CHAPITRE XI
désormais au-dessous du juge normand. Que le voyageur regarde donc avec recueillement ces deux fauteuils ; car pour élever ainsi Tun au-dessus de l'autre, il a fallu à tout un peuple quatre siècles d'efforts.
Le gouverneur John Peyton ne put tolérer ce surcroît d'humiliation. Ayant résolu de se venger de Hérault» il fll agir contre lui les plus hautes influences de la cour, et, entre autres, Tautorité toute-puissante du duc do Buckingham. Le juge avait pour lui le roi ; le soldat avait pour lui le favori. Aussi ce fut le soldat qui l'emporta. Jean Hérault fut représenté à Londres comme un brouillon qui avait surpris la confiance royale, comme un amateur de nouveautés, comme un chercheur de fausse gloire. Il Onit par être destitué de sa charge et mis en prison. Une captivité de plusieurs années le punit d'avoir osé défendre sa patrie. Ce ne fut que lors de la nomination d'un nouveau gouverneur, sir Thomas. Jermyn, que le prisonnier obtint sa liberté sous caution. Il demanda alors une audience au roi pour pouvoir se justifier. C'était juste à 1 époque où le duc de Buckingham venait de partir comme ambassadeur en Espagne. Le moment était propice : l'audience fut accordée. Hérault se jeta aux genoux du roi, parvint h tout expliquer et obtint sa grâce. Jacques le rétablit même dans sa charge (le bailli.
Le retour de Hérault à Jersey eut tout le caractère d*une fête nationale. Les Etats s'étaient assemblés extraordinairement et avaient envoyé une dépulation pour
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le recevoir k son arrivée. La milice lui fit corl^e, et le peuple le salua par des hourrahs. Quelque temps après, un des jurés nommé Journeaux étant mort, la population de l'Ile lui choisit un successeur dans la famille même du bailli, ne croyant pas pouvoir faire un meilleur usage de ce droit de suffrage que Jean Hérault avait conquis pour tous. Je lis en effet dans les procèsverbaux de la Cour royale : « L'an mil six cent vingtquatre, le vingtième jour de janvier, M. Abraham Hérault ayant été eslu par les suffrages du peuple de Tisle, par le rapport des douze connétables» a été sermenté justicier k la place de feu M. Journeaux. »
Depuis cette époque, le peuple a gardé le droit d élire ses juges.
Jean Hérault ne survécu t pas longtemps à son triomphe . Tant de combats et de souffrances avaient hàté^a vieil* lesse. Il mourut en 1626.
Hérault est, k mon avis, la figure la plus remarquable de rhistoire de Jersey. Peu d'hommes ont plus fait pour leur pays que lui pour lésion. Il semble que par ses vertus il eût voulu rendre sa patrie digne de ce nom de république dont la reine Elisabeth avait honoré Jersey. Un jour, par exemple, il avait appris que son propre frère, qui était grefûer, avait accepté des honoraires qui ne lui étaient pas dus, et il avait destitué son frère. Ce désintéressement le fit accuser d'égarement par beaucoup de ses contemporains. Ce juste était en effet égaré dans son siècle.