‹ La Normandie inconnueChapitre 39 sur 111 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

chant les marches du trône, se cogna sur un billot.

Jusqu'au xvii* siècle, Jersey eut à subir tous les caprices de la monarchie anglaise. Jersey était une bague aux doigts de la royauté qui la jetait successivement à ses favoris. Quand un roi voulait faire un cadeau h un de ses sujets, il lui donnait une tle de la Manche h gouverner.

Comment Tlle allait-elle être administrée? On s'en souciait peu. Pourvu que la dîme fût bien payée, la corvée bien faite, peu importait le reste. D'ailleurs, le gouverneur n'était pas obligé de résider dans l'île, si cela l'ennuyait. Il pouvait se faire remplacer par un lieutenant et restera la cour. Payer pour l'He était obligatoire, mais gouverner pour le gouverneur était facultatif. N'était-ce pas un honneur bien grand pour la pauvre Jersey que d'avoir un lord pour gouverneur, et ne devait-elle pas être bien heureuse d'acheter cet honneur-là quelques milliers de livres? Le soir, h Whitehall ou à Richmond, si, dans quelque fête royale, le favori portait sur les épaules un manteau plus brodé d*or que tous les autres, n'était-ce pas une consolation pour ces pêcheurs de morue d'avoir payâla broderie ?

QD'EST-CE QU*DN connétable? — ORGANISATION DES COMMUNES. — DROIT A l'assistance. — FORMATION DR LA MILICE. — LES ÉTATS DE JERSEY. » CE QUE JERSEY DOIT A LA NORMANDIE.

Ilcureuseroent pour l'avenir de nie, tandis qno le pouvoir absolu des gouverneurs s établissait sur la spoliation du clergé et l'humiliation de la noblesse, une nouvelle puissance se formait lentement au bas de la société féodale : c'était la bourgeoisie. Les populations jersiaises recevaient définitivement leur organisation civile. Jusque-là, elles n'avaient existé que comme paroisses^ elles existèrent désormais comme communes. Jusque-là, le pouvoir ecclésiastique était tout chez elles ; désormais, à côté de ce pouvoir, un pouvoir laïque se forma , ce fut le pouvoir municipal. Les paroissiens devinrent citoyens. A côté du curé, chargé des intérêts spirituels

CnÀPITRE VII. 13»

dô la population, il y eat an magistrat chargé de ^$ intérêts temporels. Ce magistrat fut pour la cité jersiaise ce qu*é(ait le bourgmestre pour \a société flamande ou allemande, le maire pou^r la cité anglaise, Taleade pour la cité espagnole, le prévôt des marchands pour la cité française. Il reçut le nom de tonnéUtblc.

De quelle époque précise date à Jersey cette gr«inde révolution qui émancipa civilement le tiers état? C'est ce que nulle histoire n'a jusqu'ici clairement établi. Le bailli Le Gcyt et le ministre Falle n*en disent rien. Chose singulière! le point te plus important est en mémo temps le plus obscur. Que signifie ce titre si étrange pour nous dans ce sens : ConnéUiblc? Vo\ïv(\xïo\^ dans les iles de la Manche , le magistrat municipal a-t-il reçu cette appellation unique en Europe?

Pour trouver la réponse à cette question, il est nécessaire de rappeler certains faits.

Il y avait dans l'ancienne France un personnage qui était après le roi le premier de tous. En temps de guerre, il avait de droit le commandement en chef des armées, et le roi lui-même ne pouvait rien sans son avis. En temps de paix, il était le grand juge du royaume* de même que le prévôt de Franco en était le grand exécuteur ; son tribunal était à la table de marbre de Paris ; tous les gens de la maison du roi étaient ses justiciables; il était chargé de maintenir l'accord entre les gentilshommes et de régler ou d'empêcher les duels ; il avait à ses ordres et comme escorte une garde spéciale chargée

d'exécuter ses arrêts ^ Ce persoDnage» si grand qu'il faisait peur à la royauté et qu'il fallut Richelieu pour le renverser, était aussi ancien que la monarchie capétienne. Il s'appelait le connétable de France.

Lorsque le Conquérant s'établit en Angleterre, il institua, sur le modèle du connétable de France, un fonctionnaire ayant des charges analogues, et qui, en anglais, fut appelé lord high consîable, le lord haut constable. Gomme le connétable de France, le lord haut constable était en temps de guerre le commandant en chef des armées ; il portait répée des rois d'Angleterre, comme Tau tre portait l'épée des rois de France ; à son tribunal était jugée toute cause ayant rapport aux faits de guerre, tels que le partage du butin, la prise des villes, etc. , ou les combats entre les seigneurs ; en temps de paix, il était chargé de maintenir l'ordre dans tout le royaume, et de prévenir les querelles particulières. Au temps d'Edouard I", c'est-à-dire au commencement du xiu'' siècle, le haut constable d'Angleterre fut obligé, par l'étendue de sa compétence, de déléguer son droit de juridiction à un certain nombre de magistrats qui prirent comme lui le nom de constables. Deux de ces magistrats devaient être élus annuellement dans toute circonscription comprenant cent manoirs (/lundred). Ils furent ainsi chargés de la police d'un canton. Ces constables de second ordre déléguèrent à leur tour le droit de juridiction à des constables de troisième ordre,

^ La connétablie, remplacée plas tard par la maréchaassée, puis par la gendarmerie.

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