CHAPITRE Vill
da Carferet et Rn|[er Le Bouleiller seront sur-le champ. cofidMÎIs au ebâieau, où ik seronl logés* Vicomte, exécutez notre arrêt.
Philippe essaya une dernière prolestalion. a Mais j*offre de bailler pièges* dit-il. On ne peut me refuser ce que la coutume accorde à tous ceux de qualité, la liberté sous caution. Je suis seigneur de plusieurs fiefe. Prenez-les en gage et me laissez libre.
— Il y a des occasions suprêmes oà la coutume ne peut être invoquée, objecta le bailli. En vertu de notre pouvoir discrétionnaire, nous déclarons ne pas accepter ile caution. Allez à Dieu, Tun de vous deux est menteur, et je ne sais qui cest.
Cette dernière phrase était la phrase sacraroenlelle par laquelle le juge, en Normandie, congédiait les combattants.
Les prisonniers furent emmenés hors du tribunal, et la salle se vida derrière eux.
Cepemkint la rumeur publique avait bien vite répandu dans rile entière la nouvelle de cette arres* tation. Ce fut le signal d'une consternation générale. Le soir, dans les veillées oii les paysans se réunissaient après les travaux du jour, on se racontait avec une indignation toujours croissante les détails de Temprisonnement. On disait que le seigneur deSaint-Ouen avait été jeté à Montorgueil dans un de ces horribles cachets sans âir ni lumière, oji Ton ne pouvait ni se tenir ^bottt tti ae teiikir couehé, cachots que Ton peut visiter
encore aujourd'hui, et dont la ruine même fait fris* sonner. Philippe n'avait pour toute nourriture que du pain et de Teau. Personne n'était admis à le voir, pas même sa femme, qui s'était vainement jetée aux pieds du gouverneur pour obtenir cette grâce. Quant à son adversaire, Roger, il se promenait dans le château aussi librement qu'auparavant. « Il étoit, dit la Chronique de Sainl'Ouen, fort bien nourry pour estre fort et dispos au jour du combat. »
On n'était plus qu'^ trois semaines de la Saint-I^aurent. Philippe de Carteret semblait perdu h moins d'un miracle. Déjà affaibli par lage, exténué par un jeûne forcé, il n'arriverait au lieu du combat judiciaire que pour y être achevé. Ce n'était plus un duel, c'était un assassinat. Tout cela provoquait l'horreur générale. Mathieu -Baker craignit que le roi ne finit par tout savoir : il résolut donc de prendre les devants et d'aller lui-même raconter l'histoire à sa façon. Avant de quitter l'Ile, il fit publier par toutes les paroisses qu'il était interdit h tous navires ou bâtiments de sortir de Jersey 4ant que le gouverneur serait absent « et que toutes les infractions h cette défense seraient punies de mort. Puis il partit triomphant du havre de Goréy.
Par ce moyen, toute communication avec l'Angleterre supprimée, il n'y avait plus de plaintes possibles. Philippe de Carteret allait être assassiné, sa famille déshéritée; son manoir patrimonial, ses parcs, ses bois, ses fleis allaient être confisqués. Jersey allait perdre son dé-
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fensenr sans pouvoir même réclamer. La douleur du condamné , comprimée entre quatre épaisses murailles, avait pour unique écho la douleur de ce petit peuple, prisonnière de l'Océan.
Cependant, h la fin du jour oii le gouverneur anglais était parti du château de Montorgueil, quelqu'un que le hasard aurait amené è l'autre extrémité de lUe, au haut de ces redoutables falaises qui bornent au nord la paroisse de Saint-Ouen^ dans la cueillette de Vinchelez, aurait pu distinguer à la vague clarté du crépuscule deux formes humaines s'enfonçant lentement , par une côte escarpée, vers une pelite haie entourée de rochers que les paysans du pays appelaient la Grhcaux lançons.
La nuit était déjà trop noire pour qu'on pût distinguer au juste ce qu'étaient ces deux formes qui s'évanouissaient peu à peu dans ce gouffre. Seulement ce que l'œil n'aurait pu deviner, Toreille l'aurait pu peut* être. Un observateur attentif qui se serait penché sur Tabime aurait pu , à la rigueur, entendre deux voix tenant entre elles le dialogue entrecoupé que voici :
— Par ici! Madame. Mettez le pied sur cette pointe. ÏÀ. Vous y êtes, — Ah ! mon pauvre Jean, je n'arriverai jamais jusqu'au bout. Il me semble que la tète me tourne.
— Que Madame s'appuie sur mon épaule; j'ai le pied bon, et puis je oonnais bien cette côte-cî... Attention, là... Enfin I Voici le plus dur passé! Nous n'avons plus qu une trenfaii^de pieds à descendre. — Laisse-moi me reposer un peu mv eette pierre; Je n'en «puis plus. -^
Ok I oui I Madame doit être bien fatiguée. Penser qa*etté fait un pareil voyage deux jours seulement après ms relevaillesl Quel courage! ^ Allons, Jean» tu me rappelles mon devoir. (Continuons... Ciel! Il me semble avoir entendu du bruit. Est-ce que Téveil aurait été donné! — Non! Madame. Ce n'est rien; C'est quelque cormoran que notre venue ici aura effarouché et dont le cria ressemble à une plainte humaine. Je suis sûr que personne ne nous a vus sortir du manoir, fen suis bien sûr. Enfin! nous en avons fini avec ce maudit rocher! nous voici sur le sable! -- Aperçoi&-tu le bateau? — Oui, Madame, le, à votre droite, presque en face de la première cave.
Les deux ombres étaient en effet arrivées au bas de la côte et suivaient rapidement la pente douce dé la grève jusqu'à la mer. Arrivé au bateau, l'homme dit au batelier : VoilÀ madame! êtes- vous prêt 7 — Oui. monsieur le prév6t. — La mer monte-t-elle ou bai8se*t«elle 7 •— Elle monte, monsieur le prévAt. — Alors, vou:; aurez le courant pour vous. Combien de temps vous faudra-t-il pour arriver a Guemesey 7 — Oh ! avec ces bras<ci et cette mer-là« nous y serons dans trois heures. — C'est bien, dit la dame, ne perdons pas de temps. Adieu! mon brave Jean. Rentrez bien vite pour qu on ne se doute de rien« Adieu eneoré I La barque est bien petite, la mer est bien grande, la suit est bien noire, mais Dieu est lÂ*haut I
La dame était déjà dans la barque quand elle prononça ces derniers nMrfs. 1^ batelier leva l'ancre^ et le baiMo,