CHAPITRE VII
marque ! G'étaienl les Normands qui avaient commencé la constitution de Jersey, et ce sont les Normands qui l'ont unie. IjOs Normands avaient jadis établi dans TUe la magistrature du bailli : chassés de Tlle au xiii* siècle, ils y revinrent au xv* pour y créer les Etats. En établissant le premier tribunal, ils y avaient inauguré l'idée de justice; en créant la première assemblée parlementaire, ils y déposèrent en germe l'idée de liberté.
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RETOUR DES ANGLAIS DANS L ILE. — HISTOIRE DE MARGUERITE DE CARTERET. — UN PEUPLE SAUVÉ PAR UNE FEMME. — ORDONNANCE DU ROI HENRI VU.
Les Anglais, de nouveau maîtres de Tile, la traitèrent en pays conquis. Ainsi que je Tai dit plus haut, tout ce que les Français avaient fait fut défait : la Coutume normande fut remplacée par la loi martiale. Le pouvoir législatif fut repris aux Etats par la cour royale, oîi les gouverneurs tinrent continuellement leurs lits de justice. « Le gouverneur Harliston, dit le bailli Le Geyt, s'attribua un pouvoir royal et finit toutes ses ordonnances par ces simples paroles : car tel est notre bon plaisir. » Ce Har^ liston était justement celui qui venait de repousser les Français. En même temps qu'on grandissait le despotisme, on fortifiait Montorgueil : le nouveau gouverneur fit construire au nord de la première porte du château une tour, aujourd'hui ruinée, qui s'appela la tour Ilar-
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liston. C'est la règle dans l'histoire. Une liberté de moins, un créneau de plus. Voilà pourquoi il y a tant de bastilles.
Cependant , après seize ans de gouvernement , ce Har liston fut chassé de Jersey : lui qui avait pris Montorgueil aux Français , se vit prendre Montorgueil, devinez par qui? par les Anglais. Voici h quelle occasion. Tout le monde connaît l'histoire étrange de ce personnage qui^ peu après Tavénement du roi Henri VII, fut reconnu comme héritier légitime de la couronne d'Angleterre par les cours de Boui^(^e, d'Ecosse et de France, et par une grande partie de Taristocratie anglaise, sous le nom de Richard, duc d'York, et qui finit par être pendu à Tyburn par le bqurreau de , Henri Tudor, sous le nom de Perkins Warbeck, fils d'un Juif. £h bien ! U parait que ce Barliston était sur ce personnage de l'avis des rois de France et d'Ecosse etuon de lavis du bourreau. Il avait reconnu ce jeune homme comme ûls d'Edouard IV et roi légitime d'Angleterre, et il préparait À Jersey un mouvement en faveur du prétendant quand un beau matin il vit des canons braqués sur la porte du château. Ces canons étaient chargés d'apprendre à Harliston la vraie généalogie de ses rois. Assiégé par le commissaire anglais, Edmond W^eston, le malheureux gouverneur fut obligé de se sauver en France déguisé en paysan.
Henri VU se hâta de lui donner un successeur. Voulant avoir à Jersey un homme à lui» il donna la charge de gouverneur au palfredier de son chambellan, uu
nommé Mathieu Daker. Ce palfrenter, qui n'avait jusquelà gouverné que des chevaux, entra à Jersey comme à récurie. Il menait VWe h coups de fouet, et la corde de ce fouet pendait à une potence. « Cet homme, dit une vieille chronique de la maison de Saint-^uen, étoit fort » chagrin, malicieux et fort vengeable et faisoit beau- » coup de maux et d'extorsions aux uns et aux autres T> dans la dite isle. d En sa qualité de gouverneur, Mathieu Baker avait nommé le bailli et avait choisi pour cette fonction un homme exécré du pays, un certain Clément Le Hardy. Ce Le Hardy devint le compère du gouverneur. Jersey était épouvantée; les douze jurés justiciers, assis sur les bancs de la cour royale, écoutaient sans rien dire les plaintes de leurs compatriotes opprimés et consacraient par leur siledce toutes les iniquités commises.
Unjour cependant, jour à jamais mémorable dans les fastes de Tlle ! dans une séance solennelle de cette même cour royale, à Touverture des chefs-plaids d'héritage où se rendaient encore, selon Tusage, tousles gentilshommes de rile, un vieillard à cheveux blancs se leva et demanda la parole au bailli. Il déclara que le temps était venu de dire ce qui était dans tous les cœurs; qu'il savait bien qu'il y avait danger à parler; mais que, n'ayant pas eu peur des Français, il n'aurait pas non plus peur des Anglais ; qu'il se faisait vieux et qu'il ne voulait pas aller devant le juge suprême sans avoir la conscience nette; que d'ailleurs, si malheur lui arrivait, ses quinze fils sau-