CHAPITRE I
Nej»8trîe par tous les points à la fois Ils remontèrent la Seine avec la marée, prirent Rouen et assiégèrent Paris. Ils reoaontèrent la Loire et pillèrent Nantes. L'empire attaqué se défendit, puis enfln capitula. En l'an 912, c'eat-à-dîre près de cent années après la mort de Charle* magne, T^npereur Charles, que l'histoire a surnommé le Simple* fit dire au chef des Normands, un certain Roi- Ion : « Vous avez , vous et vos compagnons , pris la Neuslrîe occîc^ntale. Je vous donne ce que vous avez pris. Vous, Rollon, vous êtes un chef de bande, je vous ferai duc ; vos compagnons sont des pillards, je les ferai comtes, vicomtes* barons. Vous avez mérité la potence ;. je vous donne ma fille Gisèle. Duc Rollon, soyez mon gendre. » Rollon réfléchit, car la chose en valait la peine, puis accepta. Le contrat fut signé et s'appelle, dans les chroniques, le traité de Saint-Clair-sur-Epte. /
Depuis cette époque, la Neustrie occidentale s'appelle Normandie.
L'Église consacra cette prise de possession, et le pirate baptisé devint le chef d'une famille qui devait un jour régner sur l'Angleterre.
Ce flot de Normands qui venait de couvrir toute une vaste région de l'empire était la dernière vague de l'inondation barbare. I^es Normands une fois fixés sur le sol, le Nord cessa de déborder.
Au temps dont nous parlons, il y avait déjà quatre siècles que cette mer d'hommes envahissait l'Occident. Isê première vague avait jeté les Francs sur la Gaule, la
seconde avait couverl l'Italie d'OsIrogoths; la troisième avait jeté les Wisigoths en Espagne ; la quatrième avait jailli jusque sur l'Afrique et Tavait éclaboussée de Vandales; la cinquième avait jeté, en Italie encore, les Lombards sur les Goths ; la sixième avait jeté, en Gaule encore, les Francs austrasiens sur les Francs neustriens. Alors Charlemagne, le dernier venu, s'était déclaré héritier des Césars; il avait recueilli tout ce qui restait en* core de la tradition romaine, et il avait élevé autour de l'empire la digue prodigieuse de ses victoires. Lui mort, l'océan humain rompit la digue et jeta sa dernière vague, les Normands. Alors l'inondation s'arrêta; le trop-plein était déversé ; la mer des vivants avait trouvé son équilibre.
Ces alluvions de Barbares ont fait le limon de la civilisation moderne.
L'empire carlovingien disparut. Et à cette unité immense dans laquelle Charlemagne avait essayé de faire tenir l'Europe succéda une anarchie sans nom.
L'empire'fut divisé eti royaumes, les royaumes furent divisés en duchés, les duchés en comtés, les comtés en baronnies. Ce n'était pas encore assez. Il fallait que tous les conquérants eussent leur part de la conquête. Le dernier combattant voulut être chevalier, comme le premier avait voulu être roi. On divisa les baronnies. L'empire décomposé à l'infini donna pour atome le fief.
Dès lors le gouvernement central n'exista plus. Les tils de Charlemagne devinrent des rois fainéants. Cha-