’est le troisième aspect que nous offre l'appétit raisonnable dans son activité.
Etudions cette vérité de psychologie sous le titre qui suit: