CHAPITRE VIII
» titueront , ny créeront nul ny aucun doyen ny bailly » en. nostre dite isle, et de chacun d*yceux avons re- » tenu et retenons la nomination, en tant le doyen que » le bailly. »
Elle établissait en outre : Que le gouverneur n'exercerait ou ne ferait exercer aucun acte de juridiction ecclésiastique ou séculière ;
Qu'il ne ferait emprisonner personne sans l'autorité et moyen de la justice ;
Qu'en cas de lèse-majesté, l'affaire serait évoquée au conseil privé et que les coupables pourraient être libres provisoirement et sous caution ;
Que le gouverneur n*empécherait aucun sujet de l'Ile d'aller et de venir et de visiter les autres pays et seigneuries du roi et ne lui ferait aucun trouble» ni ennui, ni empêchement ;
Qu'il respecterait les anciennes lois, coutumes et privilèges de l'île, sous peine de Yindignalion royale.
Ces dernières dispositions semblaient dictées mot pour root par les événements qui venaient d'avoir lieu.
Une seconde ordonnance , plus curieuse encore, scellée du sceau privé du roi et datée du manoir de Chessé, le 17 juin 1495, était dirigée tout entière contre les gouverneurs. Elle établissait :
Que le gouverneur ne trahirait pas le roi ;
Que, pour le crime de haute trahison, le gouverneur ne pourrait arrêter le coupable que de l'avis de deux jurés ;
Qu'il ferait exécuter les jugements de la Cour ;
Qu'il ne ferait injure ni dommage à aucun marchand étranger venant dans Die afin que les sujets du roi pussent de même exercer paisiblement leur commerce ;
Que lui, pas plus que ses soldats, n'exigerait sa nourriture à un prix illégal ;
Qu'il ne lèverait aucun impôt sans le consentement du roi ;
Que les connétables de chaque paroisse de Tîle seraient franchement élus par les anciens de la paroisse sans qu'il s'en mêlât ;
Qu'il ne donnerait aucune lettre de grâce sans le consentement du roi ;
Enfin, qu'il ne recueillerait aucun larron ni meurtrier sans être puni comme receleur.
Ainsi, le triomphe de Philippe de Carteret ne fut pas seulement la joie d'une famille, ce fut la victoire de tout un peuple. Car ce ne fut pas seulement Mathieu Baker qui fut condamné» ce fut l'absolutisme britannique. Et cette condamnation, ce fut la royauté ellemême qui la prononça.
Jersiais candides qui aujourd'hui allez et venez naturellement dans les rues de votre ville, qui avez votre maison à vous, votre champ à vous, votre commerce à vous, votre temple à vous, votre juge à vous, votre police à vous, et qui vivez à l'aise dans le comfortable de vos libertés, vous êtes vous jamais dit : Il fut un temps où notre champ, notre maison, notre commerce, notre jus-