‹ La Normandie inconnueChapitre 31 sur 111 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mêmes k la eonnattre» el elle envoyait Cherlemagoe à l'école.

Pour Tacbever, cette suppliante sublime^ il fallut le coup de hache de RoUon. Les Normands, une fois établis à Caen, à Rouen et aux lies de la Manche, la langue la^ tine cessa d'être comprise» et la poésie, pour se faire eutendre, eut besoin de parler patois.

Avant le triomphe de ces pirates, on parlait encore latin dans toutes les cours. Charlemagne avait donné ) exemple en demandant à l'Italien Pierre de Pise de lui apprendre la langue de Jules César. De son temps, les livres d'histoire, de théologie, de scolastique étaient en latin. Le latin était universellement employé par les écrivains les plus distingués de l'ère carlovingienne, Eginhard, Hincmar, Âlcuin, Erigène, Leidrade, Watfried Strabo, Gottschalk.

A société nouvelle, art nouveau, c'est^è-dire expression nouvelle.

Au douzième siècle, tandis ({[ue sur les monuments 1 ogive gothique succédait au cintre romain, la langue romaine cédait dans la pensée humaine la place à la langue d'Oil. Cette langue d'Oil, le premier qui osa récrire, ce fut le fils d'un paysan de Jersey.

Il y a dans Thistoire des coïncidences qui semblent trahir le fait exprès providentiel. Tandis qu'il était vaincu au nord de la France, l'idiome latin subissait une défaite é^le au midi. Pendant que Robert Vace écrivait à Bayeux le premier poëme de la langue d'Oil, d'autres poètes au

delà de ia Loire chantaient aussi avec des mots nouveaux. Le ûls d'un valet, Bernard de Ventadour, s éprenait d'une grande dame, la vicomtesse Eble III, et osait le lui avouer dans une langue inouïe. Dans la même langue» Bertrand de Born, vicomte de Hautefort, provoquait les habitants de l'Aquitaine à la guerre contre les Sarrasins et lançait dans tout le Midi ces appels aux armes si fameux sous le nom de Sirvmtes.

Ainsi la langue d'Oc était formée.

Langue d'Oc au midi ! Langue d'Oil au nord I Ces deux rivales se partagent la France et se la disputent. Qui l'emportera des deux? qui triomphera, du Normand ou du Gascon ? de Robert Yace ou de Bernard de Ventadour? du trouvère ou du troubadour? qui remportera du patois de Toulouse ou du patois de Jersey?

Au commencement du xm' siècle, les deux langues se défient dans les plaines au delà de la Loire. La langue d'Oil a pour chevaliers le roi Philippe-Auguste et le pape Innocent III ; la langue d'Oc a pour champions le comte de Toulouse et le roi d'Aragon.

Après une guerre acharnée, le comte de Toulouse et le roi d'Aragon sont vaincus; toutes ces antiques municipalités qui avaient encore un air romain, Toulouse, Montauban, Avignon, sont livrées aux flammes; soixante mille personnes sont égorgées dans Béziers; les Albigeois sont exterminés. Nouveau sacriûce humain qui donne i la France nouvelle au deli comme en deçà de

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