CHAPITRE VIII. 1KI
tice, notre culte, notre police , n'étaient pas è nous et appartenaient a un étranger? Oui, de Faveu du roi Henri YH» le gouverneur anglais a pu, pendant des siècles, arrêter votre commerce, piller les étrangers qui venaient trafiquer avec vous, rançonner vos marchés, corrompre l'élection de vos ma{;;istrats municipaux, emprisonner vos personnes. Ayant à ses ordres le prêtre et le bourreau, il faisait pendre ou excomm^unier qui bon lui semblait parmi vous. Terreur inévitable, il avait dans ses attributions la potence en ce monde, Tenfer dans l'autre. Et cet homme, je l'ai dit, était un étranger. Et ce despotisme a pesé sur vous pendant trois cents années. Et dix rois vous ont vu écraser sous ce régime, et ont passé, sans rien dire, leur chemin dans Thistoire.
Et c'est au dévouement et peut-être à la beauté d'une Temme, à une traversée heureuse, h une barque qui n'a pas chaviré, à une tempête qui n'a pas éclaté, è une amitié entre deux hommes, parce qu'un d'entre vous était connu du premier ministre ; cest à je ne sais quel hasard que vous devez la condamnation légale, sinon la fin du despotisme dans votre lie. Cette petite cause a produit ce grand effet.
Il y a des moments critiques où la patrie, cette ûgure insaisissable, semble se faire visible dans un être choisi, où elle s'incarne dans cet être, faible ou fort, petit ou grand, où elle parle par la bouche de cet être, où elle combat par son bras, où elle pleure par ses yeux, où elle prie par sa voix. La fin du xv* siècle fut un
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de ce« moments pour Jersey. Cette fugitive qui descend la nuit, à travers les ronces, le long de la raviné, que le vent et la peur font trembler comme la feuille, qui s'aventure sur quelques planches à travers l'Océan et qui se jette dans l'inconnu terrible pour échapper à la réalité plus terrible encore, ce n'est pas une femme, c'est une nation : une nation opprimée, brisée, meurtrie, en fuite devant le monstrueux passé et allant chercher la pitié souveraine. Quand Marguerite de Carteret était aux genoux de Henri YII» elle demandait non pas seulement la délivrance d'un homme, mais la liberté d'un peuple : la voix de la femme était le cri de la patrie. Aussi quand la fugitive revint, elle rapportait avec elle, outre la grâce du prisonnier, la charte d'une nation.
ou IL EST DÉMONTRÉ QUE LA MONARCHIE ABSOLUE EST LA MEIL- LEURE FORME DE GOUTBRNBMENT. — QUERELLE ENTRE LES POUVOIRS. — LE BAILLI ET LE GOUVERNEUR. — LE ROI ET LE CARDINAL. — EFFET QUE POUVAIT FAIRE UN COUP D*ARBALÉTK AU TEMPS DE HENRI VUI. — UN JOUR D* AUDIENCE A LA CHAMBRE ÉTOILÉE. — INFLUENCE QUE PEUVENT AVOIR DEUX BEAUX VEUX SUR LES ^DESTINÉES DU MONDE EN GBIIÉRAL ET DE JERSEY EU PARTICUMIB»
L'ordonnance de Henri VII, en séparant rautorité civile de Tautorité militaire, avait créé deux puissances rivales : le gouverneur et le bailli. Ces deux puissances rivales devinrent bien vite ennemies. Elles remplirent de leurs querelles tout le xvi* siècle et le commence* ment du xvu^ L'antagonisme entre le gouverneur et le bailli n'était pas seulement un conflit de pouvoir, c'était, au fond» la lutte de deux nationalités : la nationalité anglaise et la nationalité jersiaise. Le gouverneur, ayant le pouvoir militaire, combattait pour la première; le bailli, ayant le pouvoir civil, tenait pour la seconde.
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Ce duel si intéressant commença dès les premières années du règne de Henri VIII. Jersey avait alors pour gouverneur sir Hugb Vaugban, et pour bailli messire Hélier de Carteret, fils de cette béroïque Marguerite dont nous avons raconté Tbistoire.
La fortune de ce Hugb Vaugban avait été rapide. Fils d'un tailleur du pays de Galles, il avait pris service en Bretagne auprès du comte de Rtcbemond et s'était attacbé à la destinée de ce dernier descendant des Laneastre.
Devenu roi, le vainqueur de Boswortb n'avait pas oublié son ancien partisan et l'avait fait cbevalîer. La fortune du petit paysan gallois, commencée par Henri VII, fut acbevée par Henri VIII. Le jeune Henri avait pris en passion les exercices du corps, la chasse, les tournois, les sauts périlleux, le tir à l'arbalète ou à l'arquebuse. Pour lui la force du poignet était la mesure de la force de Tesprit, Vadresse pbysique le critérium de la sagesse politique : Tbomme qui pouvait porter cinq cents livres à bras tendu était le plus capable de porter le pouvoir; le meilleur saltimbanque était le meilleur homme d'État. S'ils eussent vécu sôus son règne, Henri VIII eût fait Robert Houdin ministre et Auriol chancelier. Ces goûts du jeune roi furent utiles à beaucoup de gens, entre autres à sir Hugb Vaugban. Car, dit la Chronique, sir Hugh était beau chevalier à merveilles, fort hardi et courtois.
Un jour, sir Hugb se battit dans un tournois avec