CHAPITRE TH
qui durent être élus dans chaque ville pour y fiiire la police'.
Eb bien i ce qui eut lieu dans toute l'Angleterre eut lieu également à* Jersey. Les lies de la Manche furent organisées comme un canton anglais. Les gouverneurs de Jersey et de Guernesey remplirent les fonctions de constables cantonnaux» et c'est ce qui explique pourquoi, dans plusieurs rescrits royaux du xiv* siècle, le gouverneur de Jersey est appelé constable, constabularius. En même temps, des magistrats subalternes furent élus par chaque paroisse et devinrent, pour les communes de Jersey et de Guernesey, ce qu'étaient les petty constables pour les communes d'Angleterre. L'analogie, on le voit, est frappante, et je m'étonne d'avoir été le premier à la trouver. Le connétable des lies de la Manche n'est donc que la traduction normande du constable anglais.
Seulement tandis qu'en Angleterre le constable a vu ses fonctions s'amoindrir, le connétable à Jersey a vu grandir les siennes. Le connétable, qui n'était dans l'origine qu'un petit officier de police, est devenu maire de la commune et membre du parlement jersiais ; de même
1 Pins tard, au xvi* siècle, la monarchie anglaise devint jaloase du lord haut constable, de même qu*au xvii' la monarchie française devait le devenir dn connétable. Henri VIII supprima l'ofTice suprême du lord haut constable, tout en maintenant les constables des cantons et les constables des communes. Depuis cette époque, les constables cantonnaux ont pris le titre de hauts constables {high conttablé), et les constables eommnnani celai de petits constables {petty eonttable). Cette organisation a duré jusqu*à nos joars.
que le bailli, qui n'était jadis qu'un magistrat de seiDond ordre, a été assimilé par la reine Elisabeth à un chancelier. Jersey a grandi, et à mesure qu'elle grandissait, elle a haussé ses magistrats.
Ainsi l'origine du connétable est tout anglaise; Tor^ ganisation de la municipalité jersiaise est tout anglaise. Qu'on le remarque! c'est le seul élément britannique que contienne la vieille constitution normande de Jersey. Le bailli est normand, le jury est normand, le viconite est normand, la coutume est normande, la langue est normande. Le connétable est anglais. A Jersey, l'État est normand, mais la commune est anglaise. C est ce qui fait que, si Tile tient à la France par son passé, elle se rattache a l'Angleterre par son avenir.
<c La plus commune opinion sur le mot de connétable, r> dit le bailli f^e Geyt, c'est qu'il vient de cornes slabuli, » qu'on appelle autrement grand escuyer. Quelques-uns » disent que c'est un mot purement françois ; d'autres » que c'est un mot saxon, composé de cunning^ qui signi- » fie roy, et de stable, qui signiQe ferme. En France, ce » mot ne désigne que le premier commandement après » le roy, en fait d'armes; il n'y on a plus là depuis 1627. » En Angleterre, il comprend divers emplois. Il n'y a » point, en Normandie, d'office quy réponde à ccluy de » nos connétables; et, comme les connétables sont d'ori- » gine angloise, il est constant qu'ils ne sont là qu'an- » naux, je veux dire en Angleterre.
» Il n'y a qu'un connétable par chaque paroisse, mais
CHAPÎTBB TII. »«
1» il est secondé d'un centenier qui fait le mesme ser- » ment, mulato homine, et les mêmes fonctions en Tab- 1» senœ du connétable. Présentement il y a fort peu de i> paroisses où il n'y ait deux centeniers, et cette multiy> plication est nouvelle. H y a deux connétables à la ville » de Guernesey, mais on peut dire qu'il y en a trois )>dans la plupart des paroisses de Jersey, puisque les » centeniers sont des espèces de connétables. Outre les « » centeniers, les connétables ont aussi pour assistants » des vingteniers et douze autres bomraes des plus sub- » stantiels de la paroisse après ceux qu'on appelle des j> principaux; et ces douze hommes portaient le titre de » sermentez du connétable. » (Tome IV, page 161.)
Telle fut pendant des siècles l'organisation de la police dans les lies de la Manche. Cette police ne recevait pas de salaire et émanait de l'élection. Elle était donc une protection sans être un danger. Il faut se rappeler rétat social du moyen âge pour voir combien son institution dut être utile. .« C'étoit autre fois une y> maxime constante que chacun étoit obligé par hon- » neur de prendre le parti de son parent et de venger » son injure, non-seulement sur la personne de celui » qui l'avoit faite, mais aussy sur ceux qui luy pou- » voient appartenir, si autrement elle ne pouvoit estie » vengée. Cela se pratiquoit principalement parmi les » peuples du Nord, gens fiers, accoutumez à décider » par duel leurs procès et leure querelles. . En crime, ^ ils se battoient k Tépée; en matière civile, c'iéloit
» avec des armes sans tranchant ni pointe. On ne pou* y> voit refuser le cartel à moins que d'estre d'une con- » dition trop éminente, comme est le Roy, ou trop » sacrée, comme sont les Ecclésiastiques, ou trop faible, n comme sont les idiots et les lunatiques ; ou trop » abjecte, comme sont les infâmes et le trop bas peuple » avec lequel la bienséance ne permet pas de se corn- » mettre. Ce fut pour modérer celte passion brutale et » ce faux point d'honneur qu'on se servit de la forma* » lité de fiancer les trêves, ainsi qu'on s'exprimoit. Une ï» partie juroit qu'elle ne feroit ni diroit injure par elle, )) ni par les siens, à la partie adverse, ni aux siens. Il » y a dans le vieux Coutumier de Normandie et dans » le Bouteiller plusieurs chapitres touchant les tresves y> et la bataille; c'étoit une considérable partie delà » jurisprudence d'alors. Le Roy T.-C. fist une loy par » laquelle il prescrivoit quarante jours de tresve pour » les amis de part et d'autre, depuis le fait et querelle » des principaux, sur peine capitale et confiscation de » biens comme en cas de meurtre, et voulut que cette » quarantaine s'appelast la QuararUaine Le Roy : c'étoit i> le Roy saint Louis. Du temps du Roy Henry YIII, il » vint à Jersey divers rescrits et lettres royaux, en- » joignant aux magistrats de prester la main pour la » conservation de la paix et de prendre à cet effet d'é- » tranges sortes de cautions qui marquent les insultes » qu'on craignoit... On peut affirmer qu'il n'y eut )» jamais plus de débats, de cabales, d'inimitiés et de