‹ La Normandie inconnueChapitre 26 sur 111 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

» tirer cette conséqueDce ridicule qu'une comtesse peut » épouser an avocat, sans faire tort à sa qualité, néan- » moins il est certain qu'ils portent encore aujourd'huy » des titres fort considérables, comme est par exemple h^ cduy de chevalier aux bix. »

Depuis répoque où écrivait le bailli, les choses ont bien changé. En France on a vu les avocats, qui jadis ne pouvaient se couvrir dans les parlements sans permission, forcer le roi à se découvrir devant eux. Et è Jersey, quelle révolution aussi I Comme il crierait au seandaie, le vieux bailli, s'il voyait les avocats de la Cour, de cetle cour même qu'il présidait, se permettre de porter la robe, et l'un d'entre eux, devenu, à force de plaidoieries, acquéreur de vingt Oefs, se taillant un blason dans ses harangues, et un peuple de vassaux dans la foule de ses clients, donner enfin à l'ancien régime confondu le spectacle nouveau de Patelin grand seigneur?

Du reste, le brave bailli se faisait une haute idée des fonctions de l'avocat, et les conseils qu'il donne au barreau de Jersey seraient encore bons aujourd'hui dans plus d'un pays civilisé.

« Les avocats, écrivait-il, doivent se contenter d'une » récompense raisonnable et s'en faire un point d'hon- » neur. On récite un fait mémorable d'un célèbre avocat j> de France, nommé Le Chartier, qui n'a voit jamais dit » qu'on lui donnoit trop peu. Un avocat doit demander )> à ses clients si les faits dont ils l'instruisent sont véri- » tables, et leur représenter le danger de leur consci^ice

» et de leur honneur, aussi bien que de la perte de leur » cause. Un avocat doit plaider pour les pauvres et pour » les personnes indéfendues... On plaide toujours gratis » pour ceux qui sont véritablement pauvres. C'est le )> riche qui dédommage quand son tour vient. Le Rouillé » rapporte un article par lequel si un avocat est coutu- )> mier d*estre long en son plaidoyer, le juge le peut )) suspendre ou priver de postuler. On peut bien avoir » quelque indulgence pour de jeunes avocats et surtout » en des causes d'apparat. Cétoit un reproche qu'on » faisoit aux avocats d'Athènes. Vh avocat n'est pas plus 1» blâmable de dire des bagatelles, qu'un juge de le souf- » frir. Celui-cy craint d'imposer silence, et l'autre craint » de manquer de clients s'il ne fait pas beaucoup de

» bruit Un avocat ne doit pas moins tâcher de se

» rendre utile dans les consultations que dans les plai- » doyers. Gicéro donnoit cette louange à Servius Sul- D picius, que lorsqu'on le consultoit, il répondoit tou- » jours comme s'il avoit été juge, et que, quelque grand j» jurisconsulte qu'il fust, il ne s'étoit pas rendu moins if> célèbre par les accommodements qu'il avdt faits que » par les connaissances qu'il avoit acquises. L'embarras » (le mot est naïf) est que ce qui fait le bien de celuy qui n consulte ne fait pas en apparence Tintérest de l'avocat. D Loyseau rapporte une histoire ^'un certain prélat qui » fjst destituer son juge pour avoir diminué son greffe, » en accordant les procès. » (Tome IV, p. 150 etsuiv.) Récapitulons les faits. Nous avons vu comment la for-

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