‹ La Normandie inconnueChapitre 78 sur 111 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Si, ftprès l'avoir pris dans son caractève* on le jqge dans son œuvre, on n'est pas moins étonné. Il aVait.deviaé et compris, lui» cot élève en droit normand, ces deux principes inscrits dans un code k venir : le droit des justiciables k élire leurs juges, le droit de tous les membres d'une société à en diriger l'action, — la magis- . trature éleclive, le suffrage. universel. Il fit plus que comprendre les principes, il eut le bonheur de les&ire triompher. Les réformes dont il est l'auteur ont transformé k constitution de Jersey <lans son essence même. L'élection <le la magistrature eut en effet une double conséquence : les douze jurés étant en m^e temps mcpibres des Etats, il en résulta que les magistrats élus représentèrent le peuple non-seulement sur les bancs de la Cour royale, mais sur ceux de l'Assemblée l^isbtive. Jusque-là le peuple n'avait eu dans les Etats d'autres représentants que les douze connétables élus dans chaque paroisse : il en eut désormais douze nouveaux, élus par nie entière. Ainsi l'élément populaire eut par le fait la majorité là oii il n'avait encore disposé que de la minorité. Les douze jurés-justiciers, qu'on pouvait regarder jusque-là comme les mandataires de la noblesse, devinrent les mandataires du tiers état. Révolution fondamentale, par laquelle la constitution cessa d'être oligarchique pour devenir démocratique I Révolution accomplie par un seul homme I

Grâce à Jean Hérault, la constitution de Jersey, œuvre patiente de plusieurs siècles, fut désormais achevée et,

sauf quelques modifications \ elle a subsisté jusqu'aujourd'hui telle qu'il Ta laissée en mourant.

Prééminence du pouvoir civil sur le pouvoir militaire* magistrature élective, suffrage universel, telles furent les idées inscrites par Jean Hérault au front de la charte nationale ! Tâche magnifique accomplie au milieu des souffrances et des persécutions.

Aujourd'hui le nom de cet homme de bien, inconnu dans le monde entier, est oublié h Jersey même. On y bénit Charles II qui a voulu vendre l'Ile à la France ; on y élève une statue à Georges II, qui n'a rien fait pour mériter un tel honneur; et Ton n'y parle plus de Jean Hérault. Bien peu savent ce que ce patriote a été pour sa patrie. Le peuple de Jersey est libre et souverain ; et il ne sait pas à qui il doit sa liberté et sa souveraineté. Le pauvre bailli est enseveli doublement sous le gazon du cimetière de Saint-Sauveur et dans l'ignorance de ses

1 Parmi ces modincations, il y en eot denx de déplorables. La première, ce fut la restriction da droit de salTrage qui fut retiré à tons sous Charles II, en 167 i, et laissé seulement à ceux qui contribuent h la taie des pauTres. Li seconde, ce fut la suppression, dans la procédure, du jury en matière criminelle comme en matière civile, suppression contraire au Vieux Goutamier de Normandie, qui laissa à la Cour royale une autorité sans contrôle. Les elTorts persévérants du parti libéral au siècle dernier et le triomphe des Magots (libéraux) sur les Chariots (conservateurs), amenèrent, en ft7ttl, le rétablissement du double jury en matière criminelle. Espérons que le parti libéra] actuel fera rétablir également dans les coutumes de l'île le jury en matière civile et le suffrage universel.

Une troisième modification que Ton doit louer a été apportée récemment à la constitution jersiaise : c'est l'adjonction à l'assemblée législative de quatorze députés, élus tous les trois ans par les paroisses, et qui, en vertu d'une loi votée en 1856, doivent désormais renforcer dans les Etats l'élément populaire. Celte modification est l'heureux complément de l'œaTre démocratique du bailli Hérault.

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