‹ La Normandie inconnueChapitre 10 sur 111 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

soiw la préfiidence du duo ou de son ref^resentant, le grand sénéchal. Ce fut en application de ce principe que Philippe-Auguste voulut juger Jean sans Terre pour le meurtre d'Arthur. Le roi de France était suzerain du roi d'Angleterre pour le duché de Normandie. Il appela donc auprès de lui^ comme ses assesseurs naturels pour juger le meurtrier, les grands vassaux de la couronne, le duc de Bourgogne, le duc de Guyenne, le comte de Flandre, le comte de Toulouse, le comte de Champagne, rarchevéque de Reims, les évéques de Laon, de Langres, de Beauvais, de Châlons et de Noyon. Ce fut d'après le verdict de ce jury que le roi Jean fut condamné comme félon à perdre la Normandie. \ji sentence fut exécutée par une armée composée de toutes les noblesses de France, et l'on ne peut nier que cette confiscation du duché normand ne fût parfaitement l^ale en droit féodal .

Telle fut, h Jersey comme en Normandie, en Angleterre comme en France, Torigine de la juridiction seigneuriale qui, bien qu'amoindrie plus tard par les rois, ne disparut complètement en France qu'après la révolution, et subsiste encore partiellement en Angleterre et dans les îles de la Manche.

La force triomphante s'appela justice, comme elle s'était appelée noblesse. Ces mêmes hommes, qui erraient nomades dans les forêts de la Germanie et de la JScandinavie, se prirent d'idolâtrie pour la terre. La terre conquise par eux devint, sous le nom de fief« une espèce

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d*étre immuable, au culte duquel ils sacrifièrent pen* dant des siècles leurs filsputnés. Les générations se succédaient, les familles s'éteignaient, mais le fief, toujours un et indivisible, grâce aux substitutions et aux majorats, avait toujours son peuple de vassaux et de paysans. Les vassaux lui apportaient toujours leur hommage ; les paysans lui apportaient toujours leur corvée. Les seigneurs n'étaient que les intendants de leur seigneurie ; les propriétaires n'étaient que les usufruitiers de leur propriété. Ils étaient nobles, mais c'était par la grâce du fief; ils rendaient la justice, mais c'était au nom du fief.. Les châtelains passaient, mais le château restait toujours debout, surveillant ^es parcs et ses garennes, dominant ses chaumières vassales, et gardant toujours son blason devant' sa porte, son tribunal dans sa grand'salle, sa potence au bout de son avenue.

LE CLBBGt. — OBIGINB DE LA POISSAMCB KCCLÈSUSTIQUI.

L'ancienne société n* avait pas disparu tout entière dans l'invasion des Barbares. Il y avait une puissance qui avait survécu h Tengloutissement de l'empire carlovingien et qui devait servir d'intermédiaire entre le vieux monde et le nouveau. Pendant le déluge des barbares, la tradition humaine était encore montée dans l'arche. Cette arche, c'était l'Eglise. Dans tous ses couvents, dans tous ses monastères, l'Eglise avait conservé la langue des Césars et sauvé du péril tout ce qu'elle avait pu. Durant tout le temps que le flot avait monté, elle avait recopié les manuscrits anciens et gardé pour les générations futures ces travaux des générations évanouies. Tandis que tout autour d'elle n'était encore que chaos et anarchie, tandis qu'il n'y avait plus de pouvoir

public, TEglise avait conservé ses conciles provinciaux, ses conciles généraux, et toute cette centralisation catholique qui faisait une seule patrie de toutes les patries hostiles, qui faisait de cette patrie le royaume spirituel de révéque de Rome, et rattachait les villes, les campagnes, les forêts de la Germanie, comme- les déserts de l'Afrique, à l'autorité insaisissable de ce chef visible.

Ainsi constituée, TEglisQ entreprit la tâche la plus gigantesque que l'effort humain pût tenter, la soumission de la force à l'idée. Les Barbares avaient vaincu l'Empire; elle voulut vaincre les vainqueurs. Déjà elle avait fait reculer Attila devant un de ses papes; déjà elle avait soumis Glovis au baptême. Quand les Normands parurent, elle voulut les convertir comme elle avait converti les Francs. Elle avait donné au chef franc le droit divin de régner; elle versa l'huile sainte au front du pirate normand. Efle lui fit abjurer le paradis d'Odin pour le paradis du Christ.

La religion d'Odin, ce mahométisme du Nord, fut vaincue dans RoUon. L'église alors parut triomphante. En l'an mille, l'Europe, toute comerte du vêlement blanc des chapelles, ressemblait à une Egypte çbré-^ tienne. ^

Les ohefe Normands prirent leur religion nouvelle avec la ferveur des néophytes. Ils donnèrent à l'Eglise des domaines immenses. Ce fut alors que la piété normande éleva au Dieu nouveau ces admirables cathédrales dont les flèches aériennes sont eomsM des oan^

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