‹ La Normandie inconnueChapitre 68 sur 111 · CHAPITRE ï · texte numérisé non relu

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s'en faire l'exécuteor. Les promesses les plus attrayantes d'avenir et de fortune accompagnaient et appuyaient cette prière. Soit scrupule de conscience, soit crainte d'une vengeance possible, Amyas refusa de faire ce que lui demandait la reine; seulement, il garda la lettre. La reine comprit, mais trop tard, Timprudence qu'elle avilit commise. La publication d'un pareil écrit par toute TAngleterre pouvait devenir un danger redoutable pour elle-même. Elle transigea, et pour obtenir le silence de son confident, elle le'lui paya. Amyas fut successivement créé chevalier, membre du conseil privé, ambassadeur en France, gouverneur de Jersey \ Voilà comment la pauvre lie normande eut le même geôlier que Marie Stuart.

Amyas, que l'importance de ses fonctions empêchait de s occuper de son gouvernement, lit de Jersey l'apanage de sa famille. Celle-ci devint une véritable dynastie qui régna dans llle pendant un demi-siècle. Un de ses parents devint doyen, un autre bailli. Il fit de son propre fils, Anthony» son lieutenant dans la charge de gouverneur, et obtint de la reine que celui-ci lui succédât après sa mort.

r^e bailli Pawlet ne savait pas le français, et il avait à juger des hommes qui pour la plupart ne parlaient que cette langue. Aussi était il obligé de demander conti-

1 On voit encore aajoard'hui le blason de sir Amyas Pawlet au-dessas de la qaatrième porte du château de Montorgaeil, sculpté dans le granit k côté du blason de la reine Elisabeth.

nuellement F avis de son greffier (ou de son elerc, oomme on disait alors). Le clerc rédigeait les arrêts à sa fantaisie ^ écrivait souvent le contraire de ce qu-avait décidé le bailli. Quand celui-ci s'en apercevait, ce qui arrivait parfois, il essayait de réclamer; pour toute réponse» le greffier lui tendait la plume en lui disant en anglais : a Si cela ne vous plaît pas, écrivez-le yous•méme^ i» Le . bailli, qui ne savait pas écrire un mot de français, repoussait la plume avec prudence. Il rendit ainsi la justice pendant trente deux ans : la justice du sourd. I.es Jersiais a^1aient pour juge suprême do leur fortune et de leur existence un homme qui ne les entendait pas.

Le lieutenant gouverneur Anthony Pawlet était aussi bon gouverneur que son frère, le bailli George, était bon bailli. Voici comme il entendait l'administration. Par exemple, il avait le goût de la chasse : ayant remarqué dans la paroisse de Grouville, à peu de distance du château de Montorgueil, un magnifique champ appelé les Nielles, il voulut en faire une garenne. Ce champ appartenait à la commune et ne pouvait être vendu qu'à Funanimité des voix des paroissiens. Anthony obtint par des moyens divers le consentement de tous les habitants à le lui vendre. Deux seuleïnent, François et Philippe Amy, deux frères, refusèrent obstinément leur signature au contrat. Le gouverneur les fit pour ce mettre en prison, et quand ils demandèrent à être jugés, le bailli

^ Voir Le Geyt, tome IV, chap. Du Greffier»

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