Les principales idées
A raison des entités, caractères ou notes, qu’elles représentent, les idées sont compréhensives et d’une céompréhcnsion plus ou moins grande. La compréhension, c’est le plus ou moins grand rombre d’éléments, représentatifs d’entités ou de notes, que
contient l’idée. — A ce titre, les idées sont ou simples, ou complexes. —
À raison des individus auxquels les idées peuvent s'appliquer, les idées sont extensives, et, d’une extension plus ou moins grande, — L'extension est le plus ou moins grand nombre d'individus dont l'idée exprime l'essence. A ce titre, les idées sont où singulières, ou particulières, ou universelles ;
et celles-ci seront soit universelles collectives, soit universelles distributives.—
À raison de la netteté de la vision, les idées sont claires ou obscures, distinctes ou confuses.
N. B. — J'institutrice qui habitue l'élève à voir nettement ses idées, à préciser ses pensées, lui fait acquérir la justesse d'esprit.
18.—La comparaison et les idées claires. Pour assure: plus de clarté aux idées qu'elle veut faire entendre aux élèves, la maîtresse recourra aux comparaisons. La comparaison est l'opération de l'’esprit qui consiste à mettre, en présence de l’objet à étudier, un autre objet, fait, paysage, ou idée générale, l'un et l’autre objet ayant entre eux des rapports d'analogie ou d'opposition; et le but de cette opération, de le part de la maîtresse, est de mettre en vif relief les éléments de l'objet à étudier et même les nuances de ces éléments.
Où lu maîtresse prendra-t-elle ses comparaisons ? Le fait, ou le paysage que la maîtresse apporte en comparaison, n'ajoute pas à la clarté de la leçon, s'il n’est pas bien connu de l'élève ; c’est pourquoi la maîtresse cherchera les éléments de ses CoOMparaisons, dans les expériences de l'enfant : les
faits, ou les Paysages des comparaisons devront . n 7. “4 donc lui être familiers.
19.—La culture de l'attention, où du grand moyen : de se faire des idées claires.
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L'attention, et ses noms multiples. — L'attention se nomme application quand elle se fait plus intense ; elle se nomme observation si elle porte son effort scrutateur sur des objets matériels, concrets, physiques ; elle prend le nom dè réflexion quand elle scrute des objets abstraits, intelligibles.
(a) L'attention est l'effort spontané et surtout volontaire que fait l'esprit pour s'attacher à l’objet de sa pensée, exclusivement à tout autre, et pour en prendre possession par un regard lumineux et pénétrant. Exemple : à l'exclusion de tout autre image d’héroïsme qui orne la classe, l’élève contemple celle qui représente l'exploit de Dollard ; l'élève pousse plus loin son attention : à l’exclusion de tout cet ensemble de gestes qui expriment chez Dollard, l’héroïsme de l'élan, l'élève considère le regard du héros, ce regard ardent et fier, fixé sur l'ennemi.
(b) L'attention, c'est l'opération de l'esprit qui isole de tout autre objet, l’objet de sa pensée, pour l'envisager par ses multiples points de vue, pour en apercevoir les éléments caractéristiques et inème les causes et les effets. Exemple: L'élève qui se propose de célébrer la solide gloire de notre ancêtre, l'Habitant Canadien, concentre son regard sur ce créateur de notre patrie et considère les aspects divers de son labeur fécond: la forèt qui tombe par pans sous les coups de sa hache de défricheur, ses champs dorés de blé mûr, ses pâturages tout bruyants de ses troupeaux, son châlet aux belles rumeurs d'enfants beaux et bons, son clocher paroissial aux pieux carillons.
20.—La formation des idées claires. Ta formation des idées claires est, pour la culture de l'attention, un des meilleurs exercices; et voici comment l'élève y appliquera son attention: — (a) Il observera l’objet de son étude, pour en discerner
l'ensemble des éléments caractéristiques. — (b) 11 divisera; c’est-à-dire, par l'analyse de l’objet, il le décomposera : il en dissociera les parties constitutives pour prendre, tour à tour, d’elles, une vue nette et précise. — (c) Enfin il définira; c’est-àdire il énoncera, en termes exacts, ce qu’il a aperçu dans cet objet, dans ce tout; et cette énonciation s'appellera définition si elle exprime, complètement et seulement, les éléments essentiels de l’chjet de son étude; mais nous appellerons, description ou signalement, l'énonciation qui marque seulement de. détails accessoires.
Ainsi, c’est par une attention qui observe, divise, et définit que l'esprit humain arrive à se faire des idées claires.
21.—Urgente culture de l'attention. La maîtresse d'école éveillera au plus tôt chez ses élèves l’attention volontaire et intense.
(a) Son but n'est-il pas d’instruire? mais instruire, c’est enrichir l'esprit d'’idées claires, en exerçant l'enfant à ne pas se contenter d’à-peuprès, sur les objets de sa pensée, mais à bien apercevoir les notions exactes contenues sous les mots, et à préciser sa Propre pensée. Or tout ce travail mental est l'exercice même de l'attention.
et même appliqué, et par là le mettre en voie de
chose, d'y étre attaché. Dans ce dernier cas, l’élève s’adonne à son travail avec une attention de com-
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plaisance; l'élève qui n’est qu'attentif ne se prête à son devoir qu'avec une attention d'examen; or l'attention d'examen va vite se dissiper chez le pauvre élève qui se ferme les yeux et se bouche les oreilles pour ne pas perdre le fil de ses idées: il y a, en ce cas, un trop pénible effort, trop de contention d'esprit. — Par contre, l'attention de complaisance est fort résistante. C'est pourquoi, afin de la déterminer et, par ce moyen, d'amener l'élève à se mettre à sa besogne de grand cœur, la maitresse prendra garde de rendre le travail attrayant.
23.—Le travail attrayant. La théorie du travail attrayant est celle de l'effort raisonnable, de la part de l'enfant studieux. — Le travail où l'effort personnel est supprimé, n'offre pas d’attrait à l’élève : li est donc de mauvaise pédagogie que la maîtresse mâche à l'enfant la besogne, au point qu'il n’a qu’à copier le devoir, ou à le mémoriser. — Le travail où l'effort personnel est excessif, apporte la lassitude d’un surn.enage; ce travail degoûte l'élève. Le travail atrrayant doit comporter pour l'enfant une difficulté à surmonter, un inconnu à atteindre ; c’est par cet endroit que lui viendra une joie de curiosité, c’est-à-dire le plaisir de la recherche, ou celui de la découverte. — Le travail attrayant ne doit pas comporter une difficulté insurmontable. Entre le connu d’où il part et l'inconnu où il doit arriver, il y aura pour l'élève une distance à franchir; mais cette distance étant proportionnée aux forces de l'élève, l'effort à faire sera vainqueur. Or, l’effort, vainqueur des difficultés, est celui que l'élève goûte toujours. C’est pourquoi, à ce travail, l'élève donnera facilement son attention de complaisance.
24.—Une précaution. Puisque le travail attrayant ne laisse pas d'imposer à l'élève un effort, et qu'un effort trop prolongé, apportant la fatigue ou l'ennui de la monotonie, émousse la curiosité et,
avec elle, l'attention de complaisance, la maîtresse prendra garde de varier les devoirs, pour le temps et la nature. Et c’est ainsi que les jeunes élèves cont'acteront, au cours de leurs années d'école, la si précieuse habitude mentale de l'attention, de l'application. Ils feront des hommes d'esprit sérieux et non pas éparpillé, d'esprit juste et non pas se payant de mots, enfin, à cause de cela, des hommes capables de grandes affaires.