‹ La Normandie inconnueChapitre 37 sur 111 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Tel quil était néanmoins, le pacte que le roi Jean flt avec Jersey dans celte nouvelle charte» contenait la reeoiiBaissanee fonnelle de l'indépendance nationale de rUe. Il luT accordait le droit de self-govemment. Mais qa*arri¥d4*il ? On sait ce que valent les paroles de prince.

Une fois la conquête de l'Ile assurée à l'Angleterre, cette charte si précieuse disparut. Qu'auraient dit Jes libéraux de la Restauration si un beau matin on était Venu leur dire : Vous savez bien, la charte I la charte de Saint-Ouen ! la charte que vous défendez tous les jôorsl la charte pour laquelle vous avez juré de mourir I la charte où Louis XVIII a reconnu, au nom de la monarchie française, les conquêtes de la Révolution! eh bien ! la charte est perdue I Le roi Ta fait chercher dans te& archives : elle n'y est plus. On a pris la charte !

Eh bieni l'émotion qu'auraient pu éprouver les libéraux de 1820 à cette nouvelle, les Jersiais l'eurent au xh'' siècle. A peine promulguée, la charte du roi Jean dfeparut. Le texte oftioiel n'en a jamais été retrouvé. Dans ce temps-là, on ne violait pas les constitutions,, on les volait.

' Cent ans après là mort de Jean, l'assassin d'Arthur, deux commissaires anglais , nommés Fressingfield et Ditton, vinrent dans l'Ile et demandèrent aux habitants par quelles lois ils se gouvernaient; ils répondirent que c était par certaine coutume usitée dans ï île depuis ufi temps immémorial et que^ diaprés cette coutume, ils avaient douze

118 LA NOJIMàKDIE INCONNOfi.

juréi rm/am qui otiiiteieiif le boUIL De la eharte dn roi Jean, pas «n mot. Cela se passait sous Edouard II. En 1331 « d'autres oonaiBissaires du oonaetl privé, le obéitlier Robert de Bîorthon, sir Robert Scarboroiigh et le seigneur de Westoote, tous Angltts, vinrent à Jwsey tenir des assises à Longueville comme juges itinérante, et demandèrent encore aux babitants de quel droit Tile se gouvernait toute seule. Même question , même réponse. Le sieur de Barentin, procureur des Jersids, répondit que « les libertés dont ils usaient remontaient à des temps fsi reculés qu'on ne pouvait en trouver la source. i> La constitution du roi Jean était toujours passée s^mis silence. Disparue des archives de Die , elle avait fini par disparaître même de la mémoire du peuple ^

Une nuit profonde se fit alors sur Jersey, qui dnra trois siècles. Cette nuit , c'était la monarchie anglaise qui Tavait faite. Pas de loi écrite. Pas de registre public. Pa3 de litres authentiques. L'Angleterre les demandait sans cesse» ces titres. Mais Tlle, mise i cette question perpétuelle , cherchait avec angoisse la patente do ses libertés et ne la trouvait pas.

Que se passa-t^il alors? L'histoire ne peut pas le dire, car» depuis l'occupation de l'Ile par le roi Jean jusqu*au XVI* siècle, les documents locaux font absolument définit.

* Ce no fat que beaucoup pins tard qa*on retroiiTa dam los archÎTOs biitaoniques ano copio incomplète de la Charte do roi Jean, intercalée dans le procès-Torbal d'une enquête fiûto h leraey par ordre do Henri III.

Page 1