CHAPITRE II
Monlgommery s'échappe de Rouen. — H laisse derrière lui sa femme.— Trailemcnt qu'elle reçoit du connétable de Montmorency. — Arrivée de Wanvick au Havre. — Ce que dit de lui un historien du temps. —Sittiation difficile de Beauvoir, resté au Havre. — Il s'oppose à l'envoi des vaisseaux français en AngleleiTe.— Elisabeth exige leur départ. — Discipline imposée aux soldais anglais de la garnison du Havre. — Les Français restés au Havre injustement dépouillés. — Monlgommery appelé à Dieppe. —Forces qu'il y amène.— Lettre de lui à Wnrwick {2 janvier la63).— Nouvelle lettre de lui à Warwick {S janvier). — Lettre du rhingrave à Monlgommery (3 janviei^). — Lettre de Monlgommery à Warwick {k janvier). — Lettre du même à Wanoick (8 janvier), expliquée par la découverle d'une conspiration au Havre. — Proclamation de Warwick pour l'expulsion des Français du Havre. — Remonlranccs de Beauvoir en réponse à cette proclamalion.— Lettre de Monlgommery à Cecil{l3 janvier).— Lettre du même à la reine Elisabeth (13 janvier). — Lcllre du même à Leicestcr (14 janvier). — Lettre du même à Cecil (14 janvier). — Lettre du même à Cecil {i6 janvier). — Lettre du même à la reine Elisabeth (iQ janvier).— Lettre du même à Elisabeth (22 janvier). — Lettre du même à Wanvick {22 janvier) .—Bequêle de Monlgommery à Elisabeth. — Lettre de Monlgommery à Leicaler {23 janvier). — Lettre du même à Leicesler (24 janvier). — Lettre du même à Warwick (25 janvier). — Lettre du même à Cecil (26 janvier). — Lettre du même à Elisabeth (27 janvier). — Lettre du même à Leicesler (27 janvier). — Lettre du même à Cecil (30 janvier). — Lettre du même à Warwick (31 janvier). — Lettre du même à Elisabeth (3 fc'vrier).— Lettre du même à Cecil (3 février).— Réponse de lareine (ii février). — Marche de Coligny en (juillanl Orléans. — Son but en venant en Normandie. — Beauvoir annonce l'arrivée de Coligny. — Beauvoir offre à Warwick de prendre Hon fleur.— Warwick refuse jusqu'à ordre de la reine sa maitresS'.: — Réponse ambiguë d'Elisabeth. —Difficulté de s'entendre avec Coligny pour les subsides allciulus d' Angleterre .— Lettre de Beauvoir à Warwick ausujdd'' l'expédition d'Honfleur. — Lettre de Prestrenas offrant
de faire entrer les Anglais à Fécamp {2i janvier). —État des choses à Rotien. — Querelle de Vieilleville et de Villebon. — Révolte des habitants. — Le rhingrave dégage Vieilleville. — Nouvelle émeute à Rouen.— Coligny en Normaî^die. — Lettre de CoUgny à sir Poulet (12 février 1363). — Lettre de Coligny à Elisabeth (Ib février). — Coligny envoie Teligny en Angleterre. — Lettre qu'il écrit à celte occasion à Cecil {IS février).— Montgommery rappelé par Coligny. -Combat qu'il livre enmer. — Lettre de la comtesse de .Mordijommery à Elisabeth.
Au moment où l'armée royale, maîtresse de la brèche, entrait de vive force dans Rouen, Montgommery avec quelques chefs et une poignée de soldats monta sur une galère, et promettant la liberté aux forçats, il en obtint un si vigoureux effort que, franchissant à force de rames l'estacade de Caudebec, il put gagner le Havre ; il laissait derrière lui sa femme et sa fille à la merci du vainqueur. Le connétable de Montmorency fit venir M"^ de Montgommery; il la salua courtoisement et se plaignant amèrement de la rébellion du comte, il lui dit qu'elle n'avait rien à craindre et qu'elle pouvait retourner à son logis et y attendre les ordres de la reine (l).
Le comte de \V'arwick n'arriva au Havre que le 29 octobre ; c'était le second fils de John Dudley, duc de Northumberland ; un historien anglais du temps ne lui est pas très-favorable; à l'entendre, il ne s'était fait connaître encore ni par ses vices, ni par ses qualités ; c'était plutôt à la faveur de son frère Leicester qu'il devait ce poste important qu'à
(1) Kalendar of State Papers, 1362.
lautorilé de son expérience et qu'à l'espoir qu'on se promenait de ses services (l) ; la ville ne lui parut pas aussi forte qu'on avait bien voulu le dire, el (lès le premier jour il demanda un renfort de J.OUO hommes el de 1,000 j)ionniers. Il était resté dans le port un certain nombre de vaisseaux français, dans la ville 490 soldats français, 340 arquebusiers cl environ 2,000 femmes et enfants. M. de Beauvoir |)()rtait encore le titre dérisoire de gouverneur du Havre pour le roi : sa situation était difTicile: d'un côté les conventions slij)ulaient que les Français devaient quitter la ville dans les deux jours qui sui- \ laienl l'entrée des Anglais ; de l'autre, ils ne devaient cire éloignés que sur le consentement de Beauvoir. Dès le 30 octobre, l'ordre était donné à Warwick d'expulser les Français et d'envoyer les vaisseaux en Angleterre (2) ; il en lit la demande à Beauvoir, s"appuyant sur le danger qui pourrait en résulter en cas de siège. Beauvoir répondit qu'il ne croyait pas à l'imminence d'un siège, et que lorsque les Anglais viendraient en plus grand nombre au Havre, il serait temps alors d'occuper Honfleur et Fécamp et d'y placer les vaisseaux laissés dans le port. Les choses restèrent donc dans le même état ; mais ceux de la ville de Caen ayant offert de se mettre sous la protection de l'Angleterre, Elisabeth profita de cette ouver-
(i) Annals oftlie reign of Elisabeth. Camden Society, p. 100, Londres, MDCCCXL.
(2) Kalendar of State Papers, 1562.
lure pour inviter de nouveau Warwick à envoyer dans cette ville toutes les forces françaises, invoquant la clause du traité qui prescrivait leur éloignement (1).
Voyons maintenant comment se conduisaient les Anglais enfermés au Havre.
Une discipline rigoureuse était observée, surtout en ce qui concernait l'exercice de la religion : les soldats étaient tenus de se rendre à l'église le mercredi et le vendredi de neuf à dix heures du matin ; le dimanche à la même heure le matin et à trois heures le soir; on leur interdisait de s'absenter durant le sermon. Défense leur était faite de contracter mariage ; l'adultère était puni de six jours de prison et du bannissement à perpétuité de la garnison. En dépit de ces règlements sévèrement appliqués par le rigorisme anglais, le pauvre peuple du Havre n'était pas ménagé par les nouveaux alliés des protestants. C'est à un témoignage anglais que nous en appellerons ; sir Vood écrivait à Cecil le 9 novembre :
Le peuple a été misérablemeut dépouillé par nos soldats et aucune justice n'est intervenue (2).
Nous reviendrons sur la triste situation faite aux habitants du Havre par l'occupation anglaise ; mais auparavant voyons ce qui se passait à Dieppe. Une conspiration venait d'y éclater : Ricarville, qui y com-
(1) Kalendar of State Papers, 1562.
(2) Ibid., p. 562.
mandait pour le roi, avait été tué et les protestants, maîtres une seconde fois de la ville, y avaient appelé, pour leur malheur, Montgommcry, qui était alors encore en Anc^letcrre. Le 10 décembre, sir Hugues Poulet écrivait de Portsmoulh àCecil,qu'il était sur le point de prendre la mer avec Montgommery et qu'il avait reçu l'ordre, pour plus de sûreté, de mettre un vaisseau de lÉtat à sa disposition (1 ). Montgommery, parti du Havre le 26 décembre au matin, entra à Dieppe avec trois cents hommes d'armes ; il en attendait deux cents de Caen et espérait en avoir bientôt mille (2) ; aussi, dès le premier jour, demande-t-il de l'argent ; c'était dans ses habitudes ; s'il se battait bien, il avait des exigences coûteuses, mais il n'était pas facile d'arracher des subsides à la très-parcimonieuse Elisabeth; aussi Warwick a bien soin de rappeler à Montgommery qu'il lui a donné déjà quatre cents couronnes à son départ pour l'Angleterre et qu'avec la somme qu'il réclame de nouveau, le déboursé sera de quatorze cents couronnes.
Nous voilà amené à publier toute une série de lettres de Montgommery écrites de Dieppe (3); la première est adressée à Warwick et datée du 2 janvier 1563 :
(1) Kalendar of State Papers, 1862, p. 562.
(2) Ibid.
(3) Jusqu'à ce jour, aucune lettre de Montgommery, nous le croyons du moins, n'a été publiée.
Monsieur, lui 6crit-il, je vous ay bieu voulu faire ce mot de ma main pour vous supplier d'envoyer cinq de vos enseignes, pour ce que ce lieu est de graut garde et dépense que n'amions que inconvénients d'une place de si grande importance, vous promettant sur mon honneur quejevivray et mourray aveceulxet là où jeconnoistrois les afiaires aultrement que ne se peut souhaiter, je ne seray si hatif de vous mander chose dont il arrivât aulcune perte, mais je vous supplie encore ung coup les faire partir en diligence. Le capitaine Tresmain et ses gens feront mieulx icy que au Havre et auront moyen de faire beaucoup de bonnes choses. Je vous ay par cy devant escript comme nos souldars crient après l'argent et il est besoing de y envoler dedans quatre ou cinq jours, je suis marry que je n'ay le moyen de ne vous si importuner; vous pouvez assurer de moy que je seray fidèle jusqu'à la dernière goutte de mon sang et le vous mande de ma main et de mon propre seing, vous présentant en cet endroit mes humbles recommandations ; priant Dieu, Monsieur, vous donner en santé heureuse et longue vie.
De Dieppe, ce 2 janvier 1563.
Je vous supplie penser que si je pensois que les choses ne méritassent pas vous estre escriptes, je ne le ferois pas.
Votre très obéissant à vous faire service,
Le 3 janvier, il écrit de nouveau à Warwick pour lui demander des renforts :
Monsieur, depuis ma lettre escripte, j'ay été adverty comme ilz veuUent essaier à surprendre ceste place, devant qu'il y est des forces d'Angleterre, et pour empes-
(i) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
cher les descentes que pourroiciit faire, je vous supplie, pour leur rompre leur desseiu et pour encourager uos gens, d'envoyer incontinent icy cinq enseignes et si toutes les forces de nos ennemis y esloient davant et que nous nous rendions, ne vous fiez plus eu geus de guerre (1).
Le ihingrave, après la prise de Rouen, avait pris position avec ses leîlres à Motilivilliers, et tenait Je Havre en respect ; c'est de là qu'il écrit à Monlgommery, le 3 janvier 1563 :
Monsieur le comte, ceulx d'Arqués ont arreslé ces gens qui sont de Dieppe et me les ont euvoyés. Vous scavez comme je ne désire faire desplaisir à aulcun, panjuoy je vous les renvoyé, je leur ay déclaré libremeut mon all'ection que j'ay en vostre endroit et ce que je pourray faii'e tant pour vous que pour euLx, qui est si me vouliez croire vous tirer tous hors de troubles et vous mettre totallement en repos, comme je vous ai ja escript ; si vous voulez avoir près de vous vos eufauts, ad viser vostre grandeur et contentement, sûreté et repos, je suis content aller à vous pour ensemble conclure, en quoy ne fault tarder, aultrement l'occasion se perdra ; il est besoing que jaye fjour le plus tard après demain response, me pressant le temps, je vous suis amy et vous le cognoistrez à besoing, priant Dieu, vous avoir en sa garde. Croyez ce porteur et moi mesme en vostre bonne grâce me humblement recommande.
De Montivilliers, le ui^ jour de janvier (2).
Vostre obéissant ami et très affectionné à vous faire service,
Rhingraff (3).
(i) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
(2) Ibid.
(3) Jean-Philippe de Salm, comte rhingrave.
C'est à cette dernière lettre que fait allusion Montgommery, dans sa lettre du 4 janvier à Warwick.
Monsieur, je renvoie ce porteur exprès, affin que vous envoyez icy les cinq enseignes que je vous ai demandées, car au Havre ne vous peult de rien vous servir, car je scay cejourd'hui que nos ennemis s'attendent à vous couper les vivres tenant ces te ville et d'armer grant nombre de galères et vaisseaux pour garder le chef de Caux sans ce qu'ilz mettront par la rivière de Seine, je vous supplie en toute diligence donner ordre, car je serois trop foihle, d'aultant que j'ai affaire icy à ung méchant peuple qui ont été pour capituler avec le , Ryngrave et m'en ont apporté lettres que je vous envoyé ; nos ennemis sont les plus faschés qu'il est possible qu'ilz ont perdu ceste place, car c'est le moyen de tenir tout le pays de Caux en subjection et beaucoup de la Picardie; je vous supplie que les choses ne soient point remises à la Majesté de la Roy ne, car icy pourroit arriver le désastre qui ne se pourroit racheter, et s'il vous plaist le capitaine Tresmain viendra avecques tous ses gens de cheval et vous verrez que nous ne laisserons perdre une seule heure de temps, faisant fin pour me recommander humblement à vos bonnes grâces, priant Dieu, Monsieur, vous donner en santé bonne et longue vie,
Dieppe, le iiii^ jour de janvier.
Je vous supplie. Monsieur, que la compagnie, capitaine Horse (Horsey) (1), soit l'une des compagnies pour ce qu'ilz entendent notre langage (2).
(1) Doit être Horsey souvent cité dans le Kalendar of State Irland, 1509-1573.
(2) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
Une nouvelle lettre de Monigommery au rliingrave, datée du 8 janvier suivanl, a besoin d'une explication:
Une conspiration venait d'être découverte au Havre; elle avait pour but de s'emparer de cette place et de I)ieppe; le chef de l'entreprise était un nommé Le Mesnil, ancien capitaine du château de Tancarville, alors prisonnier au Havre. On mit la main sur une lettre que lui adressait le rhingrave, dans laquelle il lui avouait qu'il jugeait bien dilîiGile d'entrer dans la ville, puisque les Français allaient en être expulsés, mais que pourtant, un jour que le comte de Warwick sortirait pour escarmoucher ou pour courir la bague, il tiendrait en un endroit caché une force suffisante, et, à l'aide d'une diversion tentée dans la ville, on pourrait se piésenter devant les portes et y entrer pêle-mêle avec l'ennemi ; quant à Dieppe, le rhingrave le priait d'inviter un de leurs amis, qu'il ne nomme pas, à y envoyer ses gens, et, s'il veut bien se laisser guider par lui, il serait possible d'y entrer; en cas de succès, il fera riche leur anii et promet qu'il l'en fera nommer capitaine. Il y avait d'autres conjurés, un nommé Vitemale et les deux capitaines Blondel et Macomble ; leur procès fut instruit et Beauvoir fut du nombre des juges. Blondel fut condamné à mort à la majorité, xMacomble à la torture (I), et c'est en leur faveur que Montgommery intercède :
(I) FoBBES, State Papers.-Kalendarof State Papers, 1563, p. 21.
Monsieur, écrivait-il à Warwick, je vous ay bien voulu faire ce mot pour vous supplier que le mol que M. Paulet écrit pour moy, interprétant ce que je vous maudois, qui est comme celui qui désire que tout ce que ferez par delà soit au contenti^,ment de nostre nation, afQu d'accroistre le bon voalloir d'un chascun à faire ce que nous devons tous faire et pour ce que je scay que vous serez pressé soudainement de courir sus au gentilhomme prisonnier, et qu'il n'y a justice raisonnable au Havre de nostre nation pour juger d'une part et d'aultre beaucoup de choses qui sont de grande conséquence, et aussi que M. le Prince et que M. l'Admirai y ont intérêt grant en beaucoup de sortes, qui me faict vous supplier empescher qu'il ne soit fait aulcun tort au gentilhomme que n'ayez sceu la volonté de M. l'Admu'al, car à ce que je puis entendre une Gom' de parlement sera bien empescliée de vider les difïérens d'une part et d'aultre, et cependant s'il se trouve chargé vous le tiendrez en prison sure, autrement nous irriterions la noblesse du pays contre nous, d'aultant qu'elle pense que c'est une chose pratiquée ; je feray fin en cet endroit par mes humbles recommandations, priant Dieu vous donner en sûreté bonne et longue vie.
De Dieppe, le viii^ jour de janvier 1563.
Vostre obéissant 6dèle amy à vous faire service,
Pour prévenir tout nouveau complot, Warwick fit afficher sur tous les murs du Havre une proclamalion dont les termes étaient bien durs :
Premièrement, suyvant le contenu du ban faict depuis naguères, que tous les papistes, et les femmes et enfaus
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
de tous ceulx qui sont desja sortis do cesto ville, et font à ceste heure leur demcurance à Monstrevillier, Harileur, ou aultre part dupais, se facent sortir hors de ceste ville, d'icy a mardy prochahi venant, en peine de la vie et confiscation de leurs biens.
Item, que tous ceulx, tant hommes que femmes, qiii, estans venus en ceste ville icy depuis le temps de quatre mois passés, de Rouen, Monstrevillier, Harfleur, Honnefleur, ou des aultres lelz endroictz du pais, habitent ou demourent à présent en coste ville, se façenl sortir d'icelle, d'icy a mercredy prochain venant, en peine de confiscation de tous leurs biens et meubles, et de l'einprisonnemint de leurs corps, au bon plaisir du dict seigneur le lieutenant, et du dict sieur de Beauvoir. Pourveu que tous ceuLx qui sont cognus ou réputés bous, fidelles, se peuvent retirer en Angleterre, soubz le sauf couduict ou passe port du dict sieur lieutenant, là où ilz seront receus, et aussy bien entretenus, que sont les propres subjectz de la dicte Majesté.
Item, que, sur la mesme peine de confiscation des biens et d'emprisonnement de corps, tous ceulx lesquelzsont à ceste heure estimés et réputés pour soldatz et qui tiennent à ceste heure, ou ont tenu dedans l'espace d'mig mois passé, la place en réputation des soldatz, se lacent pareillement sortir hors de la ville à Dieppe, ou aultre part, d'icy à lundy prochain venant.
Item, que toutes lesdictes confiscations des biens de tous ceulx qui seront trouvés désobéissans à la dite ban ou proclamation demeureront et seront à ceuLx ou celuy qui aura prins, trouvé, ou révélé les noms desditz delinquaus au dict Monsieur le lieutenant, pourveu que personne, sur aulcuu moyen ou couleur, ne se mette point à ravir ou saisir aulcuus biens ou meubles d'aulcuns tels delinquaus ou des suspectz d'icelles offences, jusques à ce que le forfaict ayt esté bien approuvé, et que ledict sieur lieutenant et Monsieur de Beauvoir y ayent mis ordre.
Item, sy personne à présent, ou a quelque aultre temps
en après, peult saish', ou faire saisir le corps d'aulcun espion, demourant, ou allant, ou venant à la ville icy, soit homme ou femme, garson ou garse ; ou qui aura relevé aulcun traditeur ou praticqueur de trahison à la personne dudict seigneur ou à ceste ville, et à ceulx de la garnison, il aura pareillement la confiscation de tous les biens et meubles de telz accusés, estans trouvés coulpables, et davantage sera bien guerdonné et rémunéré dudict seigneur lieutenant, selon ce que l'importance du service de faict peult bien mériter, en sorte que le dict service, pour le moins, sera faict vaillant vingt escuz à l'accusateur.
Item, que tous ceulx qui ont des navires, ou aultres vaisseaulx dans ce havre, lacent présenter au dict sieur
lieutenant et à Monsieur de Beauvoir, d'ici à
et les portages de leurs dictz navires ; et de le certifier, en quelpoinct ilz sont, c'est ascavoir, serviceables ou non; et quels mariners ilz ont en louage à ceste présente pour servir en icelles, sm' peine de confiscation des dicts navires avec t(5utes leurs appartenances.
Item, que nul des habitans de ceste ville, ne soldat, anglois ne françois, ne sortent point hors de leurs maisons ou logis, pour quelque occasion, après dix heures du soii', sur peine d'être emprisonnez et d'estre punis comme gens de mal comportement et désordonnéz, sauf et réservé tant seulement ceulx du guet, et qui y sont expressément et especialement ordonnés et députez par le dict seigneur lieutenant, Monsieur de Beauvoir, ou les sieurs du Conseil.
Beauvoir ne pouvait faire moiRS que d'opposer des remontrances à ces incroyables exigences. Mais quelle humiliation! Être réduit à demander que ce décret d'expulsion ne soit pas appliqué aux femmes et aux enfants de ceux qui professent la religion ré-
formée ; admettre comme raisonnables la plupart des exorbitantes prétentions de celui qu'il avait appelé comme un allié et un ami et qui les traite comme des vaincus! Sa réponse est la condamnation de sa trahison :
Monsieur, la singulière affection de la quelle vous avez use, tant en* la garde de ccste place que la sûreté des b'rancois qui y demeurent soubz la protection de la Majesté de la Royne me donne couraige, et le debvoir (le ma charge me commande de vous remonstrcr en toute rondeur et liberté de conscience quel est mon advis louchant la publication des articles qu'il vous a pieu me communiquer par escript.
Je vous supplie premièrement considérer et tenir ce [lOint pour tout arresté et résolu que depuis l'heure qu'il a pieu à Monseigneur le Prince et à Monsieur l'Amiral me l'aire ces honneurs que de me donner auctorité et commandement sur ceste place, que je ne me suis proposé aullrc but ou recompense de mes labeurs, que l'avauceinent de la gloire de Dieu, et le repos de ce povre et affligé peuple, soubz l'obéissance du Roy, mon souverain. Et cognoissant la saincte et à jamais louable volunté de la Royne envers nous, telle (pi'il luy a pieu la nous desilarer par ses lettres patentes, desquelles la copie est icy 1 tachée, qui estoit et est encores de conserver tous les >ubiectz du Roy qui se retireront eu cette ville et aultres Houx de la Normandie qui auroient nécessité de son ayde î secours, en tous leurs biens, franchises, privilèges et immunités, m'asseurant qu'elle gardera sa promesse inviolablemeut, je me suis librement demis es mains de Sa Majesté avec le consentement de ce povre peuple qui après Dieu a fondé toute son espérance sur la promesse et sauvegarde de Sa Majesté.
Or, pour desduire la présente remonstration selon l'ordre des articles, il me semble qu'il sera bon de publier le
premier soubz ceste moderaliou : que les femmes et enfants papistes de ceulx qui se sont desja retii-ez avec nostre ennemi ayent à sortir liors de ceste viilc dedans tel temps qu'il vous plaira à ordonner, surpaine de la vie et confiscation de leurs biens. Sans que les femmes et enfants qui font profession publique et ouverte de la vraie piété et religion, et qui auront le tesmoignage de l'église soient contraints de sortir, encores que leurs maris ou pères se soient retirez avec les papistes.
Par le second article, les fidelles qui se sont retirez en ceste ville recevroient ung traictement plus dur par ceulx qui les ont prius eu sauve-garde que de lem's ennemis mortels qui n'ont point encores essayez de les chasser de leurs maisons, mais se sont contentez de lem* deffendi'e les armes, de peur qu'ilz s'opposassent à leur force injuste et tirannye manifeste, d'aultant plus ilz doibvent espérer tout bien de vous, puis qu'il a pieu à la dite Majesté prendre en sa protection tous les subiectz du Roy.
Et me semble que l'article suyvant ne satisfait point assez, veu que le plus grand nombre de fidelles qui se sont retirez en ceste ville depuis quatre mois seroient contraints de demander l'aumosne de port en port en Angleterre, qui a moien de vivre en ceste ville pour estre près de ses biens. Je vous prie donc, Monsieur, de conserver ceulx que Sa Majesté a prins en sa protection, et de ne tourner point en leur domaige les ordouances qu'elle a faictes pour leur bien. Car il n'y a doubte que le bruit qui a desia esté semé par uoz ennemis pour vous rendre odiculx, assavoir est que vous aviez chassé tous les François de ceste ville, ne fut accomply par ce moyen. Ce qui nous tourneroit en grande scandalle et opprobre envers toute nostre nation.
Le quatrième article est raisonnable moyennant qu'il soit simplement entendu des soldatz qui vivent de la solde des capitaines, et qui sont cumme soldatz enrôliez soubz leurs enseignes.
Puis (ju'il est question en l'article cinquième de la con-
fiscalioii des bienz des subiectz du Roy que la dite Majesté promet de conserver en leurs privilèges, il me semble raisoiiiial)lo que l'adjudicalion se face par les ma.^islratz et juges ordinaires, au conseil des quelz pourront assister tels des Angloys, parlant la langue francoise, qu'il vous plaira ordonner, pour voii* en quelle équité les juges s'ac- (juiteronl de leur charge.
Le six"*-' et sept""* articles me semblent raisonnables, et vous prie que sy c'est ung François qui soit surprins de ijuelque qualité qu'il soit qu'il vous plaise devant que de luy faire son i)roces m'en faire advcrtir ad ce que pour le dcbvoir de ma chai'ge je puisse assister à son jugement.
L'article vni* sera s'il vous plaît du tout rayé comme contraire au commandement que j'ay de Monseigneur le Prince et de Monsieur l'Amyral, de conserver tous les vaisseaulx de ce Havre à ceulx aux quelz ilz appartiennent; or est-il que par la publication du dit article, plusieurs papistes qui ne portent point les armes contre nous, et plusieurs fidelles qui sont abseus et qui par le danger des chemins ne pourroient ou n'oseroient se retirer en ces te ville, seroient privés de lem's vaisseaulx. Que sy vostre Conseil avise qu'il soit nécessaire de scavoir le nombre des vaisseaulx et de coguoistre en queréquipage tant de munitions et autres choses nécessaires pour les mètre en mer ilz sont, il sera aysé d'ordonner deux commissaires l'uug Anglois et l'autre François pour en faire ung dénombrement et en faire rapport.
Le dernier article est raisonnable (1).
Revenons à Montgonimery ; le 9 janvier il écrivait à Ceci!:
Monsieur, j'escrips à la Majesté de la Royne comme Monsieur l'Admii'al s'attend venir joindre sou armée
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
promptement, laquelle il s'attend trouver en beaucoup plus grand nombre que ce qui peult sortir du Havre, par quoy, Monsieur, je vous supplye faire tant envers la Majesté de la Royne qu'en toute dilligeuce il se y achemine forces et que cependant Monsieur le Comte de Warwic fasse entreprinse sur Honnefleur qui est facile à prendre, afEiu que les deux armées se puissent joindre. Et aussy. Monsieur, que l'argent soit prest de ce qu'il plaist à sa Majesté aider à Monsieur le Prince, car il en est beaucoup deu à nos reistres. Je ne vous importunaray d'avantage de telles choses, scachant combien vous les avez affectionnéez, si non vous dire que, si en quelque chose il vous plaise m'employer par deçà, yous me trouverez prest de vous obéir d'aussy bon cœur que je m'en vois recommander humblement à vos bonnes grâces, priant Dieu, Monsieur, vous donner en bonne santé trèsheureuse et longue vie.
De Dieppe, ce ix^ jour de janvier 1563.
Je vous supplye. Monsieur, qu'on envoie encore quatre ou cinq enseignes en ceste ville, parce qu'il n'y a pas assez de gens pour la garder.
Votre obéissant
Le même jour, il écrivait à la reine Elisabeth :
Madame, je n'ay voulu faillh% incontinent après avoir receu les lettres de Monsieur l'Admirai, d'advertir Vostre Majesté de ce qu'il me mande et, pour en estre plus certain, je vous envoie si peu qu'il m'en a escript, et quant aux parolles de créance, c'est qu'il est délibéré de venir joindre l'armée de Vostre Majesté en espérance
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
d'aroir bien tost une bonne fin, et pour plus aisément ce l'iiire se iauldroit haster de prendre Honnefleur pour passer de là l'eau, qui est aisé à l'aire moienuant la diligence. Et snp[)lie très-humblement Voslre Majesté et vous tous qu'il vous plaise à ce coup nous envoyer forces raisouables, pour avec l'ayde de Dieu et la vostre avoir \ictoire de ceulx qui se baignent au sang de ceulx qui maintiennent la parolle de Dieu. Je suis en ce lieu où Monsieur le coule de Warvic m'a envoyé depuis deux joui's deux enseignes. Jesupplye très-humblement Vostre Majesté de m'en envoyer davantaige et aussi des moiens ; our entretenir ceulx qui sont Irancois en cesle place, sur '■(.' qu'il vous plaist ayder à Monseigneur le Prince, et "espère avec l'ayde de Dieu vous y faire très-humble et a^Tcable service. Et sur ce prieray Dieu donner à Vostre -Majesté, Madame, en très-bonne santé très heureuse et longue vie.
De Dieppe, ce ix'jom" de janvier 1563.
Vostre très-humble et très-obéissant servitem* à jamays,
La série des lettres de Montgommery est loin d'être épuisée; en voici une àLeicesterdu 14janvier 1563 :
Monsieur, je vous envoyé les lettres que Quillegree (KilHgrew) vous escript, lesquelles je n'ay voulu faillir incontinant, après les avoir receus, les bailler au Sir de Horse pom* en dilhgeuce vous les faire tenir avec les lettres que Monsiem* de Trocquemorton escript à la Majesté de la Royne, et pour ce que je scay que congnoissez assez que, euLx estant captifs, ne peuvent pas ny
(1) Record Office, Slate Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
osent escrire ce qu'ilz auroient bien en voluuté, cela me faict vous supplier très-humblement ne voulloir adjouster foy à nulle autre chose que à ce qui concernera le service de Dieu et la querelle que maintient Monsieur le Prince. Je vous supplye aussy me vouloir m'envoier icy le contremineur qui estoit au Havre avec Monsieur Tostre frère (1), pour ce que nous en aurons bien affaire s'ilz viennent devant ceste place. Je ne failliray à vous advertir des choses que j'estimeray dignes de vous, présentant mes très humbles recommandations , prieray Dieu, Monsieur, vous donner en très bonne santé très heureuse et longue vie.
De Dieppe ce xiii^^jour de janvier 1563.
Très humble et obéissant à jamays serviteur
Le même jour, il écrit à Cecil :
Monsieur, je n'ay voulu laisser passer la présente commodité sans vous faire entendre de mes nouvelles qui sont bonnes Dieu mercy. Je vous supplye bien humblement solliciter la Majesté de la Royne d'envoyer forces par deçà le plus promptement que faire se pourra, pour se haster de prendre Hounefleur, et afTin de nous pouvoir joindre à Monsieur l'Admirai, j'envoyeà laMajestéde la Royne une lettre que Mons" de Throcmorton son ambassadeur lui escript. Jay aussi envoyé à Mous"" le Grand une lettre de Quillegree (Killigrev^^) , lequel se porte fort bien, je luy ay supplye de m'envoier icy ung contremineur qui estoit au Havre avec Monsieur le conte de Warvic, pour nous en servir comme en aurions besoing, s'ilz faisoient quelque effort devant ceste place ; mais si
(1) Lecomtede Warwick.
(2) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.}
bientust la Royiie nous envoyé ses forces, au lieu de nous deffeiidre nous les yrons assaillir.
De toutes choses que je scauray je ne failliray a vous en advertir comme celuy à qui nous avons toute fiance pour la cause que nous maintenons, me recommandant à ccsl cndroict bien bumblemont à vos bonnes grâces, priant Dieu, Monsieur, vous doinicr en très-bonne santé très-longue et très-heureuse vie.
De Dieppe, le xiiii^jour de janvier 1563.
Voslre très-humble et très-obéissant serviteur,
Je vous supplye de rechef cslre moien que les forces de la Royne s'acheminent bien tost par deçà vers Monsieur le conte de Warvic. Je vous envoyé les lettres que Icdict Quillegre m'escript, parla vous congnoistrez comme il se porte fort bien (1).
Le 16 janvier suivant, il insiste de nouveau pour obtenir des renforts :
A Monsieur Cecil.
Monsieur, j'envoie à la Majesté de la Royne les lettres que Madame la Princesse (2) et M'" Dandelot lui écrivent, et d'autant que c'est chose qui n'est de moiudi'e diligence qued'importance, je supplie très humblement quebieutost ici puisse avoir respouse pour la faire tenir par delà, aussitost qu'il me sera possible et comme cela le requiert, car c'est icy heure qu'il fault que (avec l'assurance que nous avons en Dieu) nous nous aidions des moyens qu'il nous donne, aussi que par vostre moyen le reste de l'armée
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
(2) La princesse de Gondé.
tienne le plus totpossLble trouver M. le comte de Warwick, car il y a beaucoup de geutilz hommes tant de Picardie Bretaigue que autres lieux qui sont prests à lui faire escorte pour aller joindre M. l'Admirai et faire autre chose pom' l'advanccment et maintien de ceste querelle. Je ne vous feroy plus long discours pom* vous présenter mes bien humbles recommandations à vostre bonne grâce.
De Dieppe, le xvi« jour de janvier 1563.
(De sa main) : Monsieur, je vous supplie que à ce coup toutes choses prennent fin, car toutes ces longueurs rapportent grande ruyne et quant à déclarer la guerre, nos ennemis la tiennent Lien déclarée eu leur endroict et là où ilz trouveront du bon, ils le feront bien cognoistre. Je vous asseure sur mou honneur que je le scais de bon lieu ; je donnerois pas du Havre grand chose, si ceste ville n'est gardée, car le dessein de nos ennemis estoit de faire si grosse armée par navires en ce lieu avecques des galères qu'ils font venir du levant que l'on auroit aulcun secours au Havre et d'aultant que suis très humble serviteur de la Majesté de la Royne, je suis contrainct de dire qu'il vaudroit mieux jamais n'avoir envoie gens par delà pour la réputation de sa nation, si vous ne faites aultre chose que garder une place.
Vostre très obéissant servitem* et meilleur amy
Il ne se contente pas de sa lettre à Cecil, il l'accompagne d'une pour la Reine :
Madame, je vous envoyé les lettres que Madame la Princesse et M. d'Andelot escrivent à Votre Majesté, par lesquelles vous pourrez voir la prompte diligence qui leur
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
- Gl -
est nécessaire de votre faveur, qui me faict vous supplier lrès-huuil)leuicnt, Madame, qu'il vous plaise y faire respouce pour la leur faire leuir eu toute diligeuce. Etaussy d'euvoier s'il vous plaist le reste de vostre armée à Mousieur le comte de Warvick pour se joiudre avec plusieurs geulilzUomuies taut de Picardie que Bretagne, [)0ur aller donner secours à Monseigneur le Prince, qui continue tant virtueusement (encores qu'il soit captif), à maintenir ceste saincte querelle ou bien faire autre chose (jue l'on voira estre nécessaire pour rompre les desseigns des ennemis de ce roiaulme ; j'avois envoyé par devers Monsieur le conte de Warvik et le sieur de Beauvoir, pour avoir quelques équipages et nombre d'honnncs de ceulx (|ui sont au Havre et qui ne servent de rien, tant pour prendre des places qui sont icy près qui nous empesclient les vivres, que aussy [tour mettre encore en ceste place, car je n'en ay peu avoir que troys cens qui n'est nombre suffisant, vous suppliant très-humblement de reschef, Madame, qu'il vous plaise commander qu'il m'en soit envoie, ensemble departy quelques moiens nécessaires pour vous pouvoir faire servir, à quoy je désire m'employcr toute ma vie, suppliant le souverain Seigneur,
Madame, qu'il maintienne Vostre Majesté en vie coutente très longue et heureuse. De Dieppe, ce xvi^ jour de janvier 1563.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur à jamais.
Il s'adresse de nouveau à la reine le 22 janvier:
Madame, parce que ceulx qui n'ont point sentiment d'un mal ne sont si soigneux d'en demander g-uerison que
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
ceulx à (]ui il touche, je crains le semblable advenir h l'endroit de ce qui se pratique présentement vers Yostre Majesté pour le support de ce royaume, et à ceste occasion j'ay voulu envoyer ce porteur vers Vostre Majesté, sans désirer que au long ayt congnoissance de luy, affin qu'il vous plaise entendre par luy, les urgentes nécessitez qui se présentent par deçà, car ceulx qui sont pour la mesme occasion en vostre royaume ne peuvent ou ne veulent moyener à bon esciant vers Vostre Majesté, ce qui nous faict tous de jour à autre espérer de icelle, ayant tout entier tesmoignage de la bonne volunté que vous deppartez en cest endroit, vous suppliant, Madame, en continuant l'heureux commencement de vostre secours, me vouloir envoyer en ceste place les forces raisonnables pour la conserver, jouxte les mémoires que porte ce porteur, et qu'il vous plaise mettre en considération de quelle importance elle est, tant pour ceuLx que vous avez ja introduitz en ce royaume, que pour les pauvres fidelles d'icelles vos très-humbles serviteurs et ce faisant, quelque chose qu'on vous aye donné à entendre, que la place ne soit tenable je feray congnoistre à Vostre Majesté de combien elle vous pourra en toutes choses favoriser et la maintiendray selon vos comandes en si bon estât qu'il n'en adviendra inconveniant moyennant vostre bonne ayde et celle du Seigneur Dieu lequel je supplie,
Madame, donner à Vostre Majesté très-heureuse et bonne prospérité.
De Dieppe, ce xxii^ janvier 1563.
Vostre très-humble et très-obéissant serviteur à jamays,
(J) Record Office, State Papers, France, vol. XXK. (Original.)
Le même jour, il envoie un de ses hommes à Warwick cl il lui écrit :
Monsieur, ayant cognoissance de la bonne volonté que me portez, je n'ay voulu faillir à vous en faire remerciement par ceste lettre et vous prier au surplus en leudre par ce porteur en quel estai sont nos allaires de derà, aflin qu'il vous plaise moyenner vers la royne (en la(]uelle seule nous avons toujours après Dieu nostre recours) qu'elle me fasse départir les forces qui seront raisonables pour conserver ceste place, laquelle j'espère garder fidèlement pour favoriser les occasions qui se présenteront pour le service de Sa Majesté et repos des pauvres fidèles de ce royaume, vous suppliant ne pas vous arrester au dire de ceulx qui veulent vous faire entendre la dite place n'estre tenable et croire (]ue s'ilz avoient autant de zèle à la cause comme ils devroient, ils ne ticndroieut ce propos, J'ay chargé ce porteur des quelques mémoires auxquels je vous supplie faire pourveoir et surtout qu'il me soit départi forces suffisantes pour défendre la dicte place et par ce moyen conserver tant de pauvres fidèles qui y sont retirés et moy avec culx, le tout en la plus grande diligence que se pourra, et parce que say combien vous avez en affection telle re{j[ueste, je finiray ma lettre par mes humbles recommandations àvostre bonne grâce. Suppliant le Créateur vous donner en santé très-bonne cl longue vie.
De Dieppe ce xxn*^ jom' de janvier.
(De sa main) : Je vous supplie ne communiquer ma lettre à personne et de vouloir faire voir à Sa Majesté ce dessin des fortifications de ceste jilace que luy envoya.
Vostre très-obéissant et meilleur amy,
(i) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
Il réclame de nouveau des secours et il a recours à l'intervention de Leicester :
Monsieur, encore qu'il y ait beaucoup de personnes par delà à la sollicitation du secours qu'il plaist à la Majesté de la Korne accorder en ce royaume, si est ce que n'estant près des daugiers ou je suis et n'ayant la cognoissauce de ce qui est besoing telle que je puis avoir, j'ay voulu envoyer ce porteur, sans estre cogneu par delà, pour vous faire entendre le besoing que j'ay en ceste place de secours à ce qu'il vous plaise (suivant la bonne volonté qu'il vous plaist nie faire) moyeuner avec Sa Majesté qu'elle m'envoie le plus de forces qu'il sera possible, affin de conserver ceste place pour l'entretenemeut des pauvres fidèles qui n'ont pour ceste heure aultre attente après Dieu que de sa dicte Majesté, ou me faire entendre par ce porteur particulièrement ce qu'il fault que j'y fasse, pour m'obliger de plus en plus à vous faire très humble service auquel je me désire perpétuer d'aussi bon cueur que je supplie le Créateur vous 'donner en santé très bonne et longue vie, après vous avoir présenté mes très humbles recommandations.
De Dieppe, le xxiii'^ jour de janvier 1563.
Vostre très humble et très obéissant à jamais serviteur,
Deux jours après, il annonce à Leicester qu'il a fait une sortie heureuse du côté d'Arqués :
Monsieur, depuis ma lettre escripte du xxii de ce mois et ne voulant demourer à rien faire, j'ay faict ceste nuit
(1; Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original )
une saillie d'environ quatre cens hommes de pied, vingt cinq ou trente corseletz anglois et les ay envoiéz au lieu d'Arqucs, chasteau proche de nous et qui nous fait aultant de préjudice, là où nos gens ont donné une telle caniisadc aux compagnies de Supplicourtet Bellebranche qui esloi'ent en garnison dans le village d'Arqués rpi'il en est demouré sur la place environ 150 morts et la pluspart du reste blessés qui s'en sont en partie retirés au chasteau du dit lieu et le reste en route, vous asseurant, monsieur, que si j'eusse esté pourvu d'atclages pour noslrc artillerie devant la place que je l'eusse réduite à uostre dévotion qui nous sera un grand avantage. J'avois naguères escript et supplié M"" le comte de Warvick de me départir moiens pour conduire qucbjucs pièces, à quoy n'a esté aulcunement satisfaict, ce que je m'asseurc ne vient de sa part et en est diverty par d'aultres qui n'ont pas le sentiment des affaires tel connue moy ; je vous supplie, monsieur, affin que je puisse cnlrepreudrc d'aultres choses qui serviront beaucoup à la gloire de Dieu, persuader à Sa Majesté la Royne me départir les forces contenues au mémoire que j'envoie devers Sa Majesté, affin de conserver ceste place et ne perdre les occasions qui s'offriront ; en cet endroit je supplieray le Créateur vous donner en santé très bonne et longue prospérité.
De Dieppe, le xxini« jour de janvier 1563.
Vostre très humble et obéissant à jamais serviteur,
Monsieur, je ne veulx oublier vous dire que mes gens ont ramené du lieu d'Arqués et pris sur nos ennemis cinquante ou soixante chevaulx avec quantité d'armes.
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
Il rend également compte à Warwick de cet engagement :
Monsieur, je n'ay voulu permettre ce porteur aller par delà sans vous écrire pour vous dire comme aujourdhuy par une saillie que nous fismes jusques à Arques onbailla tel rafraîchissement aux compagnies de Supplicourl et de Bellebranche qui y estoient en garnison qu'il en demoura sur la place de six à sept vingt et le surplus blessés la pluspart et le reste en vraie déroute, vous asseurant encores que nos gens ne fussent environ que 300 hommes de pied, trente corseletz Anglois et de soixante à quatre vingt chevaux, que si nous eussions eu moyen d'y mener quelque artillerie nous fussions à présent maistres du chasteau qui nous fait autant de préjudice, combien que leurs compaignies fussent de 200 hommes chascuae pour le moins, mais la faute d'atelage et charroi nous a fait perdre ceste bonne commodité, vous suppliant, Monsieur, y avoir quelque égard pour m'en départir, s'il est possible, ensemble quelques compaignies, afïin de pouvoir conserver ceste place ; je ne veux oublier à vous supplier encores d'expédier ung gentilhomme que vous ay envoie, afBn de m'apporter la lettre qu'il a plu à Sa Majesté la Royne accorder pour l'entretenemeut des gens de guerre qui sont en ceste ville, vous asseurant que je n'y puis plus mettre ordre s'ilz ne sont pourvus de quelque commodité, en cet endroit je supplieray le Créateur vous donner en sauté très bonne et longue vie.
De Dieppe, le xxv^ jour de janvier 1563.
Je vous supplie, Monsieur, me départir la compagnie des Ecossois à cheval, car elle me seroit profitable pour avoir commodité de vivres.
Vostre très obéissant et fidèle amy à vous faire service.
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
A )a lin de janvier, il appelle l'attention de Cecil sur leur situation et réclame de nouveaux secours :
Monsieur, par les lettres que Madame la Princesse et Monsieur l'Admirai m'escrivent vous entendrez eu quel estât sont les affaires qu'ilz conduiseut et le besoin^' principal de leurs efforlz. A quoy je vous supplie vouloir persuader la Majesté de la Royue entendre de /aron qu'ilz puissent estre promptement secouruz de ce que leur est tant nécessaire, alîin d'obvier par ce moyen à toutes incommoditez qui en pourroient advenir. Je scay que vous avez en bonne recomandation cest affaire qui m'empeschera vous en dire davanlage, et vous supplieray avoir souvenance de me faire deppartir quelques secours pour conserver cesle place, car y ayant des forces, je la deffandray, avec l'aide de Dieu, contre toutes personnes. Monsieur le comte Warvick m'a fait entendre comme il a pieu à la Majesté de la Roy ne commander au capp"^ Rybault de se tenir prez de moy pour essayer à me sauver si quelque inconveniant m'arrivait, de quoy je mercie très-humblement Sa Majesté d'avoir ung tel souvenir' de moy. Toutesfois je m'attends si peu à ce chemin là, que je me suis résolu avec ce qui est icy (et moyennant quelques renfort que je s^'ipplie très-humblement sa dicte Majesté nous deppartir), de mourir en la place, premier que d'y donner entrée à nos ennemys, auxquelz par la grâce de Dieu et le secours que j'attends de la dicte Majesté j'espère en toutes choses résister. -En cest endroit je vous présenteray mes bien humbles recommandations pour prier Dieu, Monsieur, vous donner en santé trèsbonne et longue vye.
De Dieppe, ce xxvi janvier.
Votre obéissant, etc.
(I) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
Le lendemain, il écrit dans le même sens à Leicester :
Monsieur, m'ayant Madame la Princesse et Monsieur l'Admirai escrit les lettres qu'il vous plaira voir, je n'ay voulu faillir à vous supplier très-humblement persuader la Majesté de la Royne de leur départir les secours qu'ilz attendent d'elle et à faulte du quel pourroit advenir beaucoupt d'inconveniant. Vous scavez, Monsieur, que l'argent est le principal nerf de la guerre, ce que je vous supplie mètre en considération et mesmes l'endroit auquel on est pour le jourdhui redepvable qui sont reistres et gens qui se mescontentent assez tost qu'ilz ne sont payez. Je ne veubc oublier en cest endroit de vous asseurer de reclief de la desfaite de nos ennemys à Arques. Ce qui est tellement advenu, que le peu qui s'en estoit sauvé a esté mys en peur par les paisans qui les ont entièrement dévalisez sur les chemyns lors de fuite. Vous asseuraut. Monsieur, que s'il plaist à la Majesté de la Royne me deppartir quelques forces, je pourray faire d'autres opérations bien profitables et qui mesmes metroient en sûreté la place du Havre. Vous supplie à ceste cause vous employer en cest affaire de telle sorte, que la dite Majesté m'en accorde quelques nombres pour l'emploier aux occasions qui s'olîrent et principalement pour le service de Sa Majesté.
Monsieur, je supplie le Créateur vous donner en heureuse santé très-bonne et longue vie, après vous présente mes très-humbles recommandations.
De Dieppe, ce xxvii^ janvier.
Votre humble et obéissant à jamays serviteur,
(i) Record Office, State Pap^rs, France, vol. XXIX. (Original.)
Le 29 janvier, nouvelle lettre de lui à Leicester :
Monsieur, affin de n'cstre point accusé de paresse je n'ay voulu faillir vous cscrire par ce porteur, ce que je continueray par toutes les commoditez qui souriront , tant pour me renicntcsvoir eu voz bonnes souvenancez, que pour très-humblement prier vouloir assister à la nécessité qui se prépare en ce lieu pour l'entretcnemant des gens des guerres qui y sont, auxquelz fault faire payment de leur solde pour ce moys prochain, ce qui ne peult estre exécuté de mon moyen, m'estant tout pouvoir dénié pour y satisfaire. Au moyen de quoy je vous supplie très-humblement jouxte ce que vous ay fait entendre par deux de mes gens qu'ay envoyez par delà avoir tel soing de ce qui nous touche que nous puissions sentir bien tost vostrc assistance par la faveur de la Majesté de la Royne, vous voulant de reschef asseurer de la desfaicte de nos voisins d'Arqués. 11 n'est demouré que vingtsix ou trente hommes, et depuis ayant envoyé quekpes gens à cheval hors cesle place, ilz sont allez à six ou sept lieux d'icy prendre d'escallade le château de Monceau appartenant à Monsieur de Nevers et tailler en pièces ce qui estoit dedans, et alaus retour myrent en route une compagnie de gens de pied dont ilz apportèrent l'enseigne en ce lyeu. Voylà à quoy nous passons nos opérations (fui seront continuez moyennant la grâce de Dieu et le secours de la Majesté de la Royne, à laquelle (à ce qui m'a été dit) on a faict entendre que j'avoys receu trois mil escuz, mais je vous asseure, Monsieur, n'en avoir receu que quinze cens, et cinq cens qui avoient esté distribuez aux soldats, attendant le moyen de leur faire monstre qui est la cause que je vous supplie de reschef, Monsieur, persuader ladite Majesté de nous en départir pour ce moys prochain, aultrement je ne voy moyen de retenir les soldats, ce qui viendroit à une grande couiusion. L'assem'ance quej'ay
de la bonne volunté qu'il vous plais t me faire cest honneur me porter, me faict estre si long en ce discours, lequel je finiroys, après vous avoir présenté mes très-humbles recommandations pour prier Dieu, Monsieur, vous donner à jamais très-bonne et heureuse prospérité.
De Dieppe ce xxix^ janvier.
Votre très-humble et obéissant à jamays servitem*,
MONTCxOMMERY (1).
Enfin, il fait, le 30 janvier, une nouvelle demande d'argent à Gecil :
Monsieur, en cor que vous aye nagueres escrit de Testât et nouvelles de deçà, si est ce que pour le besoing qui s'approche, je suis contrainct vous supplier de rechef moyener que la Majesté de la Royne fasse départir quelque argent pour le payment des gens de guerre qui sont en ceste place, car je n'ay receu que quinze cens escuz pour le payment de six compagnies de gens de pied et environ deux cens chevaulx. Je vous laisse à pencer, Monsieur, si cela peult satisfaire à une telle charge. De ma part, si j'avoys quelque moien de moy ou de mon bien, je les vouldrois voluntairement employer en ceste cause, veu la volunté qu'ilz ont tous de faire bon service à Dieu et à la Majesté de la dite Dame, mais en estant du tout desnué, je vous supplie y avoir esgard et persuader tellement sa dite Majesté de nous secourir, que a faulte d'y pourvoir il n'en puisse advenir aucun inconveniant. De quoy je m'asseure très bien seriez bienmarry scachant que vous avez nostre cause assez pour, recommandée, qui m'empeschera vous faire plus longue lettre, hors.pour vous
(1) Record Office, State Papnrs, France, vol. XXIX. (Original.)
présenter mes bien humbles recommandations, suppliant le Créateur, Monsieur, vous donner en santé très-bonne et longue vie.
De Dieppe, ce xxx« janvier.
Vostre obéissant à jamais serviteur,
J'ay en outre receu cincq cens escuz de Monsieur d'Ors jy, qui sont en tout deux mil escuz. Je vous supplie mètre en considération que depuis deux moys qu'il y a que suis en ceste ville avec les dites compagnies, celapourroit avoir satisfait à leur entretien (1).
Le 31 janvier, il prie Warwick de lui envoyer M. Horsey :
Monsieur, par ce que beaucoup d'occasions qui sont de grande conséquence se présentent par de ça, en quoy la Majesté de la Royne pourra recevoir ample contantement, jay prié Monsieur D'Orsey de faire le voyage pour luy faire entendre les moyens cjui s'oflrent, n'ayant voulu remetre charge de telle importance en aultre main que la sienne. Ce que je m'asseure ne trouverez maulvay s, attendu que le tout reviendra à l'amplitude du service de sa dite Majesté et conservation de toutes choses, aydant Dieu, le quel je supplie, après vous avoir présenté mes bien humbles reconmiandations, vous donner, Monsieur, eu heureuse santé bonne et longue vye.
De Dieppe ce xxxi» janvier.
Pour le regard des compagnies que laisse Monsieur
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
D'Orsey je y metray tel ordre qu'il n'en adviendra point d'inconveniant.
Vostre obéissant amy à vous faire service,
L'argent lui manquant (il en manquait toujours), il fait un dernier eÇfort auprès d'Elisabeth pour en obtenir :
Madame, le dangier ou je me voy constitué et par conséquent tant de lidelles de ceste Normandie, m'a donné l'occasion de vous ramentevoir, ce dont je suis tant coustumier, d'importuner Vostre Majesté, la quelle je supplie très-humblement a ce besoing départir le bon secours que j'en ay tousjours espéré, vous asseurant, Madame, que si dans cinq ou six jours je ne suis pourvu d'argent pour soudoyer les six compagnies de gens de pied et deux cens chevaulx que j'ay en ceste place, je me voy au point d'un tel desordre que la conséquence en apportera une pitoyable ru^Tie. Et par ce, Madame, que cela ne peut estre soulagé que par vostre seul moyeu, je vous supplie très-humblement y vouloir donner le remède nécessaire, et me faire tant d'honneur de croire que si la commodité me pouvoit estre départie d'ailleurs je ne vous enuuyrois si souvent de telle chose; mais depuis deux mois en ça que les dites compagnies sont à nostre dévotion, je n'ay receu que les deux mil escuz qu'il a pieu à Vostre Majesté ordonner, je vous supplie très-humblement. Madame, mètre en considération si cela peut sufiir à une telle charge, pour en y ayant esgard me donnez moyen de me continuer au service de Vostre Majesté à la quelle je supplie le Créateur,
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
Madame, vouloir donner accroissement de ses grâces en longue et heureuse prospérité.
De Dieppe ce m* febvrier.
Vostrc très-humble et très-obéissant serviteur à jamays,
A cette lettre il en ajoutait une pour Cecil :
Monsieur, je vous ay fait entendre par beaucoup de lettres en quel estât et nécessité sont les affaires de dcrà, faulte de secours, mais par ce que je ne vois sortir nul effet de mes prières, je suis content de vous suppUer très humblement moyennor de Sa Majesté la Royne quelque département de deniers pour l'entretenement de six compaignies de gens de pied et deux cens chevaulx que j'ay en ceste place, vous laissant à penser, Monsieur, si deux mille escus que Sa Majesté m'a faict départir peuvent suffire au payement des compagnies y ayant deux mois que je les ay sur les bras, pourquoy vous supplie de rechef de y vouloir de vostre part donner ordre, de façon que la ruyne que je vois apprester ne puisse advenir faute d'y avoir aidé et pourvu. Au surplus, Monsieur, je' vous veux bien advertir comme Monsieur Dandelot a attaqué quelques huit cens chevaux qui avoient passé l'eau pour entrer en la Soloigne et les a défaits et mis en route et tellement espouvantés que M' de Guise ne sait plus ce qu'il doit faire; joint l'étonnement qu'il a de l'armée de la royne de Navarre qui vient se joindre à M' l'Admirai, ensemble quatre mille reistres qui sont ja en France, cela considéré et avec le bon service que nous attendons de Sa Majesté de la Royne nous devons espérer heureuse issue de nos entrepriuses et augmentation du service de Dieu,
(1) Record Office, Slate Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
lequel je supplie après vous avoir présenté mes bien humbles recommandations vous donner en santé très-longue et heureuse félicité.
De Dieppe, le iii^ jour de février 1563.
Voici une note adressée à la reine d'Angleterre. Elle nous est un témoignage de l'avidité de Montgommery, qui finit par réunir contre lui et protestants et catholiques également rançonnés :
Plaise à la Majesté de la Royne envoyer à Dieppe à Monsieur le conte de Montgommery trois mil hommes pour la garde de la dicte place, oultre et par dessus ceulx qui sont à présent.
Ou bien luy depparth' dix ou douze mil escutz pour en louer en France, et payer quinze cent François qu'il a de ce présent pour le moys de janvier dernier et ce mois de février.
Faire saisir les personnes et biens des marchands de Dieppe qui se sont retirez et leurs marchandises en ce roy anime, vendre les dits biens ]>our en faire deniers ou envoyer les personnes à Dieppe pour leur en faire trouver. Mesmement à la Rye ung nommé le Danoys et à Londres l'esleu Bouchart, ung nommé Quoquerel, le contrôleur le Nable, Euglesville, Robert Fouache, Charles MifEïmt et Guillaume Ghochon.
Octroyer commission au dit de Montgommery pour traffiquer en Angleterre et en tirer deniers librement des marchandises qu'il y enverra pour les nécessitez, eutretenement et fortifications du dit Dieppe.
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXX. (Autographe.)
L'argent étant lent ù venir, Monlgommery envoya le capitaine Horsey en Angleterre avec cette lettre pour la reine :
5 février 1563.
Madame, afQn que le rapport du capitaine Orsey vous luiisse rendre plus ample tcsmoignage de Testât des aflaircsde deçà, je l'ay priéaller devers Vostre Majesté pour k's vous faire entendre, ayant autant de fiance en luy qu'en nul aultre que je cognoisse par l'expérience que j'ay eue (le sa bonne volonté laijuelle il a manifestée en tous actes.
De Dieppe .le v" jour de février 15G3 (I).
Voici la réponse de la reine, à la date du 14 février 1503:
Très cher et très aymé cousin, nous avons receu les lettres que vous nous a\ez escriples par ce porteur le sieur (le Ilorsey nostrc secrétaire, leijucl nous renvoyons présentement à vous avec une certaine somme d'argent, la (|uelle bien qu'elle ne soit pas si grande que requérez et que de nostre part nous voudrions bien qu'elle fut plus large, touttefois c'est aultant que nous en pouvons bonnement fournir pour le jjrésent, ayant regard à la grandeur de la somme qu'il nous fauit envoyer à Monsieur l'Admirai, et touchant le reste nous nous en remettons le rapport au dit sieui" Horsey, auquel prions donner crédit, sur ce, très cher et bien aymé cousin, Dieu vous ayt en sa saincte garde (2).
Cette dernière lettre nous a conduits jusqu'au 14 février. Pour 1 intelligence de celles qui vont
(i) Record Office, State Papers, France, vol. XXX. (Original.) (2) iWd. (Minute originale.)
suivre, quelques explications nous semblent nécessaires :
A la suite de la bataille de Dreux, l'amiral de Coligny, après avoir reconstitué larméc dont il était devenu le chef et traversé la Beauce, était d'abord venu à Beaugency, puis à Orléans. Briquemault. et Beauvoir lui conseillaient de se rendre à Lyon (1); mais il préféra aller en Normandie, et, laissant à Orléans d'Andelot avec 6,000 hommes de pied et i,500 chevaux, il se mit en chemin, lô l^"" février, avec 4 ou 5,000 chevaux, 200 valets et 200 chevaux de train ; avec lui marchaient le maréchal de Hesse, chef des reitres, le prince de Porcien, le comte de Larochefoucauld, de Mouy, de Grammont, d'Avaray, Duras, d'Avoines (2), Colombièreset quel- • ques gentilshommes normands (3); il voulait à la fois faire sa jonction avec les Anglais et venir toucher au Havre , ainsi qu'on le lui avait promis , les sommes nécessaires pour payer les reitres, qui réclamaient leur solde avec force murmures.
C'est le 5 février que Warwick fut avisé de la marche de l'Amiral, qui s'annonçait pour le 10 ou le 12 devant Honfleur et désirait que cette ville fût prise avant sa venue (4). Beauvoir, qui était encore
(1) Kalendar of State Papers, 1563, p. 126.
(2) Georges d'Argenson, sieur d'Avoines.
(3) Kalendar of State Papers, 1563, p. 126.
(4) Voici une lettre de Beauvoir à Gecil, annonçant la venue de l'amiral :
« Monsieur, pour entretenir tousjours vostre bon et affectionné désir,
au Ha*Te, s'offrit pour ce coup de main, demandant quatre enseignes d'Anglais, deux canons, deux couleuvrines et quelques barques armées pour s'opposer à un secours venu de Caudebec; mais Warwick, à cette ouverture, répondit qu'il ne pouvait s'engager sans une permission expresse do la reine, car c'était là un acte de guerre; il attendrait donc des ordres d'Angleterre et il allait en prévenir la reine (1).
La réponse d'Elisabeth ne se fit pas attendre; elle est du 10 février; elle a appris que TAmiral, avec 4 ou 5,000 chevaux, s'approche du Havre pour recevoir le subside qu'elle a promis, et aussi qu'il désire que l'on prenne Honfleur et Fécamp ; après en avoir délibéré, elle estime que l'entreprise sur Honfleur et
je ne craindray à vous faire ceste recharge, pour vous prier affectueusement de tenir tellement la niçiin à la juste deffensce de noslre cause, qu'en peu de jours, Monsieur l'Amyral qui vient avec ses forces en Normandye soit secouru et dhommes et de deniers de la Majesté de la Royne, selon la promesse qu'elle en a faicte par cy devant, car aultrement l'issue de nostre entreprinse, qui estavec l'aide de Dieu, fort proche, ponrroit eslre esloignée au grand desavantage non seulement de la France, mais de toute la crestienté. Je vous prie donc, Monsieur, derechef, de nous favoriser tellement enversla dite Majesté, que le secours qui a esté promys puisse venyr à propos, car pour vostre dextérité et experiance vous scavez combien la demeure est périlleuse en telles affaires. Et en cest endioict me recommandant humblement à vostre bonne grâce, je prie Dieu, Monsieur, vous donner en santé bonne et longue vye.
Du Havre de Grâce le v« jour de feb\Tier 1562 (2).
(i) Record Office, State Papers, France, vol. XXX. (2) Ibid.
Fécamp est de grande importance, et quelle peut être conduite sans trop de risque ; elle s'en remet à Warwick; elle lui donne tout pouvoir, mais en lui recommandant de ne pas trop s'aventurer lui-même. On peut venir en aide aux Français, mais en leur laissant toute la charge de l'exécution ; on se bornera à être en mesure de les secourir en cas de danger. Quant à l'Amiral, s'il désire venir au Havre et voir Waiwick, on ne peut le lui refuser, mais on lui enjoindra de n'amener qu'une escorte trèslimitée, cinquante ou soixante gentilshommes au plus, et une grande circonspection est recommandée à Warwick (1).
Le plus difficile, c'était de s'entendre avec Coligny pour les subsides qu'il demandait dans toutes ses lettres. Throckmorton était retourné à Londres. C'est à lui que fut confiée la délicate mission de faire connaître les véritables intentions de la reine, et nous aurons à revenir sur son entrevue avec l'amiral; mais auparavant, pour ne rien laisser de côté, voici une nouvelle lettre de Beauvoir à Warw ick au sujet de l'expédition de Ronfleur ; il accepte les conditions exigées par Elisabeth, qui, tout en désirant que la ville fût prise, ne voulait pas rompre trop ouvertement avec la France :
Monsieur, ayant tousjours désiré d'accomplir fidellement et diligemment la volonté de ceulxqui commandent
(1) Record Office, Kaleadar of State Papers, i663, p. 123.
à la conduite de uostre juste deffeuse, et ne pouvaut satisfaire sans vostre aide et secours à l'avertissement de Mous"" l'Amyral, je suys contraint par la nécessité à la quelle je ne puys autrement résister, de vous supplier affectueusement qu'il vous plaise de me secourir de quelques nombres raisonnables de vos troppes pour exécuter l'entreprinsc de llonncfleur, de la conséquence et exécution de la quelle depand en partie le rejjos de ceste place. Car ayant regardé de toutes pars, je ne voy moien de l'accomplir que le voslre,etne fault estimer Monsieur que ceulx qui troublent maintenant le repos de ce royaulme, vous traiclrontplusdoulcement quand vous ne melrez vos forces liors de ceste ville, car pour leur dcclaircr la guerre, ilsuliil de monslrer comme vous faicles, quelques bonnes affections au repos de ce royaulme. Toutes fois, alTin que je soys cliargé de tout le différent, j'ay délibéré soubz voslre meilleur advys et jugement de faire faire la proclamation de tous les soldats françois et habitants de ceste ville en mon nom pour exécuter la dite entreprinse que si lors de rambarijuement il vous playt par dessoubz main et sans aucune proclamation précédente, me donner quelques compagnies, je ne voy poinct qu'on vous en puisse imputer aulcune chose, et afïin que je me serve des forces du Roy contre ses ennemys j'ay délibéré soubz vostre congé de prandre seuUement les pièces d'artillerye nécessaires pour cest effect qui sont en ceste place et qui appartiennent au Roy à celle fin que celles de la Majesté de la Royne ne soient recongneues, et ce faisant. Monsieur, il me semble que vous ferez une chose grandement advautageuse pour Mons"" l'Amyral, du quel après Dieu et la Majesté de la Royne depand principalement l'issue de ceste guerre.
Janvier 1563.
Beauvoir (1).
(l) Record OfiBce, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.;
Ce n'était pas Ronfleur seulement qui était menacé; Fécamp Tétait aussi, et dans les murs de la ville il y avait des protestants tout disposés à faire entrer les Anglais. Un certain de Prestrenas écrivait à Warwick le 24 janvier :
Mon Seigneur, après vpus avoir salué au nom de Dieu, je vous advertis que depuis huit jours en ca javois baillé des lettres à M"" Poulet gentilhomme ecossois de vostre court, par lesquelles je le priois vous advertir que pour Tadvancement de l'Evangile et pour le soullagement de tous les fidèles chrestiens etmesme pour la conservation de vostre ville du Havre et pour plusieurs raisons contenues aux dites lettres qu'il seroit bon vous saisir de Fescamp et pour ce que le dict Poulet m'a voit dict que je fisse mes préparatifs et que le trouveriez bon, à ces causes, monseigneur, j'ay envoyé des personnes gens de bien et fidèles qui sont du dit lieu de Fescamp, lesquelz sont entrés par quelque secret dessous terre nuitamment au dict Fescamp et dans leurs maisons qui sont dedans le fort, sans que personne s'en soit ajjpcrcue et par ce dict lieu on pourroit faire entrer aultant d'hommes qu'on vouldroit, parquoy je vous prie ne laisser passer une telle occasion qui se présente, car si le dit lieu de Fescamp n'est par nous prins et saisi, les ennemis feront beaucoup de mal et garderont que pour le temps à venir il ne viendra aucuns vivres en ceste ville tant pour les gens que pour les chevaux, pour ce qu'il n'en vient plus que d'auprès Fescamp et s'il y a en ceste ville plusieurs fidèles qui ont esté chassés du dit lieu et qui meurent de faim, d'aultant qu'ilz ne peuvent jouir de leurs biens et depuis un an en ca n'en ont joui, du nombre desquels je suis, et qui plus est la court du parlement de Rouen à la poursuite de ceulx de Fescamp ont confisqué toutes mes seigneuries et tout mon bien, tellement que doresnavant je ne sauray de quoy
vivre. Je vous prie de rcclicf nous aider, et je vous promets ({uu nous vivrons et mourrons à vous luire service (Ij.
Avaiil de suivre Coligny en Normandie, examinons comment les clioses sélaienl passées à llouen depuis le dépari de la reine-mère el du roi. Le maréclial de Vieilleville y avait été envoyé avec les pouvoirs de lieutenant générai de la province cl surtout « pour y faire entretenir la paix et faire vivre un chascun en repos, là où ilz ne faisoient que petites séditions et tumultes, autant par le mouvement du peuple que par les instigalions el poussemenls de M. de Villebon leur bailli (2). »
L'historien du Parlement de Normandie a longuement raconté la scène de violence qui eut lieu entre le maréchal etM.deVillebon. C'est à ce propos que l'ambassadeur d'Espagne, Chantonnay, écrivait (3 février 1563) :
Ceux de Rouen sont tellement indignés et esmcus pour le débat d'entre le maréchal et le S'' de Yillcbon, lequel, s'il n'est encore mort, est eu grand danger de sa blessure, que le sieur de Vieilleville n'a trouvé moyen de sortir de Rouen, il est à hasard (]ue le peuple ne l'assome (3).
Dans une nouvelle lettre de Chantonnay, du 12 février, au cardinal Granvelle, et que \es Mémoires de Coudé n'ont pas reproduite, nous lisons :
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX. (Original.)
(2) Brantôme, Discours sur le maréchal de Vieilleville.
(3) Archives de Vienne. V. Mémoires de Condé, t. II, p. 130.
Le S"" de Vieille ville est parti de Rouen, car le Rhingrave l'alla le trouver et l'emmena habillé comme l'un de ses reistres ; autrement il u'y eut moyen de contenir le peuple (1).
Dans une nouvelle lettre au même cardinal Granvelle, Chantonnay revient sur les agitations intérieures de la ville de Rouen :
Le peuple s'est pensé mutiner il y a quatre ou cinq jours à cause de quelques malheureux qui assaillirent un prêtre qui portoit le corps de Nostre Seigneur, de manière que pour apaiser le tumulte il a fallu faire commander que tous ceux qui sont suspects de la nouvelle religion eussent à partir ; ceux qui firent cet outrage furent tués sur le champ (2).
Revenons maintenant à la marche de Coligny : il passa d'abord sous les murs dÉvreux, qu'il ne put forcer faute d'artillerie ; puis , ayant dispersé une troupe de paysans qui voulaient lui disputer le passage près de Bernay, il gagna Saint-Pierre-sur-Dives et il en dépouilla les riches églises pour faire prendre patience à ses reîtres. Il arriva à Touques dans la nuit du 8 au 9 février ; c'est là que vint le trouver François Sommerset, envoyé par Warwick. De Touques il marcha sur Dives, et c'est de là que, le 12 février, il écrivait à sir Poulet :
(1) Archives de Vienne, Lettre de Chantonnay au cardinal Granvelle.
(2) Jbid.
Monsieur, ayant entendu le lieu que vous tenez auprès de Monsieur le conte de Warwick, j'ay bien voulu faire la présente pour vous pryer, que dorcsnavant vous employez l'accès et la faveur que vous avez de luy, en ce qui s'offrira pour le faict et bien de ceste compagnye, ayant prias les armes pour une sy juste querelle que nous les avons prises. Et oultre que je suys asseuré que vous ferez en cest endroict service agréable à la Royne d'Angleterre, je vous responds aussy pour tous les principaulx de ceste armée, que tous geuerallement se tiendront en cela bien fort gratifiez de vous, et de moy particulièrement, (jue ou j'auray moyen de vous faii-e plaisir, Je m'y employeray de bon cueur.
Monsieur Poulet, (]u'il vous donne ce que désirez.
De Dyves ce xii* febvrier 1563.
Vostre entièrement bien bon amy,
Ch.4STILL0N (I).
Le 13, Coligny était encore à Dives et il écrivait à Elisabeth :
Madame, encores que puis nagueres j'aye entre autres depescbé vers Yostre Majesté deux gentilhommes miens que j'ay entendu estre passez seuremeut, par lesquels je vous ay rendu compte de nos actions, et faict amplement entendre Testât de nos affaires et la part ou j'estois, ensemble la fiance et attente que toute ceste compagnie a eu l'ayde, secours et bonté de Yostre Majesté, selon que la justice de la cause, l'occasion et nécessité le requièrent. Estant maintenant approché si près de vous, Madame, et en lieu plus exempt des dangiers et difficullez des chemins et passages qu'auparavant, je n'ay voullu faillir
(t) Record Office, State Papers, France, vol. XXX. (Original.)
vous faire encores bieu particulièrement entendre Testât eu quoy se retrouvent à présent nos affaires, et le désir et besoiog que ceste compagnie a de scavoir au plus tost des nouvelles de Vostre Majesté, à laquelle j 'envoyé pour cest effect Mous"" de Theligny, présent porteur, gentilhomme de la chambre du Roy, personage digue et vertueux et duquel les mérites surpassent son âge. Vous supliant très humblement, Madame, le vouloir ouyr et croire de ce qu'il vous dira de ma part, comme moy mesmes, qui sm* ce feray très humble requeste à Dieu de vouloir conserver Vostre Majesté, Madame, en très parfaicte santé et prospérité et beneir toutes vos actions.
Du camp à Dive, ce xiiie febvrier 1563.
Vostre très humble et très obéissant serviteur,
Chastillon (1).
Coligny, pour appuyer ses demandes auprès d'Elisabeth, avait remis des lettres à Teligny pour Warwick et pour Ceci! : nous n'en reproduirons qu'une, car ce sont les mêmes prières appuyées par les mêmes considérations et les mêmes phrases :
A Monsieur Cecil.
13 février 1563.
Monsieur Cécile, cependant que jay esté esloigné de ces quartiers, les dangiers des chemins les quels jay conguieuz par expérience et perte d'aulcuns hommes envoyez par moy, m'a guardé d'envoyer quelques gentilhommes de qualité devers la Royue d'Angleterre, comme
{{) Record Office, Stale Papers, France, vol. XXX. (Original.)
je desiroys de faire, pour advertir Sa Majesté bien particulièrement de Testât des affaires de cestc guerre par la quelle nostre royaulrne est travaillé uiaiulcnant. Et puys uagueres estant arrivé en ceste coste de Normaudye, je u'ay voullu faillir de faire passer eu Angleten-e pour l'effect suffisant, l'ung des plus apparens gentilliouimes rfue j'eusse auprès de moy. Par quoy j'envoye uiaiutenant Monsieur de Telliguy, présent porteur par delà, par le quel entre aultres choses j'ay bien voulu vous faire entendre ({ue nous avons esté bien adverliz de la bonne et grande iiffection que vous portez à la cause de Dieu pour la quelle nous avons prins les armes, comme vous le demonstrez bien par les bons offices que vous faictes envers sa dicte Majesté pour l'entrelenir en la bonne volunté qu'elle a de nous ayder et favoriser en une sy juste et sy saincte (picrelle. Et combien que je ne double point, que ce cp.ii vous meut eu cela n'est ijfue le zèle que vous portez à la gloire de Dieu, sy ne veult-je laisser à vous eu remercyer et pryer de continuer ces bons offices, par les quels je m'asscurc que tenant le lieu (jue vous tenez au service de Sa Majesté, vous pouvez beaucoup favoriser nostre entreprinse, ainsy (fue le dit S' de Telligny vous dira plus amplement de ma part, et toutes aultres nouvelles de nostre coste, par quoy, m'en remettant à sa suffisance, je ne vous feray plus longue lettre que de mes recommandations de bon cueur à vostre bonne grâce et prier au Créateur, Monsieur Cécile, qu'il vous doict ce que desirez.
De Dy^'es, ce xhi^ de febvrier (1563).
Vostre entièrement bon et bien affectionné amy,
Chastillon (1).
Nous avons laissé Montgommery à Dieppe ; mais
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXX. (Original.)
son séjour ne devait pas s'y prolonger. L'amiral l'appela auprès de lui, et le 25 février il arrivait par mer au Havre. En passant devant Fécamp, il eut à livrer un rude combat contre trois chaloupes sorties du port, et il en ramenait une qu'il avait prise (1). La comtesse de iMontgommery, Isabeau de LaTouche, qui partagea sa vie aventureuse , était restée à Dieppe ; c'est elle qui annonce à Elisabeth qu'il vient d'en partir :
A la reine Elisabeth.
Madame, les bienfaicts qu'il a pieu à Vostre Majesté départir à Monsieur de Montgommery m'ont donné l'hardiesse de vous en faire très humble merciement et vous faire entendre par ceste le tre comme estant le dit S' de Montgommery mandé pour^aller trouver Monsieur l'Admirai se doubtant au plus près d'y estre arresté, voulut avant son parlement laisser ceste place garnye de forces compettantes, affin de la conserver pour le service du Roy et commoditez de Vostre Majesté, la recommandant très expressément au S' d'Orsey pour l'assurance qu'il a de sa fidélité. Luy comme tant avec le S' Againssault l'entière charge des principales forteresses d'icelle, et par ce. Madame, que les bandes françoises qui y sont en poiu-roient estre retirées pour aller trouver mon dit S' Admirai, il me semble, Madame, qu'il seroit très bon, que Vostre Majesté fust persuadée d'y envoyer au plus tost quelques forces veu la consequance qui s'ensuit à la con- Bervalion d'icelle. Vous voulant bien asseurer, Madame, que l'importance en est plus recommandable qu'elle ne
({) Ka'.endar of State Paper?, 1563.
fut jamais. Comme mcsmes m'a adverti le dit S"" de Montgoiiimcry, lequel sur toutes choses désire employer à jamais tous ses moyens pour le fidel service qu'il doibt à Vostre Majesté, k laquelle je supplie le Créateur, Madame, vouloir donner à tous-jours bonne et heureuse prospérité. .
De Dieppe, ce xiii® de mars 1563.
Vostre très humble et très obéissant serviteur à jamais,