CHAPITRE IX
un gentilhomme nommé Parker; du premier coup, il lui enfonça sa lance dans la bouche et le renversa rôide mort. Sur quoi le roi, émerveillé de tant d'adresse, donna pour armoiries à sir Hugh les armoiries de Parker et 9Jou(a, sur le blason, une main tenant un cœur.
Un autre jour, sir Hugh, étant sur un navire, en mer, vit jeter h leau un de ses compagnons qui venait d'être condamné a être noyé pour quelque menu crime. Sir Hugh n'hésita pas : il se jeta par-dessus le bord et rapporta son compagnon. Sur quoi le roi, ayant appris le fait, ajouta au blason de sir Hugh un quartier où étaient trois poissons nageant.
Et voilà comment on voit encore dans Técu des Vaughan trois poissons nageant et une main tenant un cœur.
Ce ne fut pas tout. Le roi, ne voulant plus que de si vaillantes prouesses s'accomplissent indéfiniment hors de sa vue, attacha le chevalier à sa personne; et comme le chevalier ne cessait pas de faire des prodiges de gymnastique et de prestidigitation, le roi le fit successivement capitaine de sa garde, lieutenant de la Tour de Londres, bailli de Westminster, enfin, gouverneur de sa bonne lie de Jersey.
Cependant sir Hugh se prit au sérieux comme gouverneur de Jersey. Il voulut que ce gouvernement cessât d'être une sinécure comme par le passé. Jersey lui donnait par an deux ou trois mille livres sterling. C'était bien le moins qu'il les gagnât et qu'il fit sentir h VWe
entière les bienfaits de son administration. Pour connaître ces bienfaits, lisons ici les Chroniqua de Sywet \ page 42 :
« Sir Hugh Vaughan, s'abandonnant à son plaisir et à paillardise et dissolution, devint si débaucbé qu'il prenoit communément les jeunes filles par force, en sorte qu'elles n'osoient aller seules par les chemins de peur de luy. Davantage, s'yl prétendoit quelque droit ou titre sur l'béritage de quelqu'un, il Tenvoyoit chercher par un soldat du chasteau pour lui montrer ses droits, et incontinent qu'il en avoit la vue, il en arrachoit le sceau et les rompoit en pièces. Il battoit et frappoit tellement les uns et les autres, tellement que bien souvent ils étoient en grand danger de mort. »
Le viol, le pillage et l'assassinat, c'était trop de gouvernement à la fois. Si bien administrée, l'île essaya pourtant de se plaindre et dépêcha ses principaux gen* tilsbommes auprès du roi pour lui exposer ses griefs. Mais Vaughan n'eut pas de peine à faire comprendre h Henri VIII l'injustice de ces plaintes; il tlt congédier de la cour les députés démagogues, et la chose en resta là.
Cependant l'exaspération dans l'Ile allait toujours croissant; en 1518, elle éclata à l'occasion que voici. Le seigneur de la Trinité étant mort sans héritiers directs, un sieur Drouet Lemprière, neveu du défunt par sa mère, réclama pour lui la succession qui lui revenait
* Chroniques des îles de Jersey, Guemesey, Auregny et Serk, par Georges 3- Syvret. — Giiernesey. tnapTianerie de Thomas Mauger, iâ^2.