CHAPITRE 1. d
que seigneur choisit la montagne la plus haute, s'y crénela et se fit empereur dans sa seigneurie.
Après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, RoUon partagea à ses compagnons la terre conquise : aux capitaines des comtés, aux lieutenants des baronnies, aux soldats des ûefs. Dans la patrie nouvelle, la bande conserva la même hiérarchie que dans les forets du Nord. Cette hiérarchie organisée a fait la féodalité, c'est-àdire la loi du monde jusqu'à la révolution française.
Les conquérants devinrent les nobles; les conquis devinrent les serfs. Les conquérants prirent pour eux la beauté avec la noblesse : ils s'appelèrent les gentilshommes. Les conquis furent frappés de laideur par le servage : ils furent nommés les vilains.
Entre tous les vainqueurs, devenus possesseurs de terres, Rollon établit un lien social nouveau qui s appela l'hommage. L'hommage fut la relation du vassal au suzerain. Le vassal devait étendre les mains entre les mains de son seigneur et dire ces mots : « Je deviens votre homme, h vous porter foy et hommage contre tous, sauf la féau té au duc souverain. » Les chevaliers firent ainsi hommage aux barons, les barons aux comtes, les comtes au duc, de même que le duc luimême fit hommage à l'empereur et plus tard au roi de France. Comme gage de ce lien nouveau, le vassal dut payer au suzerain une certaine somme chaque année. Ainsi le duché dut payer pour relief 333 écus, le marquisat 166 écus, la baronnie 33 écus, le plein fief
de haubert 5 écas. Les terres roturières elles-mêmes (car il y eut des champs qui n'étaient pas nobles) furent astreintes à une rente annuelle de 12 deniers par acre. Une maison avec un jardin dut trois sous. Un moulin dut un écu. Les terres en friche ellesmêmes durent six deniers par acre.
Indépendamment de ces aides ordinaires, le duc Rollon imposa h ses compagnons et à leurs descendants des aides extraordinaires. Ces aides, que le vieux Coutumier de Normandie appeUe aides cheveli, se durent dans trois circonstances diverses : l"" quand le (ils aîné du seigneur était armé chevalier; — c'était l'aide de chevalerie; 2*" quand la fille aînée du seigneur se mariait, — c'était l'aide de mariage; 3° quand le seigneur était fait prisonnier, — c'était l'aide de rançon.
Enfin, comme il fallait pouvoir défendre à tout instant cette terre quon venait de partager, Rollon fit jurer à tous ses vassaux que chaque fois que leur duc les appellerait au combat , ils viendraient se ranger sous sa bannière.
Cet engagement fut l'origine du service militaire. Quand le duc de Normandie appelait ses va€isaux, le ban devait se lever. Quand les vassaux du duc <îonvoquaient à leur tour leurs vassaux, Tarrière-ban marchait ^ Le ban et l'arrière-ban donnaient au duc une
1 La réunion toute féodale du ban et de rarrière-bau a formé plus tard, en Angleterre et à Jersey, la milice, originairement composée de seigneurs et de paysans.