‹ La Normandie à l'étrangerChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Lettre de Ch/irles IX à Matignon (1" septembre 1563). — Nouveaux indices d'agitation religieuse. — Lettre de Marie Stuarl à Matignon. — Lettre du prince de Condé à Mulignon, à l'occasion de l'Église réformée d'Alençon. — Lettre d'un nommé Coucy à Cecil, oîi l'on pressent de nouveaux troubles,— Les prétentions des Anglais coïncidejit avec les agitations intérieures. — Lettre du vidame de Chartres à la Reine Elisabellt. — En vieillissant Elisabeth garde ses pré' tentions à la beauté. — Éloge qu'en fait le Vidame. — Le Vidame retourne en Angleterre au moisde mai 1569. — Lettre où ilannonce son arrivée à la Ihine Elisabftli. — La Normandie préservée de la guerre civile, en 1569, par l'absence de Monigommery. — Lettre de Monigommery au prince de Navarre. — Lillre de Damville à Charles IX (24 novembre 1369) — Détails qu'il donne sur Mofitgommery et ses ravages en Béarn et Gascogne. — Le Vidame et le cardinal de ChatHlon repnnmnt en Angleterre leurs menées. — Lettre du Vidame à Cecil (21 novembre lb()9).— Lettre du Vidame à la Heine Elisabeth en faveur de Sainte-Marie d'Agnaux. — Entretien de Wulsingltam, ambassadeur d'Angleterre, et de Catherine de Médicis au sujet de Monigommery. — Monigommery réfugié à Jersey. — Lettre de Monlgunvnery au gouverneur deOuernesey (29 septembre 1372). — Détails qu'il donne sur la Saint- Darthélemy. — Lettre du duc d'Anjou (Henri 111) à Matignon diaoût 1372) —Lettre de Matignon au bailli de Caen et à ses lieutenants à l'occasion de la Saint-Barlhélemy (27 août lo7i].— Proclamation de Malignon. — Notes secrètes que possède le Record Office sur la Saint-Barthtlemy.— Lettre de Monigommery à Cecil (24 5eptembre 1572). — Lettre du comte de Retz ù la comtesse de M ont gommery.— Monigommery parait vouloir rentrer en grâce {3 octobre 1572). — Lettre de Charles IX à Monigommery (13 février 1573) à celle occasion.-— Précautions recommandées par Charles IX au duc d'Anjou.— Lettre de Monigommery à lord Burghhy, où il confesse son échec devant La RocluUe (2i avril lo73).— Charles IX renseigne le duc d'Anjou sur les mouvements de Monigommery. — Lettre de Monigommery à lord Burghley (26 mai ib73).— Elisabeth ignore ce qu'il est devenu. — Ce qu'eii dit La Mothe-Fénelon. — De Lorges va trouver le prince d'Orange à Delfl.—Le prince d^Orange n'accepte pas ses offres de service. — Les réfugiée français en Angleterre font leur soumissiotu— Monigommery se réjouit de la paix.— Sa lettre à

Burghley {août 1573). — Se plaint d'une tentative d'assassinat. — Lettre d'unnommé Campel, quiengage Montgommery à se rendre en Languedoc, où les protestants sont encore en armes (S octobre 1S73).

— Mesures de sûreté prescrites par Cliarles IX à Matignon contre Monigommery.— Lettre de Monfgommery à Biiryliley, au moment de partir pour la France.— Lettre de Monlgomniery à Burghley, où il lui annonce son débarquement en Normandie (24 mai 1574). — Propositions de conciliation faites par Charles IX aux chefs protestants. — Leur réponse (24 mai 1574). — Lettre de Charles IX à Matignon.— Jl compte sur la prise de Montgonunery à Domfronl et parla de sa santé (24 mai 1574).— Triste destinée de la comtesse de Montgommery —Lettre que lui écrit la Reine Elisabeth, à l'occasion de la captivité de M ont gommei'y.— Lettre de Charlotte de Maillé, mère de la comtesse de Montgommery, au ministre 'Walsingham,pour lui recommander sa fille. — Pauvreté et détresse de la comtesse de Montgommery en Angleterre.— Lettre d'elle à la reine Elisabeth.- L'amiral anglais Champernon, marié à sa fille, veut la répudier.

— Dernier mol sur les Montgommery. — François de Civille. — Ce qu'en dit M. de Blosseville, son biographe. — Les lettres de Civille que renferme le Record Office expliquent la fin de sa vie.— Lettre de Civille à Walsingham (10 septembre iSSi).— H est venu à Londres pour intéresser Elisabeth en faveur des filles du feu prince d'Orange et pour les soustraire à la tutelle du duc de Montpensier. -Lettre de Civille à Walsingham (19 oc/oère 1584). -^ Lettre d'Elisabeth au duc de Montpensier, au sujet des filles du prince d'Orange —Lettre de Civille à Walsingham (12 novembre 1584).— Lettre de Civille à Walsingham (13 mars i^%'6).— Lettre de Civille à Walsingham (8 mai 1585).— /i y peint l'étal des esprits et dévoile les pratiques de la Ligue.— Lettre de Civille à Walsingham (lijuin 1585).- y/ envoie des fruits de Normandie à lady Walsxngham et à lady Leicester. — Civille se réfugie en Angleterre.— Lettre de lui à Walsingham, lui annonçant son arrivée (2 juin 1585).- Lettre de Car rouges à lord Burghley, en faveur des religieuses de Sainte- Brigitte.

Nous n'aurons pas sous la main, pour les années qui vont suivre, comme pour le siège du Havre, une série non interrompue de documents ; il faudra bien se contenter de quelques fragments jusqu'au moment où nous nous servirons de nouvelles lettres

(le Monlgommcry. Commençons par une lettre de Charles IX à Matignon, écrite le l^' septembre 15G;i ; elle semble indiquer qu'il se tramait dans l'ombre quelque nouvelle intrigue et qu'elle se rattachait à l'audacieuse tentative de Pierrepont sur Cherbourg (!) :

Monsieur de Matignon , je viens d'estre adverty que dedans Cherbourg demeure ung Angloys duquel je ne scay le nom ; mais, depuis la reprise de Rouen, il a marié une sienne sœur, et par leur moyen y a quelque menée en main en faveur des Angloys ; pour le moins ont ilz une intelligence avec ung aultre Augloys nommé Estienne Davis, serviteur au P. de Throckmorton, cy devant ambassadeur de la Royue d'Angleterre, dernièrement venu et arrêté eu France ; et encores que la dicte pratique ne soit pas bien descouverte et ne sachions à quel fin elle tend , si est que pour eslre de l'importance dont elle est , je n'ay voullu tarder à vous en advertir incontinent, vous [iriant faire esclairer et observer de près les ungs et les aultres et faire prendre garde aux actions et déportemeuts du dict Angloys et de sa dicte sœur et leurs alliez; pour ce vous verrez qu'il soit à propos les mettre en lieu où ilz ne puissent mal faire et s'asseurer tellement d'eulx, que l'on puisse descouvrir ce qui y pourroit être de caché et de ce que vous y aurez trouvé m'advertirez incontinent , priant Dieu, M»" de Matignon, vous avoir en sa saincte garde (2).

Charles.

de l'aubespine.

H) V. Caillière, Vie de Matignon, p. 67.

(2) British Muséum, Royal autographs, France, n» 12,094. — Elle a été imprimée dans la Vie du maréchal de Matignon, pa^r Cailuère. - V. DE La Lande, Guerres de religio7i dans la Manche^ p. S7.

Si la paix officielle avait élé signée à Amboise , elle élait loin encore d'être affermie dans les esprits. Les passions n'avaient pas désarmé, et il était facile de prévoir que la trêve obtenue ne serait pas de longue durée. Dans noire province , des actes fréquents d'intolérance entretenaient l'agitation. Marie Stuart y fait allusion dans une lettre à Matignon datée du 31 janvier 1564 :

Monsieur de Matignon, ayant entendu que le sieur des Ventes , beau-frère de Lugerye (sic) , que vous coguoissez et le lieu qu'il tient près de moy, est molesté des officiers du siège présidial d'Alençon pour le greffe qu'ilz luy veulleut faire perdre nonobstant le commandement et lettres que le Roy de France , monsieur mon beau-frère , et la Royne, madame ma belle-mère, leur en ayent escript, ne délaissent l'envye qu'ilz ont injustement contre luy, pour ne s'estre déclaré de leur party durant les troubles passez, de quoy se voullant ressentir empeschent en ce qu'ilz peuvent le dit sieur des Ventes, de manière qu'il ne peut traie ter pacifiquement ses affaires et moins celles du dit Lugerye que je désire demeurer en ma protection p(jur le conserver en tout ce qui luy appartient. Par quoy, combien que je sache qu'il soit de vos amys , je vous ay voulu escrire la présente en sa faveur, vous priant me faire cognoistre , en ce qui luy touche ouïes siens, la volonté que vous avez de me faire plaisir, et comme c'est l'endroict où je prie Dieu vous donner longue et heureuse vie.

Escript à Rothes, ce dernier jour de janvier 1564.

Marie (1).

(1) British Mus., bibl. Egerton, Miscell. lett. and pap,, t. XXIIÎ,

L'année suivante, nous retrouvons encore la trace d'un nouveau conflit à Alençon. Le prince deCondé écrivait de Vendôme à Matignon , le 9 novembre 1565 :

Ceulx de l'Église réformée d'Alençon se sont retirez par devers moy eu ce lieu pour se plaindre de n'avoir pas la continuation de l'exercice de leur religion , et de ce que vous avez interdit M" Pierre Merlin, leur ministre, sous prétexte, qu'on lui a voulu imputer, d'avoir presché en UHg verguier et faulbourg d'Alençon , d'avoir receu à la cène aulcuns personnages qui ne sont du baillage et d'avoir prins à femme une damoiselle qui estoik nonnaiu eu l'abbaye du Pré. »

Le prince le disculpe et prie Matignon de le réintégrer (l).

Ce n'était là , .il est vrai , qu'un fait particulier ; mais voici d'autres indices plus significatifs de la prochaine prise d'armes des protestants : un nommé Coucy écrivait à Gecil, le 18 avril 1566 :

M"" le prince de Condé s'en alla à sa maison le j 4 de ce mois ; M"" de Montgommery, le prince de Portiau ne bougent pas encore.

M"" de Montgommery m'a dit que les protestants de France sont disposés à secourir ceulx de Flandres, au moyen de quoy les tempêtes recommenceront ici de rechef (2).

(1) British Mus,, bibl. Egerton, MisceU. lett. and pap., t. XVIf, f» 77. (Original signé.)

(2) Record Office, State Pajters, France, vol. XXXIX.

Nous l'avons déjà remarqué et nous en avons de nombreuses preuves, les prétentions de l'Angleterre coïncident toujours avec les troubles intérieurs provoqués par les protestants. En 1567, Elisabeth donne commission à Smith de revendiquer Calais (1), et en 1568, en pleine guerre civile, nous voyons notre ambassadeur en Angleterre, Paul de Foix , se plaindre à Elisabeth des menées de son ambassadeur en France , sir Norris , et il a soin de rappeler qu'au moment où la conspiration pour surprendre le Havre avait été découverte (2), une flotte anglaise croisait sur les côtes de Normandie (3). La politique des Anglais n'avait donc pas varié ; elle en était revenue aux pratiques de 156:2.

Celui qui avait joué le premier rôle dans la remise

(1) Commission donnée à Smith en laUn. — BriUsh Muséum, bibl. Harl., E, vol. VI.

(2) De Masseville, dans son Histoire de Normandie, raconte ainsi Tentreprise des protestants sur le Havre :

« Un de leurs vaisseaux, chargé de soldats cachez sous des marchandises, entra dans cette ville avec assez d'adresse et de bonheur: la nuit étant venue, ils se saisirent du marché, et, par les intelligences qu'ils avoient avec plusieurs des habitans, ils alloient se rendre eniièrement maîtres de la ville, sans la vigilance et la conduite de Sarlabos qui en étoit gouverneur. Dès qu'il en entendit le premier bruit, il fit prendre les armes à sa garnison, s'assura des portes et des murailles, et attaqua les protestans avec tant de vigueur, qu'ils les défit. 11 y en eût qui se sauvèrent, les autres furent pris et exécutez (*).

(3) Commission donnée à Smith en latin. — British Mus., Bibl. Harl., E, vol. VI, f» 33.

(■) De Masseville, Histoire de Normandie, t. V, p, 102.

du Havre aux Anglais, le Vidame de Chartres, à la suite de la paix d'Amboise, était rentré en France, et plus d'une fois on l'avait vu à la cour ; Elisabeth en prit ombrage. Désireux de se remettre dans ses bonnes grâces, le Vidame crut devoir s'en expliquer» et, connaissant son faible, il commence par louer sa beauté, dont elle était si fière, qu'un éloge, tout exagéré qu'il fût, restait encore au-dessous de ce qu'elle pensait d'elle-même; puis il la remercie de la lettre qu'elle a daigné lui écrire; il a craint un instant d'être en suspicion auprès d'elle et d'avoir élé calomnié par quelqu'un de ceux « qui sont marris de la facilité et clémence qu'il a trouvée auprès de son Roi et la Heine sa mère »; il s'excuse de n'avoir pas signé la lettre qu'il a écrite à Elisabeth, se comparant à Marie, sœur de Marthe, qui « omettoit beaucoup de choses •) ; il sollicite l'honneur d'avoir un portrait d'elle, si elle se fait peindre, « pour en faire envie à toutes celles qui n'arriveront jamais à ce degré de beauté, » et venant aux projets de mariage qu'on prêtait à Elisabeth avec Leicester, il ajoute « qu'elle a jeté les yeux sur une personne qu'il sait être honorable et aizréable à tous ceux qui la connaissent (1). » En vieillissant, Elisabeth avait gardé toutes ses prétentions à la beauté; à bien des années de distance, nous retrouverons le Vidame lui prodiguant encore de surannées flagorneries : a Comme

(l) Record Office, State Papers, France, vol. XXXIX.

mes yeux n'ont à voir que le soleil de vos belles beautés, ni nos vœux que vos perfections à adorer, ma vie ne portera jamais que les lois de votre volonté, non plus que le vent mes soupirs, le zèle de mes prières et que les souhaits de vostre éternelle prospérité (1). »

Au mois du mai 1569, ramené en Angleterre par la nouvelle prise d'armes, le Vidame en prévint immédiatement la Reine :

Madame, que l'envie que j'ay eu de me rafrechir en vostre mémoire au nombre de vos très-humbles et trèsobéissants serviteurs m'a esmeu laisser le repos que je pouvois prendre à la Rochelle et passer la mer, pour, au mesme temps que je cherchois de jouir des fruits de mariage, trouver l'occasion de me présenter à vostre Majesté et vous faire cognoistre que je ne seray jamais oublieus ni ingrat du gracieus recueil qu'il lui pleust me faire aulx premières troubles. Désirant pouvoir faire le mesmê en l'endroit de ce Prince tant vertueus, Monsieur l'Electeur Palatm, au quel nous sommes fort tenus en gênerai et moy en particulier, lui doibs beaucoup. J'ay délibéré devant que retorner en France lai aller faire la révérence, et pour veoir de tels Princes, je ne pleindray jamais mes peines et moings pour leur faire service.

Madame, je prie Dieu qu'il tienne vostre personne et vostre Majesté Roialle en telle prospérité que en trèsheureuse et longue vie, soyez tousjours contente et augmentez vostre grandeur en l'amour et grâce de Dieu.

A Exester, le 6 mai 1569 (2).

(1) Record Office, State Papers, France, vol. XCVI. (Autographe.) (J) Jbid., vol. XL VI. (Original.)

Si, à cette époque, la Normandie fut préservée d'une seconde invasion et de la guerre civile, elle le dut à réioignement de Montgommery qui avait rejoint l'armée des Princes en Gascogne, et encore laissat-il des traces de son passage; car, chemin faisant, il prit Falaise et Alençon (1). Ce serait nous écarter de notre sujet que de le suivre en Béarn et en Gascogne ; nous nous bornerons à donner ici une lettre de lui au prince de Navarre, dans laquelle il lui annonce sa victoire sur Terride :

Monseigneur, je vous ay dernièrement écrit par le s' de Pirouard comment les ennemis avoient levé le siège de devant la ville de Navarrain et que les venois trouver en ce lieu, ce que j'ay fait, ou Dieu nous a donné la victoire, comme vous dira ce porteur, ayant prins Monsieur de Terride , la pluspart des chefs et granz hommes de sa suite , desquclz je vous envoie la liste et une copie de la composition qui a esté faicte, ayant eu aussi quatre canons , quatre coulevrines et trois moyennes , sans sept à huit cens soldatz qui sont demeurés des leurs par la place, les aultres rendus à uoz compagnies, les aultres mis eu route, seize enseignes de leurs gens de pied, une de la compagnie du s'' de Terride, une aultre du s"' de Negrepelisse, la pluspart de leurs armes et chevaux prins. Vous asseurant bien , Monseigneur, que je ne perdray une seule heure de temps pour vous faire cognoistre l'envie que j'ay de vous faire service très humble et agréable ; aussi, Monseigneur, je vous supplierai très humblement m'envoyer ce que vous ay demandé tant par La Chapelle, le dict sieur de Pirouard , que par ce porteur, et espère, avec l'ayde de Dieu , que la Reync et vous en recevrez

{i) Masseville, Histoire de Normandie, t. V, p. 191.

contentement et plaisir, le quel je supplie Dieu, Monseigneur, vous donner en parfaite santé.

A Orthes, le xvi aoust 1569.

Accusé de n'avoir pas secouru à temps Terride , qui, au mépris de la capitulation qui lui laissait la vie sauve , fut massacré avec ses compagnons , le maréchal Damville se justifie ainsi dans une lettre au Roi du 24 novembre 1569 :

Estant en chemin pour secourir le comte de Terride , que le comte de Moutgommery tenoit assiégé dans le chasteau de Hortes, je fus adverty de la surprinse par luy de toutes les villes du Béarn. La Gascogne , le Bigorre, l'Armagnac sont ruinés, les villes pillées (2).

Il cherche Montgommery pour le combattre. Monluc, qu'il a envoyé avec trois mille chevaux et deux mille hommes de pied, a repris Mont-de- Marsan et fait passer au fil de l'épée tout ce qui se trouvait dedans; il répond du succès s'il peut joindre Montgommery. Voilà comme on faisait la guerre en ce temps-là !

Dans cette même année 1569, le Vidame de Chartres, aidé du cardinal de Chàtillon, réfugié comme lui en Angleterre, reprit toutes ses menées contre la France et redevint l'agent le plus actif des réformés.

(1) Record Office, State Papers, France, vol. XLVI. (Autograptie.)

(2) V. correspondance de Monluc, t. IV, édit. de la Société de Ihistoire de France. On y trouvera quelques indications curieuses sur Montgommery.

Le 21 novembre 1569, il écrit à Cecil ponr lui recommander une pauvre veuve dont le mari avait été exécuté en France ; c'est le ministre de l'Église française de Londres qui l'a prié de s'y intéresser, et il demande pour elle des lettres de naturalisation (1). Le mois suivant, et ceci est plus important, il léclame la protection d'Elisabeth pour le lieutenant j le plus fidèle de iMontgommery, pour Sainte-Marie^ d'Agnaux :

Madame, puis peu de jours en ra est arrivé à la Rye ung gentilhomme nommé Saincte-Marie d'Agnaux, le quel, dès les premières troubles, eu l'an mil cinq cens soixante-deux, passa du Havre à votre Royaulme et baisa les mains de votre Majesté; et pour ce qu'il est malade» fort caduque et travaille des guerres de France, dont il vient présentement, il dcsireroit voiuuliers aller voir sa femme, qui est en vos isles de Jarzay et Garnizay. Et soubs le bon plaisir et voluntc de votre Majesté pour tel temps qu'il vous plaira luy permettre y séjourner pour se raffraichir, Et à ces te occasion il supplie très-humblement votre Majesté, comme je fais aussy, lui vouloir octroyer une lettre de votre commandement au cappitaine et gouverneur des dites isles de le souffrir en patience vivre avec son train et famille pour tel temps qu'il vous plaira luy permettre. Je n'entrepreiidrois à faire ceste requeste à votre Majesté, si je ne cognoissois combien le dict S"" de Saincte-Marie vous est très-humble et très-affectionné serviteur.

Madame, je supplie le Créateur vous donner en trèsbonne et parfaite sauté, très-heureuse et longue vie.

A Hauborne, ce xxvii décembre 1569 (2).

(1) Record Office, State Papers, France, vol. XL VI. (i) Jbid. (Original.)

Franchissons quelques années pour arriver au mois d'août 1572 et à la sanglante nuit de la Saint- Barthélémy. Montgommery, ainsi que la plupart des chefs protestants, se trouvait alors à Paris et avait pris gîte au faubourg Saint-Germain. Dans une conversation qui eut lieu, le 21 septembre, entre Catherine de Médicis et l'ambassadeur anglais Walsingham , il est question de lui. L'ambassadeur, au nom d'Elisabeth, ayant dit à Catherine qu'il aimait à croire que le Roi se justifierait devant Dieu et devant les hommes du massacre de la Saint-Barthélémy, elle répondit que l'exécution s'était faite avec plus de cruauté que le Roi n'aurait voulu; qu'on avait eu bien de la peine à l'obliger de faire ce qu'il avait fait, et encore y aval -il été contraint par l'imminent danger dont il était menacé, ainsi qu'ellemême et ses autres fils, et elle ajouta : « Puisque la Reine ma sœur se montre surprise de ce que j'ai pu me résoudre à cette exécution et qu'elle semble croire que j'aurais dû et en toute justice examinelfi auparavant si les avis que j'avais reçus étaient fondés ou non, vous pourrez lui dire que les maux présents voulaient des remèdes prompts , car nous étions informés par des personnes sûres et de même opinion religieuse que l'Amiral , mais qui , en ceiU circonstance, ont cru devoir préférer leur Roi à uï de ses sujets , que si ceux de la Religion n'avaiei pas été prévenus dans le temps qu'ils le furent , il^ se seraient emparés deux heures plus tard des portes

du Louvre et de nos personnes, entreprise qui devait être exécutée dans l'après-midi du jour même où l'Amiral fut blessé. » « Ce jour-là, ajouta-t-elle , le comte de Montgommory fut longtemps au Préaux-Clercs avec une compagnie de cavalerie, attendant ce que les autres feraient dans Paris. » Sur ce, Walsingham lui demanda la liberté de lui dire quelques mots à la décharge de Montgommery : le vendredi soir, après la blessure de l'Amiral, il était venu à son logis entre neuf et dix heures, et, entre autres choses, il lui avait dit que, si ceux de la Religion et lui avaient juste sujet d'être affligés de la blessure de l'Amiral, ils n'en avaient p; s moins de se réjouir de voir le Roi prendre tant de soin de sa guérison et se donner tant de mal pour découvrir les coupables, et, quant à cette démonstration au Pré-aux-Clercs, Walsingham ajouta que, le malin du jour où l'exécution se fit, il avait envoyé un gentilhomme anglais au logis de Montgommery pour savoir de lui ce que c'était qie ce tumulte, et sa réponse fut qu'il y avait eu, en effet, quelque trouble, mais qu'il était apaisé; que le Roi avait mis si bonne garde autour de l'Amiral qu'il était en sûreté; cette réponse indiquait bien qu'il n'était pas venu avec mauvaise intention au Pré-aux-Clercs; d'ailleurs, il n'avait à ce moment que quarante cavaliers, tous désarmés , à l'exception de quatre ; il n'était ; donc pas au Pré-aux-Clercs pour quelque méchant dessein. Catherine se contenta de répondre qu'elle

ne croyait pas le comte aussi coupable que les autres ; que, depuis son départ, il avait adressé au Roi son fils deux lettres de justification et de soumission (1 j. Toujours est-il que Monlgommery, avec quelquesuns des siens, crut plus prudent de fuir du faubourg Saint-Germain de toute la vitesse de ses chevaux, et ne se crut en sûreté qu'à Jersey. Nous avons retrouvé une lettre de lui au gouverneur de Guernesey, datée de Jersey le 29 septembre :

Monsieur, je ne veulx perdre une seule occasion de vous écrire quand j'en auray le moyen, je vous prie me faire ce bien de me départir de voz nouvelles, quand vostre commodité se présentera. Ce que je vous puis faire sçavoir pour le présent, ce sont toutes choses piteuses et lamentables, car on continue en tous endroits de France, tant aux \dUes que aux champs, de massacrer tant vieux que jeunes, que femmes, que enfants et n'en eschappe de leur t^Tannie et cruaulté que ceulx qui ont l'heur de se sauver secrètement. Je vous envoie une liste (2) de ceulx qui se sont échappés du massacre de Paris , que Dieu a réservés pour lui faire encore quelquefois service à l'advancement de son règne et liberté de son Eglise, encore dit-on qu'il s'en est sauvé quelques aultres qui sont obmis en ce mémoire; ceulx de nostre religion tiennent Cognac et Saint-Jehan d'Angely en Poitou, on pense qu'ils tiennent Angoulesme aux quels lieux ils assemblent des forces. Il est arrivé présentement ung ministre d'auprès de Caen qui a rap-

(1) Recueil des ambassades de Walsingham. Amsterdam, MDCC.

(2) Cette liste malbeureusement n'accompagne pas la lettre, mais l nous avons retrouvé dans le même volume ces quelques noms : le vidame de Chartres, Gamaches, Grammont, Bouchavannes, Beauvais la Nocle, Dacier (Crussol), Colombières, Bourcy, le flls de La Roche* foucauld, leûls de M, de Lavardin.

porté que la Reyne de France est accouchée d'ung filz et qu'elle, pour recognoissance du bien que Dieu luy a faict, sollicite le Roy de faire pardon à tous ceulx de la religion, fors qu'aux ministres, et le même messager rapporte qu'il y a ambassadeui-s à la cour de la part des princes d'Allemagne et d'Orenge pour desclarer la guerre au Roy sur son faict si cruellement exercé, aussi qu'il y a ambassadeurs de la part des subjectz du Roy de Navarre, qui demandent sa liberté, aultrementqu'ilz lui signifieront la guerre ; on dit que le Roy est fort intimidé de telles menasses et qu'il faict semblant d'estre marry de ce qui est arrivé, et qu'il faict cesser la persécution. Je ne vous baille ces nouvelles non pour asseurées, mais pour telles qu'elles m'ont esté présentées et apportées ; c'est l'endroit où je me recommanderay de bien bon cœur à vostre bonne grdce, priant Dieu, Monsieur, vous tenir en la sienne en toute bonne prospérité et longue et heureuse vie.

De Gersey, ce pénultième de septembre 1572.

Vostre bien affectionné et fydèle amy,

Nous avons également retrouvé à Londres quelques documents relatifs à la Saint-Barthélémy à Rouen et qui ont leur place ici. Voici d'abord une lettre du duc d'Anjou à M. de Matignon, en date du 22 août 1572:

Monsieur de Matignon, vous verrez par les lettres du Roy, monseigneur et frère, ce qui est advenu à mon cousin l'Admirai dont nous sommes tous fort marrys, vous priant faire entendre en l'estendue de vostre charge le desplaisir que l'on en a icy et comme l'on en veult faire la justice, tenant aussy la main que le bruict qui en

(1) Record Office, State Papers, France, vol. LUI.

ira par delà ne soit cause de quelque esmotiou, trouble ou inconvénient, mais que chascun vive douicement et bonne discipline sous l'observance de l'edicL de pacification et suivant ce que le Roy monsieur mon frère vous escript, et vous lui ferez service très agréable, priant Dieu, monsieur de Matignon, qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde.

Escript à Paris, le xxii* jour d'aoust.

Vostre bon amy,

Henry (1).

Nous ferons suivre cette lettre par celle de iMalignon au bailli de Caen et à ses lieutenants :

Messieurs, j'ay receu une lettre qu'il a plu au Roy m'escripre par où sa Majesté me mande qu'il est advenu quelque esmotiou à Paris où il a esté tué plusieurs personnes et entre aultres Monsieur l'Admirai , ce qui est advenu par la querelle particulière qui estoit entre M. le duc de Guise et le dit siem" Admirai, et qu'en cela il n'y a rien de la rupture de son dernier édict de pacification, lequel sa Majesté veut estre entretenu et observé, à l'occasion de quoy j'ay fait dresser une ordonnance à ceste fin que je vous envoyé et vous prie donner ordre, incontinent que l'aurez receue, de la faire lire, publier, tant en la ville et faubourgs de Caen que aux aultres villes et villages du dict bailliage et tenir la main à ce que toutes choses se" passent de vostre côté selon l'intention de sa Majesté portée par la dicte ordonnance, priant Dieu, messieurs, vous avoir en sa saincte garde.

Falaise, le xxvii* jour d'aoust 1572 (2). :^

(1) British Muséum, collect. Egerton, Lettres des Rois et Reims de France, t. V, f° ^ 1.

(2) Record Office, State Papers, France, vol. LUI.

Le même jour, Matignon faisait répandre celte proclamation :

Poureviterqu'iln'advieiineaulcune sédition ou esmotion populaire, tant en cesle ville de Gaen que aulx champs, sous prétexte du bruit que l'on pourroit faire courir de l'esnieute dernièrement advenue à Paris et que, à l'occasion de cela, il y eut quelques ungs qui se volassent élever et prendre les armes pour se massacrer les ungs et les aultres, qui seroit contrevenir Ma volonté et intention de sa Majesté, il est très-expressement inhibé et deffendu, sous peine de vie, à toutes personnes de quelque estât, qualité ou condition, qu'ilz soient de ceste dicte ville, faulxbourgs, bourgades et villages de ce bailliage, de se demander ou quereller aulcune chose par voye de faict, ne de prendre ou porter aulcunes armes deffcndues par les ordonnances de S. M., ains leur est exlrèniement enjoint, sous les mesmes peines, de se contenir et vivre amiablement les ungs avec les autres, suivant le dernier édict de pacification, tant en ceste dicte ville, faulxbourgs, que aultres villes du dict bailliage, aulx champs ou besoin sera.

Fait à Gaen, le xxvii« jour d'aoust 1571 (1).

Le Record OiTice possède encore quelques notes secrètes et en anglais sur la Saint-Bartheiemy, à Rouen; nous en donnons la traduction exacte, en avertissant qu'elles ne portent toutes deux aucune suscription. C'est sans doute le rapport de quelque agent subalterne en résidence à Rouen (2). Voici la

(1) Record Office, State Papers, vol. LUI. — Cette proclamation est datée de Gaen et imprimée par Estionne Thomas, imprimeur . u Roy.

(2) V. Estai de la France sous Charles JX. Meidelbourg, 1578, 1. 1, p. 408.

première: « Garrouges (1), le gouverneur, apprenant que le bon plaisir du Roi était que les protestants désormais participeraient aux choses de la religion calholique, ne voulut pas adhérer à un tel acte, et, ne se trouvant pas assez autorisé, envoya

U) Les archives municipales de Rouen renferment plusieurs lettres de Charles IX à M. de Garrouges; elles diffèrent des deux notes publiées ci-dessus :— La première lettre est du 24 août; elle est en tout semblable à celle écrite à M. d'Eguilly, gouverneur de Chartres (*) ; ce n'est donc en réalité que la même cir'",ulaire adressée à tous les gouverneurs; dans cette lettre, la Saint-Barthélémy n'est que le résultat d'une lamentable sédition « qui s'est meue avec telle furie qu'il n'a été possible d'y apporter remède tel qu'on l'eût pu désirer, le Roy ayant eu assez affaire à employer sa garde et ses autres forces pour se tenir le plus fort en son chasteau du Louvre, » afin de donner ordre partout d'apaiser la dite sédition qui est, grâces il Dieu, à ceste heure arrestée, n'estant que la querelle pariiculière qui est de longtemps entre ces deux maisons (de Guise et Goligny), de laquelle aiant tousjours pensé qu'il adviendroit quelque mauvais effet, et il avoit fait ci devanttout :e qu'il lui étoit possible pour l'apaiser. »

Il déclare qu'il entend maintenir sonédit de pacification, d'autant « qu'il auroit merveilleusement regret si cette occasion provoquoil d'autres massacres, »

Le massacre ayant eu lieu à Rouen le 17 septembre, le 21 septembre suivant, Catherine et Charles IX écrivirent pour s'en plaindre, et demandèrent la punition des coupables.

Nouvelle lettre de Charles IX du 7 octobre, pour déplorer le massacre du 17 septembre, « d'autant que cela contraindra les Anglois et autres estrangers à abandonner le trafic qu'ils ont accoustumé; » il invite de nouveau M. de Garrouges à punir les coupables. Le Conseil de ville, les notables allèrent trouver M. de Garrouges, « chacun protestant qu'il naeté pour rien dar.s le massacre, » et le 8 octobre, une assemblée municipale eut lieu pour aviser aux moyens d'éviter à Pavenir de nouvelles émotions (**).

(*) V. Mermet, Lettres des rois de France.

(**} Arclii\e8 municipales de la ville de Rouen.

auprès du Roi pour connaître sa volonté. Charles IX reçut très-mal ce message et avec des jurements, il répondit qu'il entendait qu'il en fût ainsi ; sur ce, le gouverneur non satisfait renvoya de nouveau pour avoir des lettres explicites de décharge. Le Roi fort en colère, mais dissimulant, tout en prenant du tabac, répondit qu'il entendait qu'il en fût de même à Rouen qu'ailleurs. Le gouverneur se retira à la campagne dans une maison à lui, et le peuple, avec une extrême cruauté, massacra ceux de la Religion sans aucune résistance (1). »

Voici la seconde note :

« A Rouen, ils ont emprisonné soixante-deux de la Religion ; le reste était resté dans leurs maisons, et mercredi 17 septembre, environ quatre heures du matin, les meurtriers allèrent à la prison, et, par force et violence, ont ordonné au geôlier de leur remettre les prisonniers; il y a résisté autant qu'il pouvait, mais à la fin il les a rendus; alors, les appelant par leurs noms, les uns après les autres, ils les ont tués. Le geôlier en voulait sauver quelquesuns, mais, regardant leurs listes et trouvant qu'il en manquait un à l'appel , ils l'ont forcé de le livrer.

« Le chef des meurtriers était un nommé le capitaine Maromme (2) ; les autres principaux chefs

(1) Record Office, State Papers, France, vol. LUI. (Trad. du texte anglais.)

(2) V. Estât de la France soits Charles IX, t. I, p. 408.

étaient le capitaine Caumont, Hostelier et un curé de Saint-Pierre (l).

« Le capitaine Caumont est arrivé à Dieppe le 30 septembre avec ses bandes , espérant y faire la même chose, mais le sieur de Sigognes ne le permit pas; il a fait mettre en prison vingt-cinq ou trente de ceux de la Religion qui craignaient pour leur vie (2). )>

De Jersey, Montgommery vint à Londres; la lettre suivante, adressée à Ceci! le 24 décembre 1572, nous l'apprend :

Monsieur, vous avez bonne souvenance comment , il y a quelque temps, je vous ay communiqué les affaires qui touchent principallement nostre cause, dont deppend ung raiîreschissement de vivres et munitions de guerre pour la ville de la Rochelle , et combien qu'une espace de temps se soit escoulé depuis , propre pour advancer ce ralTrescliissement ; toutes fois je ne vous en ay point voulu importuner, espérant par la responce qu'il plaira à sa Majesté me faire d'estre esclairé de ce point, qui est le point principal, mais d'aultant que l'hiver commence desia fort à se passer (qui est le temps plus propre pour pourvoir à la nécessité de ceulx de la Rochelle), joint que les députés d'icelle qui sont venus exprès en ce Royaulme pour solliciter cest affaire estant revenus depuis peu de jours de Hampton, m'ont faict entendre que ceulx de la dicte ville sont plus pressés que je n'avois entendu , j'ay été contraint vous supplier très humblement de faire tant à ma faveur envers sa Majesté , qu'il luy plaise d'octroyer

(1) V. Estât de la France.

(2) Record Office, State Papers, France, vol. LUI. (Trad. du texte anglais.)

aux dicts députés qu'ilz puissent enlever de ce Royaulnie (en payant les droitz) ce qu'ils auront besoing pour la munition, suivant les mémoires que j'ay donnés à ce porteur, avec charge de vous en communiquer plus au long, le quel, s'il vous plaist, vous croirez. Et comme je ne doubte que cest affaire ne vous soit sur toutes aultres recommandé pour la conséquence et qualité dont il est, je n'a,djou!teray aultrc chose à la présente, sinon que, comme dernièrement j'eus ce Mcn de vous voir, je vous parlé de l'afïaire du cappitaine Sorès, d'aultant que tant plus je reconnoy ce qui m'est nécessaire, d'autant plus je voys combien j'auray besoin de luy. Je suis constrainct de rechef vous supplier très-humblement d'estre moien envers sa dite Majesté, qu'il puisse librement commercer en ce royaume, sans pouvoir estre recerché pour les choses advenues durant les troubles précédents, des quelles il a bonnes et seures descharges par MM. les Princes. Car je m'asseure tant de sa personne qu'il ne fera aulcune faulte à son debvoir, et s'il plaist à sa Majesté luy faire tant d'honneur que de luy commander pour son service, je suis certain qu'il se sentira heureux de s'y employer de toute sa puissance, et qu'il eu est aultaut digne que cappitaine qui hante la Marine. Ce dict porteur vous présentera une requeste de sa part qu'il vous plaira faire intérimer. Et en cest endroict, je vous presentcray mes très-humbles recommendations et supplieray Dieu, Monsieur, vous donner en très-parfaite sauté trèsbonne et heureuse vie.

A Londres, le xxiiii» de décembre 1572.

Depuis ces lettres escriptes, j'ai esté adverty que celluy par lequel je vous envoys ces lettres a esté faict prisonnier, qui faict que j'ay donné charge au sieur de Yilliers de porter les susdictes lettres, et vous faire entendre la nécessité qui nous presse, lequel je vous supplie trèshumblement de croire. Le dict prisonnier avoit lettres de

la part de ceux de la Rochelle pour présenter à sa Majesté, et les quelles il vous envoya par le S'' David, l'uug des députés de la dite ville (1).

Dans les derniers mois de l'année 1572, soit de bonne foi, soit pour masquer ses desseins, Montgommery cherchait de nouveau à rentrer dans les bonnes grâces de Charles IX, ou, du moins, il laissait agir en son nom RP° de Montgommery, sauf à la désavouer plus tard.

C'est un côté peu connu de sa vie et sur lequel nous appelons l'attention.

Voici ce que le comte de Retz, envoyé en mission extraordinaire en Angleterre, écrivait, le 3 octobre 1572, à la comtesse de Montgommerj, en réponse à une lettre que nous regrettons de n'avoir pu retrouver :

Madame, j'ay, ces jours passés, receu une votre lettre suyvant laquelle j'ay bien particulièrement faict entendre au Roy Testât de votre fortune, ensemble les remèdes qui m'ont semblé les plus propres pour le bien et conservation de votre maison, lesquels, il fault que je vous dye. dépendent entièrement de vous et de votre mary. Estant très asseuré que, se comportant doucement comme il doibt et comme il m'a asseuré dernièrement estant icy et comme je scay qu'il peult l'aire, vous et luy et tout le demeurant qui vous touche, aurez entière jouissance avec grand repos de tout ce qui est vostre. Et combien que je soys le moindre de vos amys, si me voys ie assez fort en i^equeje ne vous puys nyer que je ne craigne advenir

(1) Record Office, State Papers, France, vol. Liïl.

au contraire, si vostre dit mary ne se resoult à ce que dessus, qui m'afaict délibérer d'asseurer le Roy que vous envoyerez promptemenl devers luy pour entendre bien particulièrement et au vray sa délibération. Et si ainsi est qu'il veuille se contenter, quelque part qu'il veuille demeurer, d'y vivre doulcement avec vous et comme il doibt en la fidélité de son Prince, le Roy le permettra volontiers à luy et à vous et de jouir enfièrement, en toute liberté, de tout ce qui est vostre de dera, pourveu que votre fils y vienne, au quel je m'asseure l'aire donner toute entière liberté et seureté, et que vous vous contentiez de faire eslever les aultres petits en la maison de quelque de vos parens ou amys qui les nourisse au debvoir qu'ils doivent h leur Roy et à leur patrie. J'avoys pensé que Madame de La Suse prendroit très volontiers ccsle charge, ce que j'ay mis en avant au Roy, qui l'a eu bien agréable , comme il a eu semblablement que vous puissiez faire vos couches librement partout où vous choisirez pour le mieulx, qui est, ce me semble, la satisfaction entière de ce que j'ay peu cognoistre que vous desirez. Je supplie Dieu vous donner le moyen de vous pouvoir resouldre au mieux, et par là vous m'aurez donné toute puissance de vous pouvoir servir, ce que je désire de tout mon cœur, duquel je supplie le Créateur vous donner en très bonne santé. Madame, bien heureuse et contente vie.

A Paris, ce troys^^^ jour d'octobre 1572.

Je vous supplie, Madame, user de toute diligence d'advertir votre mary, d'aultant que je prevoy que de cela seul dépend l'entier couteuteuient de vous deux (1).

Ces tentatives de rapprochement continuèrent :

(i) Record Office, State Papers, France, vol. XLIII. (Copie du temps.)

Notre ambassadeur à Londres, La Molhe-Fénelon, écrivait au Roi, le 15 janvier 1573 :

Le Vidame m'a dit que le comte de Montgommery ofEroit que, si j'avois à luy faire entendre quelque chose en particulier de votre Majesté et de la Reyne votre mère, qu'il vieudroit parler avec tout respect à moy pour Guyr vos bons commandements (1).

C'est à la suite de ces pourparlers que Charles IX écrivait à Montgommery, le 13 février 1575 :

Monsieur le comte, j'ay esté bien ayse d'entendre par le S"" de S^-Jehan, vostre frère, la bonne volonté en laquelle il vous trouva de vous contenir doulcement par de là et sans entreprendre ni favoriser aulcune chose que soit contre le bien de mon service, qui est ce que je désire de vous, et me semble que vous ne sauriez mieulx faire pour vostre honneur et avantaige, ayant pour ceste cause advisé envoyer le S"" de Cha'eauneuf présent porteur pour vous dire et asseurer que, vous comportant de mesme, je vous feray conserver de tout ce qui vous touchera, et vous maintiendray ainsi que mes aultres loyaux subjects, comme vous entendrez plus particulièrement du dict sieur de Chateauneuf, sur lequel me remettant du surplus, dont je vous prie le croire, et prieray Dieu, Monsieur le comte, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escript à Paris, le ix* jour de février 1573.

Charles.

Monsieur le comte, j'ai fait desgaiger vostre vaiselle de trois cens escus et ay commandé au trésorier de mon

(1) Correspondance de La Mothe-Fénelon, t. V, p. 240.

espargne la garder pour la vous faire rendre comme je luy ay ordonné (1).

Il est à croire que ces propositions de soumission n'étaient, de la part de Monlgoiniuery, qu'un moyen de masquer ses menées et ses préparatifs d'expédition pour secourir la Rochelle, car dès le IG février suivant, notre ambassadeur jette un cri d'alarme: « Je crains, écrivait-il au roi, de beaucoup d'endroits beaucoup de choses dont j'auray l'œil ouvert. » Le 20 février, il prévient le Roi que Monlgommery traite ordinairement avec le secrétaire du comte Palatin, et les forces qu'il rassemble secrètement il les mènera à la Rochelle, ou il se hasardera de surprendre quelque i»lace le long de la côte de Normandie (:2); aussi tout en cherchant à ramener Monlgommery, Charles IX avait-il les yeux ouverts sur la Normandie; le 4 mars, il fait part au duc d'Anjou des remontrances quil a adressées à la Reine d'Angleterre, à l'occasion de ceux de ses sujets qui s'ûtaient retirés en ses États, et il annonce à son frère qu'il fait fortifier les places de Normandie et de Bretagne pour éviter une surprise (3); le 10 mars suivant, il prévient le duc d'Anjou qu'il a su, par La Molhe-Fénelon, son ambassadeur à Londres, que Montgommery doit s'embarquer, le 12 du mois, pour une destina-

(1/ Record Office, Slate Paper?, France, vol. XLIX.

(2) Correspondance de La Molhe-Fcnelon, t. V, p. 261.

(3) Bibl. imp. de Saint-Pétersboarg, Cwrespcmd^nce de Charlfs IX.

tion encore inconnue (1); le 23 mars, nouvelle lettre ; il espère qu'il empêchera Montgommery de donner secours à la Rochelle alors assiégée (2).

Le 27, il annonce le passage de Montgommery par Jersey, et engage son frère à veiller sur la flotte (3).

Mais Montgommery n'avait pas encore pris la mer : le 28 mars il était encore à Plymouth d'où il écrivait à lord Burghley :

Je ne vous scaurois dire l'ennui que j'ay eu de mon long embarquement pource que les navires ne sont pas encore venus en ce havre, tant pour le vent qu'à cause d'aultres choses que je ne scay point.

Il n'a su avoir qu'un navire qui ne sera prêt que dans sept jours ; il attend de sa faveur la rondelle, « laquelle lui dofaudrabien parce que leurs ennemis se renforcent toujours. »

Et de sa main :

Si Dieu me fait la grâce d'entrer dans La Rochelle, sa Majesté connoistra que le Roy de France ne sera point trompé du service que je luy feroy (4).

Mieux renseigné cette fois, Charles IX écrit au duc d'Anjou, le 12 avril 1573, que Montgommery se prépare toujours à partir d'Angleterre, et il l'engage à bien faire veiller sur la Bretagne ; il a donné

(i) Bibl. irap. de Saint-Pétersbourg. Correspondance de Charles JX.

(2) Jbid.

(3) Ibid.

(4) Record Office, State Papers, France, vol. LIV.

des ordres pour faire répartir sept milliers de poudre à canon dans les places de Normandie (I).

Le 20 avril, il prévient son frère queLaMothe- Fénelon l'a averti que le départ de Monlgommery était fixé au 21 du mois (2). Un certain M. de Fumel (lequel se dit être au roi de Navarre), a dû dire que « la flotte de Montgommery forceroit l'entrée du port de La Rochelle, car il ne falloit se fier aux vaisseaux qui sont dedans le port; » il faut lui ôter son commandement sur le vaisseau où il est enseigne (3).

Deux jours durant , Montgommery se présenta devant La Rochelle, mais ne pouvant ni forcer l'entrée du port, ni engager le combat, il reprit le large. En annonçant cette heureuse nouvelle à La Molhe- Fénelon, Charles IX lui dit qu'il a su que xMontgommery lui-même, dans une lettre au Grand-Trésorier d'Angleterre, convient de son insuccès (\); cette lettre de Montgommery, nous l'avons retrouvée et la voici :

Monsieur, j'ay pryé messieurs de Laiiguillier et Seberre prendre la payne d'aller en toute dilligence advertir sa Majesté de nostre voyage, de la force des navyres de nos ennemys et du petit moyen que nous avons eu de les pouvoir combattre et luy faire entendre et à vous aussy comme toutes choses se sont passées. Il y a deux ou troys

(1) BibI imp. de Saint-Pétersbourg, dépêche originale, datée et signée de Fontainebleau.

(2) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg. (Dépêche originale datée et signée de Fontainebleau.)

(3) Ibid.

(4) Ibid.

moys si je feusse party avec ce que j'ay admené icy, comme je l'avoys bien désiré et supplyé, j'en eusse eu bon marché. Je vous supplye très-humblement, Monsieur, estre moyen que sa Majesté ne veuille plus différer de secours tant de gens de bien et de bon peuple qui se sont remys soubs son obéissance et ont délibéré d'y vivre et mourir, et que les lirans ne parviennent au bout de leurs entreprinses pour les exterminer comme ils ont faict les aultres, car ce sont autant d'ames desquelles Dieu peult demander compte à sa Majesté, oultre l'advancement de sa gloire qui peult estre retardée par ce moyen-là. Ce que Dieu luy a faict la grâce de voulloir mettre entre les mains, m'asseurant que continuant les bontés et grâces que Dieu a mises en elle et le bon conseil qu'il luy a voullu establir de tant de bons et notables seigneurs, je ne fais nulle doubte que promptement ung si bon et juste effect ne se mette en exécution, ce que je vous supplye très-humblement, au nom de Dieu. La suffisance de ces porteurs me gardera de vous ennuyer davantage de la longueur de malettreet vous presenteray en cest endroict mes très-humbles recommandations à vos bonnes grâces et prye Dieu, Monsieur, vous donner en très-parfaicte santé très-heureuse et longue vye.

De la radde de Belle-Isle, ce xxii'^ d'avril 1573 (1).

Enfin, ainsi que nous l'apprend une dernière lettre de Charles IX au duc d'Anjou, en date du 5 mai 1573 (2), Monfgommery, après avoir perdu l'espoir d'entrer à la Rochelle, descendit à Belle-Isle et s'en rendit maîtrs après un combat de cinq jours; le jeune Roi ajoute : « cela est bien fâcheux, de là il menacera les porls de Bretagne, interceptera les

(1) Record Office, State Papers, France, vol. LIV.

(2) Bibl. impér. de Saint-Pétersbourg. (Dépêclie originale datée et signée de Fontainebleau.)

vivres ; pour parer à ces inconvénients, il a envoyé un courrier à M. de LaMeilleraye, avec ordre d'assembler le plus de vaisseaux qu'il pourra en la cùte de Normandie, de les équiper de soldats et munitions et de les conduire lui-même en Bretagne pour reprendre Belle-Isle ; pareil commandement a été donné à iM. de Piennes (1). »

De son côté, Monlgommery que jusqu'ici, grâce à cette double correspondance, nous n'avons pas perdu de vue, écrivait à Burghley, le 12G mai:

Monsieur, incontinent après avoir mys pied à terre et estre arryvé en celieu, jen'ay voullu faillir vous envoyer mon fils présent porteur, pour vous faire entendre en partye, comme les choses se sont passées en nostre voyage. Attendant que j'aye ce bien de vous voir qui ne sera jamais si tost que je le désire, j'espère au premier vent propre aller à l'isle de Wight pour m'achemyner d'aller la part où sera sa Majesté pour avoir cest honneur de recepvoir ses commandemens. Ce pendant je vous suplye Irès-humblement vouloir instruire ce dict porteur sur quelques particularités que je luy ay donné chaj-ge, s'il vous plaist, d'entendre, afîin que selon cela je me puisse gouverner, et vous y obeyr, comme celuy que vous trouverez tous jours bien à votre commAudement, et de peur devons ennuyer je feray fin en cest endroit, pour présenter mes très-humbles recommandations à vos bonnes grâces et prye Dieu,

Monsieur, vous donner en parfaicte santé très-heureuse et longue vye.

De Planne, cexxvf jour demay 1573 (2).

(1) Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg. (Dépêche originale datée et signée de Fontainebleau.)

(2) Record Office, State Pap(^rs, France, vol. LXIV.

Que devint-il à partir du 26 mai 1573? Dans lesi premiers jours de juin, la reine Elisabeth , dans un entretien qu'elle eut avec La Mothe-Fénelon, affirme' « qu'elle ne savoit en façon du monde que le comte de Montgommery fût encore en ce royaume (1). » A la fin du même mois , La Mothe-Fénelon négociait avec la comtesse de Montgommery pour faire rentrer le comte son époux en l'obéissance du Roi , et nous savons qu'à cette date il vivait retiré à 30 milles de Londres, et que de Lorges, son fils, et la plupart des Français qui l'avaient accompagné devant La Rochelle, se préparaient à passer en Hollande; er effet, de Lorges, accompagné de Poyet et de quelques autres Français, vint trouver le prince d'Orang( à Delft et lui offrit d'entrer à son service. La positioi du prince d'Orange était critique; il ne crut pourtant pas devoir accepter le secours qui lui était offert, Il écrivait à son frère Louis de Nassau :

Monsieur de Lorges, Poyet et quelques autres François n'ayant peu entrer à La Rochelle, me sont icy venu: trouver, mais vous scavez le peu d'ajjpuy qu il y a pou; ne savoir la contrée, ni la langue, me doubtantque, pou estre la paix de rechef en France , ils se vouldront tou aussytost retirer (2).

La paix ayant été conclue avec ceux de U Rochelle, les réfugiés français qui étaient en Angle-

(1) Correspondance de La Mothe-Fénelon, t. V, p. 339.

(2) Archives de la maison d'Orange, 1" série, vol. IV, p. 177.

terre vinrent, pour la plupart, faire leur soumission entre les mains de noire ambassadeur; Montgommery ne se joignit point à eux; néanmoins La Motlie- Fénelon écrivait, le 31 juillet, au Roi :

Je say qu'il s'est bien réjoui de la paix , et pense qu'il fera bieut U repasser sa femme et ses enfants en France.

Et il ajoutait :

Je ne say s'il prétend d'aller trouver le prince d'Orange, tant y a qu'il fait faii'e des armes en ceste ville (1).

Au mois d'août, la correspondance de Montgommery avec Burghiey se reprend; il se plaint d'un assassinat médité contre sa personne et en accuse le Roi, la Reine et un gentilhomme du nom de La Motte-Serrant :

Monsieur, la ferme assurance que j'ay de la bonne amitié que me faites le bien de me porter comme le m'avez par ci devant monstre ^ar effect, me faict vous supplier bien humblement me faire tant de bien que ne me vouloir donner advis comme je dois me gouverner sur ung avertissement que j'ay receu depuis vous avoir escript par ung gentilhomme que le comte de la Suze et sa mère, et la femme de mon hls, sa fille, m'ont envoie exprès, dont je vous envoie les lettres et les billets de créance, que, s'il vous plaist à prendre la peine de voir, c'est que le Roy et la Hoyne, sa mère, ont pratiqué ung gentilhomme de ce pays d'Anjou, Monsieur La Motte de Serrant, pourmefairemourir soit par armes ou poison, et

(1) Correspondance de La Molhe'Fénelon, t. V, p. 384.

d'aultant que le dict La Motte ne peult avoir sa grâce ni pardon des follies etmeschaucetés qu'il afaites, s'il ne teute à exécuter l'entreprise; il s'est accordé de ce faire et leur a dit les moyens, de quoy il se veultayder pour m'accoster, qui est qu'estant banny de France, il me fera entendre qu il est dépourvu de moyens et qu'il n'a eu loisir d'apporter. Je ne l'ai vu jamais ni parlé que je sache, oultre je sais de bon lieu que quatre aultres sont depeschés pour mesme effect, qui ne sont que soudars. Voilà la fiance qu'il y a en eulx. Je supplie sa Majesté et vous supplie lui vouloir présenter mes lettres. Mon frère de Saint-Jehan m'a fait ce bien que de donner ordre secrètement qu'il ne viendra Frariroys que je ne sache pourquoy. C'est l'endroit où je feray fin, priant Dieu, Monsieur, qu'il vous ayt en sa garde (1).

C'était certainement le chef le plus actif du parti protestant, Ihomme de toutes les tentatives hardies ; au mois d'octobre de cette même année, un certain Campel, surnommé Sanion, lui écrit de la Rochelle pour l'engager à se rendre en Languedoc où les protestants n'ont pas déposé les armes.

Monsieur, encores que je n'ay point heu ce bien et honneur d'estre cogneu de vous , si est ce que je vous supplieray très humblement de croire qu'il n'y a personne au monde qui ayt meilheure volonté de vous fere service que moy, et le cognoistrez par expérience lors que l'occasion se présentera. Il y a quelque temps que Monsieur de La Failhe , ministre , revenant d'Angleterre , me dict que vous aviez volonté de venir en France. Si je heusse trouvé homme à propos , je vous heusse plus tost escript comme vous ne pourriez demeurer en ceste ville , sans

(1) Record Office, State Papers, France, vol. LV. (Autographe.)

donner grand alarme aux papistes, veu la heyne qu'ils NOUS portent, maysjenrasseure que, s'il vous playsoit aller à Monlaulbau, à Nimes ou en Berry, que ils s'estimeroient heureux que vous y fussiez et encores plus ceulx des peis de Provence, Languedoc et Dauphiné, où ils n'ont point rais les armes bas, par ce qu'ils n'ont aulcune liberté de l'exercice de nostre religion, et s'il vous plet d'aller en quelcun de ces lieux là, vous n'avez descente plus propre que ung port nommé Ribeyron, qui est à deux cens pas de ma mayson de Saniou, où vous pourrez venir sans estre veu de personne, s'il en est besoiug, et m'y trouverez prest d'employer ma vie et tout ce qui en deppeud pour vous fere service et compagnie par tout là où il vous plerra, et ay grâces à Dieu de tels amis qui vous sont serviteurs, et des commodités de chevaulx et aultres choses que ayseement je vous pourray guider jusques à Moutaulban sans aulcune difficulté , si vous avez ceste volonté et que l'occasion se présente que me le puissiez mander quelques jours auparavant, vous acheminer par ung mot de lettre ou par quelque homme bien assuré qui me le die de bouche, je ne partiray de ma dicte mayson pour vous y attendre, et encore que ne mandiez rien etque veniez sans que je le sache, si d'adveuturejen'y estois, vous y aurez toute puissance et ne seray pas si loiug que, dens vingt et quatre heures, je ne sois à vous, et en cest endroict je prieray Dieu,

Monsieur, qu'il vous doiut en sancté très-hureuse et longue vie.

De La Rochelle, ce huitiesme jour d'octobre 1573 (1).

Avec un pareil adversaire, ayant de longue date des intelligences dans toute la Normandie, une surveillance de tous les jours était une nécessité. Charles IX, le 24 octobre 1573, donnait l'ordre à

(1) Record Office, State Papers, France, vol. LV,

Matignon d'aller de ville en ville dans son gouvernement et de s'informer de la manière dont se comportait la noblesse et le clergé, de l'ordre qui était donné à la justice ; enfin, ill'invitaitàvenir le trouver,, le 22 décembre prochain, àCompiègne, où il devait se rendre après son voyage de Metz, afin de l'informer de bouche de tout ce qu'il aurait appris (1).

Au mois de janvier, Monlgommery se trouvait à Londres, il y préparait celle fatale expédition qui lui coûta la vie et il écrivait au grand-trésorier d'Angleterre :

Monsieur, je vous aurois déjà escript une aultre lettre devant ceste ci quand j 'ay eu l'honneur de baiser les mains de sa Majesté, à mon retour du pays d'Auche, que j 'a vois baillé à mon frère de Ghampernon (2) par mes présentes, pour m'excuser envers vous, si je ne vous estois allé visiter et vous offrir mes services, mais je scais que vous trouveriez si mal que je n'eusse faictque vous importuner, et que moy je voulois partir de ceste ville, j'avois délibéré d'aller recepvoir voz commandemens , mais niondit frère de Ghampernon m'en aempesché, me faisant entendre que vosîre maladie ne le pouvoit permettre, je vous supplie bien humblement de croire que je me sens tenu vostre obligé, que eu quelque lieu là oii je puisse jamais estre, je me sentirai bien heureux de vous pouvoir faire quelque agréable service, et en cet endroict, je feray fin pour vous présenter mes très humbles recommandations, priant Dieu qu'il vous donne, en très parfaite santé, très heureuse et longue vie, etc. (3).

(1) British. iMus. Gollect. Egerton, vol. 8, f» 38 (Original signé).

(2) Du nom d'un flcf.

(.3) Record Office, State Papers, France, vol. LVII. (Original.)

C'est lui-même qui. dans une nouvelle lettre adressée au grand trésorier d'Angleterre, va nous raconter son débarquement en Normandie et la prise de Carentan, son premier fait d'armes :

Monsieur, il y a euviron douze jours que j'ay mis pied à terre en Normandie, près Coutances , là où bonne troupe de genlilz hommes et aultres gens de guerre me firent cet honneur de me venir recepvoir, et le lendemain que j'ay esté arrivé, je m'en suis venu en ce lieu de Carentan, là où le sieur de Matignon, lieutenant du Roy en ce pays, avoit mis forces, se doutant bien qu'elle etoit de conséquence, encore qu'elle ne fust pas forte, mais que dans peu de temps on la peut accommoder de telle façon qu'on la rende imprenable et n'avons esté que deux jours devant qu'ils ne se soient rendus par composition et depuis avons pris un chasteau auprès, environné de trois ou quatre rivières, nommé le Pont-Douai, de façon que nous tenons des passages pour tenir tout le pays de Costautin en subjection et la plus grande part de toute la coste et oultre avons gagné sur le bord de la mer dans des forts qui estoient là pour garder la descente, des pièces d'artillerie, de quoy il y a quatre canons. Nous avons prins aussi la tour et fort de Tatihou. J'espère , moyennant la grâce de Dieu , devant qu'il soit huit jours d'aujourd'hui, nous acheminer plus avant dans le pays. Aussi je ne veux faillir de vous dire que les sieurs vicomte de Touraiue (Turenne), nepveu de Monsieur le maréchal de Montmorency, de Torcy, capitaine de cinquante hommes d'armes et chevalier de l'ordre, sont venus me trouver de la part du Roy, et vous envoyé par escript la créance qu'ilz avoient charge de me dire et de me faire entendre et à la noblesse qui est icy, mais la mémoire est si fraîche encore du jour de Saint-Barthelemy que nous ne sommes pas délibérés de nous laisser tromper et abuzer comme nous avons faict

par le passé. Les dernières nouvelles que nous avons eues là où estoient nos reistres conduits par M"" le conte Ludovicq , estoit qu'ilz estoient à Sedan, il y a déjà près de huit jours, lequel lieu appartient à M' le Duc de Bouillon. Il y a plusieurs seigneurs et gentilz hommes , encores qu'ilz ne soient point de nostre religion, qui se sont joints avec nous, cognoissant nostre querelle et le bien et repos du puhlicq. Il n'est pas que vous n'eu sachiez Lien amplement de toutes nouvelles, et si j'avois le moyen de vous en départir aussi souvent que je le desirerois bien , je vous en manderois tous les jours et aussi pour me ramentavoir en vos bonnes grâces , auxquelles je désire faire perpétuelle demeure, comme celuy qui se sent vostre obligé pour tant de faveurs et courtoisies que j'ay reçues de vous , que je n'oublieray jamais , et ne tiendra qu'à faute de moyen que ne fasse paroistre l'envie que j'ay de vous faii-e quelque bon service, saluant en cet endroit vos bonnes grâces de mes humbles recommandations et prie Dieu, Monsieur, vous donner en très bonne santé heureuse et longue vie.

De Carentan, ce xxiiii* de mars 1574 (1).

Monsieur, je vous supplie humblement que, par vostre moyen, il y ayt marchans qui apportent aux isles jusqu'à dix milliers de poudre , six milliers pour harquebouziers et quatre milliers pour artillerye, que nous pourrons acheter là , et aussi s'il est possible que nous y puissions faire acheter jusqu'à huit ou dix pièces de campaigne que l'on paiera ce qu'ils vaudront (2).

La lettre de Charles IX dont parle Montgommery

(1) Correspondance de La Mothe-Fénelon, t. VI, p. 77.

(2) Record Office, State Papers, France, vol LVII. (Original.) — V. Archives de la maison d'Orange, !'« série, t. IV, p. 376.— V. Mémoires de Bouillon.

lui fut apportée par MM. de Tiirenne et de Torcy (I). Le Roi lui offrait, ainsi qu'aux genlilsiiommes ses confédérés, « de les prendre en sa sauvegarde et protection, leur enjoignant de déposer les armes, et ne désirant qu'une chose, c'est que les gentilzhomnies de la religion puissent vivre avec les autres en toute liberté. »

Celte déclaration fut remise le 22 mai à Montgommery ; il était encore à Garentan ; il répondit le même jour « qu'il étoit arrivé en ce pays tant pour le rétablissemenl de la justice et piété que pour la défense de l'autorité de l'État, et quant au désir exprimé par sa Majesté qu'ilz demeurassent en leurs maisons en paix et repos, qu'il auroit fallu apporter des articles ; que les seigneurs de la qualité de celui qu'on envoie sont sujets au désaveu ; qu'au reste, ils étoient tous les membres d'un même corps et qu'avant de répondre il falloit communiquer la déclaration de sa Majesté à ceux qui sont de leur association soit au dedans, soit au dehors du royaume. »

A cette réponse évasive, nous ajouterons la lettre adressée de Garentan à Burghley par tous les chefs protestants qui avaient suivi la fortune de Montgommery, lettre signée par eux et par lui-même:

Monseigneur, jusqu'à ces te heure nous estions persua-

(1) Blosset de Torcy. V. Le Hardy, Histoire du Protestatilisme, p. 284.

(2) Record ûlBce, State Papers, France, vol. LVH.

dés que M. de Montgommery, pour avoir eu cet honneur d'estre par plusieurs fois bien venu en la Court de sa Majestég estoit suffisant pour remontrer à sa Majesté et à Messeigneurs de son conseil le mérite de la cause de nostre prinse d'armes et le besoing que les gentilzhommes qui sont assemblés en ce pays de Normandie, ont d'estre conservés sous la protection et faveur de sa Majesté, ce que nous avions toujours espéré de sa clémence, sachant que pour la faveur de la religion et nos princes et chefs et autres nations, ont toujours eu recours à sa Majesté et ont trouvé secours à ceste heure, oultre la faveur de ceste cause, nous espérons que la nécessité publique de toute la France qui est cognue à tout le monde et l'intérêt et péril des Princes du sang et grans ofîiciers de la couronne rendra ceulx qui ont prins les armes tant plus recommandables , ce que nous espérons de vous , Monseigneur, plus que d'aultre du conseil de sa Majesté , tant pour scavoir de quel poids est vostre conseil envers sa Majesté que pour scavoir les faveurs par ci devant reçues devons par nos chefs, quelle est vosire affection envers ceulx qui maintiennent la querelle de la religion.

Monseigneur, nous vous supplions très humblement nous avoir pour recommandés en la protection de la Royne et vostre bonne grâce à laquelle nous nous recommandons , et prions Dieu vous donner en parfaite santé heureuse vie.

De Carentan, ce 24 mai 1574 (1).

Montgommery, de Refuge (2), Montmartix, Vallainville, Guitry, J, de Berre (sic).

Le dénoùment approche ; laprise de Montgommery

(i) Record Office, State Papers, France, vol. LVII. (Original.) (2) De Refuge-Gaiilardon, gendre de Montgommery.

est devenue l'unique pensée de Charles IX, déjà atteint du mal qui doit l'emporter.

Voici ce qu'il écrit à Matignon qui suit pas à pas son adversaire et ne le laissera pas s'échapper de Domfront :

Monsieur de Matignon , pour ce que depuis le parlement du s' de St- Léger je n'ay point eu de vos nouvelles que par le commissaire Le Faure qui est parti devers vous, il y a déjà assez longtemps, désirant bien fort d'en entendre par l'espérance que j'ay qu'elles seront fort bonnes et que ce malheureux conte de Montgommery sera prins dedans Dampfront et que bientost après il en sera faict aullant de Coulombicres en St-Lo, j'ay advisé vous faire ceste depesche par ce courrier exprès pour vous prier me mander par luy et sans qu'il tarde par de là , mais me le renvoyer tout incontinent, Testât en quoy vous seriez à son arrivée et quelle espérance vous avez en la prise de Dampfront et St-Lo et, par conséquent, des ditz conte de Montgommery et Goulombieres, vous priant et tous les gens de bien qui sont avec vous, tant devant Dampfront que St-Lo , et que m'avez particulièrement escript qui font si bien pour mon service , continuer tellement que vous puissiez bien'ost reprendre Carentan, afïïn que ceulx qui occupent les dictes villes et lieux soient chassez de mon pays de Normandie et n'y ayent aulcuu pied, comme j'espère que de bref ils n'en auront en toute la Guyenne et Poitou. Le surplus de ma lettre sera pour vous dire et asseurer que, grâces à Dieu, je vais tousjours de bien en mieulx eu ma guarison , ne me restant plus qu'à me fortifier comme je fais, de sorte que j'espère estre bientost de tout achevé de guarir. J'ay eu depuis jeudi dernier quelque petit accès de fiebvre double tierce, mais les médecins asseurent que cela aidera bien fort à m'achever du tout de bien guarir, dont aussi je vous ay

bien voullu advertir et les gens de bien qui sont avec vous, sachant certainement que ces bonnes nouvelles là vous seront et à mes autres subjectz estans par de là très agréables. Priant Dieu, Monsieur de Matignon, vous avoir en sa saincte garde.

Escript au bois de Vincennes, lexxmi^jourde may 1574.

(De sa main) : Me porte fort bien , grâces à Dieu; je seray encores plus content et me trouveray beaucoup mieux quand je sauray la prinse de Damfront et de Montgommery et des aultres places que tenez assiégées, àquoy je m'asseure que vous et les gens de bien qui sont par delà pour mon service ne perdez point de temps et ferez en sorte que Montgommery et Golombières ne s'eschapperont pas, et prenez y bien garde, je vous prie, et sur tous les services que désirez me faire.

Charles {[).

Cette lettre sent la fièvre ; l'agitation et l'irritation du malade percent dans chaque ligne; on devine que si Montgommery est pris, il n'y a plus de pardon pour lui.

Au milieu de ces guerres violentes du xvi^ siècle, on ne peut s'empêcher de prendre en grande pitié les pauvres femmes associées à la vie aventureuse et précaire de ces chefs de parti : la comtesse de Montgommery, Isabeau de La Touche, mériterait peut-être qu'on écrive sa vie ; jamais femme n'a passé par plus de misères et de douleurs. En 1562,

(l) British Mus., collect. Egerton, vol. V, f» 39. —V. la Prime de Montgommery, publiée par la Société des Bibiiopliiles normands.

lorsque son mari prit les armes pour la première fois , et qu'il gagnait en toute hâte le bord de la mer, suivi par Matignon et le duc dÉtampes , elle venait d'accoucher deux jours auparavant; lorsque Monlgommery s'échappa de Rouen, il la laissa derrière lui ta la merci du vainqueur; maintenant son mari est prisonnier et la voilà réduite à implorer la pitié d'Elisabeth. Mais, après s'être servie jusqu'à la fin du bras de Monlgommery pour agiter la France, Elisabeth croira avoir beaucoup fait, lorsqu'elle aura écrit quelques lignes de banale consolation à celle qui sera bientôt veuve. Cette lettre est sèche et peint bien la femme : ce qu'elle regrette en Monlgommery « c'est qu'il avoit autant de dévotion envers elle que s'il étoit son naturel sujet. »

Madame la Contesse, ayant entendu par vos lettres le grand danger auquel est Monsieur le Conte vostre mary, j'ay receu uug très grand desplaisir, tant pour l'ennuy que je scay avez de le voir en sy périlleux estât, comme aussy pour scavoir en angoisse celuy que je congnoys m'estre sy fidellemeut affectionné et avoir tant de dévotion à mon service, comme s'il estoit mon naturel suhject. Mais, Madame la Contesse, une dame chrestienne et sage comme vous estes, et sy bien nourrye et exercée es afflictions , doibt porter cela avec constance et générosité qui par avant vous ont esté familiers , scachant assez qu'il fault tenir bon , et que la vertu se faict congnoistre au besoing. Vous avez veu et gousté la beguignité de Dieu en tant de délivrances passées de ce paouvre Seigneur, qu'elles vous doibveut asseurer que celuy qui l'a délivré par avant n'a point le bras accoursy. Et quant à mon endi-oit, je porte tel desplaisij- et fay tant de cas du dit

affaire, que j'employeray de très bon cœur ce que je scauray y proflB.ter, et, Dieu aydant, je cuyde que bien tost vous pourrez entendre combien ma bonne vollonlé et affection à sa délivrance y prouffilera, que je désire estre bien tost pour vostre consollation et allégement , et pour satisfaire au désir que j'y ai. Je prie Dieu, Madame la Contesse, qu'il vous envoyé sa saincte consolation.

De GreuGuviche, ce sixiesme j our de may mil v*^ lxxiiii ( 1 ).

Ce fat l'ancien ambassadeur en France , Walsingham, qui fut chargé d'envoyer à la comtesse de Montgommery la réponse d'Elisabeth ; il y joignit la lettre suivante :

Madame, vos lettres m'ont apporté ung si grand ennuy que je ne scay de qui je le pourrois recepvoir plus grand. Sa Majesté aussy en a esté merveuilleusement desplaisante, comme verrez par les lettres qu'Elle vous en escript. Nous avons esté quelque temps au poinct de ne riens croire de cest emprisonnement, tant par ce que on nous avoit dit, que pour resjouir le Roy deffunct, on luy avoit faict ce rapport, que aussy aulcuns de Londres ont receu lettres, que la Roy une mère avoit esté fort marrye de ce qu'il estoit eschappé à Matignon , puis qu'il plaist à Dieu qu'ainsy soit, vous scavez, Madame, qu'il le fault prendre comme de la main de Dieu , et humblement adorer ses jugemens. Je vous prie, sur ce, vous proposer les prisons de tant de princes et princesses de nostre temps , des quels la mort estoit jurée et conjurée , les quels toutes fois Dieu a délivrés. Vous ramentevrez Testât des feus Roy de Navarre et prince de Condé, lors du décès du Roy. Dieu, sur ceste prinse de Monsieur le Compte, a préparé et vous a mis comme en la main moyen apparent

(i) Record OfiQce, State Papers, France, vol, LVll.

pour le délivrer par la priiisc des seigneurs de Puygaillard et Richelieu, prisonniers de Monsieur de La Noue. Et quoy qui soit, ce Dieu tout puissant nostre Dieu et père n'est jamais desgarny de moyens pour délivrer ceulx qui sont garnis de ferme foy. Je vous prie vous consoler en luy et vous assurer du secours qui vous est nécessaire. Sa Majesté affectionne lellcmeul cest affaire qu'Elle y envoyera uug gentilhomme en France expressément pour y faire tout le possible. De ma pari je vous prye croire que je m'y employeray comme sy c'estoit mon propre père en tous les endroits que je penseray y pouvoir proffiter. Vous me ferez grand plaisir de m'advertir de ce qui surviendra, afin que de nouveau affaire on prenne nouveau conseil, aussy s'il survient chose pour vous advertir, je le feray d'aussy bon cœur que je supplye Dieu vous donner, Madame; le secours et consolation duquel avez besoing, me recommandant de très-bon cœur à vos bonnes grâces, comme font ma femme et ma fille qui en parlye m'aydent à porter le desplaisir que j'ay de vostre desplaisir.

De GreuGuviche, ce sLxiesme jour de May mil v^ lxxiiii.

Votre très-affectionné serviteur,

Fra. Walsingham (1).

La tête de Montgommery est tombée en Grève; sa veuve a quitté la France, elle est réduite à manger le pain de l'exil et de l'aumône. Si on veut juger de sa misère, qu'on lise la lettre suivante écrite par sa mère Charlotte de Maillé à Walsingham, le 5 avril

Monsieur, Madame de Mongommery, ma fille, m'a (1) Record Office, State Papers, France, vol. LI.

faict entendre la bonne volonté que vous avez de luy faire plaisir en ses affaires, et comme vous vous y estes desia grandement employé, de quoy je vous remercie bien humblement, vous suppliant lui faire ce bien de continuer en vos bonnes grâces, et luy faire tenir cinq cens francs que je lui envois, de quoy je m'asseure que la pauvre femme a bien nécessité. Et suis bien marie que ma puissance n'est plus grande, elle s'en ressentiroit davantage. Mais j'ay bien peu de moiens à présent pour la secourir, par ce que, depuis la mort de feu M. de Mongommery, son mari, l'on a saisi tous mes biens, de sorte que je suis en bien grande peine pour moi mesme. Je vous supplie, Monsieur, l'avoir toujours pour recommandée, et vous nous obligerez tous à vous faire service, ce que je désire faire de ma part en tous endroicts où j'en auray jamais les moiens, et d'aussi bon cœur que je présente mes humbles recommandations à vos bonnes grâces, et prie Dieu, Monsieur, vous donner en trèsbonne santé heureuse et longue vie. De Paris, ce cinquième apvril 1575 (1).

Nous aurions voulu pour l'honneur d'Elisabeth trouver la trace de ses bienfaits envers cette pauvre femme; mais rien ne peut faire présumer qu'elle l'ait assistée dans sa détresse, et la comtesse de Montgommery écrivait le 5 mai à Walsingham pour le supplier de remettre 30 livres à M. Yon sur l'argent que sa mère lui a envoyé. Sa misère devenant plus poignante, elle écrit de nouveau le 7 mai à Walsingham pour lui demander le peu d'argent qu'il a encore pour elle :

Jamais femme ne fut en telle nécessité; elle ne sait (1) Record Office, State Paper», France, vol.LIX. (Original.)

de cfuoy elle pourra vivre dorénavant, et craignant que ce propos ne lût ennuyeux, elle se recommande aux bonnes grâces de sa femme et aux siennes (1).

Voilà donc où est tombée la veuve de Montgommery ; mais les malheurs pour elle ne s'arrêteront pas là. Une main de fer pèse sur sa destinée ; à neuf ans de dislance, nous la retrouvons dans son manoir de Ducé ; c'est de là qu'elle écrit à la Reine Elisabeth pour implorer son assistance en faveur de sa fille que son mari, l'amiral anglais Champernon, voulait répudier.

Madame, les bénéfices innombrables que tous ceulx de notre maison, et principalement nioy, avons receu de vostre Majesté, me fait encores recourir à Elle comme au seul refuge des povres angoissés et mon port plus asseuré qui me garantira des tormeutes et naufrage qui m'agitent presque jusques à la mort, et pour ce je la suplie très humblement de vouloir empêcher le tort et la détestable injure que le sieui* de Champernon (2) a conspiré de faire à ma fille, sa femme, et de la mettre au bras de la justice pour, par les faux temoings qu'il a misérablement subornés et apostés , faire voulloir trouver cause de la répudier, de la quelle conspiration j'ay été avertye. Votre Majesté saura, s'il luy plais t, que cet outrage pourchassé à ma fille ne luy procède que de une vindicte et haine qu'il a couceue contre nous. Elle a peu estre advertie du mauvais traitement qu'il luy a toujours faict et de quoy quelque foisj'ay prins la hardiesse de vous parler. Je supplie donc très

(1) Record office, State Papers, France, vol. LIX. (Autographe.)

(2) II avait épousé Roberte, la troisième des filles de Montgoramery. —V. France protestante, p. 480.

humblement vostre Majesté, au nom de celuy de qui vous tenez le sceptre, de vouloir faire sentir à cette pauvre affligée ma fille quelque étincelle de votre divine justice et inviolable vertu , des quelles vous estes honorée sur toutes les princesses , et que ceulx de Montgommery qui se sont perpétuellement dédiés fidèles et très humbles serviteurs de votre couronne ne reçoivent une si vilaine tache et si hors de raison , faisant , s'il plaist à votre Majesté, advertir ceulx de la justice qu'ils aient à faire bonne justice à cette pauvre afligée, car il ne se pourra trouver qu'elle ait jamais commis chose mal séante à l'honneur d'une femme de bien.

Madame, je prieray Dieu pour l'accroissement de votre couronne et pour votre perpétuelle louange , prospérité et santé.

V/ très humble, très obéissante et très affectionnée servante,

Isabeau de La Touche (1).

Un dernier mot sur les Montgommery : le fils aîné d'Isabeau de la Touche, Jacques de Montgommery, écrivait le 20 mars 1586 à !a reine Elisabeth pour lui offrir en cas de guerre, si elle en obtenait pour lui la permission du Roi, 4,000 arquebusiers et 100 gentilshommes (2).

(1) Record Office, State Papers, France, vol. LXXIX. (Autographe.)

(2) Voir, pour Jacques de Montgommery, France froleilanle, vol. VU, p. 480 et suiv. Dans des titres qui m'ont été communiqués par M. Stephen de Petiville etqui proviennent du chartrier du château de Vaudry, j'ai retrouvé quelques aveux rendus aux Montgommery:

1° En 1509, aveu rendu par René Le FouUon à Gabriel de Montgommery, seigneur châtelain de Gherencé, Ghamp-Sernon; il s'inti-

Parmi les contemporains de Montgommery et les chefs protestants qui se signalèrent au siège de Koaen en 1562, il en est un dont la vie tient de la légende et dont les romanciers et les chroniqueurs se sont empares, je veux parler de François de Civille, (» mort, enterré et ressuscité (1). » Voici ce qu'on lit dans sa bioi^raphie : <■( C'est en 1562, après avoir échappe miraculeusement à la mort, que François de Civille vint en Angleterre. Était-ce un voyage forcé comme on le dit dans quelques notices? Remplit-il plus tard , durant la guerre des trois Henri, quelque mission secrète du parti protestant ? Il n'y a là qu'une conjecture plausible (2).

Un ministre prolestant réfugié, Guibert de Sicqueville, mari d Élisabelh de Civille, arrière-petitefille de François de Civille, dit que la Reine Élisa-

tulait gentilhomme de la chambre du roi, capitaine de oO hommes d'armes et gouverneur de la ville de Ponlorson.

2"» (Mai 1580), aveu du fief de la Porte par Robert Laurence à Giles de Montgommery, seigneur de Cherencé, Champ-Fleury, La Pelotière.

3° (1665), aveu rendu à Louis de Montgommery, comte de Ducé, seigneur et patron de Cherencé, baron dEcouché (il se convertit à la religion catholique). — Voir Le Héricher.

4» (Octobre 1700), aveu rendu à Suzanne de Montgommery, femme de Gaspard de Colliiis et c'» de Mortagne, s' et patron de Ducé. — Voir encore pour les Montgommery, Histoire d'Écoiiché, par M. deCâix.

(1) V. le discours sur les causes pour lesquelles le sieur de Civille, gentilhomme de Normandie, se dit avoir été mort, enterré et ressuscité. — V. Notice donnée sur François de Civille par M. deBlosseville. (Mémoires de la société des Bibliophiles normands.)

(2) Notice de M. de Blosseville sur François de Civille, p. 2.

beth voulut le voir, lui fil raconter son étrange histoire, et qn'en 1588, en reconnaissance d'un service qu'il lui avait rendu, elle lui donna son portrait.

Nous empruntons ces lignes à la curieuse notice de M. de Blosseville. C'est tout ce qu'on sait jusqu'ici de la fin de la vie de Civille. Le Record Office possède un grand nombre de lettres de lui; elles nous font bien connaître ses liaisons en Angleterre, les motifs qui l'y amenèrent à diverses époques et nous permettront de reconstituer la partie ignorée de sa biographie. Toutes celles que nous allons publier sont adressées à Walsingham et nous sont un précieux témoignage de l'amitié constante que Civille porta à ce grand homme d'État et du lien intime qui les unit ; à l'aide de cette correspondance nous verrons avec quel dévouement Civille s'occupa des filles du prince d'Orange, assassiné par Briet, son secrétaire.

La première lettre de Civille est datée de Londres le 10 septembre 1584 ; c'est par elle que nous savons que Civille y avait été envoyé par la duchesse de Bouillon (1) et le duc de Bouillon son fils, et qu'il s'agissait non d'une mission politique , mais de placer en mains sûres les jeunes filles du prince d'Orange (2), de crainte que le duc de Montpensier,

(1) Françoise de Bourbon-Montpensier, sœur de François de Bourbon-Montpensier, prince Dauphin, et de Charlotte de Bourbon- Montpensier, princesse d'Orange,

(2) Guillaume s'était marié quatre fois : 1» à Anne d'Egmont, dont

leur oncle, et ne les fit élever dans la religion catholique.

Monsieur, suyvant l'avertissement, qu'il vous pleut hyer m'envoycr par le si'de Jolytemps, du refus que sa Majesté avoit faicl de signer des lettres que luy aviez présentées pour Hollande suyvant leur teneur, j'ay écrit à Messeigneurs le comte de Leicester et grand chambellan Howard, les ayant instamment supplyés de vouloir tant faire vers sa Majesté, que de vouloir accepter les deux filles aisnées de feu Monseigneur le Prince d'Aurcnge, suivant l'instante requeste et supplication que luy en a faicte Madame la Duchesse de Bouillon par moy, et l'extrême desii-e qu'elle en a, pour le douhte et crainte qu'elle a que Mes Damoiselles , ses niepces , ne soient nourries en la papauté, sinon qu'il plaise à sa Majesté de les envoyer quérir et mander toutes troys, à la charge de les distribuer puis après à telles personnes qu'elle verra bieneslre, voyre mesme à condition d'en bailler l'aisnée à Monsieur le Duc de Monlpensier, en cas qu'il la demandast, afïin que la prenant de la main de sa Majesté, il l'aye, à la charge de la laisser vivre en la Hberté de sa conscience , et de luy laisser sa gouvernante et ses servi tem*s ; en quoy

il eut Philippe-Guillaume, prince d'Orange, mort sans postérité; 2° à Anne, liile de Maurice, électeur de Saxe, dont il eut Maurice de Nassau, prince d'Orange après la mort de son frère (1618) ; 3° à Charlotte de Bourbon, fille de Louis, duc de Montpensier, qui fut d'abord abbesse de Jouarre, puis embrassa la Réforme et mourut le 6 mai 1582; il en eut six fllles: Louise-Julienne de Nassau, femme de Frédéric IH, comte Palatin du Rhin, morte le 15 mars 1644 ; Elisabeth, femme de Henri de La Tour, duc de Bouillon, morte le 2 septembre 1642; Catherine-Belgique, mariée à Philippe-Louis, comte de Hanau; Charlotte-Brabantine, femme de Claude de La Trémouille, duc de Thouars; Charlotte-Flandrine, abbesse de Sainte-Croix de Poitiers, morte le 10 avril 1640; Emilie, femme de Frédéric-Casimir, comte Palatin du Rhin.

faisant seroit le sainct zèle et intention de Madame de Bouillon accomplys , qui ne tend qu'à entretenir ses niepces en la crainte, amour et vray service de Dieu, pour n'estre polluées à l'adveiiir aux superstitions de la papauté, comme sans double il adviendroit si sa Majesté ne les envoyoit quérir toutes trois ensemble pour venir en ce pays. Et d'autant que je scay, Monsieur, combien vous avez de vostre grâce ceste affaire recommandée, je ne vous feray plus longue lettre ; seulement je vous supplieray, Monsieur, de vouloir continuer en ceste bonne volonté et affection , qu'il vous a tousjours de votre grâce pieu porter et monstrer à Madame la Duchesse de Bouillon et Messeigneurs ses enfans , et particulièrement vouloir pryer Monsieur le Grand Trésorier, comme aussy mes aultres Seigneurs du Conseil, de supplyer sa Majesté de vouloir en cecy accorder la très humble et très juste requeste de ma dicte Dame de Bouillon, suyvant la teneur de vos lettres si faire se peult, où après vous avoir bien humblement baizé les mains, je pry Dieu, Monsieur, vous donner en parfaicte santé longue et heureuse vie.

De Londres, ce 10 de septembre 1584.

Votre très-humble serviteur comme j'espoire , Dieu aydant, le monstrer et prouver par effect, jj

Françoys de Ci ville (1).

Monsieur, je n'eusse fait faulte de vous aller trouver, mais j'espoire partir après disner ou demain matin. Dieu aydant, pour aller trouver monseigneur le comte de Hutingdon, vous priant, Monsieur, de m' envoyer vos lettres pour luy par ce présent porteur.

(1) Record Office, State Papers, France, vol. LXXXI.

Voici une seconde lettre de Civille à Walsingham, datée du 19 octobre suivant :

Monsieur, il me semble que vous m'avez et par tant de moyens, et par tant de fois desia obligé à vous depuis le temps que j'ay eu cest heur d'estre cogneu de vous, qu'il n'es toit point de besoing de m'euvoyer encor un diamant par M. Burnham, pour m'obliger davantage. Me recognoissant donc esLre trop iusuffisant de pouvoir maintenant assez dignement recoguoistre tant de biens par quelque service que je vous puisse jamais faire , je ne peux aultre chose vous dire, pour toute et telle satisfaction que pourriez atendre ou espoirer de moy, si non que, dès maintenant, je me jette tout entier entre vos bras, moy et mes deux eufans, pour en faire et en> disposer pour jamais à vostre volonté, fantaisie et discrétion. (Je dy sans en rieu réserver, sinon la seule conscience à Dieu et l'honneur, sans le quel je ne pourroys jamais eslre tel serviteur que voulez et desirez que les vostres soyeut.) Ainsy, me voilà tout vostre. Monsieur, je ne dypas moy seulement, mais mes deux enfans (1) aussi, qui sont les deux gages les plus précieux que j'ay e en ce monde et lesquels Dieu, par sa libéralité, m'a donnés peur les nourrir en sa crainte et amour, affin de vivre et mourir avec leur père à votre service en luy obéissant. Monsieur, j'ai receu les lettres de sa Majesté avec leurs copies, les deux passeports et lettres pour La Rye, avec les vostres pour Madame la Duchesse de Bouillon et Monsieur le Duc de Bouillon son fds, auxquels j"espoire faire entendre les payues qu'il vous a pieu prendre icy pour eulx en tout ce qu'avez cogneu les concerner. Je dy vous , Monsieur, plus que

(1) Civille s'était marié, le 17 août 1566, à Jehanne du Mouchet, dont il eut deux lils, le premier cljef de la branche des Civilleaint-Mars; le second, de celle des Civille-Villerest. — V. de Blos- EViLLE, Notice sur Civille.

tous aultres , sans faire tort à personne , dont j'espoire que leurs Excellences vous remercieront amplement, estant princes chrestiens, et qui n'ouLlyent jamais leurs bons amys, et ceulx des quels ils recoyvent plaisir. Et d'autant, Monsiem-, qu'eutre les lettres que sa Majesté escrit, je n'en ay trouvé pour Madame de Paracly (suyvant le mémoire, désir et intention de Madame laducliesse de Bouillon) par les quelles il plaise à sa Majesté recom-^ mander la jeune princesse à la dite dame du Paracly, pour la garder et bien faire nourrir, suy\'ant l'intention de feu mon dit sir le prince d'Aureuge, son père, comme si de son vivant il en eust escrit et requis sa dite Majesté de faire, je vous supply. Monsieur, de m'en vouloir envoyer une de la part de sa Majesté, à ce propos pour la dite dame Paracly, et me l'adresser à Roan par le moyen de Jacques le Paintre ou aultre sm'ement : à celle fin que elle s'en puisse prévaloir et deffendre à l'encontre de monseigneur le duc de Montpensier, en cas qu'il lademandast, qui est ce que madame la duchesse de Bouillon désire surtout, de paour qu'elle ne soit distraicte de là pour estre nourrie à la papauté, ce que tasche de faire mon dit sieur de Montpensier. Quant à la lettre que sa Majesté escrit à mon dit seigneur de Montpensier, ma dite dame de Bouillon désire qu'il pleust à sa Majesté la luy faii'e tenir par le moyen de son ambassadeur résident en France ou par aultre, de paour qu'il ne descouvrit que ma dite dame de Bouillon se soit entremise de ceste negotiation. Et partant, je lavons renvoyé, vous supplyant, Monsieur, qu'elle soit gardée pour quelque temps s'il vous plaist, jusques à ce que celle de madame la princesse de Navarre (1) soit envoyée, et que nous en puissions avoir des nouvelles, de paour que mon dit seigneur de Montpensier ne brouille ou rompe le dessein de ma dite dame de Bouillon, qui est très-bon et très-sainct. Combien que je ne double qu'à la venue de la lettre de sa Majesté, Madame la

(i) Catherine de Bourbon.

princesse de Navarre n'accepte la jeune damoisello. Et où vous trouveriez qu'il fust expédient de me renvoyer la lettre do sa dite Majesté à mon dit Seigneur le Duc de Montpeusier pour la luy faire teuir nous mesmes, il vous plaira, Monsieur, me l'envoyer par Jacques Le Peintre ou aultre , avec la lettre que sa Majesté escrira par votre moyen à Madame du Paracly. Pour fin, Monsieur, je ne peux que vous remercyer au nom de ma dite Dame la Duchesse et Monsieur le Duc de Bouillon maintenant comme eu leur nom et envoyé par leurs Excellences, bien affectueusement de tous les bons offices qu'il vous a pieu leur faire jusques à ce jour en ce pays. Et pour tout ce qu'avez faict pour moy en qualité de votre petit esclave, vous dire et vous conseiller que ne mettiez en hazard pour l'advenir en moy tant de biensfaits , dont pourriez tii-er du proffit beaucoup et plus d'avantage , de beaucoup de bons personnages que non pas de moy, de paour qu'en me commettant plus que je ne mérite, ou je n'eusse pas le moyen de vous en rendre votre compte, ou bien feusse contrainct vous faire banqueroutte. Si est ce, Monsieur, que je vous peux asseurer que je suys gentilhomme et chrestien et qui désire n'estre ingrat pour la conscience , et qui veux de tout mon pouvoyr faire ce qui convient à l'homme d'honneur, ce que j'espoire, Monsieui*, avec l'ayde du Tout Puissant , de vous faire voir par eifect > quand il vous plaira me employer et commander, et d'estre trop plus ferme et constant à votre service que la pierre du diaraand n'est dure. Où, après vous avoir très humblement baizé les mains , je prye le Créateur, Monsieur, vous donner en parfaicte santé ce que plus desii'ez.

De Londres, bien las, bien malade et en haste, ce xix» jour d'octobre 1584.

V/ bien humble et affectionné serviteur. Celle lettre d'Elisabeth pour le duc de Montpensier

que Civille sollicitait avec tant d'instances, il put enfin l'obtenir et nous la faisons suivre, car elle est Texplication et le complément delà sienne:

Monsieur mon cousin, comme le feu prince d'Orange, prévoyant le danger imminent auquel il estoit toujours subject par les secrettes menées et embusches que lui tendoient ses ennemys, nous eust de son vivant bien instamment prié d'avoir ses filles pour recommandées et de les prendre en nostre protection, s'il lui advenoit de les laisser, sans père, se reposant (comme à bon di'oit ilpouvoit faire) sur la faveur et affection que luy avons de tout temps portée , nous avons advisé , après cest infortuné accident de la mort du dit Prince, de faire bailler Taisnée à Madame la princesse de Navarre ( Catherine de Bourbon ) , sa parente (comme scavez), où elle ne peult faillir d'estre bien et vertueusement nourrye , et de mander quérir la seconde , qui est nostre filleule , pour la tenir icy près de nous ; ayant par cy devant recommandé celle d'après, qui se nomme Brabantine, à Madame la duchesse de Bouillon vostre sœur, pour estre nourrye près de Mademoiselle de Bouillon sa fille. Les deux aultres estant desja accordées, l'une, nommée Amelyne, à l'Electrice Palatine, et l'autre, nommée Katérine, à la confesse de Schwartzemburg , leurs marraynes. Et quant à l'autre, nommée Flandrine, que la dame du Paracly avoit desja auprès de soy du vivant du père, nous la luy avons de longtemps bien expressément recommandée, dont vous avons bien voulu particulièrement advertir, pour l'intérest qu'avez en elles par le droit de nature, espérant que ne trouverez mauvaise la disposition qu'en avons faicte , ains plustost qu'aurez pour agréable le soing qu'avons d'elles ; en quoy vous prions de nous seconder et y aporter aussi de vostre part tout Tadvancement que pourrez , comme leur plus proche parent du costé maternel, prenant et acceptant la tutèle de vos dites niepces et vous rendant protecteur et conser-

valeur de ce qu'elles out de bien en France , afin qu'elles en puissent estre subvenucs pour leur cntretenemcnt et que, à ceste fin, il vous plaise requérir le Roy de son commandement et authorilé pour leur faire service , s'il en sera de bcsoing. Et ainsi, faisant icy fin de cette, nous prierons le Créateur qu'il vous ait, Monsieur mon Cousin, tousjours en sa sainctc garde et vous doiut très bonne vie et longue.

Escript à nostre maison de Hamptoncourt, le xvii* jour d'octobre 1584.

Voslre très affectionnée bonne cousine et très asseurée amye à jamais,

Elisabeth fl).

La lettre d'Elisabeth que nous venons de citer ne précéda que de bien peu de jours le retour de Civille en Normandie. En effet, il écrivait de Rouen à Walsingham, le 18 novembre suivant :

Monsieur, j'esperois toujours vous écrire par Jacques Lepeintre, mais, voyant qu'il ne venoit point, je n'ay pas voulu plus longtemps différer de vous escripre ce mot de lectre pom' vous testifier de plus en plus que je suis votre très humble serviteur et attendant journellement vos commaudemens pour les mettre à exécution en toute fidélité et diligence. J'espère partir demain matin p"" aller trouver le Duc de Bouillon, ayant été retardé par maladie d'y aller plus tost; cependant. Monsieur, je vous prie tenir pour assuré qu'il n'y a gentilhomme en ce monde sur lequel ayez plus de puissance que sur moi mesme , qui se tienne plus vostre obligé et plus résolu à vous faire

(l) British Muséum, Bibl. Cott. Titus, II, f. 188. (Autographe.) — V. Archives de la inoison d'Orange-Nassau, 1" série, t. VUI, p. 472.

toute sa vie très agréable service que moy, où, après vous avoir très humblement baisé les mains, je prie le Créateur, Monsieur, vous tenir en sa saincte garde.

De nostre maison à Rouen, ce xvm* jour de novembre 1584 (1).

GiVILLE.

P. S. Monsieur, je suis tant assuré de la bonne affection qu'il vous plais t me porter et d'entreprendre d'employer mes très humbles recommandations aux bonnes grâces de M""" de Walsingham, M" et M""* de Sidney (2).

En 1585, sa correspondance continue avec Walsingham; le 15 mars, il lui écrit de Rouen, où la sciatique l'a retenu tout le mois de janvier ; il parle des grands préparatifs de guerre qui se font partout, « ce qui met chacun en peine. »

La correspondance de Civille avec Walsingham se poursuit l'année suivante :

Monsieur, il y a desia for long temps que je n'ay eu lettres de Monseignem* le Duc de Bouillon, et en attend d'heure en aultre, et croys que les grandes affaires qu'il a eues depuys quelques jours, et les troubles qui semblent menacer la France, et singuhèrement le cartier où il est, à cause de la proximité de la Lorrayne, où il se faict grand amas de gens de guerre, l'en ont empesché. Je suys très marry, Monsieur, que je n'ay eu moien d'aller à Paris pour y baiser les mains de Monseigneur le comte d'Arby^ et luy offrir et aux aultres seigneurs le service que je désire

(1) Record OfiQce, State Papers, France, vol. LXXXI. (Autographe.)

(2) C'était la fille de Walsingham, mariée à sir Philippe Sidney, l'ami d'Hubert Languet.— Voir Correspondance de Sidney et d'Hubert Languet. Londres.

leur faire, mais j'ay esté icy arresté par une sciatique qui m'a tenu depiiys le moys de janvier et qui me tourmenta grandement encore. Ccpendent, Monsieur, nous ne voyons en ce pays qu'aprests et menaces de guerres civiles , assemblées et levées de soldats et de compagnies tant de pied que de cheval par tout, qui met tout chacun eu payne; et ne double que n'y voyez clair et n'en oiez assez souvent parler par le moyen des seigneurs qui sont à la court, Jaques Lepeintre a esté en ceste ville, lequel ne m'est venu veoir, ce que je desiroys fort pour beaucoup de raisons, ce que je m'asseure luy aviez commandé de faire. Pour fin, Monsieur, je vous prie me vouloir lousj ours tant honorer que de me tenir pom- l'un de vos plus obligés et dcvotieux serviteurs, ce que j'espère vous faire par effect coguoislre toute ma vie d'aussi bonne volunté, qu'après vous avoir bien humblement baisé les mains, je prie le Createiu^ affectueusement , Monsieur, vous donner en parfaicte santé longue et heureuse vie et à tout ce qui vous apartient.

De Roan , ce xv^ jour de mars 1585 suyvant le coté de France (1).

Monsieur, depuys la présente escritte il est arrivé un gentilhomme proviural , mien parent et amy, lequel venant de ce pays de delà, m'a aporté des graines assez excellentes, comme il m'a dict, dont je vous eu envoyé de six diverses sortes ; aussy ma femme envoyé à Madame demy cent de poires et demy cent de pommes de deux sortes qu'elle a faictes seicher au four, ce que nous vous suplyons tous deux recevoir comme venant des mains de vos très affectionnés serviteurs. — J'envoye à Monseig"' le comte de Pembrock de cinq sortes de graines, que je vous supply. Mous'' luy vouloh' faire tenir pour ce que je u'ay eu loysir de luy escrire à cause de la haste qu'avoit le

(1) Record Office, State Papers, France, vol. LXXXII.

présent porteur. Pour nouvelles , nous sommes en la guerre. Dieu veuille avoir pitié de nous.

Au mois de mai, la goutte ne l'a pas quitté ; il s'en plaint à Walsingham, car elle l'a empêché d'aller en Angleterre, comme il en avait le désir. Cette lettre peint bien l'état des esprits en France et dévoile les pratiques de la Ligue.

Monsieur, j'ay eu depuis quelque temps de bonnes et j ustes occasions de passer la mer et vous aller baiser les mains, mais une goutte sciatique de laquelle je suis travaillé depuis plus de cinq mois m'en a empesché. Je ne laisse cependant de continuer en la dévotion que j'ay toujours eue et que j'auray toute ma vie de vous faire très humble service. Deux de nos plus grands ennemis de ceste ville et qui jorn-nellement tenoient conseil avec nos rebelles en sont partis; ils ont eu leur congé, combien que continuellement ils travailloient secrètement contre nous et faisaient icy, pour la sainte et diabolique ligue, ce qu'ilz pouvoient; mais ils ont esté découverts, et par leur département se sont rompues beaucoup d'entreprises tant contre vous que contre nous ; Dieu , par sa garde , nous en veuille défaire pour jamais, à ce qu'ilz ne reviennent plus icy. Il nous a été rapporté ici qu'aucuns seigneurs de par de là nous ont pensé dresser des parties que Dieu a rompues , dont nous lui rendons grâces de tout nostre cœur, le priant d'avoir soin de son Eglise. Nous voyons icy de très grandes preuves du mauvais vouloir que nous portent nos ennemis et quasi tout le pays à nostre cause commune, qu'il nous faut doubler de l'intelligence du chef, combien qu'il y eut de grandes raisons du contraire, et aucuns disent maintenant qu'en attendant l'exécution d'outre mer qui étoit le seul refuge et secours de ceux de deçà pour se déclarer, mais qu'il y a danger, puisque le

tout est mal succédé vers vos quartiers et que vous parlez haut maintenant et ouvertement , qu'on taschera plutost à faire un appoiutemcnt forcé et redresser la partie et la différer h une autre fois et temps plus commode. On attend par dera M"" de Lcithon, qu'on tient estre depesché par sa Majesté en France pour bonnes et saintes occasions, auquel je désire pouvoir ici et ailleurs faire service , comme à vous aussi, Monsieur, auquel j'ay une particulière et très grande obligation et pour lequel je n'ay vie, ni biens, ni chose quelque chère qu'elle me soit ( conservant la conscience seule à Dieu), que je ne mette au hasard touttefois et quantes vous me commanderez, où , après vous avoir humblement baisé les mains et de Madame, sans oublier M' et M^^ de Sidney, je prie le Créateur, Monsieur, de vous tenir en sa saincte garde.

De Rouen, ce viii* jour de mai 1585 (1).

La correspondance ne se ralentit pas. Voici une nouvelle lettre de Civille, écrite le 14 juin suivant; nous la recommandons à l'attention du lecteur. Civille envoie à lady Walsingham et à lady Leicester des pommes de Normandie, « des poires trèsbelles et excellentes de sa façon, » et des graines de melon; il l'avertit des attaques violentes dirigées par les prédicateurs de Rouen contre Elisabeth; de toutes les lettres de Civille, c'est peut-être la plus curieuse :

Monsieur, j'ay receu vos lettres, mais non par les mains (I) Record Office, State Papers, France, vol. LXXXIII. (Autographe.)

de M. Glayton, car, à ce qu'il me mande, il fut contrainct de s'en retourner, ayant esté coutreniandé par son frère à l'occasion de son procès, comme il me mande qui estoit prest à vuyder, combien que je pense que ce n'en soit la vraye occasion, mais bien l'opinion qu'il a eue de ne pouvoir passer pour aller trouver Monseigneur de Bonillon ; mais il se trompe, car encore luy ay je depuys xv jours porté jusques à Paris douze mil escus au soleil que j'ay délivrés à ses gens estans là, qui les luy ont portés à Sedan. Je luy ay aussi envoyé vos lettres dès le jour qu'elles me furent délivrées par uu gentilhomme angloys, qui alloit trouver Monsieur le comte de Laval , lequel , après luy avoir faict la courtoisie telle que je veux et doibs faire à tous gentilshommes angloys , en recognoissance des faveurs infinies que je y ay receues et singulièrement de vous, je luy ay baillé compagnye avec lettres d'adi-esse pour le conduyre jusques au chasteau et conté de Harcourt, oii est accouchée Madame la comtesse de Laval d'un petit fils, auquel lieu il trouvera journellement compagnye pour aller en Bretaigne trouver Monsieur le comte de Laval. Je suis très marry que je n'eus le loysir de faire démonstration à Monsieur Turnham de l'obligation que j'ay à votre service et combien je tiens cher tout ce qui vous apartient et vient par deçà de vostre part , vous asseurant , Monsieur, que je n'espargneray jamais vie ne biens pour leur faire à tous, à vostre occasion, paroistre combien je suys désireux de recoguoistre ce que j'ay receu dé vous. Or il vous plaira me pardonner. Monsieur, si j'ose me plaindre à vous de ce qu'ayant, dès le 16'' du moys de mars dernier, esté baillé par ma femme à Jehan de Vicques , poste ordinaire de sa Majesté , deux cens de pommes sèches et deux cens de poires très-belles et excellentes de sa façon, pour en present;er de sa part la moytié à Madame de Walsingham et l'autre moytié à Madame la comtesse de Leycester il n'en a rien faict , et les a encore, comme il m'a dit à moy mesme ; comme aussi il a retenu les lettres que je vous escrivoys, Monsieur, et

à messcigneurs le comte de Warwick, de Leycester, de

Pemhrock, grand-chambellan Haward, Willougliby et

de SiJney, vous envoyant à tous des graines excellentes

de melons et sucrins d'Italie , Gênes et Provence , qne

j'avoys envoyé quérir, eu quoy il m'a faict grand tort,

Monsieur, parce que je ne vouldroys que les lettres que

je vous escry tombassent en aultres mains que les vostrcs.

Et est ce qui me garde bien souvent de vous pouvoir

advertyr des choses qui se passent; et vous advcrty,

Monsieur, que les postes logent ordinairement en un logis

d'un homme dont j'ay parlé au Peintre, vostre serviteur,

pour le vous faire entendre , et qu'il est journellement

avec un nommé de Monchy, compagnon et confrère de

Roos (1) et son négotiateur en ceste part pour conférer

ensemble, ce que je scay très certainement ; chez le quel

de Monchy (2) : there is a great resort of ail y"" English

papish rebelles : in whosc liouse bas been compounded

and under his auctority printed the book of the papish

rebellions newters of England , and is wont at every

corner and purpose to shcwe unto cvery man and woman

the sayd book. Utteryng many slanderous wordes of Hyr

Majesty, and hyr most honorable counsell , car il est

grand vicaire du cardinal avec Roos, qui font dire aux

prescheurs de ceste ville choses indignes de sa Majesté, et

au grand préjudice et deshonneur et d'Elle et de tout le

(1) Jean Leslie, évéque de Ross et archidiacre du diocèse dé Rouen. Il a publié, en 1S69, une défense de Marie Stuart, et, un peu plus tard, un livre de prières pour les affligés. La traduction de ce petit traité (rarissime édition imprimée à Rouen) renferme deux sonnets de .Marie Stuart à laquelle il était dédié. La pauvre captive nous dit d'une manière touchante combien celte lecture lui a apporté de consolation dans ses heures de tristesse et de découragement.

(2) Michel Monchy, conseiller clerc au Parlement et grand-archidiacre de Notre-Dame de Rouen.— V. Floqdet, I]isl. du Parlement, tm, p. 249et 2S0.

pays, combien que ce soyent choses que je cognoys estre fausses , et vous veux bien advertyr, Monsieur, que dimanche dernier il y a un cordelier en ceste ville, lequel, après avoir publiquement prêché sédition et qu'il falloyt six foys par an solemniser saincte feste de St- Barthelemy et en ceste ville et par tout ce royaulme, a tenu des propos si injmieux de sa Majesté, touchant sa pudicité et l'appellant Jezabel, que il m'a semblé que pour mon debvoyr et l'obligation que j'ay en particulier et en général à sa Maiesté, à vous tous mes bons Seigneurs et à toute la nation angloyse, que je ne pouvoys moins faire que de vous en advertyr, affin d'y pourveoir , dont j'ay aussi adverty Monsieur l'ambassadeur StaSord par Jehan de Yicques, pour en faire ses plaintes au Roy et pour demander et faire députer commissaires pom? en informer et les envoyer en ceste viUe, où je leur trouveray tant de tesmoings et de plus notables et riches personnages papistes, hommes et femmes de ceste ville, que on auj-a moyen de monstrer et apprendre à tels coquins de parler à l'advenir plus sagement et plus discrètement d'une telle et tant chres tienne Princesse que la Royne. Quant aux nouvelles de ce pays, Monsieur, ne doubtant que Monsieur l'Ambassadeur ne vous en donne des advys suftisans et bien amples, je ne vous diray aultre chose sinon: que, de plus en plus, le Roy faict démonstration de bonne volunté et affection qu'il porte à ceste saincte race de rebelles et rejettons prétendus de Gharlemaigne et qu'il ne se prépare de leur faire rendre compte de ses deniers qu'ils ont reçus et raison de leurs actions passées; pour fin. Monsieur, je vous pry tenir pour asseuré que je suys et seray toute ma vie, comme j'ay esté, vostre très affectionné serviteur, attendant journellement vos commandemens , où , après vous avoir humblement baizé les mains de Madame de Walsingham, et de Monsieur et Madame Sydney, comme aussi faict ma femme de sa part , je pry le Créateur, Monsieur, vous donner à tous en parfaicte

santé longues et heureuses vies, avec entier accomplissement ds vos saiucts désirs.

De nostrc maison, à Rouen, ce 14* jour de juing 1585, et selon vostre compte le 4*.

Vostre très humble et très affectyonné serviteur,

Françoys de Giville.

Monsieur, j'avoys pryé Le Peintre de scavoir de vous si Jehan de Yicqucs vous avoit délivré et à Madame les graynes et fruicts secs de ma femme pour m'en advertyr; mais je croy qu'il a vouln couvrir la faulte de son compagnon. Il vous plaira lui commander ou de changer d'hoste ou de se garder de luy, ce que je ne vous mande sans raison pom* le service que je vous doibs et à sa Majesté.

Monsieur, depuis la présente escrilte j'ay esté conlrainct de vous advertyr, qu'ayant voullu bailler ce présent paquet à Pitou, il ne le voulut porter, qui m'a contrainct de mendyer et chercher homme scur pour le vous porter lost et seurement, afiin d'cstre promptcmeiit adverty de ce que dessus. Je vous envoyé un coq-à-l'asne qui m'a esté envoyé de Paris, au quel trouverez quelques bons traicts. J'ay entendu que sa Majesté prend plaisir à telles choses. Je desireroys que fust chose meilleure. Je croy qu'il n'est entier ni complet (1).

Au mois de juillet, Civille était obligé de se réfugier en Angleterre, avec sa femme et ses deux enfants ; il annonce à VYalsingham cette triste détermination :

Monsieur, je suis tout présentement arrivé en ceste (1) Record Office, State Papers, France, vol. LXXXII.

ville de la Rye, avec ma femme, deux enfants, et une partie de ma famille, où nous avons réussi à nous réfugier sous vostre aide, faveur et autorité, vous suppliant nous tenir pour vos serviteurs, et nous faire cet honneur de nous y vouloir aider de vos lettres pendant le séjour que nous y faisons en attendant la commodité de pouvoir vous mener ceste mesme famille à Londres, pour vous baiser les mains, ce que je fais maintenant d'aussi bon cœur que je prie le Créateur,

Monsieur, vous tenir en parfaite santé, longue et heureuse vie.

De la Rye, ce 2 jour de juillet 1575 (1).

Avant d'aborder le règne de Henri IV, il ne nous reste plus qu'un seul document à mentionner, c'est une lettre de Carrouges (1589), gouverneur de Rouen, àBurghleyetàWalsingham, en faveur des religieuses de Sainte-Brigitte, qui, s'étant réfugiées à Rouen, et ne pouvant y vivre par le malheur des temps, avaient été obligées de s'en aller en Espagne; prises en mer par les Rochellois , elles avaient été ramenées en Angleterre. Il intercède vivement pour elles et peut affirmer qu'elles n'ont pas conspiré contre la Reine d'Angleterre (2).

(1) Record Office, State Papers, France, vol. LXXXVI. (Autograpte.) Y. Histoire du Parlement de Normandie, t. III, p. 2J1.

(2) Record Office, State Papers, France, vol. LCI. (Original.)

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