‹ La Normandie inconnueChapitre 76 sur 111 · chapitre: XI · texte numérisé non relu

chapitre: XI

le conseil privé de la couronne. Jean Hérault fut désigne par la Cour royale.

I/Angleterre avait alors pour roi le premier des Stuarts. Le ûls de Marie venait de succéder à la rivale de Marie. L'heure était venue où les favoris de la veille allaient être les disgraciés du lendemain, et, à Jersey même, la fin d'Elisabeth allait terminer le despotisme des Pawlet. Jacques V adopta envers Jersey une poli* tique entièrement opposée à celle de la dernière reine. Elisabeth avait soutenu les prétentions du gouverneur. Ce fut une raison pour que Jacques les combattit. Le défenseur de la nationalité jersiaise, Jean Hérault, reçut donc à Londres un accueil inespéré. Jacques voulut le voir lui-même. Déjà roi d'Angleterre, roi d'Ecosse, roi de France et seigneur d'Irlande, Jacques fut charmé de savoir qu'il était h Jersey duc de Normandie. Il accorda tout ce que le clerc lui demanda, et autorisa le peuple jersiais à élire ses juges selon la coutume. L'élection de 1605 fut validée. Hérault avait tellement plu au roi, que le roi le nomma bailli en remplacement de George Pawlet. Et puis Jacques avait en horreur cette famille Pawlet, dont le chef avait été le geôlier de sa mère.

Hérault revint triomphante Jersey. Parti simple clerc, il repartait bailli. Certes, il y avait de quoi être fier. Hérault entra en fonction dès son arrivée et ouvrit les Cbe&Plaids portant, comme les grands juges d'Angleterre, la robe de pourpre. Le gouverneur d'alors, un seigneur anglais, sir John Peyton, refusa de reconnaître le

nouveau bailli, se fondant sur ce qu'en vertu de sa eommission, il avait seul le droit de nommer k cette charge. Ce refus produisit un nouveau procès devant le conseil privé, qui se termina, cette fois encore, en faveur de Jean Hérault. Sir John Peyton fut même, chose inouïe, condamné h 60 livres de dommages-intérêts envers le bailli. Jacques I" crut nécessaire de confirmer, par lettres patentes, Tordonnance de Henri VH, qui réservait à la couronne et enlevait aux gouverneurs la nomination du bailli, du procureur général et de Tavocat général, du vicomte et du doyen. Enfin un ordre du conseil prescrivit <c que le bailli prendroit dans la cohue et au lieu de justice, et même dans l'assemblée des Etats, le fauteuil de préséance, et que le gouvernedr n'auroit le pas sur le bailli que dans toutes autres places et assemblées. »

Celle déclaration est un fait considérable dans l'histoire de Jersey. Jusque-lÀ le pouvoir militaire avait pris le pas sur le pouvoir civil. Désormais ce fut le pouvoir civil qui prit le pas sur le pouvoir militaire. Cédant arma togcSl En vertu de cet ordre du conseil, le bailli Hérault fit mettre dans la salle de justice ces deux grands fau* teuils Louis XUI qu on y peut voir encore aujourd'hui, et dont l'inégalité est une énigme pour le voyageur. De ces deux fauteuils, le plus bas est celui du gouverneur, le plus haut est celui du bailli. Cette inégalité contenait toute une révolution. Elle était le monument visible de deux victoires : la victoire de Jersey sur l'Angleterre et de la justice sur la conquête. Le guerrier saxon s'assit

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