‹ La Normandie inconnueChapitre 69 sur 111 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

George les condamna à l'exclusion des charges pnbii* ques^ à 60 nobles de dommages-intérêts et k l'amende honorable.

L'amende honorable, selon la contome de Norman*die, se faisait à Jersey dans les conditions les plus humiliantes. Le condamné demandait pardon devant la justice, à genoux, en chemise, épaules et pieds nus. Cette cérémonie barbare, abolie en France par la Révolution, i Jersey par la désuétude, est restée en usage h Guernesey jusque dans notre siècle. J ai sous les yeux le texte d'un jugement rendu en 1817 par la cour royale de Gaernesey contre une femme nommée Marguerite Mackensie, de Saint-Pierre-Port, accusée d'infanticide. La sentence se terminait ainsi :

«Cejourd'hui, 6 décembre 1817, h midi précis, la » prisonnière sera conduite de la prison à la Cohue \ centre les bordiers, et là, dans une chambre du bas, » elle se déchaussera et se revêtira d'une chemise » blanche faite pour l'occasion; elle aura la tête nue. » De cette chambre elle sera conduite jusqu'à la porte » de haut, où elle recevra de la main de lexécuteur des >> hautes œuvres une chandelle allumée, pesant deux » livres et de deux pieds de longueur, faite exprès. Ainsi

* Le siège de la justice à Gaernesey et h Jersey s'appelle la Cohue. Ce mot était d*asage en ce sens dans la vieille Normandie, ainsi qu*il résulte de l'extrait suivant d*une ordonnance rendue par Téchiquier de Normandie, en 1383 : « Que les baillifs et vicomtes soient diligents d*aller en Cohue dedans prime le premier jonr auditoire, et aux autres jours subséquents continuellement dedans sept heures du matin, n

âM» LA NORMANDIE INCONNUB.

» équipée» elle se présentera à la barre de la Cour, et; n se mettant à genoux» elle demandera pardon de son » offense en ces termes : — Je demande pardon à Dieu, )i> au roi et h la justice. » Ce jugement fut prononce par le bailli Pierre de Havilland.

Mais revenons au gouverneur Anthony Pawlet. Un jour, à une maison de campagne qu'il avait, il trouva que les arbres d'un voisin, le sieur Hampton, étaient un peu trop hauts et gênaient sa vue. Il fit abattre les arbres du sieur Hampton. — Un autre jour, aux environs du château, un soldat de la garnison insulte un habitant nommé Nicolas Arthur. Nicolas répond au soldat. Le soldat se jette sur lui et lui donne un coup de couteau à la tête. Un Jersiais, attiré par les cris, arrive pour se-: courir son compatriote. Le gouverneur passe sur ces entrefaites, et, pour rétablir l'ordre, fait mettre en prison le blessé et son défenseur.

Tous les moyens lui étaient bons pour battre mon* naie. Ainsi , il était défendu d'exporter du grain de Jersey en pays étranger, Ttle suffisant à peine k se nourrir elle-même. Malgré cette défense, Anthony envoyait du port de Gorey à Saint-Sébastien en Espagne des bâtiments chargés de blé. Le gouvernement anglais, alors en guerre avec l'Espagne, avait, à grands frais, établi de l'artillerie sur les remparts de Montorgueil. Un beau matin, on s'aperçut que les pièces avaient disparu. C'était le gouverneur qui avait fait fondre dans sa poche toute cette ferraille en beaux écus d'argent. Il avait

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