‹ La Normandie à l'étrangerChapitre 4 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Siluation difficile des Anglais au Havre.— Insuffisance des approvisionnnnents. — Les bras manquent pour les forlificalions. — Les ingénieurs Porlinanjs >:t Vbaldini envoyés d'Angleterre au Havre.

— Elisahelh refuse les propositions offertes par Briquemault. — Envoie au Havre son favori Tremaine. — Lettre d'Elisnbeth à Warwick pour faire venir en Angleterre les vaisseaux français restés au Havre.— Lettre de Waru ick à Ceeil (18 mai) : il se plaint de l'insulfisanee des vivres et donne de curieux détails sur l'attitude du prince de Condé.— Avertissement donné par Warwick aux habitants du Havre. — Second avertissement donné aux habitants du Havre. — Lettre d'Elisabeth à sir Poulet pour rcmfrcicr le Rhingrave de ses présents.— Lettre du comité de défrnse du Havre au conseil privé (28 mai): il y est fait mention d'une chaude, escarmouche sous les murs du Havre. — Lettre de Waruick à Elisabeth : il lui rend compte du même engagement. — Rapport adressé par le maréchal-de-can)p Richelieu à Catherine de Médicis sur cette même rencontre. — Réponse de Catherine de Médicis. — Lettre de Warwick au Rhingrave. — Détails sur la composition de l'armée anglaise du Havre et sur sa conduite. — Warwick rend compte à Cecil de la manière dont Beauvoir et les habitants du Havre ont été traités. — Xouvelle escarmouclif engagée par le Rhingrave. — Mort de Tremaine. — Lettre de Warwick au Rhingrave pour l'échange des prisonniers. — H lui parle du mariage de Lricester avec la reine. — Catherine de Médicis envoie M. de Rabodanges auprès des chefs protestants normands.— Lettre de Brissacà Catherine de Médicis qui motive cette mission. — Rapport du comité de défense du Havre à l'occasion d'une attaque dirigée contre le boulevard Sainte-Adresse. — Nouveaux commissaires envoyés d'Angleterre au Havre.— Nouvelles jlaijUesdu comité de défense du Havre.

— Instructions données par le maréchal de Brissac à Billiard, chargé de rendre compte à Catherine de Médicis des opérations du siège.

Le Rhingrave partit pour la cour , ainsi qu'il l'avait annoncé à Warwick, et y arriva le 2 mai.

Nous profiterons de l'interruption momentanée de leur correspondance pour nous rendre compte de la situation intérieure du Havre.

A toutes les époques, la grande difficulté de la guerre pour les Anglais a été Tapprovisionnement de leur armée, car il n'y a pas de soldat qui supporte plus difficilement les privations que le soldat anglais. La Normandie était dévastée ; le grain y manquait ; le pays compris entre le Havre et Orléans subissait la même disette; la seule ressource, c'était la Picardie, mais on ne pouvait espérer d'en tirer longtemps des vivres (I). Dès les premiers jours de l'occupation , Warwick se plaignait de ce qu'on avait placé à la tête du service des subsistances un simple commis d'intendance, au lieu dun homme d'une certaine autorité ; ces plaintes n'étaient que trop fondées : faute d'argent ou de précautions , jamais les vivres n'arrivaient à temps, ni en quantités suffisantes, aussi les hommes mouraient-ils par centaines. Un rapport officiel, en date du 18 mai, établit que sur 6,000 soldats et 2,000 pionniers envoyés d'Angleterre, il en manquait :2,500. Il en était de la solde comme des vivres ; depuis quatre mois la garnison n'était pas payée; même imprévoyance pour tout ce qui tenait aux fortifications; au dire des plus experts, la ville, avec laide de 2,000 pionniers, aurait été rendue imprenable et on

(1) Kaleadar of State Paper5,|lo63.

D eD avait UÊfÊaji qae 300. Ce d est pas faute de

rappi^rt* >ar !'étal des choses : les demandes se

sec les réponses ; dans le mois de mai

ei à peu de joars de distance, on avait envoyé on

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^. .. . ...i I .qaiavaitlongtenus

s^rvi en France et dont Elisabeth vantait la grao'ie

Il avait ordre de retourner en Angleterre

'^ compte de ce qu'il pensait des fortifi-

On avait commencé à mettre la ville en état

~ . > au bout de peu de jours on s était

. . D ras: une nouvel le tour avait été cons-

.:.;te. mais [artillerie laissait beaucoup à désirer:

t H n'y a pas un canon mis en place, écrivait sir

Vaaghan à Cecil. qui ne puisse en deux heures être

!• I ennemi 2*: » à cela, il faut ajouter les

ii décimaient la garnison, la peste qui

..,. ce qui n empêchait pas Elisabeth de

^ à Brit^uemault. envoyé par la Reine-mère

4 pour traiter de la paix, qu'elle ne ferait

:ession et ne rendrait le Haire qu'en

- dà Calais et de la somme prêtée aux pro-

3\ et elle y envoyait son favori d alors,

: dispalait son cœur à Leicester. le jeune

Tfc À y laissa sa vie. Elle n'était pas pour-

(i) T(rir JiMEriMfs en Ptimtm «ifiaû, par Walpole; ûjtat parlé dTbaidiBi, L I, p. MU 9 blaivaf SlalePapen» UB.

(3) iBBVi OSbcv SMb Pipen^ Famée, voL TVXTT.

tant à ignorer l'état des choses, car elle multipliait les instructions. Les vaisseaux français, restés dans le port et que Beauvoir avait sauvegardés, jusqu'au jour où la paix d'Amboise modifia toutes les situations, elle allait les faire venir en Angleterre, et elle écrivait à Warwick :

Bien fidèle et bien anié cousin, nous avons été à plusieurs reprises avertie que, sans compter les vaisseaux marchands et d'approvisionnement arrivés le mois dernier, il y a un certain nombre de vaisseaux français dans le port, et que, si on n'en renvoie pas une partie, il peut en résulter un grand danger pour la ville ; en conséquence, nous avons donné ordre à notre Amiral d'Angleterre (1) d'y envoyer des matelots pour emmener tous les vaisseaux français qui seront prêts à partir; notre volonté est que vous donniez ordre de départ pour tous les vaisseaux appareillés à l'arrivée de la personne que notre Amiral y enverra avec des lettres à cet effet, et pour éviter tout danger, nous voulons et requérons, ainsi que de longtemps cela a été projeté, que tous les vaisseaux qui ne sembleront pas propres à prendre la mer soient détruits et les marins qui les montaient employés aux fortifications ; et quant aux vaisseaux qui ne pguvent être détruits par manque de bras, il faut plutôt les coule^ bas que de les exposer à être brûlés. Quant à ceux capables d'être employés à notre service, mais qui, faute de .temps ou par toute autre considération, ne peuvent être emmenés, nous pensons que vous ferez bien de les raser, afin qu'il y ait moins de facilité à les brûler ; nous vous prions de confier cette mission à quelques honnues de bon jugement, afin que tous les projets tentés par l'ennemi soient ainsi déjoués, et puisqu'il reste dans la ville

■ (1) L'amiral Win ter.

une firande quantité de marchandises et de vivres réclamés par divers étrangers et notamment par les sujets du Roi d'Espagne, bien que nous sachions que vous êtes occupé à la défense et aux forlifications, cependant vous donnerez ordre et charge expresse à quelques hommes spéciaux d'inventorier toutes les marchandises et vivres qui appartiendraient à des étrangers, aussi bien français que d'autre nation, et vous les conserverez, afin que, quand besoin sera, un bon compte en puisse être rendu, conmie en vérité nous devons le faire, et que tout ce qui peut servir à nourrir la garnison soit employé ; et quant aux marchandises qu'on reconnaîtra appartenir à d'autres qu'à des Français, qu'un bon compte en soit dressé, ainsi que le réclament l'honneur et la justice; et quant aux marchandises qui appartiennent aux Français, notre intention est que tout soit conservé à notre usage, mais seulement dans le cas on ils feront acte d'hostilité; s'ils restent paisibles, nous en rendrons compte (1).

L'insiiflîsance des vivres était toujours Tobjet des grandes préoccupalions de Warwick. Dans une lettre du 18 mars k Ceci!, il écrivait:

Je m'aperçois du grand soin que vous mettez à nous fournir de vivres et de tout ce qui nous manque ; jusqu'ici, en vérité, on n'y a pas satisfait. Avec des vivres en abondance, nous serons plus capables de nous passer du reste ; si nos ennemis nous donnent un répit d'un mois, j'espère, avec l'assistance de nos soldats, rendre la vieille ville si forte que nous serons en état de repousser toute leur malice. Je vous assure. Monsieur, que la vieille ville est d'aussi grande importance que la ville elle-même, car, par ce moyen, nous garderons le port en dépit de leurs elïorts ; ce sera aussi une grande sûreté pour tout

(i) Record Office, State Papers, France, vol. XXXII. (Traduction.)

ce côté de la ville. On ne parle que de guerre ici, et je ne puis mieux vous en assurer, qu'en vous envoyant une proclamation qui a déjà été publiée ; il est donc à présumer qu'ils ont lïntention de venir nous visiter, mais nous avons fait de notre mieux, ils seront les bien reçus, et sommes tous déterminés, du plus petit au plus grand, à bien rendre compte à notre maîtresse de la charge qu'elle nous a confiée, ou de mourir tous ensemble ; mais avant d'en venir à une telle extrémité, j'espère, avec Taide de Dieu, qu'il coûtera tant d'hommes aux Français que désormais ils craindront d'entendre prononcer le nom du Havre.

Puis venant à ce qui se passe en France, il ajoutait :

L'Amiral, à ce que j'apprends, ne suivra pas la cour, soit par égard pour sa propre situation, soit parce qu'il est très-mécontent de la conduite du prince de Condé. Je vous assure qu'il n'y a pas d^ homme dont on parle si mal que de ce petit inconstant de Prince de Condé. On dit qu'il est pire que jamais n'a été son frère, et je crois (ju'il finira de même, car il est impossible qu'il puisse réussir longtemps ; il a amassé sur sa tête trop de malédictions des pamTes affligés de France. Pendant que j'écrivais, est arrivé un homme qui m'a affirmé avoir vu embarquer à Paris quarante-deux canons destinés au siège de cette place : ainsi attendant nos bons conviés, je cesse de vous importuner de plus longue lettre.

WaR^N7CK (1).

Les habitants du Havre n'en étaient pas à savoir ce qu'il en coûte pour appeler dans ses murs l'étran-

(!) Record Offlw, State Papers, France, vol. XXXII. (Traduclion.)

LTcr : ils allaient subir de nouvelles exigences. Voici • iabord le premier averlisseuient qui leur fut donné jiar leur seigneur et maître le comte de Warwick :

Ia' dit lieutenanJ fait entendre que tant que femmes en fans, de quelque condition qu'ilz soient, estans dans -:te ville, de s'assembler dans l'église de ceste ville par vaut le contrôleur et le prévost cet après midy de ce inésent jourd'hui, sous peine d'estre expulsés hors de ste ville et confiscation de tous leurs biens.

Du Havre de Grâce (ce m* jour de mai 1563).

Warwick (1).

Voici maintenant la seconde sommation faite aux Français d'avoir à sortir du Havre :

Warwick, lieutenant de Sa Majesté la rovne d'Angle-

rre es pays de deçà :

Le siem' lieuteuant veult et commande que tous Fran-

jis qui devroient sortir hors de ceste ville selon les publications déjà faictes, ceux qui ont femmes, eufansou l'iens, pareillement les femmes desquelles les maris s'en -<n\i allés hors de ceste ville, auront à sortir de ceste ville

■dans samedi prochain sous peine d'estre prins prisonniers et leurs biens confisquez.

Item tous les habitans de ceste ville auront à ensevelir leurs mortz en la marée hors la muraille vers Ingouville; tous les soldatz et ceulx de la guaruison auront à enterrer leursmiortz en la vieille ville près du costé de la mer et >ur peine (à ceulx auxquels l'offense paroi tra appartenir) d'emprisonnement pour six jours et telle amende que

(i) British Muséum, Cotton, Caligula, E, vol. V, f' 199. (Original signé.)

mou dit seigneur lieutenant et son conseil en ordonneront.

Fait au Havre de Grâce, ce xiii^jour de may 1563.

Warwick (1).

Le Rhingrave étanl revenu de la cour, Warwick reprit avec lui sa correspondance, et lui fit parvenir la lettre suivante d'Elisabeth, dans laquelle elle le remercie de la chaîne et du manteau dont il lui avait fait présent (cette lettre, datée du 17 mai, était adressée à sir Hugues Poulet) :

Très féal et bien amé, le c'" Rhingrave, comme je l'ay entendu, s'est souvent depuis naguères montré bien affeclionné envers nous et nostre couronne, ce que n'a laissé de nous donner à cognoistre par présents qu'il nous a faitz tant de chevaux auparavant de ces troubles que depuis d'une chaine et manteau qu'il nous envoya ces jours passés, dont ne nous pouvons que avoir bonne considération et regard, et ayant pensé vous commander de le remercier de nostre part, nous fumes advertie qu'on l'avoit mandé de se trouver à la court de France, qui a esté la cause que l'ayons différé jusqaes à ceste heure, parquoy, croyant qu'il est déjà de retour, nous vous prions lui donner à entendre pour certain que nous désirons récompenser cette sienne dévotion et que n'avons point de doubte que, occasion se présentant à luy de pouvoir monstrer le plus sa bonne volonté, il ne veuille persévérer en sa première intention et avoir souvenance de ce qu'il promit à nostre cousin le ct« de Warwick de se déporter de monstrer une principale inimitié à l'égard de ceste place; quoy faisant, le réputerons pour tel envers nous qu'il

(I) Record Office, State Papers, France, vol. XXX.

nous trouvera, pour estre d'honneur et de considération ; et quant à la bonne justice de nostre cause, nous n'avons .luk'un double, que, avec l'aide de Dieu tout puissant, [luuiTons recouvrer nostre droit (Ij.

Le temps des courtoisies qui s'échangeaient de part et d'autre était passé; la guerre sérieuse allait (oinniencer et une lettre de Warwick (22 mai), au conseil privé, va nous renseigner et sur les dispositions (lu Rhingrave et sur la première escarmouche qui venait d'avoir lieu sous les murs du Havre :

Hier, après avoir reçu une lettre du Rhingrave, nous lui avons envoyé le capitaine Horsey pour voir ce cju'il pourrait apprendre de lui, car il arrive de la cour et nous savons par Horsey que jusqu'à ce jour après-midi il ne molestera pas cette garnison, mais cette heure passée ro sera à nos risques et périls. Contrairement à sa promesse , il a envoyé ce matin vers deux heures vingt riiseignes d'infanterie et 300 chevaux à la portée de fusil ilu nouveau fort de la vieille ville ; les troupes avec sacs l't bagages ont pris campement dans un petit village. Nos coureurs, m'en ayant prévenu, je me rendis au nouveau fort où, la nuit passée, j'avais placé quatre capitaines, ayant chacun sous leurs ordres 200 hommes, nommément MM. Reed, Antwisill, Appleyard et Manners ; prenant avec moi la nouvelle compagnie du capitaine Tremaine, j'ai fait une sortie pour escarmoucher ; mes hommes se comportèrent avec tant de valeur qu'ils ont repoussé les forces du Rhingrave et ont tué ou fait prisonniers tant d'hommes de pied que de cavaliers quatre

(!) Record Office, State Papers, France, vol. XXXII. (Minute originale.)

cents avec une enseigne et sept tambours ; nous n'avons eu, tant tués que blessés, que vingt hommes et pas un des nôtres à notre connaissance n'a été fait prisonnier; abandonnant leurs bagages et vivres, ils ont fait retraite de l'autre côté de la colline où est maintenant campé le Rhingrave ; il y a placé deux ou trois pièces de canon d'où il a déjà tiré sur cette ville, mais sans faire de mal. Voilà le déjeuner que, grâce à Dieu, nous lui avons donné pour sa bienvenue ; il tiendra mieux une au Ire fois ses promesses. Quelques-uns des prisonniers, au nombre desquels se trouvaient des capitaines et gentilshommes de marque, ont avoué qu'ils attendent immédiatement quelques enseignes de Suisses et d'Espagnols, ce qui indiquerait la détermination de porter toutes leurs forces contre nous ; nous tâcherons, grâce à Dieu, de les repousser de notre mieux, espérant que vos Seigneuries nous fourniront de toutes choses nécessaires, surtout des hommes, des vivres et de l'argent pour nos pauvres soldats. Assurément il n'y a jamais eu prince servi par hommes plus vaillants, comme l'a bien montré l'affaire de ce matin; chacun a fait son devoir depuis le capitaine jusqu'au dernier soldat et je ne saurais les louer suffisamment. Vos Seigneuries recevront du commis des subsistances une note ci-incluse de la réception des marchandises mentionnées dans une note que confirmait votre lettre du 13 courant; elles ne sont rien en raison du rapport qui vous a été fait, comme vous le verrez, et vos Seigneuries se rendront compte ainsi du peu de provisions que nous avons ici pour faire vivre un si grand nombre d'hommes; je prie Dieu que nous en ayons en peu de temps. Selon le plaisir de sa Majesté que vous nous avez fait connaître , l'Amiral Winter a choisi les vaisseaux qu'il juge à propos d'emmener; on lui a aussi remis une note des matelots que l'on peut trouver dans la ville et de l'équipage des vaisseaux restés dans ce port. Les compagnies écossaises sont déjà passées en revue et seraient prêtes à par tir aussitôt leur solde payée; il pa-

raît qu'elles sont très-satisfaites d'avoir servi sa Majesté et regretteraient de partir; ainsi nous nous remettons à la protection de Dieu.

M. Wiuter, le porteur des présentes, peut vous renseigner sur ce qu'il a vu et croyez-le de tout ce qu'il vous dira. Il vous plaira vous ressouvenir de M. Portiuarys pour sa solde ; il s'emploie ici avec toute diligence et sans épargner ni peine ni fatigue (1).

Warwick voulut rendre compte lui-même k la Reine de l'engagement quil venait d'avoir avec le Rhingrave ; sa lettre est du 23 mal, elle ajoute quelques détails à ceux donnés par la précédente :

Il plaira à votre Majesté d'entendre que, le 22 de ce mois, le Rhingrave pensant faire quelque grande entreprise sur la vieille ville, que nous ne fortifions pas, s'en est approché à 3 heures du matin avec au moins 3 ou 4.000 hommes de pied et 500 chevaux, mais ils ont trouvé les nouvelles fortifications en si bon ordre qu'ils n'ont pas osé les attaquer ; cependant ils ont engagé une chaude escarmouche , tout près du fort, pour prendre pied dans le village ; j'étais d'opinion qu'il n'était pas bon de les y laisser, parce que s'ils étaient une fois maîtres de cette position, nous ne serions plus en mesure de travailler à nos fortiûcations ; ne voulant pas les y souffrir plus longtemps, j'ai fait venir les capitaines et leur ai montré le danger qu'il y avait à ce voisinage de l'ennemi ; j'ai donc voulu faire un grand effort pour les déloger, car nous en aurions été si incommodés qu'il fallait mieux risquer nos vies que de les y laisser ; je ne l'avais pas sitôt fait comprendre aux capitaines que c'était à qui marcherait le premier, heureux de sacrifier sa vie au

(i) Kecord Office, State Papers, France, vol. XXXII. (Traduction.)

service de Votre Majesté ; j'ai désigné de suite six ou sept enseignes dont j'ai confié le commandement au capitaine Reed, soldat aussi vaillant que ferme. Plût à Dieu que votre Majesté eût été placée en lieu sûr pour être témoin du courage de ces pauvres soldats ; elle aurait vu tout ce qui a été fait à son honneur; aucun de vos ancêtres n'a été mieux servi, car on ne pourrait faire plus qu'ils n'ont fait. Tennemi étant placé sur un terrain aussi avantageux, leurs arquebusiers si bien embusqués que nos soldats ont été comme à l'assaut de la position où l'ennemi s'était logé ; grâce à Dieu et à leur courage, ils ont pris le terrain pied à pied et de proche en proche ils les ont définitivement chassés ; on combattait corps à corps, toutes les arme? étaient bonnes, et dans cette mêlée, lorsqu'ils montèrent à l'assaut avec leurs piques, ils se montrèrent bien les dignes enfants de celte race vaillante d'où sortent tous les Anglais, de sorte qu'en peu de temps ils ont dispersé leurs ennemis, et sont restés maîtres du terrain. On a tué (je le sais de bonne som'ce) 400 hommes de pied et 60 ou 80 hommes de cheval et fait 1"20 prisonniers, sans compter un grand nombre de blessés. Aiusi votre Majesté a eu un honorable début, et la fin, grâce à Dieu, répoudi'a au commencement. Maintenant que nous sommes assiégés, je prie instamment votre Majesté de nous faire bien fournir de vivres et de munitions (1).

A côlé du récit de ce premier engagement, où Torgueil britannique donne si bien sa mesure, on lira avec plaisir le rapport qu'en adresse le maréchal-de-camp Richelieu à Catherine de Médicis :

Madame, hier au seoh*. j'arriuay avec tout mon régiment. Cejourdhuy matin Monsieur le Conte m'a pryé

(i) Record OflSce, State Papers, France, vol. XXXII. (Traduction.)

d'assembler tous les capitaines pour nous remonstrer et l'aire entendr.> les comniodilés et incommodités qui sont pour assallir caste ville et le fort qu'ils y ont faict de nouuf^au. Nous auons regardé tous ensemble que mou dict sieur le Coûte (1) vous enuoiroit ce gentilhoûime présent pourleur, lequel vous fera certaiue de tout et vous pourra dire comme nous avons aujourdhuy attaché une escarmouche la plus belle et la plus grande qui se soit faicte il y a plus de trois ans, laquelle a duré espace de trois à quatre heures, et messieurs les Anglois nous avoyent atitré toutes les artilleryes qu'ils ont dedans la Aille et de toutes leurs nauires qu'ils avoient mis à la rade qui sont au nombre de plus de soixante avec leurs galaires et galiotes nous ont tiré trois cents soixante coups d'artillerj'e. Pour tout cela nous n'auous poinct laissé de les atacquer de si près qu'ils n'ont osé abandonner leurs fossé et contrescarpe, et y en a plusieurs des nostres qui sont venus aux mains auec eulx. L'artillerye uous a endommaigé beaucoup de nos soldardsjusques au uombre de vingt cinq morts et blessés. Je m'asseure qu'ils en ont perdu quatre fois aultant, encore qu'aujourdhuy, après qui se sont retii-ez, nous auons prins ung espyé qui m'a asseuré qu'ils ont perdu beaucoup de gens et ung grand nombre de blessés et entr'aultres ont perdu ung de leurs capitaines de quevallerye. Nous auons prins son chenal qui est fort bien doré, et ont perdu sept ou huicl aultres hommes de quevallerye. Madame, je me plaints à vous, d'aultant qu'il n'y a en mon régiment qu'uug chirurgien qui ma suiuy et n'ay médecin apoticquaire ni tantes pour loger les malades. Le receveur Dauid qui a demeuré à Parys a la charge des deniers qui se recouvrent de nos aulmosues et n'est poinct icy, il vous plaira luy commander qu'il ayt à se retirer en ce lieu poui" subvenir à ses pouures blessés et malades. Le

(1) Le comte de Brissac.

Thesaurier qui a receu les aulmosiies de ceste monstre, y vous plaira luy faire commauder qui les mette entre les mains de quelcung qui suvA'e nos bandes pour les distribuer là où je cognoistray qui sera nécessaire pour les dicts malades et blessés et entretenement des chirurgiens, lesquels ne veulent plus seruir, d'aultant qu'il y a quatre moys qui n'ont rien receu. J'ay bien nécessité d'ung prevost, pourceque le nostre a quicté son estât et charge ; il est bien nécessaire que, en ung tel lieu que cestuy cy, qui y en ayt ung.

Madame, je suppliray le Créateur vous donner en trèsbonne santé très-bonne, très-longue et très-heureuse vye.

De ce camp du Havre, ce xxvii'^jour de may 15G3. .

Yostre très-humble, très-obéissant et très-obligé serviteur et subiect,

Richelieu (1).

Nous avons relrouvé la réponse de Calherine à Richelieu; elle n'approuvait pas ces combats inutiles et donna des ordres pour qu'on s'en abstint jusqu'à l'arrivée de forces plus considérables :

Monsieur de Richelieu, j'ai entendu le bon et vaillant debvoir que vos bandes ont faict et deux saillies que les Angloys ont faictes, et, pour ce que, estant si foibles que vous estes, au respect des forces qui sont dedans, je craindrois que, à la longue, ils vous puissent donner quelques estrette, j'escripts à Monsieur le comte Rhingrave que je le prie ne plus escarmoucher qu'il ne soit plus fort, et quand le régiment du capitaine Charry et les Suisses que je vous envoie seront là, il y aura de quoy,

(1) bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. Manuscrits français, vol. XCVill, pièce u" 39, f. 88.

s'ils sor^AMit les recogiier si rudement que ils y jiourroiit beaucoup ]terdro et rieu j,'ay:uei' {I).

Entre Warwick cl le Uliiiigrave. on non élait plus aiix conipliiiienls : à des observations présentées par le Riiirigrave stir le Iraitemenl lait aux prisonniers du dernier engagement, voici ce que répond Warwick :

Monsieur, j'ay receu vostre lettre, et quant à vos gens que dictes estre égarés en rude prison, vray est qu'il y en a ung si grand nombre qu'ilz ne peuvent estre gardés si bien à leurs aises, comme s'il y en avoitpeu.

Et il ajoute avec une certaine forfanterie :

Si je n'eusse fait retirer mes gens, en respect de l'amitié que je vous porte, la défaite eust été de beaucoup plus grande, doubtant bien que si les vostres eussent trouvé les miçns en si dure partie, qu'ils ne les eussent voulu laisser passer si humainement, et touchant les vostres que je tiens prisonniers, vostre tambourin nous en baillera les noms, sur quoy mandez moy vostre volonté, me recommandant sur ce à vostre boinie grâce, priant Dieu vous donner la sienne.

Vostre bien bon amy et voisin.

Je receus hier des lettres de sa Majesté la Royue, ma maîtresse, par lesquelles elle vouloit que M. Poulet vous portât ses recommandations et quelque chose davantage, mais voiant que les choses se portent en Testât que je vois à ce présent, il me semble qu'il seroit chose vaine d'en faire aultrement discours (2).

(i) Bibl. inipér. de Saint-Pétersbourg.

(2) Record OITice. State Papers, France, vol. XXXIII. (Minute originale.)

Dans une lettre de Warwick à Cecil, du 27 mai, nous trouvons quelques détails curieux sur la composition de la garnison anglaise du Havre et sur sa conduite :

Quant au désordre des soldats, je crois presque impossible d'amener en si peu de temps un tel nombre à la perfection qu'on voudrait obtenir; une grande partie de ces gens-là est (comme l'on dit) l'écume de noti-e pays ; néanmoins ceux qui comme moi ont eu depuis longues années charge de garnison, affirmeut qu'ils n'ont jamais vu si peu de désordre dans une si grande compagnie ; cependant je ne veux pas m'excuser tout à fait, mais je tâcherai plutôt d'y remédier ; ils viennent à l'église et y entendent la parole de Dieu quatre fois par semaine ; il y a aussi peu de jurements et de jeux de hasard que jamais on a vu en aucune garnison ; s'ils ont été un peu avec les femmes, c'est qu'en vérité beaucoup de femmes sont venues d'Angleterre avec les passagers qui les ont secrètement gardées, sans que le conseil ni moi nous puissions le savoir; ceci est en partie réformé et nous avons chassé ces femmes, et donné ordre de n'en plus laisser venir d'autres sans un passe-port spécial délivré par moi ; cette place sera bientôt purgée de cette infâme offense. Veuillez me croire, Monsieur, cette garnison est aussi honorable que jamais fut garnison, elle ne doit pas être outragée par toutes ces calomnies inventées à plaisii" et à son déshonneur ; ces hommes-là se battent comme des Hector, travaillent comme des esclaves, plus mal nourris que des paysans, plus pauvres que des mendiants et ils n'ont que la plus petite ration : du poisson sans beurre, ou du fromage deux ou trois fois par semaine et une petite portion de bœuf et de porc qui serait insuffisante pour un homme oisif; c'est à un tel point que plusieurs fois, quand ils ont eu de la viande et en petite quantité, ils n'ont pas eu de pain, ou bien encore quand ils ont

jilus Je nourriture, ils n'onl rien à boire, el cela non pas une ou deux fois, ni un ou deux jours, mais à plusieurs reprises, étant réduits à un ordinaire de poisson deux jours par semaine et de beurre et Jroniage les autres jours ; avec si peu ils sont contents, quoique la plupart travaillent toute la journée; ils se lèvcut et se couchent presque toujours avec leur équipement. Des hommes peuventils eu vérité faire plus ? Malgré tout ce qu'on a pu dire d'eux, ils méritent plutôt des éloges que d'être découragés par ces bldmes et ces infamies. Vous auriez pu juger d'eux si vous les aviez vus samedi dernier ; une telle bravoure peut racheter bien des fautes; jamais Prince n'a été mieux servi, et ils ont délogé l'ennemi de sa position, car c'est d'elle que dépend la sûreté du nouveau fort et des défenses de la vieille ville dont la sauvegarde importe tant à la nouvelle ; car si les Français s'eu emparaient, je vous assure (]ue cette ville ne serait pas tenable et ne resterait pas longtemps anglaise ; en mainteuaut cette position nous aurons de l'eau fraîche, 1 ennemi ayant coupé tous les conduits qui l'amènent dans la ville. Le nouveau fort est assez avancé comme construction pour que nous puissions maintenant y continuer à travailler sans être inquiétés et de tout cœur ; aussi j'espère que, d'ici à huit jours, il n'y aura plus de dangers pour nos soldats, le fort sera à l'abri du canon dans quatorze jours d'ici, s'il y a assez d'argent pour payer les travailleurs et assez de vivres pour les nourrir, vous assurant que nulle chose ne vexera tant l'ennemi que de les empêcher de preudi-e cette place ; et selon moi il n'y a pas de meilleur moyen d'arriver à la paix que de nous fortifier ici. Grâce à la digue que nous venons de terminer, les Français ne pourront pas entrer de force dans cette place, si nous ne manquons ni d'hommes, ni de vivres, ni des choses nécessaires pour la défense ; il ne faut donc rien y épargner et largement y pourvoir, et alors. je ne doute pas que vous n'en recueilliez les fruits. Celui qui est chargé de tout ce qui regarde l'eau est en butte à de très-grandes

plaintes; il faut qu'elles soient examinées sérieusement, avec autant de diligence et d'impartialité que la chose le requiert, pour qu'on sache bien ce qui en est ; lui-même se rendra devant vos Seigneuries et vous agirez suivant ce qu'il mérite. M. de Beauvoir a été traité avec une extrême courtoisie; bien avant l'arrivée des lettres de sa Majesté qui l'autorisaient à emporter ses biens ; ses domestiques avaient fait sortir de la ville tout ce qu'ils avaient voulu, et. après l'arrivée du sieur Glahenick, ils ont encore emporté ce qu'ils ont voulu de ce qui restait à son logis ; rien n'était donc arrêté par le contrôlem* avant le départ des domestiques et avant la remise des clefs. Ils n'ont rien laissé derrière eux de grande valeur, comme vous verrez parle compte ci-inclus, qu'a rédigé ledit contrôleur, et s'il y a des hommes pour alléguer ou affirmer qu'un seul Français n'a pas été traité par moi ou par aucun des membres du Conseil, avec équité et eu égard à l'honneur de sa Majesté, qu'on l'entende sur ces calomnies, et que l'on nous fasse connaître ses plaintes, étant sûrs à l'avance que l'examen tournera à notre décharge et à la honte des calomniateurs. Hier, le Rhingrave est descendu de la colline avec ses troupes pour nous visiter, et deux jours auparavant, il avait fait venir le capitaine Hemery d'Honfleur avec sa compagnie de l'autre côté de l'eau pour mieux favoriser son entreprise, ce qui était une sorte de bravade, et aussi dans le but, en escarmouchant. de s'approcher assez près pour voir où en étaient nos nouveaux travaux pour la digue ; nous les avons si bien reçus que je suis à peu près certam qu'ils ont perdu deux capitaines de reîtres. un porteur d'enseigne et plus de 150 soldats ; mais de notre côté, dans rengagement avec les reîtres, a été tué le capitaine Tremaine, d'un coup de pistolet du côté gauche de la tête et d'une balle enchaînée (deux balles réunies par une chaîne, dont se servent les reîtres habituellement), et ainsi a fini l'escarmouche après trois heures de lutte, avec la perte de vingt de nos soldats, et je vous assure que nos hommes ont fait autant ce jour-là que jamais hommes

pourraient faire ; les ennemis eux-mêmes en ont cette opinion. Le capitaine Horsey, avec sa compagnie, a attaqué à la pique lenr ravalerie, y a mis le désordre et pris plusieurs chevaux ; ainsi, avec mes recommandations, je vous dis adieu de bon cœur.

Du Havre, le 27 mai.

Votre bien dévoué ami,

Warwick.

Je vous assure qu'il n'y a pas un homme vivant qui peut mieux escarmoucher (ju'a fait Edouard Horsey, et autant à riionnenr de notre maîtresse (I).

A la fin de mai, les relations devinrent plus amicales entre le Rhingrave et Warwick; les propositions de réchange des prisonniers faits le 22 mai furent reprises, et Warwick écrivait :

Monsieur, je recens hier vostre lectre, et quant aux nouvelles cpie dites estre venues en vostre camp touchant le mariage qui doit estre lait entre la ÎNtajeslê de la lieyne et mon frère (Leicester), je vous asseure que je n'en ay esté adverty ; touttefois, je vous remercie de la courtoisie qu'avez ollerte à l'evidroit de sa Majesté et de mon frère. Quant aux prisonniers (jni sont icy, s'il vous plaist donner l'ordre à deux de vos gcntilzhommes de se trouver demain en quelque endroict entre icy et vostre camp, deux des miens se rencontreront pour deviser ensemble à l'heure que vous y assignerez, sur quoy je ne doubte point que nous n'en serons bientost d'accord, et quant au page dont m'avez aujourdhui escript, je ne puis rien entendre de

(1) Record Office, State Papers, vol. XXXIH. (Traduction.)

lay ; s'il vous escript, mandez son nom, je le feray chercher partout et vous en ferez raison, et me recommande à vostre bonne grâce.

Du Havre-de-Grace, le dernier jour de mai 1563.

Vostre bien bon amy et meilleur voisin,

Warwick (1).

Laissons pour un instant le Havre de côté et voyons dans quelles dispositions étaient les chefs protestants normands.

Catherine, craignant toujours une nouvelle prise d'armes, avait donné l'ordre au bailli d'Alençon, M. de Rabodanges, d'aller trouver, en son nom, le comte de Montgommery, Sainte-Marie d'Agneaux et Colombières, pour leur ordonner de renvoyer tous les soldats qu'ils avaient en leurs compagnies et de se tenir paisibles en leurs maisons avec leur train ordinaire, sous peine d'être punis comme rebelles et séditieux (2). Ces précautions étaient commandées par l'agitation qui régnait encore ; une lettre de Brissac à la Reine-mère nous fournit quelques détails sur la situation prise par les lieutenants de Condéetde l'Amiral.

Madame, suivant ce que je vous escripvis, j'ay sceu encores depuis que pour certain le capitaine Goulombieres, Bressault, Aigneaux, Moineville, Le Mesnil Barré et d'aultres sont passés en trouppe, bien montez et bien ar-

(1) BrHish Muséum, coUect. Egerton, n» 21,^-06.

(2) Voir Vie de Matignon, par de Gaillières.

niez et qu'ils disent aller droict à la court. J'ay pensé

ilebvoir advertir vostre Majesté, alfin qu'elle y prenne

irde, aussi pour ce que Sl-Lo, Goutaaccs et aultres lieux

■ là autour on y presche et continue la niesine vie et u'on dont l'on usoil auparavant le traité de paix, et que

■ sont les dessus nommés qui y tiennent la main et font lire le tout; je vous supplie très humblement, Madame, ils sont arrivez à la court, leur en dire ce qui semblera

' vostre Majesté estre plus à propos et nécessaire. Le

'levalier Batresse (1) m'a aussi escri'^i que dans la ville

Caen ceulx de la nouvelle religion y ont tenu depuis peu

Jours leur synode et que aulcuns des ministres ont pres-

iié que, si les Anglois venaient en Normandie, ce seroit très

al faict d'aller contre eux et de les empescher. Je voy tant

■ choses par deçà principalement vers la Basse Normanle prendre maulvais chemin et tout au contraire du I aité de paix, que je ne pense aultre moyen d'y pourvoir iie avec de grandes et bonnes forces en ce pays, ce que

supplie encore une fois très humblement vostre Ma- -té vouloir bien considérer et me mander quelle est là ■ssus vostre volonté et resolution pour y obéir et l'enivre en tout ce qui me sera possible. Sur ce, je prie le : V'ateur vous donner en très parfaicte santé très longue heureuse vie.

De Rouen, cexxvir mai 1563 (2).

Briss.4c.

Du 22 mai au 5 juin, il n'y eut pas de nouvel engagement entre les troupes du Rhingrave et les Anglais; mais ce jour-là une double attaque fut dirigée contre le nouveau fort W'arwick et du côté du boulevard Sainte- Adresse. Voici le rapport que le

(1) Gouverneur de la villt? de Caen.

{2} Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, vol. XCXVlll, iri, /"Se.

comité de défense envoya aux loids du Conseil sur ce combat, où il s'attribue l'avantage :

Il plaira à vos Seigneuries d'être averties que hier, environ trois heures del'après midi, M. de Brissac a envoyé les Suisses avec d'autres bandes françaises vers le village, situé près du nouveau fort, avec trente canons. Dès leur approche, ils nous ont offert l'escarmouche, comptant sur une sortie, ainsi que nous avions fait à la première arrivée du Rhingrave; mais quand ils ont vu que nous ne laissions sortir que cinquante ou soixante arquebusiers, pour ne pas dégarnir nos tranchées, ils se sont retirés et se sont placés dans le village et les vergers environnants où ils ont l'intention de rester, et si près de nous, que ce matin ils ont tiré sur le fort quarante coups d'arquebuse à la fois. Cette nuit, ils ont dressé leurs canons sur le bord de la mer, entre ledit village appelé l'Heure (I) et la mer, aussi bien pour inquiéter les pinasses et autres vaisseaux passant la rivière, que, s'ils le peuvent, pour intercepter l'entrée du Havre. Le Rhingrave, qui reste encore avec ses troupes sur la colline, a mis en batterie cette nuit six ou sept canons à l'extrémité du rivage, du côté des fours à chaux ; cette nouvelle batterie menace les moulins à vent, le port, le château, et incommodera tous les vaisseaux qui voudront entrer dans la rade. Ainsi, vous le voyez, nous sommes cernés par mer de tous les côtés, et le vent a été tel ces quatre derniers jours, que nous n'avons rien reçu depuis l'arrivée du vice-chambellan ^2) : nous ne doutons pas que vos Seigneuries n'ayent été bien informées par lui de notre situation, le nombre de nos hommes a diminué d'une manière effrayante. Cette affreuse peste qui nous décime en a enlevé hier soixante dix-sept que

(1) V. manuscrit de la ville de Grâce, par Marceilles (Le Havre, 1847), p. 33.

(2) Sir Knollys.

nous avons fait emporter hors de la ville. Ainsi, nous perdons maintenant, en comptant ce qui meurt chaque jour, plus de 500 honnucs par semaine. Nous n'avons pas plus de .3,000 hommes à notre disposition pour garder joutes nos défenses, et sirKnollys, à son départ, a reconnu l'imperfection de nos fortifications, et nous n'avons pu que très peu travailler depuis son départ, h cause du grand nombre des malades et des morts, et il n'y a pas eu ces jours derniers plus de 80 paysans à nous aider.

Tout ce que nous avons de vivres ici et spécialement pour le boire, vous en connaissez le chiffre ; et le nombre (le pauvres gens qui meurent chaque jour par manque de boire et de viande fraîche est plus etîrayant que nous ne pouvons l'exprimer; quelques-uns des capitaines ayant 'y'o malades de leur bande et quelques-uns n'ayant que 10 ou 12 hommes valides; c'est pourquoi, si on n'y supplée j)as bientôt, nous serons réduits h une telle extrémité ([u'elle ne sera pas supportable. Nous ne pouvons ([ue vous avertir par de continuelles lettres, ce que nous n'avons pas négligé depuis notre arrivée ici, et soyez assurés que, si reunemi peut prendre quelque avantage, il ne perdra aucune occasion de le faire ; il n'ignore pas dans (piel état nous nous trouvons; ainsi nous nous recommandons à la protection de Dieu.

P. .S'.— Quant aux 1,200 honnnes de Suffolk et de Norfolk, nous n'en avons aucimes nouvelles, s'ils arrivent ils ne suffiront pas même à combler nos vides. Depuis cette lettre écrite sont arrivés cinq petits vaisseaux chargés de vivres, les canons dressés par les Français hier soir le long des fours à chaux ont tiré tout le jour du côté du château, les boulets sont venus jusqu'à l'entrée du port, mais, grâce à Dieu, ces vaisseaux n'ont pas eu de mal. 11 vous plaira donner ordre que quatre mille petits paniers et cent douzaines de pelles et de bêches, deux cents piques et mille haches nous soient envoyés aussi vite (jue possible, et tout cela en outre

de ce que nous avons déjà demandé, car tout le reste est usé (1).

Ainsi, daprès toutes les dépêches de Warwick, la place n'était jamais convenablement secourue: les hommes, les vivres, les munitions, rien ne venait à temps, ni à propos. On croyait avoir tout fait lorsqu'on avait envoyé un délégué extraordinaire porteur d'un minutieux questionnaire; dans le seul mois de juin, il en vint deux ; le vice-chambellan, sir Knollys, dont il est parlé dans la lettre précédente, et Whitington. Le Conseil privé promettait beaucoup et donnait peu; on pourra juger de l'état de dénùment de la garnison par de nouvelles plaintes du comité de défense.

Vous avez été avertis du grand désordre qui a eu lieu parmi les soldats pour manque de bière ; on n'eu a pas et on ne peut en avoir, l'eau pour en fabriquer nous faisant défaut ; l'on n'en a envoyé que très-peu d'Angleterre; les soldats sont réduits à boire continuellement du vin, ce qui est contraire à leur tempérament et à leurs habitudes et ce qui a amené des désordres et des maladies ; quant aux pourvoyeurs étrangers , il n'en est pas venu depuis quelque temps, parce que l'argent manque, et les provisions qu'ils nous destinaient, ils les ont portées en Flandres ou ailleurs. Les soldats blessés et ceux qui tombent malades, ce qui arrive journellement et de plus en plus, n'ont aucun espoir d'amélioration ou de soulagement, parce que ni leurs capitaines, ni leurs trésoriers n'ont d'argent pour les soulager et acheter de la viande

(i) Record Office, State Papers, France, vol. XXXUI. (Traduction.)

fraîche; aussi, gnlcc à ce inaiiiiue de ressources, à notre grand chagrin, ils meurent misérablement. Il n'y a pas ici autant de vin qu'on a dit, et ce qu'il y en a ne peut servir, faute d'eau dont nous manquons (1).

Nous venons de voir ce qui se passait du côté de la défense, faisons connaître mainleiiant les dispositions prises pour l'attaque et reproduisons en entier les instructions données par le maréchal de Brissac à Billiard, chargé de rendre compte à hi Reine-mère de la marche du siège (elles sont du 12 juin 1563) :

Ce (juc Billiard fera entendre à la Royne de la part de Mons"" le nuu'csclialde Brissac que, avant l'arriuée du sieur de Breaulté, il auoit ja escrit à sa Majesté comme, craignant quelque désordre et a ce qu'il y eust moins de gents engagez à la garde de l'arlillerye, il auoit mandé au sieur de Gaillac qu'il ne la feist pas toute conduire au camp, ains en reseruat une bonne partie jusques à la venue des Suisses et des bandes du cappitaine Charry et que, suyvant cela, il n'y eu auoit esté mené que cinq canons, estant partie du surplus demeurée à Harfleur, ou auec les cheuaulx d'artillerye leués tant en Normandye que ailleurs; l'on faict encores conduire le reste de Gaudebec, et que le tout sera laissé à Harfleur, et le voiaige du dict sieur maréchal au camp, retardé jusques à la venue des (licls Suisses et François, ne luy semblant raisonnable, selon mesmes l'opinion de sa dicte Majesté, qu'il ne se hazarde rien sans propos, et que cependant Monsieur le Kingraff est logé en lieu aduantageux, ou les Anglois ne le scauroient endommager. Que, quant à la place du Havre, il y a tant de gents par deçà qui la cognoissent et y en a tant de bons desseins que l'on seroit assez quelle

(1) Record Office, State Papers. (Traduction.)

elle est, et que sa Majesté mesme en a parfaicte cognoissaiice, joinct qu'il y a icy ung higenieur qui a, ces joui-s passés, esté auec l'ung des gents du dict sieur Ringraff jusques à la court, lequel a longtemps trauaillé en la dicte place et le maître maçon qui en conduisoit l'entreprinse, lesquels en ont tous deux entière cognoissance, oullre une infinité de capitaines et gentilshommes du pais qui n'ignorent rien de ce qui en est. Que suyuaut ce que le dict sieur mareschal avoit mandé à Monsieur de Caillac, il a esté jusques au camp pour veoir comme toutes choses y estoient et recognoistre la place, et a rapporté qu'ils tiennent l'eau fort haulte tout à l'entour, que les fossés, criques et aultres eudroicts, oii la mer peut entrer sont remplis, aussi qii'ils continuent tousiours la fortification de leur retranchement, lesquelles choses rendront les approches plus difiiciles ; touttefois, sitost que toutes les forces seront arriuées, l'on s'acheminera pour les aller faire, mais que ce ne peut estre en uug jour, parce que, estant la place en lieu ras et descouuert, comme elle est, n'y aura moyen de loger les soldats qui couvriront les pionniers, sinon dans les tranchées. '

Gela faict, que l'on tentera de forcer la place par une grande batterye, mais elle est, au jugement de tous ceulx qui l'ont veue, si furieuse que le dict sieur Mareschal n'en peult aultre chose promettre, synon qu'il y fera son debuoir, comme aussi il pense que feront tous ceulx qui sont par deçà, joint qu'il y a dedans beaucoup de gents, qu'ils en peuuent encores auoir de jour à aultre d'Angleterre et que sa Majesté sçait bien que une place où il y a cinq ou six mil hommes, n'est pas aisée à forcer. Que si la force n'y peult rien faire promptement et qu'il faille conduire les choses à la longue et faire faire des forts à l'entour, sera aussi nécessaire que sa Majesté se résolue d'y maintenir longuement une force gaillarde et par ce moien il peult estre que la nécessité que l'on fera souffrir à ceulx de dedans les réduii'oit à quelque raison. Aussi aultrement y auroit danger que, faisant les Anglois des saillies comme ils

soiil Lieu coustuiniers, ils uieisseiiL les noslres eu quelque tlésordre.

Que l'argeut que sa Majesté envoyé pour les Fraucois «l lansquenets arriuera fort à propos pour la nécessité

• lont desjà ils se plaiguoieut et principallement les Fran- I ois qui, sur cela, prenoieut occasion de se desbander, à quoy ne sauroit estre pourveu et mis bon ordre que leur |iayeraeat ue vienne mieulx.

Que le dict sieur Mareschal a escrit au sieur de la Curée qu'il lui envoyé le marchant, lequel a ja esté pardeuers luy et aultres, si aulcuns y en a qui veuillent entreprendre (le fournir des pouldres ; mais quant au prix, il lui semble- [ oit bien meilleur d'eu prendre de bonnes à x et à viii sous ue d'autres à vni et à vu, estant bien certain que la nonne fait trop plus d'effect et est plus prouffitable que I aullre. Quand le dict marchant fut deçà, il la vouloit bien bailler à viin sous et à viir, mais l'essay qu'il eu apporta ne se trouva pas bon, à cause de quoy le dict sieur mareschal pour l'avoir meilleure la mettoit à x et à viii. Tou-

tlois quand les dic;s marchants seront arrivés, il en

* ouclurra avec eulx au plus juste prix qu'il pourra et ne l tendra à leur en promettre le payement et s'en obliger à fulx, s'ils s'en contentent, que le marché n'en soit accordé; mais ne se fault tant attendre de ce, c'est que l'on eu fasse [trovisiou d'aultres, pour ce que le siège est pour durer longuement, et que. aux grosses escarmouches qui s'y leront, il s'y en consonnnera beaucoup.

Que la galaire est demeurée à Roucy, où le cappitaine Albisse la farct équiper, et que le dict sieur Mareschal pense qu'il sera icy cejourd'huy ou demain, mais qu'il seroit besoing de renvoyer au plus tost le capitaine Corset, affin le favoriser la rivière et conduitte des vivres avec la -;dlère, galliotte et autres vaisseaulx que l'on pourroit equipper et mettre ensemble. Fera aussi entendi-e à sa Majesté eu quel estât sont les vivres par deçà qu'il n'y a des bleds pour fournir du pain à l'armée que jusques au xxnii de ce mois, et que pour ceste cause il est

besoing de faire haster ceulx que l'on y veiilt envoyer. Qu'il y a desia par deçà environ neuf cens des pionniers qui ont esté levés sur le pays, que dans deux ou trois iours il y en aura jusques à douze cents, et qu'il plaise à sa Majesté commander que le payement ne faille tant pour eulx que pour les aultres deux mil levés hors le pays de Normandye.

Faict à Estelan, le xiuf jour de juing 1563.

Brissac.

Que M. Bartolomeo de Pezaro, ingénieur (1), arriva hier dont mon dict sieur le Mareschal fut très aise et incontinant l'envoya au camp avec le cappitaine Breguet Justinien, pour ensemble recognoistre la place et adviser ce qui se pourra faire, aussi que ayant entendu que le cappitaine Bartholomeo de Pezaro desiroit être par deçà pour y faire services, plus tost que demeurer iuutille à la Court, lui a escrit et prié de le venir trouver, mais qu'il seroit besoingt que Testât qu'il plaise au Roy donner à l'ung et à l'aultre leur feust envoyé par deçà par chascun mois, et que, si la Royne entend qu'on leur donne quelque aultre entretenement, il plaise à sa Majesté le mander au dict sieur Mareschal commander que cest entretenement soit mis sur l'Estat et qu'il en soit donné assignation avec le payment des gens de guerre.

Que des deux quartiers dont a esté baillé assignation au cappitaine Albisse, il n'en a peu toucher que mil liures, et que du surplus il est remeis à quelque temps et touteffois il n'a laissé de faire équiper sa gallère et l'amener jusques par deçà Gaudebec , mais à cause que nous

(1) Au xvi« siècle, l'Italie avait le privilège de nous fournir des ingénieurs. Nous avons relevé dans les archives de Florence une recommandation du maréchal de Montmorency (9 novembre 1572), en faveur de Jules Spinelly, ingénieur pour 'le roi au pays de Normandie, et commissaire des fortilications en son gouvernement de risle-de-France, qui retournait en Italie pour quelques affaires.

sommes en basse eaue el (jue la gallere iie pourroil sortir de reste riuière inesmes à Teiidroit de Quillebeuf, sinon (jiie la mer soit haulte, sera bcsoing d'attendre la lia de cesle lune ou le conum'iiceMient de l'aullrc. GeneiulauL que ledict S"" Mareschal aduiscraavec Mons'"de Meilleraye et aullres cappilaines de marine du lieu où l'on pourroit retirer la gallèrc, mais que jusques à ceste heure il ne s'en trouue point qui y soit bien propre, car à Honnefleur la {5'allère demoureroit à sec, en la riuière de Toucque il y a si peud'eaue que la dicte gallère, y estant, n'en pourroit sortir que d^ haulte mer et estre seullement uug lieu par deçà Honnefleur nommé, comme il semble, Lespinelle, oii elle se pourra retirer, mais les vaisseaulx du Havre y pourroient aussi venir, tellement que pour les eu empescher et deilendre les nostres, seroit besoing de faire ung petit fort eu ung endroit qui y est assez propre, et puis y mettre quelque pièce d'artillerye, a. quoy le dict sieur Mareschal aduisera de pouruoir.

Qu'il plaise à Sa Majesté escrire et commander au dict sieur Mareschal, si elle en tend que le S"" de Garvoysiu entre et commande au Pont de l'Arche, et si dans ce cas il luy plaist de prendre de luy le serment oj bien si le dict sieur Mareschal le prendra et en quelle sorte de serment se debvra faire (1).

(1) Bibliothèque impériale de Pétersbourg. Manuscrits français, vol. XGXVIII, pièce n" 49, pages 98, 99 et 100.

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