‹ La Normandie à l'étrangerChapitre 5 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La ville du Havre inve si ir. — Politique vraiment françaiie de Catherine de MMicis.— Jugement sur elle de M. Guizot.— Craintes d'une invasion de l'Alkmugne menaçant Metz. — Philippe II approuve la politique suivie par Etisahcth.—Impulsiun pat'uolique que partage Condèel qui pousse les Français au Havre.— Catherine annonce ù la duchesse de Savoie son départ pour la Normandie. — Détails qu'elle donne sur les préparatifs de guerre. — Envoie au duc de Savoie un plan du Havre. — Itinéraire de la cour. -~ Lettre de Catherine de Médicis ù Matignon (id juillet). — Nouvelles recom- 7nandalions de Catherine de Médicis ù Matignon. — Le jeune Roi Charles IX reçoit tes ambassadc^trs étrangers à Louviers, ù l'exception de l'ambasfadeur d'Angleterre. — Déclaration de Charles IX aux ambassadeurs, d'après une lettre de l'ambassadeur d'Espagne. — Il poursuit sa rvule jusqxi'à Fécamp. — Catherine de Médicis lient l'ambassadeur d'Angleterre ci dislance.— Elisabeth revient sur ses premières prélentions. - L'ambassadeur anglais, sir Thomas Smith, demande un logement à la cour.— Catherine de Médicis lui permet devenir à Valmonl.— Elisabelh envoh Throckmorton en Normandie.— Lettre de Catherine de Médicis ci Smilh, loi'scju'il l'en avise.— Lettre de Warwick et du comité de défense rendant compte des opérations du siège {Il juillet). — Nouvelle lettre de Warwick annonçant que leur position est empirée. — Lettre de Warwick à Elisabelh, du même jour, pour la remercier de songera leur salul. —Lettre d'Elisabeth à Warwick, à l'occasion des offres de rendre la place que leur a faites le Connétable {^6 juillet). — Sir Knollys engage Warwick à essayer de s'embarquer.— Warwick demande à Elisabeth la permission de traiter de la composition. — Dernière lettre de Warwick à Elisabeth (29 juillet). — Curieux détails sur les négociations entamées avec le Connétable et sur l'extrémité où étaient réduits les Anglais. — Lettre de Warwick «ti Rhingrave pour solliciter son interverition auprès du Connétable.— Réponse du Rhingrave. — La flotte anglaise arrive trop tard. — L'Amiral Clinton rend compte de ce qui s'est passé à son arrivée en vue du Havre. — Récit de l'entrée de Catherine au Havre, d'après l'ambas-

sadeiir d'Espagne. - Lellre de Calherine de Médicis à Saint- Sulpice pour lui annoncer la prise du Havre.— Lellre de Charles JX au duc de Fcrrare pour lui annoncer la prise du Havre. — Réponse de Marie Sluarl au Rhingravc, qui lui avait fait part de la prise du Havre.— Opinio7i d'un Jiislorien anglais moderne sur l'entreprise malheureuse du Havre.— Chiffre des dépenses que cofda à l'Angleterre l'occupalion du Havre et le siège.

Nous louchons au premier juillet, la ville du Havre est investie ; mais avant de suivre les opérations qui décidèrent de sa reddition, nous ne pouvons nous dispenser de dire quelques mots des négocialions échangées entre la France et l'Angleterre. La situation avait cela d'étrange que, tandis qu'une déclaration de guerre était criée dans les rues de Paris et qu'on se battait tous les jours, il y avait en France deux ambassadeurs anglais, Smith qui en avait le litre officiel, et Myddlemore, chargé d'agir secrètement sur Coligny et Condé, pour les amener à tenir leurs promesses, ou tout du moins à peser de toute leur autorité sur les résolutions de Catherine de Médicis ; mais, n'écoutant que la voix des vrais inlérêls de la France, dès le mois de février elle avait écrit à M, de Gonnor :

Je sais bien que, pour chasser les étrangers, il nous faut la paix que je désire (1).

Au mois de mai suivant, les yeux toujours fixés

(i) Bibl. nat., fonds Colbert, n» 39.

sur le Havre, et voulant rriinir dans un effort commun toutes les forces de la France, elle écrivait à Saint-Sulpice :

Petil ù petit, nous donnons ordre dans un lieu, tantost dans ung aultre, pour y établir la paix en composant et adoucissant les cœurs des ungs et des aultres, que les guerres dernières avoienl tant aliénés (l).

En concluant la paix d'Amboise. elle y avait fait insérer la clause de l'expulsion des étrangers, et ce n'est pas seulement aux reîtres qu'elle entendait rappli(|uer ; ce quelle avait voulu et ce qu'elle voulait encore, c'élait lexpulsion des Anglais du Havre. C'est là le beau côté de la vie politique de Catherine de Médicis, et comme ledit M. Guizot : « Si au point de vue moral on ne saurait la juger trop sévèrement, à travers tant de vices, elle eut des mérites ; elle prit à cœur la royauté et la France ; elle défendit de son mieux, contre les Guise et TEspagne, l'indépendance de l'une et de l'autre, ne voulant les livrer ni aux partis extrêmes, ni à l'étranger (2). »

Aujourd'hui que nous savons ce qu'il en coûte pour assister au démembrement de son pays, rendons justice à Catherine pour n'avoir jamais voulu céder un pouce du terrain que l'épée du duc de Guise nous avait donné et si bien défendu, et rappe-

(Ij Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg.

(2) Guizor, Introduction à l'histoire de la fondation de la république des Provinces-Unies, p. Lxxvn.

Ions qu'une des principales causes pour lesquelles elle signa la paix d'Amboise, c'était la crainte de l'invasion projetée par l'Empereur et TAllemagne qui menaçait Metz et les trois évécliés conquis par Henri II. On ne pourra pas dire, cette fois, que l'Espagne était de notre côté, car Challoner, l'ambassadeur anglais à la cour d'Espagne, représentant à Philippe II que la Reine, sa maitresse, en occupant ^ le Havre, ne voulait qu'abréger le délai de la restitution de Calais qui était bien à elle, le Roi répondit que cela était juste, et reconnut l'avantage que la Reine Elisabeth avait à rentrer dans Calais (1).

Dans les derniers jours de juin, Catherine partait avec le jeune roi pour la Normandie, emmenant Condé avec elle. Longtemps il avait hésité, allant même jusqu'à déclarer à Myddlemore que jamais il ne tirerait l'épée contre la Reine d'Angleterre ; mais d'Alluye envoyé en Angleterre (2) pour traiter de la paix et de la restitution du Havre, ayant, à son retour, répété à qui voulut l'entendre que, dans un moment de colère, Elisabeth lui avait dit qu'en occupant le Havre elle n'avait jamais songé qu'à venger l'honneur de l'Angleterre ; que c'était la revanche de Calais; ces offensantes paroles, dont la politique de Catherine, aidant peut-être un peu à la mémoire de d'Alluye, allait tirer . un si bon parti, couvrirent

(1) Kalendar of State Papers, dépêche de (JhaUoner, p. 4fi7.

(2) D'Alluye arriva à Londres le 10 juin. V. Kalendar of State Papers, 1363.

d'un noble prclexle le brusque changement deCondc et son ingratitude ; lui aussi il se laissa aller à celle impulsion patriotique qui entraînait tous les Français, et dont le mol de ralliement était tombé des lèvres de Montmorency sous les murs du Havre : « D'ici à Bayonne. tout crie : Vive la France ! »

Catherine voulut annoncer elle-même à la duchesse de Savoie son prochain départ pour le Havre :

Nous avons roninicnré à nous acheminer a nuit, qui est le lendemain de la Saint-Jean et le marcschal de Brissac est déjà en avant avegues trente enseignes de François et trente-sept de Suisses, Allemens et quarante canons, aveques équipage et munition pour tirer vingt mile coups el quatre mile pioniers, en attendant vingt enseignes de son filz et de Sarlabos qui seront dans six ou huit jours ; si bien. Madame, que je pense que, si elle ne nous le vcult rendre par amour, que Dieu nous le fayra avoyr par force et vous prie que Monsieur de Savoye me escripve, ayant veu le portrait que vous en envoyé (1), ce qu'il espère que puisse réussir de ces te entreprinse, au moins de ce que l'on pourra juger, ne voyant le fort qu'eu papier, encores qui soit bien fayt (2).

Suivons l'itinéraire de la cour: le jeune roi ayant été pris d'un flux de sang, on fit séjour à Manies jusqu'au 4 juillet. Dès le 30 juin, Catherine avait averti M. de Matignon des grands préparatifs que faisait Elisabeth pour secourir le Havae: craignant

(1) Nous regrettons de n'avoir pu trouver le plan envoyé par Catherine de Médicis.

(2) Archives de Turin.

une descente des Anglais sur quelque point 'de la côte de Normandie, comme moyen de diversion , elle recommanda à ce prudent capitaine d'avertir les populations de se tenir sur leurs gardes (1).

De Mantes, la cour vint à Gaillon ; c'est de cette ville que Catherine écrivit de nouveau, le 13 juillet, à Matignon :

Monsieur de Malignoii, par une lettre que je vous ay escripte et envoyée à monsieur le mareschal de Brissac, vous vous trouverez satisfaict de l'intention du Roy monsieur mon fils et de la mienne sur l'cntrelenement des deux cens hommes à Cherbourg, et aussi d'aultres hommes dedans Bayeulx, Fallaize, Granville et le port de Tatihou, de sorte qu'il me reste peu à vous dire sur vostre lettre du v" de ce mois, sinon vous prier à donner tout l'ordre que vous pourrez sur rentretenemenL de la pacilHcation par delà entre nos subjects et pour le regard des Angloys, puisqu'ils ne se veultent retirer du Havre et au contraire menacent de faire aultres descentes en ce royaulme, et travaillent après les préparatifs, qui me faict encore vous prier, suyvant ce que je vous ay jàpar deux fois escript, regarder à vous tenir sur vos gardes en ces le Basse- Normandye, advertissant les peuples des costes à ce que chascun se prépare pour éviter tout inconvénient et conserver la frontière, espérant que nous aurons bientost si bonne raison du Havre, que nous les chasserons bien loing de nous, et s'il survient quelque chose de nouveau, seray bien ayse d'en estre advertye ; affin que vous ayez plus de moyen de leur résister, nous avons mandé à toute la gendarmerye qui est en garnison en la dicte Normandye se tenir preste et trouver en leurs garnisons

(1) British Muséum.

1 dedans la fin de ce mois pour faire monstre : vous ferez le semblable de vostre compaignye. priant Dieu, Monsieur de Matignon, vous avoir en sa saiucte gardé.

Escript de Gaillon, le xin« jour de juillet 1563.

G.^TERINE (1).

Depuis cette lettre escripte j'ay eu advis que près du Havre se faisoit quelque amas de gens ainsi que verrez par le double d'une lettre cy enclose, à quoy vous adviserez de prévenir et tenir main que le feu ne se rallume poinct (2).

Le lendemain elle levint sur ses précédentes recommandalions ; enfin, de Louviers, le 16 juillet, elle écrivit de nouveau à Matignon :

Monsieur, pour ce que je suys advertye que la Royne d'.Vngleterre continue ses préparatifs pour faire quelque jdescente où elle verra le plus beau jeu et plus à propos, et iscait qu'elle *''>-ct dilligence d'advancer pour cela ses dicts ipréparatifs.j'ay advisé vous faire encores ceste recharge, ine sachant où cet orage doibt tomber, lequel tend seulleiment à cuyder divertir uostre eutreprinse du Havre, qu'elle voyt estre en grande nécessité, en vous pryant donner tout Tordre que vous pourrez pour éviter et fuir l'inconvénient et danger qui y pend, laissant dedans les villes et places les garnisons qui y sont le mieulx adverties etpourveues que vous pourrez, et. au demeurant, les peuples des costes si instruicts et esveillés que, si les dictz Anglois se jouent de se mettre en mer pour cet efFect. ils soient descouverts si à propos qu'ils puissent trouver partout l'ordre qui y est nécessaire, car vous ne ferez

(i) British .Muséum, niss. addit., n' 12074. (Original si?né.) (î) Ibid.

jamais service plus grand au Roy monsieur mon filz. Priant Dieu, Monsieur de Matignon, vous donner ce que désirez.

Escript à Louviers, le xvi* jour de juillet 1563.

Caterine (1).

Tous les ambassadeurs étrangers s'étaient rendus à Rouen. M. d'Oisel vint les y prévenir officiellement, à l'exception de l'ambassadeur d'Angleterre, que le jeune Roi les recevrait à Louviers le 18 juillet, à deux heures.

Nous nous servirons ici du récit de Chantonnay, l'ambassadeur d'Espagne (2) :

Le Roy parla lui-même, déclara que son intention étoit d'entretenir la paix avec tous ses voisins et observer les traités contre le contenu desquelz la Royne d'Angleterre s'était saisie du Havre et ne le vouloit restituer, quelque réquisition que l'on eut faicte, et qu'à ceste cause il s'é toit délibéré d'acheminer dès demain encontre le Havre et faire ce qu'il pourroit pour le ravoir par force, estant seulement sou intention de ravoir le -sien, dont il avoit voulu advertir tous les ambassadeurs, afûn que chascun l'écrivit à son maître. De fait (ajoute Chantonnay), il fut demain pour aller à quatre lieues d'ici, et après demain en fera encore quatre autres et s'arrêtera à la mi-chemin d'ici au camp sous le Havre, et le Gonnestable arrivera après demain, et bientôt le suivra le mareschal de Bordillon, laissant pour lieutenant à Rouen M. de Garrouges.

(1) British Muséum, mss. addit., n* 12094. (Original signé.)

(2) Archives de Vienne, Letlre de Chantonnay.

Dans une nouvelle lettre du 24 juillet, Chanlonnay écrivait : •

Le roy s'est décidé à pousser jusqu'à Fécamp, où il est arrivé (1).

L'ambassadeur d'Angleterre s'était bien rendu lui aussi à Rouen, mais Callierine, après l'avoir reçu une première fois à Gaillon, était devenue invisible. Vainement demandait-il audience, elle ne répondait pas et le tenait à distance. Nous voyons en même Irmps Elisabeth rabattre chaque jour de ses prétenlioiis : d'abord, elle .ne réclame plus Calais que dans tiois ans, puis elle revient au délai de huit ans fixé par le traité, se contentant d'otages ; puis, enfin, elle oITre l'arbitrage de Philippe II, sachant peut-être à I avance qu'il lui serait fa\orable; pour arriver plus l'ificacement à la paix, Smith demande un logement plus rapproché de la Cour et une suspension d'armes. Le ton de sa lettre contraste singulièrement avec les dépêches précédentes, et, pour obtenir ce logement, il avait eu recours à Tintervenlion du prince deCondé (2). Sa lettre à Catherine de Médicis mérite d'être reproduite :

il) Archives de Vienne. Lettre de Chantonnay à la duchesse de Parme (18 juillet).

(2) Voici la réponse du prince de Condé à Thomas Smith :

« Monsieur l'ambassadeur, j'ay receu la lettre que vous m'avez escrlpte pour respouso, à la quelle je vous diray que l'ayant communiquée à la Koyne et fait entendre le meilleur que j"ay pensé de

Madame, après mes très humbles et très affectueuses recommandations, la Royne ma souveraine ayant pris en bonne part tout ce que j'ay négocié tant avec M. le Prince que avec le Roy et Vostre Majesté à Gaillon et délibéré incontinent me mander sa conmiission avec quelques aultres personnes d'honneur et qualité pour parachever ceste paix entre les deux royaulmes, de la quelle les principaulx pointz et articles sont déjà (comme vostre Majesté scait) accordez et pour monstrer son bon vouloir à paix et amitié avec le Roy très chrestien et vous et en ma part pour me gratifier, n'a voulu que mon courrier ait attendu jusques à ce que la commission et instructions aient esté faictz etescriptz, mais me les renvoyé incontinent avecques ceste déclaration, sachant que c'est la chose à moy la plus agréable et que je désire plus au monde et pour ce que je vous prie madame que je puisse avoir logis, aussi ceulx qui seront conjointz avecques moy en commission, pour traiter où il vous plaira plus commodément et pourtant que les deux Princes soient si bien inclinés et délibérés d'avoir paix, afïin que le sang chrestien puisse estre espargné et ne se répande plus pour la querelle qui : sera tantost vuidée par bonne amitié, si ainsi vostre plai- !

vostre intention, Sa Majesté est si contente d'entendre à toutes ; bonnes conditions qu'elle a advisè de vous ordonner ung logis, oii | facilement on pourra discourir de toutes choses, le succès desquels I je prie à Dieu qu'il soit tel que les deux Majestéz soient satisfaictes et i leurs peuples en repos, et sur ce je prieray le Créateur, Monsieur I l'ambassadeur, vous donner ce que plus desirez.

Escript à Fescarap, le xxiup jour de juillet 1363.

Vous verrez par la response que sa Majesté vous faictladelibération de son intention et bon plaisir.

Vostre bon amy, [CYS DE Bourbon (*). »

(*) Record Office, State Papers, France, vol. XXXI V. (C"pie du temps.)

sir est que cependant soit abstinences et tresves entre vos gens de guerre et les noslres ; s'il plaist au Roy de commander aux siens, j'ay cumniission et escripray, au nom de la Majesté de ma souveraine, à M. de Warwick d'accorder à cela et la taire tenir de ses gens, ne doublant pas (jue en bien pou de jours les tresves asseurées et la ferme paix, amour et amitié se confirment entre les deulx Princes, leurs subjetz et royaulmes, à l'honneur de Dieu et le comfort de vostre Majesté, joie et contentement de I tous bons chrestiens et ainsi, Madame, je prie Dieu qu'il vous ayt en sa sainte et digne garde.

De Rouen, le xxine jour de juillet 1563.

De guerre lasse, Catherine lui permit de venir à Valmont, où elle lui assigna un logement, mais elle venait de partir pour Fécamp (1), mettant deux lieues entre elle et lui. Elle savait à quelle extrémité était réduit le Havre et ne voulait recevoir Smith que lorsque la ville se serait rendue, comptant bien appliquer alors à l'Angleterre la peine de la déchéance de son droit sur Calais, pour avoir pris les armes contre la France.

Dans les derniers jours de juillet, Elisabeth, à bout de voies, se décida k renvoyer Throckmorton en France ; mais Catherine, lorsque Smith l'en avisa, eut bien soin de rappeler que ce choix était peu convenable, car il avait été l'instrument de tous les troubles

(1) Ce furent les religieux du monastère de Fécamp qui fournirent les tapisseries et les tentures nécessaires pour meubler le manoir de Vitanval occupé par la Reine-mère et la cour pendant la durée du siège. — Lebocx de Lincy, Hisl. de l'Abbaye de Fécamp, p. Zio,

de la France, et le 27 juillet, à une nouvelle demande d'audience, elle répondit à Smith :

Monsieur rambassadeur, vostre homme présent por teur m'a trouvé preste à monter à cheval pour aller au camp, m'ayant Monsieur le Gouuestable escript que le comte de Warv^ick estoit en termes de luy rendre la place, ce que estant faict, je vous advertiray de mes nouvelles et feray scavoirce que aurez à faire. Priant Dieu, Monsieur l'ambassadeur, vous donner ce que désirez.

De Fescamp, ce xxviii^ jour de juillet 1563.

Caterine (1).

Retournons en arrière et reprenons le récit du! siège du Havre, d'après les lettres de Warwick et du comité de défense. Voici ce que nous y lisons, le H juillet :

La peste redouble ses ravages ; en quatre jours, elle nous a réduits à 1500 hommes ; nous perdons cent hommes par jour, et le nombre de ceux qui tombent malades est du double. L'ennemi a ouvert une tranchée à travers les marais et l'a conduite jusqu'au rivage ; ils y veulent placer une batterie de dix ou onze canons ; ils dirigent leur attaque tout à la fois du côté du boulevard Sain te- Adresse et sur le bord de la mer, pour s'emparer de l'entrée du port; notre petit nombre ne permet pas de s'y opposer, chaque nuit l'ennemi se rapproche du fort, et nous n'avons plus que 300 hommes à envoyer aux murailles. Le Rhingrave, sur son honneur, a dit à un de nos hommes que le Roi, le

(1) Record Office, State Papers, France, vol. XXXIV. (Copie di temps.)

Prince de Condé et l'Amiral, avec trente enseignes de Gascons, seraient bientôt devant cette place (1).

Du 11 au 15 juillet, la situation des assiégés s'était encore aggravée ; Warwick écrivait au conseil privé :

Depuis le départ de M. Fisher, les ennemis non-seulement ont tiré sur le clocher et l'ont rendu iuservable, mais, deux jours durant, ils ont dirigé du rivage un feu violent contre le boulevard Sain te- Adresse. La nuit dernière, ils ont terminé une tranchée qui va de leur batterie à l'angle du boulevard Sain te- Adresse , et ils y ont placé leurs paniers, et, la prochaine nuit sans doute, ils y viendront en force et attaqueront le flanc du boulevard en face du château. La même nuit, nos hommes ont de leur côté commencé une tranchée qui va de l'écluse au bord de la mer pour protéger le château et le port, mais il est à douter qu'ils puissent y parvenir par manque de bras. Malgré le secours qui nous est venu de 640 hommes, nous n'avons plus que 1,200 soldats valides; hier, il y a • u une escarmouche sur le bord de la mer, du côté de la jetée, mais l'ennemi a déployé de telles forces qu'il a fallu se retirer (2),

Du 15 au 19, la ville avait été plus étroitement resserrée; les Français, en forces considérables, avaient pris position entre l'écluse et le boulevard Sainte-Adresse et leur feu donnait en plein contre le château ; malgré un renfort de 500 hommes amenés par sir Winter, les Anglais n'étaient pas plus

(1) Record OflBce, State Papers, France. (Traduction.) {%) Ibid.

de 2,000 ; tous leurs vieux soldats avaient succombé; une nouvelle batterie de vingt-six canons menaçait les forts; les pièces d'artillerie en 1er fond u. envoyées de la Tour de Londres, étaient inservables (1). Du 19 au 24- juillet, nouveaux progrès des Français. Warwick écrivait :

Les forces de rennemi se sont tellement augmentées que nous avons été forcés d'abandonner notre tranchée devant l'écluse du port; ce matin elle a été détruite par leurs boulets et nous n'avons guère l'espoir de conserver longtemps le port ; toute notre défense sera reportée au delà du boulevard Lagrange en Ire cette place el le nouveau fort ; si nous avions eu les soldats et les pionniers promis à sir Hugues Poulet, nous n'en serions pas réduits à cette extrémité , mais nous ferons en sorte de garder la ville jusqu'à ce que l'Amiral vienne à nous ; si les secours qu'il amène ne sont pas en nombre suffisant pour déloger l'ennemi, ils seront inutiles. Comme nous l'avons écrit, notre provision de vivres, surtout en pain et bière , est bien peu considérable et ne pourra durer que quelques jours, et nous manquons en outre de toutes les choses nécessaires spécifiées dans le compte que j'envoie.

Et il ajoutait :

Les charpentiers arrivés ici sont morts ou malades et M. Tendering est mort également, c'était le seul homme qui restât pour surveiller nos provisions. L'ennemi a canonné le château, di-essé une nouvelle batterie contre le boulevard Sainte- Adresse et pratiqué une brèche assez large pour permettre l'assaut, nous nous y attendons;

(1) Record OfiBce, State Papers, France.

d'un autre côté il s'est approché du fossé du nouveau fort(l).

Le même jour il écrivait à Elisabetli :

Ma très chère et gracieuse maîtresse, j'ai reçu vos lettres, et moi et tous ceux qui survivent nous rendons grâces à votre Majesté de préférer notre sûreté et nos vies à la conservation de cette ville. Ayant égard à ce que le devoir et notre propre honneur nous commande, nous sonnnes bien décidés à faire tout ce qu'il nous impose, ou à mourir tous sur la hrèche ; on n'aura pas lieu de dire, ma chère Reine, que ma jeunesse ou mon manque d'expérience ont pu porter préjudice à la défense de cette place et à votre honneur; mes actions parleront pour moi ; mais, avec la grâce de Dieu, cette ville pom-ra être maintenue, aussi longtemps que Dieu nous prolongera nos vivres, et j'espère que l'ennemi n'aura pas à nous insulter ; en même temps je prie votre Majesté humblement de ne pas croire tout ce qui peut lui être rapporté ; il sera fait ici, grâce à Dieu, tout ce que des hommes peuvent faire ; rien n'est désespéré. Si on hâte l'envoi des vivres, ils peuvent être débarqués entre le fort et la ville et sans trop de danger; ainsi je prierai Dieu d'avoir votre Majesté eu sa sainte garde et de vous donner un long et prospère règne, au grand soulagemeut de tous vos vrais et fidèles sujets (2).

Elisabeth, le :21 juillet, avait autorisé Warwick à traiter de la reddition de la place, si la nécessité l'y contraignait ; le 26, elle écrit une nouvelle lettre

(1) Record OfQce, State Papers, France. (Lettre du 24 juillet, traduction.) {i) Ibid.

que Warwick ne dut recevoir que lorsque la place était déjà rendue. La voici :

Mon bien fidèle, je vous salue de tout mon cœur; nous avons reçu vos lettres du 23 de ce mois, que nous a apportées Henri Tirrel. Nous avons compris que vendredi dernier le Connétable vous a invité à rendre cette place au Roi de France, disposé, comme il Ta dit, à vous offrir une lionorable composition, et que vous avez désigné sir Hugues Poulet pour en conférer avec Riclielieu, leur maître de camp. Sir Poulet a répondu avec prudence et honneur, mais je n'ai pubien me rendre compte par vos lettres des offres qui vous ont été faites. Yoici donc notre avis : si une offre d'entrevue vous est faite de nouveau et acceptable avec honneur, ce sera à vous de demander à connaître les conditions pour en référer à notre ambassadeur près le Roi de France et à sir Nicolas Throckmorton ; ils ont des pouvoirs suffisants pour traiter des premières ouvertures, et vous demanderez communication de ces offres par écrit, et un trompette et un messager pour envoyer à nos ambassadeurs, à l'effet de connaître par eux notre intention et de vous y conformer, et si nos ambassadeurs ne peuvent obtenir un armistice, ce sera à vous de trouver le bon moyen d'y parvenir (1).

Le jour même où Elisabeth, se faisant encore illusion, écrivait ces lignes, sir Knollys, mieux renseigné sans doute sur la situation désespérée du Havre, engageait Warwick à s'embarquer, dùt-il laisser derrière lui une partie de ses troupes (2).

La fortune de la France enfin remportait et Warwick écrivait à Elisabetti:

(l) Record Office, State Papers, France. (Traduction.) (2; Kalendar of State Papers, 1363.

N'ayaut plus aucun espoir de ravitaillemeut si le port vieul à être pris el voyant que l'ou nous réduit à un état désespéré, puiscju'on nous laisse maii(]uer d'hommes, de vivres et d'aryeut, nous avons jugé convouable de profiler de vos gracieuses décisions et de nous faire transporter en Angleterre, si l'approche de la flotte de l'Amiral nous le rend possible el si le vent nous peiiiiet l'embarquement d'un si grand nombre d'hommes. C'est entre la ville et le nouveau fort qu'il peut s'eliéctuer, mais il sera très-difficile. Dans l'c-xlrémilé où nous sommes, plaise à votre Majesté d'y avoir bonne considération et qu'elle veuille bien nous donner permission de pratiquer toutes les voies et moyens que le temps et les circonstances pourront requérir. Dans tous les cas, nous n'oublierons pas notre devoir en tout ce qui touche à l'honneur de votre Majesté, et nous ne compromettrons rien par témérité ou folle haixliesse, et nous n'emploierons que de sages et prudents moyens. Sur ce, je prie Dieu donner à votre Majesté un long et saint règne (1).

Une dernière lettre de Warwick à la Reine, du 29 juillet, nous fournit de précieux détails sur les négociations qui amenèrent la reddition de la place :

L'ennemi a pratiqué deux grandes brèches dont l'accès est facile, il s'est approché du nouveau fort jusqu'aux fossés et eu égard au petit nombre d'hommes qui nous restent pour la défense des fossés (et encore ce sont des recrues), eu égard au grand nombre de vieux et vaillants soldats que nous avons perdus, aucun vaisseau n'étant signalé, j'ai cru devoir, en me conformant à la dépêche de votre Majesté du 21 juillet, envoyer une lettre au Rhingrave, dont la copie est ici incluse ; il m'a répondu le len-

(1) Record Office, State Papers, France. (Traduction.)

demain et je joins sa lettre à la mienne. Après l'avoir reçue j'ai fait partir M. Pelham avec une lettre de créance et des instructions pour lâcher de connaître, autant que possible, les dispositions du Connétable. J'ai cru entrevoir qu'il n'a aucune intention de traiter de la paix, mais qu'il voudra bien traiter de la reddition de cette misérable ville. Gomme je m'y attendais, il a refusé de toucher à ce qui regarde la paix, et a déclaré que si je voulais accepter une raisonnable composition et leur envoyer le lendemain cinq ou six gentilshommes, pour s'entendre sur les différents points, il était disposé à traiter avec eux ; en conséquence, sir Hugues Poulet, sir Maurice Denis et le dit Pelham, accompagnés de quelques autres gentilshommes, se sont rendus auprès de lui, et, à la Seconde entrevue, ont été arrêtés les articles que j'envoie à votre Majesté. Quoiqu'ils ne soient pas aussi honorables que j'aurais voulu, en considérant notre situation, ils sont encore meilleurs que je ne pouvais espérer, et je ne doute pas que votre Majesté ne les prenne en bonne part. La brèche du château était si grande, si facile d'accès, qu'encore que nous eussions repoussé un assaut, la brèche étant de nouveau élargie par le feu de leurs batteries, la place devait tomber en leur pouvoir avant la composition ; ainsi nous étions réduits à faire du mieux que nous pouvions ; il y avait d'ailleurs une autre brèche au boulevard S'« Adresse ; soixante hommes pouvaient y entrer de front, aussi facilement que sur un terrain plat et elle ne présentait pas plus d'obstacles que si les murs du château n'avaient pas été jetés bas; la courtine entièrement abattue ne pouvait plus permettre de défendre la brèche ; nul homme ne pouvait s'y maintenir sans danger de mort. Notre farine et notre biscuit étaient épuisés, la boisson en peu d'abondance et nos soldats sur le point de se mutiner; ainsi nous espérons que votre Majesté ne sera pas mécontente, car nous n'avions plus que deux heures pour répondi'e aux offres du Connétable. Maintenant nous attendons un prompt envoi de vaisseaux anglais et français qui sont

près d'ici, et je prie Dieu accorder à voire Majesté un long et prospère règne (1).

Pour ne rien laisser de côlé, voici la lellreécrilepar WarwickauRlling•ravcelîllaquellc il faisait allusion:

Monsieur, comme, à ce que M'' le Conncstablc m'avoit l'autre jour mandé pour la restitution de ceste ville en la possession du roy de France sur telz conditions honorables qu'on pourroit accorder là dessus en cest endroict, auquel fut respondu que je n'avois commission de traiter aulcunement, comme il fut vray; néanmoins j'ay maintenant reçu advertissement de la Majesté de la Royne ma maistresse , par lequel appert non seulement que sa Majesté est bien inclinée à uilc bonne paix honorable entre ces deux royaulmes , mais aussi m'a donné commission de traiter en cest endroict en tant que à l'honneur de sa Majesté sera agréable, de laquelle chose je vous voulois adverlir comme à celuy duquel je m'asseure que mettrez peine non seulement avec le dict seigneur Conneslable, mais aussi aux aultres, à ung sibou ordre tendant à la gloire de Dieu, la couliuuation de la paix et à la tranquillité entre les deux Princes, et à ceste cause je vous prie communiquer cet effect au dit sieur Connestable et m'en adverlir par ce présent porteur , estant content par voslre passeport d'euvoier demain ung gentilhomme de crédit pour eu communiquer plus amplement en cest endroit, si ainsi bon semblera. Me recommandant sur ce à vostre bonne grâce, je prie Dieu, Monsieur le Comte, qu'il vous ayl en sa saincte garde.

Du Havre, le xxvi^ jour de juillet 1563.

Voslre afiectionné et bien bon amy,

Warwick (2).

(1) Record Office, State Papers, France. (Traductioa.)

(2) Record Office, State Papers, li'ranco, vol. XXXIV. (Copie du temps.)

Voici la réponse du Rhingrave :

Monsieur, j'étois allé hier faire la révérence au Roy, et revenant bien tard le seigneur de Cossé m'a baillé une lettre de vous que vostre trompette lui avoit baillée, et l'ayant vue, comme celui qui désire et ay toujours désiré que les choses passassent plus doucement, m'en suis allé incontinent trouver Monsieur le Connestable, lequel me faisant cet honneur de m'aimer comme uugde ses lilzm'a accordé de donner sauf conduict à ung gentilhomme de telle qualité qu'il vous plaira, puisque ne demandez que ung, l'envoyer vers moy, lequel je lui presenteroy et s'il vous plaist le mestroy entre les mains du dict seigneur de Cossé qui m'a baillé la lettre qui le conduira jusques icy et quant au frère aîné de Bassompierre, il est parli, il y a cinq jours, et prend son chemin par Anvers ; c'est chose dont vous ne pouvez doubter, car en plus grande chose pour fin je ne manqueray de parole, plutost mourir ; je me recommande à vostre bonne grâce et suis à vostre commandement sauf mon debvoir, priant Dieu vous garder en sauté.

Je vous prie que M"" Pollet et maistre Vosham reçoivent icy mes recommandations à leur bonne grâce.

Vostre obéissant amy et bon voisin,

Rhingraff (1).

La flotte de l'amiral Clinton, retenue à Portsmouth par des vents contraires, prit enfin la mer le 30 juillet, mais lorsqu'elle arriva en vue du Havre, il était trop tard; la ville avait capitulé, et Warwick, blessé à la cuisse d'un coup d'arquebuse dans la matinée du 28 juillet, était déjà à bord d'un

(i) Record Office, State Papers, France, vol. XXXIV. (Original signé )

bâtiment de transport. C'est l'ajniral Clinton qui va nous dire comment les choses se passèrent ; sa lettre est adressée aux lords du Conseil privé :

Messieurs, vous avez élé avertis, j'en suis sûr, de l'appointenient du Havre ; je serais bien aise de connaître le bon plaisir de sa Majesté pour ce qu'il me reste à faire; j'ai laissé les vaisseaux le Philippe et Marie, le Lion, le 5flkar et deux galères avec huit transports à M^ Winter dans la rade du Havre, pour se joindre à ceux qu'il avait sous son commandement pour le trans[)ort des hommes et de tout ce que nous avons à amener de par delà, et j'ai laissé M. Holstocke pour assister M. Winter. De mon côté, avec VElisabeth, le Jonas et la Vitloria, je suis arrivé ici ce soir, et d'après les avis du vice-chambellan, j'ai dépêché un nombre suffisant de vaisseaux (jui se trouvaient ici pour se rendre au Havre et prendre tout ce qui doit être emmené (1).

Maintenant voici comment il raconte son arrivée au Havre :

Je suis arrivé hier à une heure de l'après-midi et j'en suis reparti à deux heures du matin, trouvant lord Warwick à bord d'un vaisseau et prêt à partir. A mon arrivée, Edouard Horsey est venu me trouver avec M. de Lignerolles de la part du Roi, de la Reine et du Connétable (ainsi qu'il a dit) pour me visiter et m'olïrir tout ce qui pourrait être à ma commodité ; il m'a dit que le Roi désirait que j'allasse le trouver, et il m'a communiqué l'appointement du Havre : je lui ai dit que la plaie de cette mortelle épidémie avait fait pour eux (je le pensais ainsi) plus que toutes les forces de la France n'auraient

(l) Kalendar of Stale Papers, lo63. (Traduction.)

pu faire, car si la mortalité n'avait pas dévoré nos capitaines et nos soldats en si grand nombre , l'on n'aurait pas eu cet avantage sur nous, ni approché si près de la ville ; mais ce qui ressort le plus en évidence, c'est le noble courage du lord lieutenant et la vaillantise de ses soldats qui a été aussi loin qu'il est donné à des hommes de pouvoii' faire, ayant lutté contre cette misérable peste et toutes les forces de la France, et autant j'étais réjoui du noble courage dont ont fait preuve mes compatriotes, autant j'étais attristé de la fortune que les Français ont eue de recouvrer cette place. Je l'ai chargé de présenter l'expression de mes honorables sentiments au Roi, à la Reine et au Connétable pour leur courtois message et l'offre qu'ils m'avaient faite, mais ayant charge, par le commandement de sa Majesté, des vaisseaux et de mes hommes, je ne pouvais quitter mon bord, et sur cela nous nous sommes séparés.

Après l'arrivée de Edouard Horsey et de ce dit Français auprès de moi, ne sachant pas à ce moment-là où était lord Warwick, j'envoyai William Drury avec un trompette au Havre pour parler au dit lord de ma part, et à son débarquement le prince de Gondé et divers autres gentilshommes qui se trouvaient là ont usé avec lui d'une véritable courtoisie, lui offrant un cheval pour se rendre à la ville et un gentilhomme pour l'accompagner ; ils lui ont déclaré que lord Warwick était déjà embarqué et prêt à partir. Je me suis empressé de vous faire connaître tout cela, priant Vos Seigneurs de me faire parvenir les nouveaux ordres de sa Majesté (1).

L'ambassadeur d'Espagne Chantonnay a fait le récit de l'entrée de Catherine au Havre :

La composition du Havre achevée, la Royney vint avec (i) Kalendarof State Papers, 1562. (Traduction.)

toute la Cour et amena le Roy loger en une maison où M. le Gonestable se tenoil durant le siège, et furent revoir la grosse tour dans laquelle les François estoient et semblableraent les tranchées , artillerie et tout l'ordre du camp, combien que la peste fust effectivement au Havre (1).

Laissons mainlenanl Catherine nous raconter la prise du Havre :

Monsieur de Saint-Sulpice, Dieu m'a fait la grâce à la fin d'avoir acheminé l'entreprinse du Havre de façon que, par la bonne conduite, soin et diligence extrêmes de tant de braves serviteurs qu'a le Roy Monsieur mon filz, j'espère de voir remestre sa place du Havre ce aujourd'hui xxvHi" de juillet entre ses mains, au siège de laquelle, encores que l'on eust faict très grandes prouesses par l'espace de douze ou quinze jours, et gagné pied à pied tel advanlage sur eulx, que l'on estoit pretz à venir aux mains, si est-ce que les Auglois n'ont attendu l'extrémité des assaultz qui se préparoient dans peu de temps, et ont niieulx aymé consentir nous rendre ceste place qu'ils nous détenoient contre tout droit et raison que de souffrir daventage, à quoy il est mieulx avoir recouvré la ville sans perte d'honneur et les laissant aller que de l'avoir eue avec le hasard et péril de vie de tant de gens de bien qui serviront bien aillieurs en quelques autres bous endroicls ; ils commencent à partir et à s'embarquer et espère que dans peu de temps ils seront en Angleterre et que considérant la perte qu'ilz ont faite qui est de plus de quatre ou cinq mille hommes, ilz ne seront si prompts à y retourner ; le surplus vous le verrez par la depesche de mon filz, et n'en fais point le double, et par les dites vous le verrez si particulièrement que j'abstiendray à

(1) Archives de Vienne,

n'en dire davantage, si ce n'est pour prier Dieu qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde.

Du camp du Havre, ce xxx» jour de juillet 1563.

Caterine (1).

Pour compléter le récit de Catherine, nous allons y joindre la lettre écrite par Charles IX au duc de Ferrare poui' lui annoncer la prise du Havre. Elle est tirée des archives de Modène :

Mon cousin, après que Dieu m'eut fait la grâce de pacifier les troubles qui avoient si longuement duré en mon royaume , je tachai par tous moyens de m'accommoder aussy avec la Reyne d'Angleterre et recouvrer par l'amiable la place du Havre qu'elle avait usurpée, pour lequel effect je lui fis tous les plus honnestes offres qu'il est possible et mesmes ung seul moyen qui me sembloit raisonnable pour la contenter en me satisfaisant du mien que avec peu de raison elle detenoit, mais je n'en pus jamais avoir aultre raison que obstiné refus , lequel n'estant pas pour comporter, ni aussi pour endurer qu'on me détint rien du mien , que je n'essayasse tous les remèdes pour le ravoir par amour ou par force, je me délibéray d'avoir recours aux armes , puisque la raison et l'équité avoient si peu de forces et je fis approcher mon armée du dict Havre qui le commença à serrer de si près que encores qu'il y eust six ou sept mille hommes de guerre, ils commencèrent leurs tranchées en lieu si bas et difficile que après avoir, avecques toute la peine

(1) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, Documents français, vol. ni, f. 72. (Minute originale.) — La lettre à laquelle Catherine de Médicis fait allusion dans la sienne se trouve à la bibl. nat., fonds Mortemart,

de travail et le péril iiu'il est possible , approché de la place du costé de la mer, ou la chaussée est si estroite et pleine de tant de pierres et cailloux qu'on n'y peut ni toucher ni si loger que périlleusement et fort incommodément ; enfin Dieu leur fit la grâce de gagner lellement pied à pied qu'ils vinrent à gagner une palissade par où ils vinrent en une tour qui est à l'embouchure du Havre à la portée de l'arqucliusadc de toute leur courline et d'une grosse tour qui défend l'entrée du dit Havre où il y eut quelque combat qui dura peu, d'autant que les Anglois l'abandonnèrent fort visloment. Cet avantage étant gagné mes soldatz sous la conduite des Princes, Marcschaux de France et chevaliers de mon ordre, avec l'aide d'une infinité de noblesse firent tant qu'ils se logèrent au pied de la tour d'un bastion qui étoit à l'autre bout de la courtine ou ils s'approchèrent si près de ceulx de la place qu'ils estoient h coups de pierre , ce que considérant les Anglois et qu'ils avoient perdu l'entrée du Havre, que nos gens étoient aux mains avec eulx, dès le lendemain ils commencèrent à s'estouner, de façon que peu de temps après ilz voulurent parlementer et envoyèrent devers mon cousin le Gonneslable qui commandoit en mon armée pour traiter aveciiuesluy, lequel après les avoir ouys, enfin leur accorda de sortir bagues saulves, remettant entre ses mains la ville, toute l'artillerie et aultres munitions estant en icelle avec tous les jiavires qui estoient au port, dont il y a une infinité, ce qu'ilz ont volontairement accepté et se sont embarqués de quatre à cinq mil hommes de guerre qui s'en parlent, jour par jour; du reste la mortalité a été telle qu'ils asseurent avoir perdu tant durant le siège que de la prinse cinq ou six mil hommes et tous leurs capitaines. Voilà le discours, mon cousin, de l'heureuse victou-e qu'il a plu à Dieu me donner, de la quelle je n'ay voulu faillir vous faire part, pour l'asseurance que j'ay que, m'aimant comme vous faites, vous ne serez que bien ayse de la prospérité de nos affaires, vous priant croire ce que le siem* de Gerisolles vous en

dira plus au loug de ma part, l'ayant chargé de vous faire tout entendre particulièrement, et je prieray Dieu, mon cousin, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Du camp du Havre, le dernier jour de juillet 1563.

Charles (1).

Le Rhingrave crut devoir annoncer à Marie Stuart la prise du Havre. Si nous n'avons pas retrouvé sa lettre, du moins nous avons la réponse de Marie Stuart, datée de Stirling le 22 septembre 1563 :

Mon cousin, combien cfue les nouvelles que m'avez escriptes du camp devant le Havre eussent été quelque peu tardifves, d'aultant que, du costé d'Angleterre, j'avois entendu la restitution du dict Havre, si est que je ne laisseroy de vous remercier bien affectueusement de la souvenance qu'avez eue de moy, m'escripvant de vos nouvelles et de la prospérité des affaires de la couronne de France. De quoy je suis si ayse que nouvelles qui me pourroyent advenir, et qui me faict bien pryer de continuer en ceste bonne volonté, vous asseurant que vous ne scauriez faire plus grand plaisir que je seroys ayse de recognoistre en ce que le voudrez employer d'aussi bon cueur.

Un historien anglais moderne a porté sur cette malheureuse entreprise du Havre, ainsi qu'il la qualifie , un jugement qui mérite d'être reproduit : « La perte du Havre, malgré les désastres qui en résultèrent, était plus désirable pour l'Angleterre

(1) Archives de Modène. (Original signé.)

qu'un succès ; elle épargnait une interminable guerre. Malheureusement, la peste qui avait décimé la garnison du Havre, fut portée par elle en Angleterre ; au mois d'août, à Londres, elle fit de terribles ravages, et, dans les mois suivants, la mortalité s'éleva à deux mille âmes environ par semaine (1).» Telles furent les calamités qui suivirent une agression aussi injuste. 11 nous reste à faire connaître le chiffre des dépenses que cette guerre coûta à l'Angleterre; ce sera le complément de tous les documents qui se rattachent à l'occupation du Havre et à son siège.

Mémoire fourni par l'ambassadeur de France des frais faits par la Reine d' Angleterre pour la guerre de France.

La depesche du mois d'octobre pour six mille hommes de pied envii'ou envoies au Havre de Grâce et pour Testât du comte de Warwick, gouverneur de l'armée, et pom* Testât du mareschal trésorier controlem* pour les frais de la mer, pour faire passer les soldatz se monte eu tout à la somme de 32,480 escus.

Item la dépense du mois de novembre pour le Havre de Grâce, comprins la dépense faitte pour environ 400 hommes à Dieppe et 300 hommes de pied à Rouen avec Testât du gouverneur des fortifications faites au Havre se monte en tout à la somme de 31,750 escus.

Item la dépense du mois de novembre comprins la perte de deux cens porcs et quatre vingts bœufs et quarante muUets portant du pain ou biscuit perduz par

(1) Froude's, History of England, L VII.

fortune de mer avec les frais de la fortification se monte à la somme de 32,000 escus.

Item la despense du mois de janvier comprins les fortifications et bois portez de ce pays au Havre pour faire img mont se monte en tout à la somme de. 31 ,560 escus.

Item la despense du mois de febvrier coinprins les frais des fortifications du mont se monte en tout à la somme de 31,400 escus.

Item la despense du mois de mars comprins les frais pour envoler mille hommes de pied à M. l'Admirai et estât de Throckmorton pour son voiaige se monte à la somme de 32,633 1/2 escus.

La somme à quoi se monte la despense de six mois pour le Havre 191,823 escus 1/3.

Item Testât du comte de Warwick se monte par mois 700 escus à VII 1. sterl. par jour.

L'estat du mareschal trésorier contrôleur et ung conseiller adjoint au gouverneur se monte par mois 320 escus.

L'extrordinaire qui se fait au Havre, tant pour les fortifications et despenses des navires qui portent le bois pour faire les fortifications, non comprins les munitions, se monte par mois l'ung portant l'aultre. . 4,500 escus.

Les gaiges de chascun soldat, l'ung portant l'aultre, revient, pour chascun V escus par moys ; les gaiges des capitaines 33 escus 1/3 par moys, Testât de leurs lieutenants 16 escus 1/3 par moys, Thommie de cheval n'a que quatre gros et demy par jour qui sont sept escus et demy par moys, et leur capitaine 40 escus par moys, son lieutenant 20 escus par moys.

Depuis six mois, de février 1561 (1562) au mois de mars 1562 (1563) avant Pasques, les despenses ont été faictes pour le faict de la guerre de France, réunies aux 'despens de la royne, tant pour Targent déboursé en Allemaigne que argent déboursé à l'Admirai et fraiz faitz par Throckmorton durant ces praticques en France et les despenses du Havre, sans les armes, pouldres et bouletz comprins, tout le mois de mars, la somme de. . . . 455,156 escuz.

Item, l'argent délivré pour Gresham en AUeraaigne, pour la première solde des Ailemaus, au moys de juin 1563 133,333 cscus.

L'argent délivré par Throckmorton, ce mois de mars à monsieur l'admirai à Cacn 50,000 escus.

Item l'intérest que la Royne a payé à Anvers

|ionr ung au pour l'argent qu'elle a tiré pour les

lierres 30,000 escus.

Item pour les frais que Throckmorton a faitz eu lù-ance depuis le connnencement des troubles jusqu'à son retour 30,000 escus (1).

(1) British Muséum, collection Egerton, n« 742. (Pièce originale.)

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