‹ La Normandie inconnueChapitre 54 sur 111 · CHAPITRE rill · texte numérisé non relu

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tout- puissant. Partout, du reste, une sorte d'invisible sauveur avait protégé la voyageuse.

Un peu avant qu'elle arrivât à Southampton, Mathieu Baker venait d'y débarquer et avait même remarqué le navire qui la portait. Tout était perdu si elle était reconnue au moment où elle en sortirait. Mais voilà, dit la chronique, qu'une grêle épaisse se met à tomber si fort que Mathieu Baker est contraint de se mettre à l'abri dans une maison. Pendant ce temps, madame de Garteret, accompagnée du sire de Beauvoir, débarque sans être aperçue et se sauve chez un bourgeois de la ville, nommé Havilland ' ; là, elle prend un cheval et arrive au galop à Salisbury où le roi d'Angleterre tenait sa cour. Le hasard faisait que Tévéque de Winchester, Fox, le premier ministre, connaissait personnellement Philippe de Carteret; madame Marguerite se présente chez 1 evêque et obtient par lui d'être immédiatement présentée au roi. A cette audience, elle raconte tout au premier desTudors, elle lui peint la misère des Jersiais, le dévouement de Philippe, Tinfamie de Mathieu Baker, et se montre si éloquente qu'elle obtient l'ordre de délivrer sur-le-champ son mari. Il était temps. Au moment où elle sortait du cabinet royal, elle rencontrait Mathieu Baker qui montait l'escalier d'un air radieux.

Une fois libre, Philippe de Carteret courut se justiQer en Angleterre, et le conseil privé lui donna gain de cause.

> Il y a encore des Havilland à Guernesey.

Quant h Mathieu Baker, iî fut destitué par ordre du 3 novembre 1494.

On s'étonnera peut-être de trouver la royauté anglaise si sévère pour son représentant à Jersey. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque la dynastie des Tudors était mal affermie : Tlrlande, le pays de Kent, les comtés du nord étaient en continuelle rébellion. Un prétendant menaçait le trône d'Angleterre avec Tappui du roi d'Ecosse et du duc de Bourgogne. Henri VII, comme tous les parvenus, avait besoin de popularité. Une révolte nouvelle pouvait éclater dans les lies de la Manche. Il n'hésita donc pas k sacrifier le gouviettieur qu'il avait nommé. Il fit plus encore. Jusque-là, les gouverneurs de Jersey avaieùt eu, parleurs commissions, le droit de nommer le bailli, le doyen, le vicomte, c'est-à-dire les chefs de la magistrature, du clergé et delà police. Le roi leur retira ce droit et limita leur autorité par deux ordonnances successives qui ont une importance considérable dans l'histoire de TUe.

Ijà première ordonnance, scellée du grand sceau et datée du palais de Westminster, l'an 1494 , commençait ainsi :

« Henry VII, par la grâce de Dieu, roy d'Angleterre » et de France, seigneur d'Irlande, etc., avons par l'avis y> et mûre délibération de nostre conseil, ordonné et or- > donnons :

<K Que cy en après Mathieu Baker, nostre capitaine de » l'isle de Jersey, ny autre capitaine, ny gouverneur )» d'ycelle isle ne nommeront ny présenteront ny ins-*

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