CHAPITRE IX
bailli qui vient vous demander la grâce de Totre bon peuple de Jersey...
— Le bailli, interrompit vivement le duc de Norfolk, a inventé une façon toute nouvelle de tirer l'arbalète.
— Une nouvelle façon? s écria le roi avec curiosité.
— Oui, Sire, fit timidement le bailli.
— Eh bien I montrez-nous-la.
— Sire, dit Hélier en se relevant. Votre Majesté aperçoit à trente pas du chêne qu'elle désignait toutà Vheure un autre chêne de même grandeur?
— Parfaitement.
— Eh bien I Sire, je vais mettre à Tarbalète que voici deux flèches au lieu d'une, et chacune de ces deux flèches ira se ficher dans chacun de ces deux chênes.
— C'est impossible I exclama le roi.
— G* est impossible! répétèrent tous les courtisans. Hélier de Carteret prit l'arbalète et plaça les deux
flèches sur l'arc dans une position légèrement oblique. Puis il lâcha la corde, et chacune des deux flèches alla s'enfoncer dans chacun de ces deux arbres, comme il l'avait dit.
— Voilà qui est merveilleux 1 cria le roi.
— Voilà qui est merveilleux I murmura l'écho des^ courtisans.
— Il ne sera pas dit, ajouta Henri VIII, qu'un pareil tour d'adresse sera, sous notre règne, resté sans récompense. Que nous demandiez- vous» monsieur le bailli?
Nous VOUS donnons d'avance notre parole royale de vous raccorder. Parlez.
— Sire, le capitaine de Votre Majesté dans l'Ile de Jersey, après m'a voir menacé de mort sur mon siège de justice, a osé me retirer ma charge de bailli pour la donner à un aventurier, en dépit de l'ordonnance de votre très-gracieux père, feu le roi Henri VII.
— Je vous confirme votre patente de bailli, et je ferai mettre le grand sceau d'Angleterre sur la lettre de conûrmation.
— Continuez, dit à voix basse le duc de Norfolk au bailli, qui semblait hésiter.
— Sire, vos loyaux sujets de Jersey sont opprimés par ce capitaine. Les jeunes filles de nos campagnes n'osent plus aller sur les routes, de peur qu'il ne les fasse enlever. Vos gentilshommes les meilleurs sont dépossédés de leurs fiefs au mépris des us et coutumes. Voici une pétition de nos principaux qui demande que sir Hugh Vaughan, capitaine de votre bonne lie de Jersey, soit jugé par le conseil privé.
— Qu'un héraut d'armes, s'écria le roi en se tournant vers un de ses ministres, aille quérir de notre part notre capitaine de Jersey, et le somme de comparaître sur-le-champ !
— Allez toujours, murmura le duc de Norfolk qui voyait l'humeur généreuse du roi. 1
— Sire, votre conseiller privé, sir William Compton, | avait un frère qui possédait dans notre lie la seigneu-