CHAPITRE m
Ri^swn/' du rhapilir préc(^(hnl. — Silualion militaire en Normandie di's Français cl des Anglais. — Enlmntr du rhingravr et de WariLHck.—b'llre du rhingraveà Wnrwirk (iO janvier im^i).— Réponse de Waru'iek (ii janvier).— Eut revue de Colignyel de Myddletaore, envoyé par Elisabeth. — Discussion engagée sur le chiffre du subside promis à Coligny. — Note remise par Chastellier. — Lettre de Coligny à Throckmorlon (2''- février).— Secours envoyé du Havre à Coligny pour le siège du château de Caen.— Arrivée de Throckmorlon au camp de Coligny.— Nouvelle de la mort du duc de Guise apportée à Caen.— Lettre de Beauvoir l'annonçant à Warwick (1" mars).— Lettre de Coligny l'annonçant également à Elisabeth {'iH février).'- Littre de Coligny au rhingrave, en lui envoyant M. de Levy (1" mars).— Composition du château de Caen.— Coligny l'annonce à Elisabeth (3 mars). — Les villes de Normandie se soumettent les unes apri's les autres. — Départ de Coligny pour Orléans. — Son entrevue à Mortagne avec Myddlemorc. — Nouvel entretien de Coligny avec Myddlcmure à Brou.—R>'qucte des habitants du Havre menacés d'expulsion (îî mars). — Réponse de Warwick. — Lettre du rhingrave à Warwick (20 mars).— Réponse de Wartvick (21 mars). — Réplique du rhingrave.— Nouvelle lettre du rhingrave à Warwick (28 mars).— Défiances des Anglais éveillées par la paixd'Amboise. — Avis donné par Myddlemore à Warwick.— Lettre de Montgommery à Elisabeth{liavriUo6i).~Letlrede Warwick à Leicester et à Cecil (8 avril). — Condé et Coligny désavouent le vidame de Chartres. — Propositions faites par le rhingrave à Horsey, qui remplaçait Montgommery à Dieppe.— Lettre de Warwick à Leicester et Cecil (li avril).— Lettre de Sainte-Marie d'Agneaux à Warwick (15 avril). - Warwick suspecte Driquemault, venu s'embarquer au Havre pour l'Angleterre.— Montgommery a la pensée de résister aux ordres de Cathrinr de Médicis. — Lettre de Warwick et de sir Poulet à Leuester et Cecil qui en témoigne (21 avril). — Lettre de Montgommery à Warwick, écrite s^e Ducé (23 mai im'i).— Suite de
la lettre du 20 avril de Wai^wich à Leicester. — Entrevue du r/wngrave et de sir Poulet racontée par Warwich,
Dans le chapitre précédent, nous avons réuni les documents qui se rapportaient à l'occupation de Dieppe par Montgommery, puis nous avons suivi la marche de Goligny depuis Orléans jusqu'à Dives, où nous l'avons laissé ; il nous reste à parler de la fin de sa campagne en Normandie , dont il était au moment de se rendre le maitre, les villes se donnant les unes après les autres, lorsque l'accord passé entre Catherine de Médicis et Condé le fit revenir à Orléans. Coligny une fois parti de Normandie, nous nous enfermerons dans les murs du Havre et nous retracerons l'histoire de cett3 triste occupation anglaise ; enfin, nous servant des lettres de Warwick, du rhingrave et d'autres encore, nous raconterons jour par jour le siège du Havre, le fait militaire le plus glorieux de la régence de Catherine de Médicis, et nous pourrions dire le plus habile, car elle parvint à réunir sous le même drapeau protestants et catholiques contre l'Anglais, le plus ancien ennemi de la France.
Bien longtemps à l'avance, Throckmorton, avec la prescience du véritable homme d'État, avait annoncé à Elisabeth qu'il en serait ainsi : « Il viendra un moment , lui disait-il , où les Français s'en-
tendront entre eux et se retourneront tous contre nous (1). *
Précisons d'abord la situation militaire des deux partis. Le rhingrave, avec 0,000 liommes de pied et SOOciievaux, se tenait à Monlivilliers ; Warwick, le 2 novembre 15G2, était sorti du Havre et s'était porlé jusqu'à Mondeville ; mais, après une escarmouche assez vive, il s'était retiré (2), et depuis lors, par manque de cavalerie, il ne s'était pas hasardé dans les campagnes environnantes. Le château de Tancarville, occupé parles Anglais le 9 décembre (3), avait été repris sur eux par Castelnau; Harfleur, au mois de novembre, avait résisté à une première attaque des Anglais (4) ; Ronfleur était encore entre les mains des troupes royales, mais Cacn venait d'ouvrir ses portes à Colombières; Coligny n'avait plus qu'à en prendre possession. Le marquis d'Elbeuf et le gouverneur de la ville, Bailleul du Renouard, avec COO hommes darmes, s'étaient renfermés dans le château, qui était muni dune bonne artillerie et récemment approvisionné.
Cet exposé de situation terminé, c'est au rhingrave que nous allons donner le premier la parole ; sa lettre est du 20 janvier 1563. Ce sera, il est vrai,
(1) Kalendar of State Papers, 1562.
(2) Annals oflhe reign of Elisabeth, Society Camden, p. 104, Londres, MDCCCXL.
(3) V. Deville, Histoire de Tancarville^ p. 275.
(4) Annals of Ihe reign of Elisabeth, Society Camden, Londres, MDCCCXL.
retourner un peu en arrière; mais la correspondance qu'il échange avec Warwick niérilc d'être reproduite; elle a celadepiquantque tous deux, sous un semblant de courtoisie, cherchent à se tromper mutuellement. Déjà, au mois de novembre dernier, ils s'étaient vus sous les murs du Havre ; c'est le rhingrave qui avait pris l'initiative de cette entrevue; elle avait été très-amicale; Montgommery et Beauvoir y avaient assisté et ils ne s'étaient pas fait laute de récriminalions contre les Guise et tous ceux de leur parti (1). Voici la première lettre du rhingrave :
Monsieur, j'ay veu vos lettres et quant au remerciement du traitement que j'ay faict à voz soldatz (2), je vous asseure que si je leur eusse sceu faire courtoisie davantage, je l'eusse faict pour souvenir de vous, désirant sauf debvoir vous tenir toujours content de moy, et quant aux nouvelles de la paix, j'ay monstre une lettre au capitaine Saul que quelque prince m'escripvoit de delà, comme depuis j'ay receu d'aultres qui renferment que la royne travaille toujours pour faire ung bon accord et que M"" le prince de Condé y est fort enclin, mais ilz ne sont encore d'accord de tous articles ; pour vous dire en vériLé en quoy il tient, je ne m'en oseray advancer, car tant on dit de diverses sortes, chascun à sa passion, mais je prétens après avoir donné icy un peu d'ordre, faire ung voyage en poste à la cour pour quatre ou cinq jours où je vous despartiray les certaines nouvelles. M"" de Guise a passé la rivière de Loire et a approché M'' l'Admirai qui a environ
(1) Annals of the rcign of Elisabeth, Camdem Society, p. 103, Londres, MDCCGXL.
(2) n fait allusion aux soldats faits prisonniers dans le château de Tancarville, qui venait d'être repris par Castelnau.
fucore deux mille cinq cens chevaux, rcistres, de gens de pied, bien peu en danger, connue deux chiens qui groignent, de se battre une autre fois. Pendant que l'on traite avec M"" le Prince (mais que le royaume ne souffrit) qu'eux deux se desbatleut, le roy seroit heureux. Je vous escripvis hier pour le seigneur de Bacqueville à qui semble que j'aurois ce crédit en vostre eudroict, que lui permettriez venir parler ù moy pour me faire entendre son intention de la prinse de Dieppe où il a quelque opinion que l'on l'en charge ; s'il vous plaist vous fier eu ma parole, je m'oblige le vous renvoier le mesme jour, ou, s'il vous plaist, lui user de cette courtoisie qu'il puisse faire un voyage eu sa maison ; jem'obligeray pareillement à vous le représenter le jour que me nonmierez ; vous feriez beaucoup pour luy, car il est en danger de tomber en grande peine et je seray bien aise de lui servir en quelque chose, me recommandant bien affectueusement à voslre bonne grâce, priant Dieu vous conserver la sienne.
De Montivilliers ce xx^ jour de janvier 1563.
Et il ajoute :
Monsieur, ayant esté à Caudebec j'ay tant fait que j'ay retiré ces pauvres Augloys qui y estoient , lesquelz avoient repondu pour leurs despense et pour la despense d'aultres, ainsy que vous verrez par le billet et mémoire que je vous envoyé, dont j'ay lait respoudre poui- eulx tous.
Yostre obéissant amy, etc.,
Rhingraff (1).
Voici la réponse de \\'arwick, du 22 janvier : Monsieur le comte, j'ay receu vos lettres et en icelles
• (1) Record Office, State Papers, France, vol. XXIX.
j'ay bien entendu de voz nouvelles, depuis que j'en ay esté adverly d'aultres, c'est que la bataille a esté donnée entre Mysac et Bourgeuse, où le duc de Guise et son armée ont esté deffaits et luy tué ou fort blessé, en sorte que la victoire est demeurée à M"" l'Admirai et à M' Dandelot, espérant que en brief Dieu mettra le tout en bon fin pour laquelle je prie affectueusement et quant aux pauvres prisonniers que m'avez renvoies, je vous en remercie bien fort. J'attends tous les jours deux beaux geldius (1), lesquelz quand ilz seront venus, je vous en feray présenter en part de récompense du bon cheval que m'avez donné. Monsieur, je vous ay mandé par le sieur de Bacqueville touchant les pauvres prisonniers, les soldatz François que vous tenez pour le faict de Tancarville (2), je voulois bien prier de les faire bien traiter, car cela taxe bien mon honneur qui les ay mis la dedans, promettant de les garder; vous ferez ainsi qu'il vous plaira et comme vous semblera bon, mais je vous prie aussi d'avoir égard à mon honneur, car je le ferois au vostre qui sera l'endroict que avec mes humbles recommandations je prie Dieu, Monsieur le Comte, qu'il vous donne en santé très bonne, très heureuse et longue vie.
Du Havre de Grâce, xx!!*" jour de janvier 1562 (1563).
Vostre bien affectionné amy et bon voisin,
Warwyck.
Coligny était encore le 18 février à Dives; c'est là que Myddlemore, envoyé par Elisabeth, vint le trouver pour traiter avec lui du subside qu'il récla-
(1) Hongres.
(2) Le château de Tancarville avait été repris par Castelnau de Mauvissière. (V. Mémoires de Castelnau, collect. Petitot, vol. XXIII, V. DfiViLLE, Histoire de Tancarville, p. 279.
inait dans chacune de ses lettres; il y avait là une <lueslion de cliiffrcs importante à dcballre, la reine vouluul réduire la sotiime promise. L'amiral, aux observations faites par xMyddleiiiore, répondit qu'il était prêt à ratifier le traité passé entre Condé et la reine Elisabeth, maisqu'il comptait sur 1 iO.OOO couronnes et non sur 100,000; depuis trois mois les reîtres ne recevaient pas de solde, et il était menacé et dans son honneur et dans sa vie; Myddlemore répliqua qu'il ne savait rien au sujet de ces 40,000 couronnes réclamées en plus par l'Amiral, mais que déjà on avait payé de fortes sommes à Rouen et à Dieppe pour Monlgommery (1). Ces messagers, qui n'apportaient que de belles paroles et jamais d'argent, ces retards calculés rendaient la position de l'Amiral de plus en plus difTicile, et pourtant il n'avait cessé d'adresser des représentations, tantôt à la Reine, tantôt à Warwick ; la note suivante explique bien les nécessités de sa situation :
C'est ce que j'ay à demandé à Monsieur le Conte de Warwick de la part de Monsieur l'Amyral, et les pointz de la créance qu'il m'avoit donnée.
Que sy l'argent que la Royue d'Angleterre avoit promys pour le paymeut des reistres estoit au Havre, qu'il luy plaist l'envoyer le plus tost qu'il pourroit, affin qu'il fut pour le plus tard dedans le quinzième de ce mois au camp de M. l'Amyral, lequel s'asseurant soubz la parolle de Sa Majesté et de ses phncipaulx ministres qiie l'argent
(1) Kalendar of State Papers, 1563.
fust au Havre avoit donné ce jour aux reistres pour le payement de ce qui leur es toit deu de leurs services.
Que sy l'argent estoit encore en Angleterre, qu'il plaist à M. le conte de Warwick y envoyer le plus diligemment qu'il lui seroit possible et le haster, affin de contenter les reistres dedans le terme qu'on leur a donné.
Que s'il se faisoit aultrement, beaucoup de maulx en adviendroient : premièrement le malcontentement des reistres, et par ce moyen la ruyne de l'armée d'où dépend le gaing ou la perte de ceste guerre et le grand tort qu'on feroit à Monsieur l'Amyral, lequel soubz la parolle de la Royne et de ses principaulx ministres avoyt sur ceste espérance amené l'armée s\ir le bord de la mer, obligeant sa foy et honneur de faire contenter les reistres, lesquelz ne l'estans et eslans les plus fortz de beaucoup pourroient faire une honte ou tuer Mons'" l'Amyral.
Pour ces raisons est il de besoing de haster le payement et tenir la parolle que luy et les principaulx de l'armée avoient donnée aux reistres.
Et pour ce que les forces qu'a M"" l'Amyral ne sont que de gens de cheval, qu'il plaist à Monsieur le conte de Warvick envoyer au premier jour en Angleterre, affin de faire descendre le plus tost qu'on pourroit une bonne lorce d'infanterie, jusques à dix mil hommes de pié.
Et cependant envoyer à M^" l'Amyral des gens de pié, qu'il a en ceste place, le plus grand nombre qu'il luy seroit possible avec l'artillerye et les munitions, tant pour la guarde de l'ai tillerye, pour la seuretté de l'armée, que pour assiéger et prendre places et beaucoup d'autres occasions.
Et pour ce que la Royne d'Angleterre auroit demandé pour la seuretté de ses deniers la parolle et responce de Monseigneur le Prince, d'aultant qu'il est prisonnier , Mons. l'Amyral et les principaulx de l'armée obligent à Sa Majesté leur parolle et tout ce
qu'ilz ont de biens en ce monde pour la seuretlé de son argent.
Fait au Havre de Grâce, ce xii du mois de février 15G2 (1563).
Chastellier (!].
Dans toutes les occasions délicates, dans toutes les affaires un peu embrouillées, c'est à l'habileté de Throckmorton qu'Elisabeth avait recours ; il venait d'arriver au Havre pour venir en aide à Myddlemore et obtenir de l'Aniiral cette ratification du traité passé avec le vidanie, dont Elisabeth faisait la condition de son subside, mais l'argent attendu était encore au delà du détroit ; à bout d'expédients, J'Amiral, dans la lettre suivante, se plaint de ces retards.
A Monsieur de Throckmorton.
23 février 1562 (1563).
Monsieur, j'ay receu la lettre que vous m'avez escripte par le sieur de Bois le Conte, et en oultrej'ay entendu de luy ce que luy avez donné charge de me dire. Et pour TOUS dire vérité, je suis en grande peine de ce que je me trouve deceu de l'espérance que j'avois de recevoir la somme entière de cent mil escus, laquelle j'ai desià asseurée à M. le mareschal de Hessen et mes reislres estre preste; car encores qu'ilz se soient condescenduz à faire ce que il ne se trouve guères qu'aultres de leur nation ayent faict, si est-ce, M. de Throckmorton, que vous avez tant d'expérience des choses de ce monde que vous n'estes pas à congnoistre l'humeur de ceste nation et combien il
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXX.
leur fault pour manquer de promesse, aprez mesmement les avoyr faict si longuemeut temporiser et reduict à faire ce que chascun a veu. Au reste je vous ay desià envoyé par le sieur de Mongreville le contract et ratification que m'avez envoyés par le baron de Montandre, signés et scellés des principaulx de ceste compagnie cl association. Maintenant je vous envoyé le trésorier Bertrand commis et estably par monseigneur le Prince à recevoir tous deniers généralement servans à ceste cause , lequel nous avons approuvé et confirmé, pour ce mesme effecl approuvons et confirmons par la présente en tant qu'en nous est, en l'absence de mon dict seigneur le Prince et durant sa détention, lui avons donné charge et l'authorisons pour recevoir la dicte somme de cent mil escuz à nous octroyez par la royne vostre maistresse, suyvant le dict contract et ratification, et pour cest effect luy ayant baillé deux blancz signez ; et au cas que vous ne vous contenteriez de la présente et que vouldriez avoir aultre pouvoir, je vous promectz incoutinant d'en faire expédier aultre, tel que vous adviserez estre requis pour vostre seureté, vous priant que telles difflcultez ne retardent auculnement les alïaires qui se présentent, aux quelles vous me trouverez tousiours prest de satisfaire. Quant au nombre de pouldres et cauonz, il ne me semble estre suffisant pour l'affaire que nous avons et qui se présente, qui n'en requiert pas moins que vingt milliers, et si est besoing d'avoir pour le moins encores deux canons, que je vous prie bien fort, M. de Throckmorton, estre moyen qu'ilz me soient envoyés, sans que cela retarde ce qui peult estre desià prest, et mectre en considération l'importance de ceste place et combien diligence et prompte exécution y est requise, après laquelle je ne fauldray de renvoyer les dicts canons. Je ne fauldray aussy de faire tout le bon accueil et bon traitement dont je me pourray adviser aux gentilhommez et soldatz qui viendront soubz la charge de M. de Pelham, et auray soing de les accommoder, coname il est trop raisonnable pour beaucoup de regardz
et respectz. Quant aux baltaux pour transporter ce que j'attens de delà, je suis après tous les jours pour en faire cliarger* de grains, affîn de les envoyer au Havre, de sorte qu'il y en aura assez par icy ; nous ne laisserons néanmoins d'y donner tout le meilleur ordre que nous pourrons. Il me reste à vous dire, M. de Throckmorlon, (jue je vous attends en fort bonne dévotion pour entendre de vous ce qu'il a pieu à la royne vostre maistresse vous donner charge de me faire entendre de sa part, vous asseurant que vous n'avez point plus grand désir de me voir que j'ay de vous voir. Sur ce, me recommandant aliectueuscment à vostre bonne grâce, après avoyr suplié nostre bon Dieu vous donner, M. de Throckmorton, eu santé bonne et longue vie.
De Gaen, ce xxiii" febvricr 1562 (1563) (1).
L'Amiral, avec ses seules forces, ne pouvait rien contre le château de Caen ; il attendait bien Montgommery, mais comment commencer le siège sans artillerie? Warwick, le ^5 février, réunit cinq enseignes d'hommes de pied, et le 20 les lit partir pour Caen sous le commandement de Pelham. De son côté, Beauvoir, d'après les ordres de l'Amiral, rassembla tous les Français qui restaient encore au Havre; mais il fallait entretenir toutes ces troupes; Warwick avança 15,000 couronnes sur la promesse du cardinal de Chatillon de les rembourser dans vingt et un jours. Cela ne put suffire, il fallut ajouter 400 couronnes pour le transport des munitions et de l'artillerie. Ce fut Throckmorton qui se chargea
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXX. (Autographe.)
d'amener du Havre l'artillerie, les munitions et les hommes d'armes commandés par Pelham ; parti du Havre le 26 février, il arrivait à Caen le lendemain. Les tranchées n'attendaient plus que les canons ; néanmoins la position étant forte, la résistance pouvait être longue; mais le marquis d'Elbeuf était pris d'une violente fièvre, c'était un des désavantages de la défense.
Le 28 mars, Throckmorton présenta à Goligny les lettres de la reine. L'Amiral le fit dîner ce jour-là avec un gentilhomme qui arrivait d'Orléans et qui apportait la nouvelle de la mort du duc de Guise, qui avait succombé, le 24, à la blessure reçue le 18. Cette nouvelle fut confirmée par un gentilhomme envoyé d'Orléans par d'Andelot, et Beauvoir l'annonça le jour même à Warwick :
l^rmars 1562(1563).
Monsieur, pour les grandes gratieusetéz et honnestetéz qu'il vous a pieu me faire et le grand désir que j'ay d'entretenir tousjours ceste amytyé et vous obéir, je n'ay voullu faillir vous advertir des nouvelles que Monsieur l'Amyral a ce jourd'huy receues de la part de Madame la princesse de Coudé et de Monsieur d'Andelot, Comme il n'est rien sy vray, que Monsieur de Guyse est mort, cela me faict espérer que ce sera ung grand repos pour l'église de Dieu, d'aultant que c'estoit ung grand tyran et persécuteur des fidelles. Nous avons a ce matin commence a batre en batterie et espérons que nous aurons bien tost l'yssue de nostre entreprinse. Je ne vous feray plus longue lettre, m'asseurant que M. l'Ambassadeur vous escript bien au long de toutes choses. Et ici sera l'eudroict
où je me recommanderay humblement à vos bonnes j,'ra('es priant Dieu,
Monsieur, vous donner en santé bonne et longue vye.
Au camp, à Cacn, ce premier de mars 1562 (1563).
Votre obéissant compère et vrais amys h vous faire servisse,
Beauvoir (1).
Je vous supplye trouver bon que Monsieur PoUet trouve icy mes recommandations bien fort à sa bonne grâce.
De bon côté, l'Amiral annonce celte mort à Elisabeth ; sa lettre est sèche et ne trahit aucune émotion ; qu'on en juge :
Madame,
Le sieur de Bricquemault m 'es tant venu trouver eu ce lieu, j'ay entendu par luy beaucoup de bons, honestes et gratieux propoz, qu'il vous a pieu luy tenir. Et semblablement le sieur de Throckmorton, estant venu icy, m'a déclaré la créance, de laquelle j'ay veu par la lettre qu'il m'a baillée de la part de Yoslre Majesté, que vous l'aviez chargé envers moy. Mais pour le présent je ne m'estendray à vous faire plus ample responce sur ce que l'uug et l'autre m'a faict entendre, et employeray seullement la présente pour advertir Vostre Majesté comment j'ay eu ce jourd'huy des lettres de mon frère, M. D'Andelot, par les quelles il m'escript que le xxnii^ de ce moys le duc de Guyse mourut de la blessure d'une pistolle qu'il avoy t eue peu auparavant ; comme j'estime, Madame, que vous avez jà entendu, et m'estant venue maintenant la nouvelle de telle mort, je n'ay voulu faillir de la vous mander
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXXI. (Autographe.)
incontinent, comme j'ay intention de vous tenir advertye de toutes les aultres nouvelles d'importance que j'apprendray, par cy après, et à tant,
Madame, je supplye le Créateur qu'il donne à Vostre Majeslé très-longue vie en continuelle prospérité.
De Gaen, ce dernier jom* de febvrier 1562 (1563) (I).
La mort inattendue du duc de Guise modifiait bien les choses. Sans perdre une minute, l'amiral dépêcha M. de Lévy au rhingrave pour lui proposer de se ranger de leur parti.
Voici une lettre à Warwick qui en fait mention :
Monseigneur, le siem' de Levy s'en va trouver le conte Rhingrave, lequel est son beau père, et vous prie de ne point trouver estrange que je l'aye envoyé passer au Havre de Grâce, car il faictce voyage pour bon effect. Et après que j'en ay communiqué à Mons. de Throckmorton, il a bien esté de cest advis, comme luy Monsieur vous faict entendre par la lettre qu'il vous escript. Au reste. Monseigneur, pour ce que j'ay bien besoing encores d'une bonne quantité de pouldre, je vous prye de m'en vouloir prester jusqu'à deux milliers, suyvant ce que le dit s"" de Throckmorton m'a dict aussy qu'il vous escrira, et que le dit s"" de Levy vous fera entendre plus amplement, par quoy je n'ay de quoy vous faire plus longue lettre, sy non de mes affectionnées recommandations à vos bonnes grâces et prières au créateur.
Monseigneur, qu'il vous donne bonne et longue vie.
De Gaen, ce premier jour de mars 1562 (1563) (2).
(1) Ref^ord Office, State Papers, France, vol. XX. (Autographe.)
(2) Ibid., vol, XXXI.
L3 2 mars, à 6 heures du malin, le feu commença contre le château de Caen, el une brèche fut faite, mais si petite que la Reine mère, qui la vit quelque temps après, dit qu'elle « auroit pu être défendue par desservantes armées de leurs quenouilles (1). » L'Amiral avait hâte de retourner à Orléans ; de son côté, le marquis dElbeuf avait été comme anéanti par la nouvelle de la mort de son frère. Avec de pareilles dispositions, une composition était facile. D'Elbeuf et Renouard obtinrent de se retirer ou bon leur semblerait, et la garnison sortit avec armes et bagages (2); TAmiral annonce en ces termes la prise de Caen à la reine Elisabeth :
Madame, ayant entendu que Monsieur le conte de Warvich depeschoit vers Yostre Majesté Monsieur de Sommerset présent porteur, je n'ay voullu faillir à vous tenir par luy advertie de Testât en quoy se retrouvent toutes choses par deçà, et mesmes de ce qui y est succédé quant à la délivrance de ceste ville de la tyrannie et captivité où elle s'en alloit reduicte, par la prinse du chasteau. qui a esté faicte, grâces à Dieu, avec si peu de perte, comme le dit s' de Sommerset vous pom'ra bien amplement el particulièrement faire entendre, qui me gardera d'ennuyer Vostre Majesté de plus longue lettre. Sur ce suppUaut notre bon Dieu vous vouloir conserver. Madame, en très-parfaite santé et prospérité.
De Caen, ce m' mars 1562 (1563) (3).
(1) De Thou, t. IV, p. 310.
(2) Ibid. — V. DE Bras, p. 273.
(3) Record OCBce, State Papers, France, vol. XXX.
La prise du château de Caen décida du sort des autres villes de la Basse-Normandie. Colombières prit Baveux, Mou}^ prit Honfleur, dont les habitants furent si bien pillés que tous les lits de la ville furent envoyés au Havre qui en manquait (1); Montgommery prit Saint-Lo, Avranches et Vire. L'Amiral était encore à Caen le 16 mars ; laissant à Montgommery la garde de cette ville et le gouvernement de toute la Basse-Normandie, il prit sa route par Falaise, Argentan et Séez; il était le 20 mars à Mortagne; c'est là que Myddlemore, l'agent d'Elisabeth, vint le trouver de nouveau pour savoir de lui les conditions de la paix conclue entre Catherine de Médicis et Condé ; on les disait très-défavorables aux Anglais. L'Amiral, avec sa prudence accoutumée, nia qu'il en fût ainsi et insinua que la Reine Elisabeth aurait satisfaction dans toutes ses demandes (2). Le lendemain, il était à Brou, oi^i un courrier lui vint de la part de Condé ; Myddlemore le questionna de nouveau ; mais, de plus en plus réservé, il répondit que le prince ne lui avait parlé que de ce qui le concernait, et que tout ce qui pouvait intéresser la reine avait été remis à son arrivée à Orléans. Pour en savoir davantage, Myddlemore se décida à suivre l'Amiral.
Rentrons maintenant dans l'intérieur de la ville
(1) Kalendar of State Papers, 1563, p. 208.
(2) Ibid., p. 223.
du Havre. Les Français qui s'y étaient réfugiés sur la foi (les promesses de la reine d'Angleterre étaient de nouveau menacés d'expulsion, et voici la requête qu'ils adressent à Warwick :
Les premiers fidèles des églises reformées tant d'Harfleur, Montevilliers, Fescamp et autres de la vicomte de Montevilliers vousremonstrcnt qu'il y a environ ung mois, sur les effors et surprises espérées faire par le s"" d'Aumale et son armée sur ceste place et forteresse du Havre de Grâce, M"" le vidasme de Chartres par prévention s'estanl emparé d'icelle pour le service du roy et se trouvant mal accompaigné nous avoit sollicités tous de le venir trouver et quitter noz villes promptement. Au commandement duquel nous avons obtempéré a l'instant, délaissant nos maisons, meubles, possessions et héritages et la pluspart femmes et enfans, famille, parens et meilleurs amys pour y venir faire le service de Dieu et du Roy et lui conserver avecques les bourgeois de ceste place pendant sa minorité et bas âge, auquel lieu avons fait résistance à toutes les entreprinses du dict d'Aumale et des siens par l'espace de quatre mois jusques au temps qu'il a pieu à la majesté de la Royne d'Angleterre nous envoyer son secours et armée pour la tuition et deffense de ceste place et de tous les subjects du roy si estans lors retires, et la deffendre contre toutes les violences, eulx, leurs biens et possessions comme à l'exemple elle traite ses bons et loyaux subjetz et vassaux, comme il est notoire à nous tous par ung article d'une patente par elle envoyée et publiée en ceste ville dont la copie est attachée à la présente requeste. Touttefois ne sachant pour quelle raison et ne prétendant en rien avoir offensé la majesté de la Royne. nous avons entendu plusieurs et diverses proclamations tendant à nous expulser hors de ceste ville, lieu de nostre refuge et habitation depuis ung mois et plus dont la dernière encores ^ue nous ayons par le nostre bon conseil les rôles des
noms de nous tous par escript, a esté du tout contre l'asseurance certaine que nous avions que, nostrepays et ville n'es tans reduictz encores a présent sous l'obéissance du Roy, vous auriez esgard, Monseigneur, a nous supporter. Autant qu'il vous plaira considérez que la plupart de nous vivant icy y ont vescu jusques à présent par la faveur et aide des habitans de ceste ville, leurs gens et amis, ce qu'ilz ne pourroient pas faire, estans hors de leurs cognoissances, mesme que une bonne partie des nostres se sont accommodés avec grand travail à quelque mestier nécessaire à toute republique bien policée, espérant y rester toute leur vie. Touttefois estans frustrés tout a coup de uostre attente, nous vous supplions très humblement , Monseigneur, qu'il vous plaise ne permectre point que après tant d'afûictions et pertes passées pour ne servir à l'idolâtrie, mille incommoditez à nos personnes et biens par nostre bannissement, ces services par nous faictz tant à la conservation de ceste place, de la ville de Rouen, que des prinses de la ville et chasteau de Caen et ses voisines ou nos vies ont esté exposées aux hasards, qui portent certain tesmoignage et esprit de quelle fermeté en la religion nous pouvons estre, qu'il vous plaise que, au lieu de gratification de tout ce que dessus, ne soyons pas reduictz et contraints estre constitués comme brebis en la garde des loups, assavoir es mains de nos ennemis mortels les reistres allemans et papistes francois qui, par ce moyen auront toute occasion de se glorifier à nostre malheur et blasphémer de plus en plus le nom de Dieu en ce qu'ilz voirront que Dieu nous aura délaissés comme infidèles ou traîtres, estans deschasséz d'avec nos protecteurs et défenseurs de nostre religion, nonobstant la promesse mesme de la majesté de la Royne. Que s'il ne vous plaist. Monseigneur, de regarder es choses alléguées, nous vous requérons de nous octroyer plus long délai, de sortir que nous puissions avoir loisir a envoyer devers le Prince de Condé gouverneur à présent de la France et à monseigneur l'Admirai pour nous faire restitution de l'une de nos villes
do Ha.'fleur ou Montevilliers pour la conservation de nos
liorsoiiiies et facultéz, en attendant que, par la permission
tli' Dieu, nous ayons une bonne paix bien résolue, et pu-
tiliée en nostre pays et villes pour nous y retirer, en en
incitant les allemans et reislres hors et leur compagnie,
ri par niesme moyen nous permectre aussi de envoyer
\ irs la majesté de la lloyne d'Angleterre protectrice de la
religion lettres ou semblables requestes que la présente,
I u quoy faisant, toute nostre vie nous nous enduirons à
Ini faire humble service et a prier Dieu pour sa bonne
[irosperilé, lui suppliant lui continuer de mieulx en mieulx
Il sa sainte volonté, dont elle a usé à nostre endroict
isques à présent, dont nous rendons grâces à Dieu auquel
DUS supplions pareillement vous conserver en sa saincte
race et nous en la vostre.
Du Havre de grâce, le mercredy, le v^ jour de mars 1562 avant Pasques.
Nous vous supplions, Monsieur, nous donner prompte response , pour suivant icelle nous gouverner et conduire (1).
Nous placerons en regard la réponse faite par Warwick :
Le sieur lieutenant dict qu'il ne cognoist point à l'un ni l'autre suppliant de interpréter ou mettre en dispute la sainte volonté et gracieux plaisir signifié à eulx par escript ou aultrement de par la bonne grâce de Madame la Royne d'Angleterre, ains plustost le remettre à la mesme gracieuse disposition de Sa Majesté en toutes occurences qui en peuvent survenir, laquelle ne peut importer tel effect que si, sous couleur d'icelle, tous ceulx se disant fidèles, de quelque endroict de France qu'ils soient, seroient
(i) Record Office, State Papers, France, vol. XXXI. (Copie du temps.)
continuellement secourus et protégés par Sa Hautesse en ceste seule ville, mais que le contenu d'iceUe estant bien droitement interprété devoit estre pris de ne subvenir icy qu'aux seuls bourgeois habitans de la dicte ville. Néanmoins il est bien apparent que toutes sortes de gens de la nation fraucoise portant le nom et réputation de fidélité, qui ont fui en ceste ville, ont esté jusques icy supportez et conservés ici par Sa Hautesse en toute asseurance des incursions, violences de lennemy jusques à ceste hem-e ; il n"y a point d'occasion ni couleur maintenant à dire que les dictes lettres de protection se peuvent s'étendre aulcunemeut aux aultres que aux bourgeois , mauaus et habitans de ceste ville, auxquels toute faveur gratuitement et beuevolenient en est entendu, remettant tous aultres aux lieux de leurs propres habitations ou ailleurs bon leui" semblera faire leurs demourauces. Sur quoy la publication dernièrement faicte est fondée, donnant une plus grande et gracieuse liberté à euLs en cet endroict que n'est pas donnée à nous autres Anglois par les articles de la paix par laquelle nous sommes constitués et assignés au nom des estrangers de vider et abandonner tout le royaume de France, y estans bien admonestez de pouvoir et avoir asseurance en tous endroitz de passage bien nécessaire et pour aultres causes et considérations qu'il ne seroit point expédient déclarer icy, déclarons et à ceste cause concluons finalement sur la pleine et entière exécution de la dicte publication touchant toutes sortes de gens, si ce n'est que par quelques considérations spéciales et particulières on peut prolonger le temps de quelques jours à quelques-ims particulièrement.
Reprenons maintenant la correspondance du rhingrave. Le 20 mars, il écrivait de Monlivilliers à Warwick :
Monsieur, quant à ce que m'escripvez que ne vous
eutre mistes du faict du sieur Hemery, je croy qu'il vous souvient m'avoir escripl que, pour l'amour de moy, il n'auroit nul mal, ains seroit mieuLx traiclé qu'il ne meritoit. J'estime que y avez toute puissance, combien que je pense, puis que Monsieur l'Admirai s'en va à Orléans, '{ue Monsieur le Duc de Longueviile luy en pai-lera, celendanl je le vous recomande de ce qui est en vous; ;uant auji juges françois ou aultres françois qui luy feront desplaisir. Monsieur de Longueviile laimant comme il faict, aussy sesamys les en leront Lien sentir à temps. De moy je m'en soucie pas beaucoup ; au surplus , Monsieur, le frère de Fontaines présent porteur m'a mandé qu'il ne tient plus qu'à vous que le capitaine Hemery ne sorte. Je vous prie, vu les eschanges que je baille pour luy, ne le voulloir retenir, d'aultant que m'avez tousiours mandé qu'il se falloit adresser à Beauvoir; j'entends que le frère du dit Fontaines est d'accord avec luy. Il n'y a cap"» (Jes vostres qui, s'il fut tombé entre mes mains, je ne vous en eusse plus tost faict courtoysie que le retenir sy longtemps. Daultre part. Monsieur, il a esté prins quelques chevaulx à Monsieur de Bacqueville, lequel comme scavez est sur sa foy ; de sorte que, par droict de guerre, ilz ne peuvent estre de prinse. Il vous plaira commander qu'ilz soient restituez. Je vous ay aussy tousjom-s porté respect de ne permettre que mes gens vous approchassent pour vous donner peyne que le moins possible, ne prétendant avoir en ceste guerre eunemys que ceuLx qui entreprendront occuper l'auctorité du Roy mon maistre et de la Royne, ma maistresse, mesmement ne deffendre, ne vou» empêcher ni fontaines ny moulins, chose qui n'est pas trop malaisée ; mais me recherchant de sy près jusques à mes faubom'gs, il me fauldroit penser à ma revanche, et me faire si près voisin que le chemin ne leur soyt plus sy libre ny ouvert, chose à mon regret, car. Monsieur, je vous asseure que je ne désire faire guerre à personne, si non garder ce qui m'a esté enchargé, vous priant encore voulloir commander que les
- no -
chevaulx du sieur de Bacqueville soient rendus, aussy s'il vous plaist porter quelque faveur à mes povres soldats qui sont prisonniers entre les mains de certains françois, que je pense ne sont de compaignies, si non gués tant les chemins, car j'entends qu'ilz leur font fort maulvais traictement, à quoy, sy j'elois vindicatif, ilz n'y gaigneroient guerres, ayant assez moyen me vanger et ne leur garder leurs biens et maisons, leur saulver la vie, comme j'ay faict ; mais ilz ont ung bon mestier à nous trahir les ungs et les aultres, comment la fin le vous monstrera. Je ne vous puis dire davantage. Quant à la paix , vous la pouvez croire, la Royne nous a mandé pour certain qu'elle est arrestée, pareillement commandé de ne rien entreprendre, comme vous ay escript, Sy d'avanture vous pensez que Mons. l'Admirai se doibve arrester à quelques articles, ils sont acheminés à s'accorder et commencent desja à sentir l'ayse que leur apportera la paix que je croy que malaisément ilz se dejoindront qu'ilz ne deviennent d'accord du tout. Quant aux articles que desirez scavoir, je ne fait doubte que ne le saichiez mieulx que moy, combien que l'on n'a encore voullu qu'ilz soient sceus ; je vous veulx dire ce que j'en ay entendu pour les points principaulx qui est de la Religion : il sera permis à tous seigneurs et gentilhommes qui ont justices tant en leurs maisons que par, leurs terres pouvoir faire prescher, à condition de ne troubler l'ancienne église, comme ilz l'appellent. Et le gentilhomme qui n'a justice, demeurant et habitant soubz aultre seigneur qui ne fust de la religion reformée et qui n'eut presche en sa terre, ce gentilhomme pourra en sa maison faire prescher et exercer sa religion avec sa famille. Les villes, qui pour aujourd'huy tiennent la presche, auront ung temple, à condition que restitueront les aultres temples, sans molester les papistes ou empescher à leur religion ; aux villes où n'y a point de presches pour aujourd'huy il n'y en aura point. Touttes fois auront pour rescompanse par chascun baillage et sénéchaussée oultre les églises que les seignieurs tiendront ung lieu
estably ou ilz pourront exercer leur dicte religion. Je croy •lu'il ne peult avoir difficulté que sur ce point qui sepeult aisément rabiller. Paris est réservé avec son circuyt et faubourgs. Quant aux particularités, tous éditz, arrestz tant du Roy que du Parlement cassés el recognus ad nonvenus, advouant le Uoy que tout a esté faict pour son secours, retirant mesniement les deux armées comme siennes, chacun restably à sa charge, estât, qualité et dignité, les eslrangiers renvoyés, ou je fais estât m'en aller aux nopces du jeune conte Pallalin, qui aespousé la Sdurdu Roy de Suéde, y estant jà convié, et vous perdrez ung voisin sy ainsy faict qui vous est amy et serviteur, sauf dcbvoir. Me recommande humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu vous conserver en la sienne.
De Moutivilliers, ce xx de mars 1503.
Monsiem', quant vous aurez ceste lettre, je pense bien qu'elle ne vous servira plus à rien.
Vostre obéissant amy sur quoy avez puissance.
RiNGRAFF (1).
La réponse de Warwick est datée du lendemain 21 mars :
Monsieur, j'ay receu vos lettres dont je vous en remercie de voz nouvelles et des courtoisies et bons offices que vous me faites d'avoir mandé à vos gens de ne courir sur les miens, ni d'endoramaiger les uns les aultres, vous asseurantque j'ay faict le semblable commandement aux miens de ne courir sur les vostres, dont j'ay adverti la majesté de la Koyne ma maistresse de voz bons advertissoments. Je vous prie de faire quej'aye le capitaine Leighton pour le capitaine Hemery, ou si cela ne sepeult faire, en-
(1) Record OfiBce, State Papers, France, vol. XXXI. (Autographe.)
cores ferois je pour lui taut que je puis ; quant aux chevaux de M"" de Bacqueville, j'ay faict chercher partout et ue laisseray de faire ce qui me sera possible et aussi suivant ce qu'estes en délibération de vous en aller voir le mariaige du jeune comte Palatin, je suis d'advis que vous changiez ceste journée et vous alliez en Angleterre voir la Majesté de la Royne ma maistresse, laquelle sans point de doubte le prendra en bon gré et vous satisfera à vostre contentement, sur ce me recommandant à vostre bonne grâce, je prie Dieu, Monsieur le Comte, vous teuir en sa saincte garde.
Du Havre de Grâce, le xxi mars 1563.
Je n'entends pas que les vos très ou les miens s'entrepassent de çà ou de là pour leurs affaires particulières et sans passe port de l'ung ou de l'aultre.
Vostre très affectionné et bien bon amy et voisin,
Warw^ick (1).
A cette lettre, le Rhingrave répondit à son tour :
Monsieur, ayant receu vostre lectre, j'ay de rechef commandé âmes gens de ne courir aulcunement sur les vostres, leur faisant entendre que ainsi avez commandé aux vostres et trouve fort raisonable que ni d'une ni d'aultre part ils n'ayent à se hanter ni s'entrevoir les ungs les aultres , sinon ceulx qui auront passe port pour affaires particulières, et pour mieulx éviter toute rencontre je fais défendre aux miens qu'ils n'ayent à passer la vallée des fontaines, touttefois ceulx qui de vostre part viendront de deçà seront les bien venus. Je fusse esté bien aise vous voir avant que d'aller trouver M"" l'Admkal et croy de là que je pousseray jusques à la court ; mon
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXXI. (Copie du temps.)
voyage me paraît cstre de huit jours, et à mou retour j'espère que touttefois serons eu si bonne disposition que j'auray le moyen de vous baiser les mains. Je ne scay si j'oserois runipre le voyage des nopces du jeune Prince comte Palatin, comme vous plaist me mander; si est ce que avez beaucoup de puissance sur moy et le cognoistrez quand le voudrez employer, vous asseurant que n'ay pas peu d'alTeclion à ce que le debvoir me pourra permettre vous faire un g bon service, si j'avois le moyen; quant aux chevaux de M. de Bacqueville, c'est ung bon gentilhomme qui ne sera ingrat à vous faire service, si lui faites la faveur, commandant qu'ilz luy soient rendus, estimaut, vu qu'il est sur sa foy, qu'ilz ne doivent estre de prise, et quant au capitaine Hemery je ne vous veulx abuser, je perdrois ma peine de solliciter le change du capitaine Leigthon pour luy, encores que me suis-je employé plus de trois fois pour sa délivrance et tellement efîbrcé que suis presque tombé en prières avec M'' Poinyugs, aussi vous prie renvoyer le capitaine Hemery pour les échanges que l'on a demandés pour luy; je vous prie aussi ne le prendre en maulvaise part de moy ; ne laisseray pom-tant, si mon voyage va jusqu'à la com-t. m'efforcer encores ramener le capitaine Leigthon et traiter pour luy. Je voudrois que Dieu nous donnast une bonne paix, tant pour la chrestienté que pour tant de gens de bien que sommes les armes eu mains ; puissions-nous d'une mesme volonté aller quérii- les pardons à Rome, qui sera fin en me recommandant à vostre bonne grâce, priant Dieu vous avoir en la sienne.
Yostre obéissant et aliectiouné amy.
RiNGRAFF (1).
J'ay renvoyé encores deux pauvres Angloys hors des gallères dont M. Poiuyngs m'avoit escript.
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXXI. (Autographe.)
Enfin, voici nne dernière lettre du Rhingrave ; elle donne quelques détails sur les nouvelles du jour.
Monsieur, je n'ay effectué mon voyage , m'ayant la tsoyue commandé a me tenir icy quelques jours pour le parlement du mareschal de Vieille ville, qui s'en va à Metz, ou j'ay receu la lettre qu'il vous a pieu escripre à cause de Westerburd, nostre lieutenant, et l'observance de l'abstinence de prises entre nous, comme la désirons maintenir ; je luy mande se garder sm^toat de ne permettre aulcune chose à vous mescontenter. Je n'avois encores de nouvelles de la Court, depuis que M. l'Admirai y est arrivé, toutefois la paix a esté criée au camp d'Orléans et au logis du Roy ; ceulx de Paris ont receu les articles et n'ont voulu publier la paix, si la Royne ne les faict assister de deux Princes du sang, lesquels seront le cardinel de Bourbon et le duc de Monpensier, lesquelz ils attendent tous les jours, et cela faict, sera envoyé par tout le royaulme pour la paix si bonne comme la clirestienté en a besoing.
Monsieur, je vous avois escript pour le capitaine Hemery : ce pauvre gentilhomme ne mérite estre si longtemps retenu, qui est sa ruyne et eu danger que ce soit cause que sa compagnie ne soit du nombre des laisséez ; puisque j'ay satisfaict ce que l'on a demandé pour luy, vous prie lui donner congé. M. de la Meilleraye débat encures fort le capitaine Bodole comme ayant esté renvoyé sur sa parole, délibérant ne rien obmettre pour eu avoir la raison. Je suis d'advis, pour ne mettre le dit Bodole en ceste dispute, que vous direz au capitaine Hemery que, ayant à commencement esté présenté en échange de luy, qu'il fault qu'il le décharge envers le dict La Meilleraye, ce que je traiteray aisément, j'en suis certain, pour l'amour du dit Bodole, à qui je voudrois faii^e plaisir pour l'amour de son maistre, le laisser néanmoins quitte, me
recommandant Immblcmciil en vosLre bonne grâce , priant Dieu vons avoir en sa saincte garde.
De Konen, le xxviii* jorn* de mars 1563.
Je croy que scavez Ijien comment le filz dn dnc iTAlbe est arrivé à Bayonne avec 3,000 Espagnolz et 500 chevaulx, ne trouvant la paix agréable ; moy j'espère qu'ilz passeront par là, et que pour eulx elle ne laissera pas estre faicte. 11 a mandé avoir certaines commissions vers le roy ; on a envoyé au devant de luy pour le conduire à la court ; les Espagnolz qui sont au camp se doivent retirer en Flandres. D'une chose veulx vous .ulvertir que l'on tient pour certain que le prince d'Espagne y doit venir, prétendant la main de la reine il'Escosse. Vous brûlerez s'il vous piaist ceste lettre, car on n'est pas content de ce mariage si se fait.
Vostre obéissant amy,
RiNGRAFF (I).
Les Anglais étaient en grande défiance des conditions de la paix d'Amboise. La clause qui spécifiait l'expulsion de tous les étrangers de France leur semblait une menace ; toutes les dépêches du conseil privé à Warwick témoignent de leurs craintes ; des mesures de précaution et de défense lui sont prescrites. De son côté, Myddlemore écrivait de la cour à Warwick que ni l'amiral ni Condé ne voulaient rendre Calais avant le terme fixé par le traité et il l'engageait à se défier d'une trahison, l'avertissant en même temps que Richelieu devait se rendre à
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXXI. (Autographe.)
Caen avec sept ou huit enseignes de gens de pied et prendre le gouvernement de la ville et du château (1). Montgomniery s'y trouvait encore et y attendait les ordres delà cour. Nous avons retrouvé une lettre de lui à la reine Elisabeth :
Madame, l'asseurance que j'ay que me faictes cest honneur me tenir vostre très humble serviteur, me faict prendre la hardiesse escripre ceste lettre à Vostre Majesté, pour la supplier très humblement pour le capitaine Raulffe Eldecar, qui par fortune a donné ung coup d'espée ; qu'il plaise à vostre Majesté user de miséricorde à son endroict, car je vous puys asseurer, Madame, que je le congnois homme qui a faict beaucoup de service et est encores pour en faire au Havre, où il va, sy l'occasion se présente. Et quant à moy, Madame, je ne désire que d'avoir cest honneur de pouvoir faire cougnoistre à vostre Majesté comme je vous suys très-humble et trèsobéissant serviteur et y demoureray toute ma vie, suppliant Dieu, Madame, qu'il donne à vostre Majesté en parfaite sauté, longue, heureuse et contente vie.
De Caen, ce xii^ jour d'avril 1563.
Vostre très-humble et très-obéissant serviteur à jamays,
Nous avons laissé Warwick tout entier aux soins de la défense du Havre; la lutte qu'il s'altendait à soutenir un jour contre toutes les forces de la France semblait maintenant prochaine ; l'arrivée de Riche-
(i) Kalendarof State Papers, lo62.
(2) Record OfBce, State Papers, France, vol. XXXI.
lifiu à Caen el de Brissac à Rouen était à la fois une menace et un avertissement ; le 8 avril, il écrivait à son frère, Robert Dudley (f^eicester) et àCecil (i) :
Ayant eu occasion d'envoyer mon secrétaire au sujet de l'échange des prisonniers et notamment de Leighlou et de Killigrcw dont j'espère la délivrance, j'ai prié le rhingrave de me dire ce qu'il savait de la conclusion de la dernière paix, et de me faire connaître ce qu'il en pense. Il m'a répondu qu'il avait bien plus à me dire qu'il ne pouvait le faire dans une lettre et qu'il ne voulait s'en ouvrir de bouche à nul autre qu'à moi-même ; et comme il savait par moi que je n'étais pas très-bien et que je ne pouvais sortir, il a demandé que sir Hugues Poulet voulût bien venir en un lieu déterminé entre le Havre et Montivilliers, offrant de s'y rencontrer avec lui à une portée de canon du Havre ; il a protesté de son désir de servir la Reine d'Angleterre de préférence à tous les Princes de ce monde ; mais ayant si longtemps servi en France avec quelque honneur et réputation, si maintenant il délaissait son parti pour celui de la Reine, et prenait les armes contre la France, tout le monde parlerait mal de lui et le lui reprocherait ; mais si l'ou en arrive à la paix entre la France et l'Angleterre, assurément il visitera la Reine et sera à ses ordres pour tous les services qu'il pourra lui faire contre l'Espagne , l'Ecosse et toute autre nation, excepté la France, si sa Majesté veut l'employer dans les guerres à venir; il a fait entendre que le Roi d'Espagne veutla guerre avec l'Angleterre et n'a pas seulement cherché par son ambassadeur à embrouiller les choses et à exciter le Roi de France à la guerre contre la Reine, mais il désire la faire de son c.té, et il l'aurait déjà certainement faile, s'il n'avait pas craiut d'interrompre les relations de commerce des Flamands avec l'Angleterre.
(1) Cette lettre est en anglais et nous en donnons la traduction.
Le Rhiugrave a eu même temps promis de iie participer à aucune pratique de trahison contre moi ; bien plus, il m'avertii'a s'il y a quelques menées, et si une armée vient nous assiéger ; cependant, à tout événement je serai toujours sur mes gardes et je ne manquerai pas d'acheter les intelligences qui pourront m 'éclairer sur tout cela et sur les promesses du Rhingrave. Sur ce j'annonce à la Reine que je lui envoie une chaîne d'or d'un joli travail et une petite montre de cristal dont le Rhingrave lui fait hommage, comme un gage de sa bonne volonté, il m'a fait prier par sir Hugues Poulet de le dire en son nom; il annonce encore que les Espagnols qui étaient au camp français sont retournés en Flandres, dans quelle intention ? il l'ignore, et le Roi d'Espagne a maintenant 3,000 hommes de pied et six cents chevaux à Rayonne sous le commandement du duc d'Albe, auquel on suppose l'intention d'aller en Flandres, aujourd'hui que la guerre est finie en France ; il y a de plus 6,000 hommes de pied à Perpignan et dix-huit galères non loin, dont sept sont venues se joindre aux treize galères françaises, bien que la paix soit conclue et proclamée suivant les termes de l'édit que je joins à cette lettre. Les Français ne veulent pas faire la guerre contre la Reine, notre maîtresse, et sont disposés à un arrangement convenable, ils iront jusqu'à proposer à sa Majesté de payer l'argent dépensé pour cette entreprise du Havre et d'assurer la liberté du commerce pour les Anglais dans toutes les parties de la France, avec faculté de transporter de France toutes espèces de marchandises maintenant encore prohibées, ce qui pourrait être une occasion de grands bénéfices et de grandes commodités pour notre royaume ; la paix ainsi conclue serait très-honorable à la Reine, puisque c'est elle qui a moyenne celle qui rend en France la sécurité à tous les fidèles, ses amis, les rétablit dans leurs dignités, états, privilèges, anciennes libertés et libre exercice de la religion ; le Rhingrave affirme encore que les Français demanderont expressément la remise immédiate de cette ville du
Havre ; il sait bien que sa Majesté désire reprendre Calais en échange de celte '-ille, mais les Français ne rendront pas Calais avant le temps fixé par l'ancien traité, aux ternies duquel ils se tiennent, et ils ne consentiront pas à ce que sa Majesté garde le Havre comme un gage jusqu'au moment de cette délivrance, mais les otages resteront comme par le passé. Yoilà à peu près les délermiualions arrêtées par les Français, autant que je puis m'en rendre compte d'après les avis que je reçois. S'il y avait possil)ililé d'avoir une assurance de l'accomplissement du traité pour Calais par une confirmation des Etats de la France ou par toute autre voie, c'est tout ce que sa Majesté ponrra obtenir sous fotme d'arrangement , à moins qu'elle n'ait d'autres moyens de pression qu'on ne voit pas en ce moment. Le Rhingrave dit aussi que le Prince de Coudé et l'Amiral nient entièrement que la reine ail pris possession (lu Havre par leur entremise; aies entendre, c'est le vidame et M. de Beauvoir qui ont traité de tout ; le Rhingrave affirme également que le Prince et l'Amiral ont promis à la Reine-mère de jeter les Anglais hors de cette ville et de la remettre enlre les mains du Roi de France, par traité ou par force, et il croit que les Français ne tarderont pas à s'approcher; il a dit la même chose à Myddlemorc avant la mort du duc de Guise, et que si sa Majesté avait en lui un ennemi, elle ne trouverait pas des dispositions plus favorables dans l'Amiral, s'il venait à succéder à l'autorité du Duc. Le Rhingrave a aussi promis d'envoyer un de ses serviteurs à la cour pour s'assurer de tout ce qui s'y fait, et à sou retour de m'en informer d'ici huit jours. Quand le moment sera venu, j'enverrai sir Hugues Poulet aux informations. Le Rhingrave a proposé lui-même de se rendre à la cour pour négocier la paix, se disant également porté de bonnes intentions envers les deux partis, et promettant d'avancer les affaires de sa Majesté ; à cette ouverture nous lui avons répondu (comme on peut présumer) que sa Majesté ne voulait pas avoir l'apparence
de faire les premières avances, ni que personne les fasse eu son nom et qu'elle juge convenable d'attendre qu'on vienne à elle, car elle entend qu'on lai propose de telles conditions de paix qu'elle ait lieu d'eu être satisfaite. Néanmoins sa Majesté doit être avertie de la bonne volonté du Rhingrave et de son désir d'amitié qu'elle prendra en bonne part, et aussi les deux partis auront lieu de voir d'un œil favorable les propositions du Rhingrave, si, comme de lui-même, il entame une telle négociation. Le Rhingrave ajoute encore que le maréchal de Vieilleville était envoyé à Metz ; ils ont quelque crainte que l'Empereur ne se rapproche de cette place ; il n'en est rien pourtant ; on l'attribue au traité ménagé par le cardinal de Lorraine, et il se dit qu'un mariage serait conclu entre la Reine d'Ecosse et Charles, archiduc d'Autriche, second fils de l'Empereur: ainsi c'est ce dernier et non le Prince d'Espagne qui épouserait la Reine d'Ecosse.
M. de Beauvoir a appris par d'autres sources que par le Rhingrave que toute la responsabilité de la remise du Havre entre les mains de sa Majesté lui était attribuée, ainsi qu'au vidame de Chartres, par le Prince de Coudé et l'Amiral ; mais il m'a informé, ainsi que sii* Poulet, qu'il a entre les mains la commission du Prince de Coudé, revêtue de son seing, par laquelle ou verra bien que cette remise de la ville a été faite par son commandement ; toutefois, il m'a demandé que cette communication restât secrète ; le Rhingrave désire aussi qu'il en soit de même pour tout ce que je viens de vous dire. Vous recevrez en même temps la proclamation de la dernière paix imprimée (1), laquelle j'ai jugé utile de vous envoyer, parce que j'ignorais si vous l'aviez reçue.
Monsieur Chatelier est parti aujourd'hui d'ici pour aller trouver l'Amiral; on dit que MM. Briquemault et Teligny sont partis d'Orléans pour aller trouver la Reine
(1) La paix d'Amboise.
notre maîtresse ; ainsi je finis, priant Dieu nous envoyer une honorable conclusion de cette paix.
Du Havre, le viii* jour d'avril 1563.
Vos bien dévoués, Warwick et Poulet ( I ) .
Celle lelire, dont nous n'avons voulu rien retrancher, malgré sa longueur, jette un jour tout nouveau sur les négociations qui précédèrent la remise du Havre aux Anglais. Il est curieux de voir Condé et Coligny soutenir tous deux, après coup, qu'ils n'ont jamais donné un tel pouvoir au vidame de Chartres et à de La Haye; ils iront plus loin encore dans leurs dénégations, ils déclareront que les Anglais ont abusé du blanc-seing remis à leurs négociateurs ; aussi Condé n'esl-il épargné ni par Smilh, ni par Myddleinore ; le mol de misérable et de traître, dont se servira Calvin en qualifiant sa conduite dans les négociations avec la Reine-mère, reviendra bien souvent dans leurs lettres ("2).
Lorsque Montgommery, rappelé par Coligny, avail quitté Dieppe, il avait été remplacé par Horsey ; le Rhingrave envoyait chaque jour des reconnaissances sous les murs de la ville ; il offrait à Horsey un libre passage, s'il voulait rentrer au Havre et lui remettre la ville; il lui offrait même des vivres et
(1) Record OfiQce, State Papers. (Traduction.)
(2) Kalendar of State Papers, i563, p. 335.
des voitures pour transporter ses troupes , mais Horsey n'avait aucune confiance dans de telles offres, et se gardait soigneusement (1). Warwick en faisait de même et il écrivait à son frère et à Cecil. le 14 avril :
Après m'être recommandé à vos bonnes grâces, ce sera pour vous avertir que Dryver a passé la nuit ici à cause du changement soudain du vent, et que j'ai reçu ce matin les lettres ci-encloses de Thomas Smith, ambassadeur de sa Majesté, et des lettres de M. Myddlemore que j'ai pensé utile de vous envoyer avec les copies de deux autres lettres adressées à M. de Beauvoir par le Prince de Coudé et l'Amiral, vous laissant juges de lem' contenu : mais je considère la paix comme conclue et arrêtée entre les Français; leur seule préoccupation aujourd'hui est de se concerter pour savoir comment ils pourront nous expulser du Havre ; si l'on ne peut pas persuader à sa Majesté de se retirer, ils se porteront devant cette ville, même pendant le temps qu'ils essaieront de traiter ; le comte de Montgommery non-seulement est renvoyé de son gouvernement de Gaen (comme le sont tous les autres de ce parti par toute la France, grâce à l'inconstance du prince de Condé qui, au dire des personnes sages, a plus de pouvoir en imagination qu'il n'en a en réalité), mais il est tenu en grande suspicion, il désespère de lui-même; c'est bien Thomme de France qui me semble le plus dévoué de cœm' aux Anglais et on peut augurer de ce qu'il pourra faire plus tard, ayant déjà donné assez de preuves de son zèle.
L'avertissement du Rhingrave me paraît avoir quelque espèce de fondement ; il est de ceux qui professent le plus de bonne volonté pour sa Majesté ; celui qui vous porte les lettres de Smith et de Myddlemore mérite toute
(1) Kalendar of State Papers, 1563 (lettre d'Horsey à Cecil), p. 271.
créance ; il ne vous reste donc plus qu'à prendre une décision ; quant à nous tous qui sommes ici, nous sommes prêts à tous les événements, à tous les dangers, attendant les forces et les secours que sa Majesté voudra bien nous envoyer (I).
Montgonimery nélait pas le seul à être relevé de son commandement; des ordies avaient été donnés pour ne pas laisser les villes aux mains des gouverneurs vendus aux Anglais. Voici une lettre de Sainte- Marie, gouverneur d'Honfleur, à Warwick, qui justifie bien les précautions prises :
Monseigneur, je vous envoyé ung quartier d'ung petit sanglier avec la hure et suis fort marry que n'ay mieulx poui- vous l'aire preseut. J'ay reçu aujourd'hui lettres de M"" le M^' de Brissac, lequel me mande que j'aye à mettre ceste place entre les maius du capitaine Hemery, ce que je u'ay voulu accorder que premièrement je n'aye commandement de M. le Prince de ce faire et aussy, Monseigneur, je vous supplie me donner conseil ; je ne fais douhte que cela ne vienne d'ung f.iUA' rapport que l'on a faict de moy à Mf le c'^ Rhiugrave, ce que je u'ay point mérité envers luy, car je u'ay rien empesclié qui appartienne à luy, aius je vous supplie y avoir esgard, car les choses vous touchent par la commodité de ce pays et mesmes aussy que le dict s' c'* Khinyrave menace la place de la venir prendre avec ses allemands, m'asseurant bien qu'il vous plaise medonuer secours, comme vostre puissance est bien pour l'empescher; etdema partje donueray lebou ordre que vous aurez occasion de vous contenter de moy.
De Honfleur, ce 15 avril 1563 (2).
0) Record Office, State Papers, France, vol. XXXI. (Traduction.) (2) Ibid. (Autographe.)
Une fois que le soupçon est entré au cœur, il ne tient plus compte ni des services rendus, ni des dévouements éprouvés , ni même de l'estime que l'on a eue longtemps pour certains caraclèies : ainsi nous allons voir ^Yarwick suspecter Briquemault, l'ami et l'allié le plus ancien des Anglais ; il était alors au Havre prêt à partir pour l'Angleterre où il était envoyé en mission par la Reine et Condé auprès d'Elisabeth, et Warwick le soupçonne de vouloir révéler au Rhingrave les côtés faibles de la défense de la place :
M. Briquemault ne m'a pas semblé satisfait de son long entretien d'hier avec le Rhingrave, mais comme pour le revoir il ne pouvait pas se servir de sir Hugues Poulet comme prétexte, il m'a dit aujourd'hui qu'il fallait qu'il lui fit ses adieux et qu'il espérait qu'ils se rencontreraient tout près de Montivilliers. Le rendez-vous était si bien donné à l'avance, qu'après mon dîner le Rhingrave arriva le long du marais pour l'y trouver à un mille de cette ville ; ils ont été ensemble toute l'après-midi, dans le but, je le crois, de voir tout ce quartier et de juger de la situation de la ville de ce côté et de l'endroit le plus favorable pour y placer un camp : ils pensent, en vérité, nous amener à traiter bi>^ntôt de la paix avec ces démonstrations de guerre et ce déploiement de forces. De tout cela, j'ai eu des intelligences plus certaines ce soir par le capitaine Appleyard qui les tenait du capitaine d'Honfleur, Sainte- Marie, dépossédé aujourd'hui de ce poste par l'ordre de M. de Brissac, et remplacé par le capitaine Hemery, un cruel tyran papiste. Le capitaine Appleyard ayant été, ce matin, envoyé par moi de ce côté-là, le capitaine Sainte- Marie lui a dit qu'il entrevoyait la ruine imminente de tous les protestants de France et m'a fait avertir, d"après
des intelligences qu'il avait à la cour, que je connaîtrais liienlôt la puissance de la France, disant qu'une grande ( onipa^aiie d'hommes d'ai-mes vient d'arriver à Rouen, où M' tient M. de Brissac, une autre compagnie à Muntivilliers et Harfleur, enfin, à Caen, les huit e iseignes dont je \ ous ai déjà parlé. Les troupes étrangères ne sont pas sorties ie France el sont restées aux environs de Paris; on peut iiger par là de ce qu'ils prétendent et veulent faire. M. de Sainte-Marie m'annonce encore qu'il se relire dans su maison et qu'il vivra et mourra fidèle à son parti ; il l'assure à Sa Majesté ; 2,000 gentilshommes et bons sol- .its sont prêts à lui faire service dans ces quartiers, quand on plaisir sera de les employer, et il a montré à M. Apple yard un plan du château de Honlleur et désigné l'endroit par ou on peut facilement surprendre la place, à un aoment favorable, avec deux cents bons soldats; ainsi, I ai non-seulement perdu un voisin si dévoué et si fidèle comme il était, mais encore je suis bien assuré que le apitaine Hemery fera arrêter tous les vivres qui vien- ;ront de ces quartiers, d'où cette ville tirait le plus graud - 'Cours depuis l'arrivée du capitaine Sainte-Marie. J'aurai (les nouvelles du comte de Montgommery et de sa situation dans deux jours d'ici; à l'exemple du capitaine Sainte-Marie, il a déclaré qu'il sera forcé de sortù- de Caen cl il vend tout ce qui lui appartient dans la pensée lie quitter le pays. Je vous prie que le compte, ci-inclus, touchant l'artillerie soit de suite réglé selon votre ordre et celui des lords du conseil qui m'a été communiqué, lorsqu'on m'a engagé à faire travailler les soldats pour le meilleur Avancement de ces fortifications. J'ai autant fait pour la défense avec les trébuchels flamands, et vous verrez par la prochaine estimation que ma dépense est de 300 livres par mois pom* ce mois-ci et le prochain. Pour ce travail, les soldats devraient être payés de suite ; si vous voulez qu'ils continuent, il faut ajouter la somme nécessaire à celle que vous allez m'envo\ er pour la solde de la garnison. Pour satisfaire à toutes ces nécessités,
arriver à une bonne paix et sortir de toutes ces dépenses, il faut ne rien épargner dans les frais nécessaires à la défense et sauvegarde de cette ville.
Sir Hugues Poulet m'a demandé la permission de voir le Rhingrave demain tout près d'Harfleur (et ce sera dans l'après-midi), pour entendre de lui ce qu'il veut lui communiquer ; il paraît, à ce que lui a fait dire le Rhingrave, qu'un gentilhomme de sa suite est venu de la Cour, lui apportant des nouvelles dont il nous donnera connaissance (1).
Montgommery eut un instant la pensée de résister aux ordres de la Reine-mère et de se maintenir à Caen; une lettre de Warwick et de Poulet à Leicester et à Cecil, à la date du ^1 avril, nous renseigne bien sur ces velléités d'une nouvelle rébellion :
J'ai reçu verbalement des nouvelles du c'^ de Montgommery qui, bien que Richelieu vienne à Caen avec commission de M. de Brissac de prendre la charge de ce château et de cette ville, n'a pas l'intenlion de l'y recevoir ni de laisser entrer les forces qu'il amène, mais de continuer à en garder le gouvernement, jusqu'à ce qu'il reçoive des ordres plus précis du Prince de Coudé ; il a écrit dans ce sens an capitaine d'Houfleur qui est de la même opinion que lui, ce que vous pourrez voir par sa lettre que je vous envoie. J'ai plutôt l'iutention de les y encourager que de les en dissuader, remettant à votre discrétion ce qu'on doit écrire au Comte de la part delà Reine pour l'y porter davantage (2) .
Montgommery ne poussa pas très-loin sa résis-
(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXX. (Traduction.)
(2) Ibid.
tance, et c'est c!e Ducé, où il s'était retiré, qu'il écrivait à Warwicl< :
Monsieur, j envoyé ce porteur au Havre pour avoir ce Lieu d'eu tendre de vos nouvelles qui ne pourroient estre si bonnes comme je les désire, et s'il vous plaît d'entendre des miennes, elles sont fort bonnes, grâce à Dieu. Je suys maintenant en ma maison, attendant à voir comme toutes choses se passeront. Cependant je vous supplie de toujours vous asseurer de moy et que me trouverez l'ang de vos plus fidelles serviteurs et amys, car j'ay tant receu d'iionnestetés etliberalitésdevostre part que, à tout jamais, je me trouveray grandement atenu à vous, présentant en cest endroit mes bien humbles recommandatioiis à vos bonnes grâces, priant Dieu, Monsieur, qu'il vous donne en parfaicte santé très-heui'euse vie. — De Ducé, ce .\.\iii may 15G3(1).
Nous n'en avons pas encore fini avec la dernière lettre de Warwiclv à son frère; revenons-y. car nous y trouverons une nouvelle preuve de sa défiance envers Briqueniauîl :
Il s'est rendu hier à dîner chez le Rhingrave, et en grand secret ils ont conféré ensemble pendant l'espace de trois ou quatre heures après dîner ; le pourquoi je l'ignore, mais je ne pense pas que ce soit de bon présage. Un des serviteurs du Rhingrave est revenu ici avec invitation pour sir Poulet de venir le retrouver; M. de Briquemault avait espéré être compris dans cette invitation à dîner pour ce jour-là à Harfleur, mais il n'en a pas été ainsi, ce qui a donné lieu dépenser qu'on ne le désirait pas beaucoup et qu'on ne voulait pas retarder son passage
(i) Record Office, State Papers, France, vol. XXXIII. (Original.)
en Angleterre ; il fut répondu que sir Poulet s'y rendrait, mais qu'il se réservait de fixer le rendez- vous, ce qui sera je pense dans deux jours; j'espère apprendre de lui quelque chose de plus sur le bruit qui court que le Connétable est retourné très-fâché à sa maison; et comme le Rhingrave m'écrit chaque jour jiour la déhvrance des vaisseaux de Fécanip qu'on vient d'y arrêter, je ne doute pas que sa Majesté ne soit bien sollicitée non-seulement pour la restitution de ces prises, mais aussi pour la remise des vaisseaux de cette ville du Havre, espérant néanmoins que sa Majesté aura regard àun plus long délai, ainsi que l'importance de la chose le requiert.
M. de Brissac est à Rouen en qualité de gouverneur de Normandie ; douze enseignes d'infanterie lui ont été envoyées, la galère et le gallion de Rouen et deux autres chaloupes viennent d'arriver sur la Seine ; nous n'avons pas de pareils navires et cette galère française peut rendre de grands services sur cette rivière.
Je vous dis de bon cœur adieu.
Du Havre, le xxi« jour d'avril 1563 (1).
Vostre bien affectionné,
Warwick.
Dans la lettre suivante Warwick raconte l'entrevue du Rhingrave et de sir Poulet.
Ainsi que ma lettre d'avant-hier l'annonçait, sir Hugues Poulet a rencontré le Rhingrave qui lui a déclaré, entre autres choses, que s'il avait sollicité cette entrevue, c'était pour revenir sur la promesse qu'il m'avait faite dernièrement, de ne faire aucune pratique de trahison, de me donner des nouvelles de ce qu'il entendrait, et de me
(1) Record Office, State Papers, France, vol.XXXHI. (Traduction.)
renseigner sur les forces qui s'approchcraienl, voulant in'éviter ainsi une surprise, car on en prépare une ; ce ne sera jtas de son l'ait, mais elle sera prali(iuée principalement p.ir i.'eiix qui sont de l'antre; rùté do l'ean. et non très-éloignés d'ici, sous les ordres do M. do Brissac qui en est l'instigalonr et (jui s'aide de rcnx de cotte ville: mais il ne veut pas en dire les noms, afiirmant que Brissac est notre grand ennemi et que la Reine mère et lui l'ont tous les deux bien réprimandé dans leurs lettres pour avoir lait trêve avec nous et pour m'avoir laissé fortifier et n'être pas resté assez près des portes de cette ville pour empêcher que rien n'y entrAt; il dit de plus que toute l'armée royale au nombre de 10,000 français et de 6,000 suisses de pied ou de cheval (sans compter ses propres bandes) est destinée à venir de ce côté et plusieurs de ces compagnies sont déjà en marche; on attendrait pourtant la réponse de la Reine aux articles et conditions de la paix ; si elle refuse, immédiatement ces forces s'approcheront de la place, à la prise de laquelle les français atlacliont plus de prix qu'à la paix ; c'est sa Majesté qui aura l'apparence d'avoir commencé la guerre, et il s'ensuivra que, si sa Majesté veut garder par force cette ville qui appartient au Roi de France, pour ce fait elle perdra non seulement son droit sur Calais, mais le titre et le bénéfice de toutes les autres clauses du traité. Ils prétendent être assez en force pour nous chasser du Havre et garder Calais (|u'ils ne veulent jamais rendre; quant au traité précédemment conclu, leRhingrave dit encore que la Reine mère, qui dirige et gouverne tout, a entièrement défendu qu'il en soit aucunement question ; elle ne veut pas en entendre parler et il a vu une déclaration formelle de sa main à cet égard ; si cela est vrai, elle a dû lui être montrée par Briquemault avec ses autres instructions dont il ne voulait pas me faire confidence. D'après ce que le Rhingrave a affirmé encore à sir Poulet, sa Majesté peut avoir la paix avec la France, si elle veut rentrer dans l'argent qu'elle a prêté au prince de Coudé et à
l'Amiral, mais si sa Majesté veut garder le Havre ou demander Calais, elle aura inévitablement et de suite la guerre avec toutes les forces de la France par terre et par mer, assistées par le Roi d'Espagne; il y a 28 galères prêtes à venir ici. Les reistres de l'Amiral vont rentrer dans leur pays, sur les derniers ordres que leur a donnés le Landgrave de revenir ; le Connétable est parti de la cour très-mal satisfait de ce que le fils du duc de Guise a été nommé grand-maître. De plus, le Rhingrave affirme que l'entreprise de l'Empereur sur Metz est suspendue, grâce au cardinal de Lorraine, par l'entremise duquel le mariage de la Reine d'Ecosse avec le duc d'Autriche, second fils de l'Empereur, est sans doute convenu et aura lieu dans peu de temps.
Je ferai de mon mieux et serai sur mes gardes avec ma compagnie pour la défense de ma charge ; j'ose vous assurer que je m'y emploierai de tout mon cœur; ainsi je vous fais mes adieux.
Du Havre, le 23 avril 1563 {\).
(2) Record Office, State Papers, France, vol. XXXlll. (Traduction.)