CHAPITRE V
Cbaqae bailliage formait alors une petite nation, ayant sa coutume spéciale, son tribunal spécial, son.Âssemblée législative formée d§ noblesse et de clergé où la boiir* geoisie même commençait è paraître. Ce qui était la loi à Caen ne Tétait pas à Rouen , ce qui était la coutume à Coutances cessait de Tétre à Jersey. Â cette époque, on ne disait pas même d'un bomme : « Il est de telle province. » On disait : a II est de tel bailliage. » Alors, on ne pouvait faire dix lieues sans cbanger de pays. G etait de Tanarcbie encore , mais cette anarchie était un grand progrès.
Tout restreint qu'il était encore, le bailliage offrait è la vie publique un cercle bien plus large que le fief. Jusque-là, la société s'était agitée dans l'arpent seigneurial ; pour elle, le toit du cbèteau avait été la limite du monde connu. Avec le bailliage, elle vit s'agrandir l'horizon.
Ainsi l'harmonie se dégageait peu à peu du chaos. Après l'invasion des barbares, le fief avait été la première patrie : le bailliage fut la seconde.
Attendons quelque temps encore, et le bailliage se dissoudra dans une patrie supérieure, la province. Attendons encore, et la province se perdra dans une patrie supérieure, la nation. Patience toujours, et la nation se fondra dans la patrie suprême, l'humanité.
ou EST NÉS LA 70ÉS1I FRANÇAISE.
Il y a près de sept cents ans, un enfant qui était né à Jersey, fut envoyé à Caen, ville capitale de la Basse- Normandie, pour y faire ses études. Cet enfant était un petit prodige. Il chantait, et ses chansons avaient une harmonie inconnue; il écrivait, et ses écrits avaient une forme étrange, f/enfant grandit et devint homme. Les bons clercs qui Tadmiraient voulurent l'attacher à l'Église, et demandèrent pour lui une prébende. Henri II, alors duc de Normandie et roi d'Angleterre, accorda à leur protégé la prébende de la cathédrale de Bayeuji. \À, le jeune ecclésiastique put faire de la poésie et de la musique tout è son aise, et, pour témoigner toute sa reconnaissance à son duc, il se mit è chanter la dynastie normatide.
Il chanta la conquête de la Neustrie par les hommes du Nord et raconta, Homère naïf, TOdyssée de RoUon. Il